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samedi 21 mars 2026

La Gâchette

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Voilà,
c'est un grand midi. Il fait chaud, sec. Les moutons embrochés, grillent et tournent en rissolant au-dessus du trou où plus tard on aura enfoui leurs carcasses. L'odeur de la viande qui cuit se mêle à celle du cuir graissé des ceinturons et des holsters, à l'odeur âpre des hommes debout autour du méchoui, et au parfum des épices et des mimosas qui flotte dans l'air. Les femmes sont là aussi, entre elles, mais un peu à l'écart, comme de grandes tâches de couleurs chatoyantes et gaies dans ce monde kaki. Amples et décolletées, leurs robes et leurs jupes sont pour la plupart ornées de motifs fleuris. Pendant qu'elles parlent entre elles, l'enfant cherche un abri dans les ombres qu'elle font, respire leurs fragrances, parfums de métropole, que gagne peu à peu l'odeur du graillon. Il se tient dans leur proximité. Ce n'est pas difficile pour lui. Elles l'aiment bien. Elles trouvent qu'il est un gentil petit garçon. Elles aiment bien sa façon d'être là sans les déranger. C'est pour ça que c'est un gentil petit garçon. Certaines lui passent la main dans les cheveux, le complimentent, se préoccupent de savoir s'il ne s'ennuie pas. Non il ne s'ennuie pas. Il est à hauteur des sexes. Où se joignent les cuisses, de mystérieuses senteurs se nichent et s'exhalent, âcres et capiteuses. Pour rien au monde il ne voudrait être surpris à regarder (bien que l'envie l'en fasse frissonner) sous les jupes des femmes. La honte ainsi qu'une sévère réprimande pourraient sanctionner cette curiosité. Alors, il observe - car elles suent elles aussi - les auréoles qu’il voit grandir à l'endroit des aisselles sur la matière synthétique de leurs chemisiers. Il ne se lasse pas des gestes qu'elles font, de cette façon qu'elles ont de décoller le tissu qui adhère à leur peau avant de l'agiter discrètement, afin de donner un peu d'air à leur poitrine. Ou bien encore, cette manière de tirer sur une bretelle de soutien gorge pour, l'air de rien, de ne pas y toucher, se soulager de la pression de l'élastique. Comme ce sont des femmes de militaires, elles se racontent, un verre de Martini ou d'anisette à la main, des histoires de femmes de militaires. L’enfant semble comprendre que certaines, parmi elles, ont de plus en plus peur ; "les événements" se multiplient. Les attentats aveugles, les embuscades. Lui se sent d'un autre monde. Il va de groupe en groupe. Et comme les hommes autant que les femmes, l'acceptent dans leurs cercles, il rejoint ceux qui ont des képis blancs et des yeux clairs. Il est fasciné par leurs nuques rasées, leurs peaux tannées, leurs avant-bras rougis par le soleil, où des sigles parfois sont dessinés à l'encre sombre. La force qui se dégage de ces corps musclés et virils, où l'on devine parfois de curieuses cicatrices, le rassure. D'autres comme le père ont un képi noir. Leurs canettes de bière à la main, ils parlent fort, rigolent en se donnant du coude ou en se balançant quelques vigoureuses bourrades dans le dos. Tous ces hommes sont dignes de confiance. Ce sont tous des guerriers. Ils défendent cette terre, ils la défendent, ce sont tous des amis, c'est son père qui le lui a dit. Avec eux il ne craint rien. Ils l'aiment bien. Ils lui offrent de l'orangina qu’il boit au goulot comme eux le font avec leur bière. Dans leur compagnie, il trouve aussi de l'ombre, tout en continuant, de loin, à regarder les jambes des femmes, leurs mollets, leurs chevilles. C'est bien. On est entre soi. Entre européens. Parfois il entend le rire de son père. Il a toujours eu honte de ce rire associé au bruit du moteur de ce camion militaire qu’on appelle GMC, lorsqu’il démarre. Bientôt l'après-midi tire à sa fin. Il ne reste plus rien du mouton. Rien. Mais la forte odeur de méchoui demeure sur les doigts graisseux. La voracité des hommes et des femmes a fait son office. Passablement éméchés, ils ont encore envie de s'amuser. A présent ils invitent leurs femmes à les suivre vers une petite cour carrée, exigeant néanmoins qu'elles se tiennent à distance. Ils s'alignent face au mur. Son père lui aussi sort son arme. A l'Enfant qui s'en est retourné du côté des femmes le Père dit que, s’il le veut, il peut venir le rejoindre. Alors l’enfant s'extrait du groupe des femmes pour retrouver son père parmi les hommes. Il est fier. Debout parmi eux. Pendant ce temps le père s’est accroupi derrière lui de sorte que sa tête se trouve au niveau de celle de l’enfant. Avec ses cuisses il maintient les jambes de son fils. Il met son arme dans ses mains. Non sans appréhension, l’enfant serre l'arme avec ses petites mains. Sa main gauche tient la crosse. Le majeur de sa main droite sur la gâchette, l'index le long du fût, comme pour indiquer la direction. Les grosses mains du père enserrent les mains du fils, son majeur posé sur celui de l’Enfant. Le père tient l’Enfant qui tient l'arme. Mais le sentiment de puissance et de possession est passé dans le corps de l’Enfant. Bientôt l’Enfant sent le doigt de son père exercer une pression sur son doigt à lui, de sorte que c’est son propre doigt qui appuie sur la gâchette. Assourdissant vacarme de la détonation. L'effroi soudain du corps surpris par l'effet de recul. Le rire du père dans le dos du fils. Un rire fier et des paroles d'encouragement. Applaudissement des adultes groupés autour de l’Enfant pour l'acclamer. Ils disent bravo. Ils disent voilà un homme. Mais surtout il y a les cris de l'autre côté du mur sur lequel tout à coup, en rigolant, les autres guerriers tirent à leur tour. Derrière il y a des femmes. On les appelle les folles. Elles sont parquées dans une enceinte. Elles hurlent de terreur. Et la terreur redouble à présent que tout le monde tire. L’Enfant aussi veut sa part de cris. Il dit "encore, encore". L'odeur de la poudre est plus excitante que celle de la viande. Sifflement des balles. Cliquetis des chargeurs qu'on éjecte ou qu'on enclenche dans la crosse. Le geste est sec, précis. A présent, encouragés par leur femmes endimanchées les hommes insultent en hurlant celles qui braillent de l’autre côté. Et soudain une irrépressible honte submerge l’Enfant. Les yeux embués de larmes il se mord la lèvre inférieure, ne veut pas crier. Tout à coup le ciel chavire dans son regard. Ne pas tomber, non ne pas tomber.  première publication 15/2/3014 à 12:47 

lundi 8 septembre 2025

Cabane

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Voilà,
en passant il y a peu, dans cette rue voisine, j'ai remarqué, à l'abri dans un recoin, au pied d'un arbre, cette improbable cabane que je n'avais jamais aperçue auparavant. Cet astucieux dispositif de planches, de treillages, recouvert d'une bâche bleue, avait sûrement été assemblé au cours de l'été, quand les vacances vident le quartier de la plupart des habitants. 
Un bref instant je n'ai pu m’empêcher d’y voir une sorte d’idéal perdu. Je me suis pris à admirer cette construction. Je me suis rappelé ces après-midi d’enfance, quand je griffonnais des plans de cabanes imaginaires sur le coin de mes cahiers d’écolier — toujours trop ambitieux pour mes misérables compétences en la matière et le peu d’outils dont je disposais —. Le vieux marteau rouillé dont mon géniteur m'avait fait cadeau, les quelques clous qui se tordaient à peine enfoncés. Tout ce que j'étais, avec ce maigre outillage, parvenu à bâtir avait été un assemblage tremblant, un misérable tipi de branchages et de planches disposés contre un vieux mur de pierres disjointes. À peine cela tenait-il.  
Alors devant cette construction de fortune, ingénieuse et presque élégante, la honte m'a saisi. L'ombre d'une enfance jalouse s'est mêlée à la conscience vaguement coupable de l'adulte. J’aurais aimé en avoir une semblable, pour m’y cacher, enfant, loin des tensions du foyer familial et de la stupide discipline militaire à laquelle je devais me plier. C'était tellement mesquin d'envier ce qu'un autre, dans le dénuement, avait été en mesure de réaliser.  J'en étais donc toujours à rêver d'un refuge qui m'aurait offert, enfant, la possibilité de disparaître du monde. Comme si j'avais encore besoin d'un abri contre les grandes personnes. Comme si je n'avais jamais grandi.
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mardi 19 août 2025

Juste penser à elle

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Voilà, 
j'avais repris contact avec ma cousine en décembre 1984. Je me souviens très bien j'étais descendu à Bordeaux parce que quelques camarades du spectacle "Rêves de Kafka" y habitaient. À l'occasion de ce sympathique séjour durant lequel j'avais été hébergé par Léon Napias et Patricia Jeanneau qui possédaient une "échoppe" près de la gare, j'en avais profité pour rendre visite à ma cousine perdue de vue depuis une dizaine d'années. J'avais alors fait connaissance avec son fils âgé d'un an. Quelques mois plus tard elle était montée à Paris avec une copine, et à l'occasion de ce séjour elle était venue me voir jouer. Dans les années qui suivirent nous nous sommes quelques fois croisés de loin en loin. Au début des années 2000 nous avons recommencé à nous voir souvent. Je descendais parfois en Dordogne où elle vivait avec son époux. Elle passait parfois à Paris et je l'hébergeais alors durant ses séjours qui étaient pour elle l'occasion de faire moisson d'expositions et des spectacles auxquels je l'accompagnais parfois.
Ma cousine Cathy nourrissait une rancœur jamais rassasiée, contre ses parents d'une part et contre ses grands-parents maternels aussi, pour des raisons plus que justifiées mais qu'il ne m'appartient pas de dévoiler ici. Elle était très soucieuse de sa généalogie et passa beaucoup d'énergie à remuer de vieilles histoires de famille. C’était un de ses sujets de conversation favoris. Que son frère et sa sœur ne fussent pas aussi remontés qu'elle contre leurs aïeux l'indignait. Elle a ainsi fini par se fâcher avec eux aussi, et se couper de toute sa parentèle. Sans concession face aux injustices, elle voulait être, sinon aimée, du moins comprise inconditionnellement. Elle le fut par son mari.  
Bien que très différents nous aimions à nous retrouver. Nous avions une grand-mère commune quelques souvenirs d'enfance partagés et de l'affection l'un pour l'autre.
J'ai découvert l'existence de mes cousins par la branche paternelle en 1964 lorsque nous sommes, mes géniteurs et moi arrivés à Biscarrosse. J'avais huit ans. C'était une nouvelle vie qui commençait. Après l'Algérie et Châlons-sur-Marne, j'ai, sous ces latitudes, pour la première fois ressenti la sensation de paix, et l'impression de vivre dans un endroit paradisiaque. Je garde un doux souvenir de cette période entre 1964 et 1969. La cellule familiale essentiellement réduite à mes parents s'étendait soudain. Mon cousin, ma cousine, mon oncle et ma tante ainsi que ma grand-mère venaient parfois nous visiter, ou bien nous allions les voir à Bordeaux. Il y eut même des repas de famille, des fêtes de Noël partagées, des anniversaires. C'était bien, c'était nouveau – car ces gens n’étaient pas des militaires –, et tout pour moi était source d'étonnement. 
 
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Des fragments de ma vie ressurgissent. Je retrouve de vieille photos scannées sur mon ordinateur. Celle du haut, prise en 2010 lors d'un de ses passages dans la capitale. La seconde datant de l'été 1971 cadrée par son père sans doute, à Biscarrosse devant sa caravane, dans un pré à l’entrée du bourg. Mes parents y avaient posé la leur une pliante erka. Nous revenions dans ce village où nous avions vécu durant cinq ans. Je me souviens, c'était la mode du camping à la ferme, chez l’habitant. L'oncle la tante mes cousins et la grand-mère paternelle étaient venus nous rejoindre. Ma cousine sur la gauche regarde l’objectif et mon cousin observe mon frère cadet de neuf ou dix mois dans les bras de notre grand-mère. À côté je fais la gueule. C'est une période ingrate, je suis mal dans ma peau je n'aime pas être photographié. Près de moi se trouve mon autre cousine avec qui je n’ai pas de souvenirs communs.
Au milieu du mois à la fin d’une journée extraordinairement caniculaire, le cerveau rongé par une tumeur, ma cousine est morte irréconciliée avec son frère et sa sœur. Ceux là ne sont pas venus pour sa crémation. L’aurait-elle désiré d’ailleurs ? Rien n’est moins sûr. Mais beaucoup de gens qui l'appréciaient étaient présents et de jolies choses furent dites à son sujet, et avec beaucoup d'émotion et d'amitié.
Elle avait sensiblement l’âge de notre grand-mère sur la dernière photo, je m’en rends compte à présent. Soixante-sept ans, c'est tout de même bien jeune pour mourir.

mardi 22 juillet 2025

Extra-Muros

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Voilà,
c'est une vue dont on ne peut se lasser. C'est l'un des plus beaux panoramas d'Europe. Le pont d'Avignon. Le Rhône. La cité des Papes, le Mont Ventoux au loin. En cette fin d'après-midi j'ai déjà le départ dans la tête. J'ai commencé à faire ma valise. Je suis allé me promener extra-muros, au-delà des remparts vers l'île de la Barthelasse. Comme d'habitude, il y aura eu des jours où j'aurais trouvé le temps long et finalement ce mois aura vite passé. Je n'aurais pas eu le temps de faire ce que j'avais supposé. Visiter des amis à Nîmes, Arles... L'été, durant le festival, Avignon vous tient captif. 
Ce jour là, j'ai réfléchi à ma mélancolie. Mais ma mélancolie, je ne sais pas d’où elle vient exactement. Peut-être de la solitude, d’avoir été longtemps un enfant unique qui en outre, ne pouvait pas avoir beaucoup d’amis parce que la petite cellule familiale déménageait fréquemment. Je me suis toujours senti en quelque sorte coupé du monde, à part. De plus, j’avais des dispositions pour la nostalgie ce qui n’arrange rien. Contrairement à ce que j’ai lu dans un article du journal « Le Monde », il y a quelques mois, j’ai des souvenirs qui datent de bien avant l’âge de trois ans. Oh pas vraiment des souvenirs mais des images associées à des sensations comme ça, précises. 
Et puis à partir de trois ans je peux dérouler le film de mon histoire. Sans doute parce que, à cet âge-là je me suis retrouvé dans un environnement totalement différent. D'ailleurs, j’avais déjà changé d’environnement précédemment. Je suis né en Allemagne. J’ai quelques souvenirs de poussette que j’ai déjà évoqués par ci par-là. Je me suis ensuite retrouvé dans la région de Saumur dans la douceur angevine. Là aussi j’ai des images précises : un accident de voiture, la nuit, la rampe qui menait à la maison de mon grand-père, l'odeur de la Loire. Et puis ensuite ce fut l'Algérie. Je me souviens très bien, non pas de la première partie du voyage parce que la génitrice m’avait drogué au sirop de Phenergan ou de Théralène pour que je sois calme durant le trajet en 4CV de Saumur à Marseille. En fait je réalise à quel point je devais être défoncé. Mais ensuite dans le bateau je me souviens des sensations, des images, de l’arrivée sur Alger, la mer verte, la ville blanche, la découverte du géniteur que j'avais finalement assez peu vu dans les premières années. Très peu de temps après ma naissance il est allé en Algérie parce qu’il était militaire de carrière. Ma génitrice qui quelques années auparavant avait épousé un homme qui une semaine, après leur mariage était parti en Indochine. Donc elle avait passé 18 mois seule et avait décidé que cela ne se reproduirait pas. Elle l'a rejoint en Algérie. De l’Algérie, j’ai des souvenirs nombreux et très précis, parfois pénibles que j’ai déjà évoqués dans ce blog. Je me souviens que là-bas, j’avais déjà la nostalgie de paysages d’endroits que je ne connaissais pas, mais qui m’étaient suggérés par des chansons, en particulier, l’adaptation de green fields par les Compagnons de la Chanson. Et vers huit ans il me semblait avoir énormément de souvenirs comme si j'avais déjà vécu une longue vie. Tout s'imprimait, les chansons les visions les odeurs... Les images du passé remontent, je n’y peux rien, c’est comme ça, je suis goupillé comme ça. Aujourd’hui encore c’est la même chose. Le présent me renvoie souvent au passé. Avignon par exemple, je suis à Avignon  à l’époque du festival. J'y ai exercé mes premiers jobs d'été quand j’avais 17 ans, 18 ans. Eh bien tout ça remonte terriblement. A cause des murs, des rues. Les visages, les noms, les gens de l’époque, les spectacles vus à ce moment là, oui la jeunesse, les souvenirs de jeunesse ont la même densité, peut-être même plus de densité que le présent. Je ne prenais pas de photos à l'époque. Aujourd'hui les photos aident à se rappeler. En ce temps là, la sensation s'imprimait sans que je réalise que cela serait pour longtemps. Pourtant, j'ai toujours autant de mal à reconnaître les visages. C'est curieux... Mais finalement, j'aime bien avoir cette faculté de souvenirs. Je ne m'ennuie pas. C'est juste parfois que cela me rend un peu vague, tout ce temps qui me traverse.

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vendredi 4 juillet 2025

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (19)

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Voilà,
ça me revient 
j'étais au stade Charléty pour voir sur grand écran la demi finale de la coupe du monde 1998 opposant la France à la Croatie durant laquelle Lilian Thuram a marqué les deux seuls buts de sa carrière internationale. Je me souviens de la joie des guadeloupéens et guadeloupéennes présents. Et de cet inexplicable moment de grâce qui tenait du miracle
 
ça me revient ,
Une anecdote rapportée il y a longtemps par Philippe Tiry. Une compagnie bordelaise « Fartov et Belcher » du nom de deux personnages de Beckett avait du changer de nom, pour la programmation d’une tournée aux USA, parce que l’intitulé de la compagnie signifiait Pêteur et Roteur, et certains théâtres américains menaçaient de refuser d’accueillir une compagnie ainsi nommée 
 
ça me revient
dans les années 70 au théâtre, il y avait une imagerie récurrente dans bien des spectacles, celles d'hommes vêtus de noir avec des chapeaux melons et des parapluies
 
ça me revient 
Patrick Busignies, un jeune homme qui perdait progressivement la vue et qui venait souvent manger chez Philippe et Dominique vers 1974-75. Il était associé avec un groupe de gens et ils avaient créé le théâtre Essaïon dans une cave, située rue du Renard
 
ça me revient
enfin non, ça ne me revient pas, j'y pense souvent, à la gentillesse de Michel Jacquelin qui s'était mis en relation avec ma fille, parce qu'il avait eu la même maladie qu'elle, et qui l'appelait après chaque période critique de son traitement pour prendre de ses nouvelles.
 
ça me revient 
la sidération éprouvée à la lecture du livre de Jean Rouaud, "Les champs d'honneur" lorsque je suis arrivé à ces quelques pages de description de toutes les variétés de pluies qui peuvent tomber en pays nantais
 
ça me revient 
je possédais "L'astronomie populaire" de Camille Flammarion vers l'âge de 13 ans. Je crois que j'avais demandé à ma mère de me l'acheter à Arcachon, après une visite chez le médecin. C'était une de ces fois où j'avais simulé un terrible mal de ventre pour échapper à quelque composition de math
 
ça me revient
"Miroir du cyclisme" et "Miroir du football" des revues sportives dans le courant des années soixante. Plus tard j'ai appris que ces revues appartenaient à un groupe de presse proche du parti communiste, et qu'on y faisait des analyses marxistes du jeu. Ainsi considérait-on que la défense en ligne constituait l'acte progressiste alors que le catenaccio symbolisait "le fric pour ne pas perdre, soit le capitalisme le plus ordurier".
 
ça me revient  
Le Villars ce café en face du lycée Victor Duruy qui a depuis été remplacé par un "Monceau fleurs"

ça me revient
j'ai découvert l'existence du papier d'Arménie à 17 ans parce qu' Agnès en avait dans sa chambre
 
ça me revient 
une finale du championnat de France de rugby à l’époque où c’était encore un sport amateur que les joueurs du Racing avaient joué avec des nœuds papillons sur leur maillot et s'étaient fait servir du champagne à la mi-temps. Je crois que dans l'équipe il y avait Franck Mesnel et Jean-Baptiste Lafont (un joueur qui fut d'abord sélectionné chez les barbarians anglais, avant de l'être en équipe de France). Par contre je ne me souviens plus de l'année.

Ça me revient, 
la première fois où j’ai tiré directement de l’argent en devise locale avec une carte bleue. C’était à Hong Kong en 1989

ça me revient,
les réveils le matin à Londres lorsque nous étions venus avec Agnès passer des vacances dans la maison que sa sœur partageait avec des copains, au 41 Westbere road, dans le quartier de Kilburn. Quelqu'un posait le disque des doors sur la chaine et l’intro de "L’america" nous réveillait

Ça me revient 
lors de mon séjour en Guadeloupe à Gosier, j’achetai souvent de la boisson à l’Aloé vera à la boutique du chinois

Ça me revient 
comme c’était bon d’avoir seize ans et d’écouter "Exile on main street" des Stones. De la fenêtre de ma chambre, au loin on pouvait apercevoir le rocher des singes du zoo de Vincennes
 
ça me revient
il y avait un monsieur dans les années 80 et 90 qui venait voir les acteurs à la fin des spectacles pour qu'on lui signe des programmes, il connaissait le nom des acteurs ce qu'ils avaient fait il nous déclinait notre carrière
 
ça me revient 
le souvenir de Philippe Tiry chantant "l'alouette" pour nous faire rire
 
ça me revient
les noms bizarres entendus dans l'enfance, des collègues de régiments de mon père, et qui surgissent parfois comme cela Strapazon surnommé strapa, Lolivrel, Slivenski surnommé Sli, le capitaine Pompée en Algérie, le colonel Trébel
 
ça me revient 
ce prof de musique en troisième pour nous convaincre d'aimer autre chose que le rock nous faisant écouter "Pacific 231" d'Arthur Honneger, ou "variation pour une porte et un soupir" de Pierre Henry, alors que messe pour le temps présent aurait autrement suscité sinon notre adhésion du moins notre intérêt
 
ça me revient
dans la bibliothèque de Lestiou, il y avait un livre intitulé "Dieu est il français", publié dans les années trente. J'ai fait des recherches. Son auteur était allemand et s'appelait Friedrick Sieburg. Sous ce titre provocant l'auteur dresse un tableau pertinent de l'état moral et culturel des Français. Des études légères côtoient des réflexions sur le catholicisme ou le face-à-face France-Allemagne.
 
ça me revient 
il n'y a pas si longtemps j'ai vu un documentaire sur Pierre Boulez. C'est le seul homme qui en vieillissant a eu de plus en plus de cheveux sur la tête
 
ça me revient
dans la bibliothèque de mes parents les douze césars de Suétone et les pages concernant Caligula
 
ça me revient
la première fois — c'était au début des années 80, sur France-musique ou France-Culture — où j'ai entendu un enregistrement de musique javanaise du pays sunda, le début de ce disque précisément, de la collection "ocora musique du monde produit par Radio France". J'en fus saisi, et cela m'arrive encore souvent de le réécouter et cela me met dans un état de suspension tout à fait salutaire, cela touche une part de moi que je ne sais nommer,
 
ça me revient 
l’odeur du buis dans les jardins de la cité universitaire  en juin 1996 lorsque nous y répétions « la cerisaie de Tchekhov avec les metteurs en scène Margarta Mladenova et Ivan Dobchev pour les festival d’Avignon
 
ça me revient 
les camemberts de chez Barthélémy, un fromager situé au début de la rue de Varenne que Philippe ramenait de temps à autre rue de Vaugirard
 
ça me revient
c'est sous la halle du marché de Pau, à la fin des années 90 que j'ai découvert les pêches plates (paraguayo)  que j'adore et qu'on ne trouvait pas encore à Paris. 
 
ça me revient 
"locomotive d'or" de Claude Nougaro,  en 1973 un long morceau sur des rythmes africains, un truc complètement insensé qui durait 9 mn et qui constituait un tournant dans la discographie du chanteur, et que j'écoutais le soir sur mon magnétophone , c'était l'année de l'amour, l'année de la vie enfin, l'apprentissage de la liberté et de l'émancipation intellectuelle
 
ça me revient 
la fête pour les 19 ans de Laurence qui est née avec l'été. De la sangria avait été servie dans des pastèques. Le jour même j'avais passé l'oral de mon bac français au lycée Camille Sée.
 
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ça me revient 
la boutique "Crabtree & Evelyn" boulevard St Germain, non loin de chez Lipp, avec une vasque pour pouvoir se laver mains et poignets après avoir testé crèmes et parfums. J'ai appris il y a peu que le nom de l’enseigne  désignait deux botanistes anglais du XVIIIe siècle (George Crabtree et John Evelyn) Rien que de voir une ancienne bouteille, cela me procure la même senstion que lorsque je vois une boîte de Dinky-toys 
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

dimanche 13 avril 2025

Pêle-mêle avec jardins parisiens

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Voilà,
un jour de mai 2023, j'avais fait une longue promenade en compagnie de Sophie. notre périple nous avait mené du jardin des Tuileries, à la place Vendôme, et passant devant cet immeuble, — appartenant je crois à Vuitton mais je n'en suis pas certain — il y avait eu cette façade joyeusement décorée.  Plus tard nous avions humé des parfum Diptyque dans leur boutique de la rue St Honoré. Je me souviens que pour moi c'était une époque pleine d'illusions et agrémentée de quelques perspectives qui ne furent hélas pas confirmées
 
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Il y a quelque jours, au téléphone, alors que je traînais au jardin du Luxembourg, m'étonnant qu'à plus d'un siècle d'écart les mêmes jeux attirent les enfants autour du grand bassin, un ami me parle d'un nouveau traitement qu’on lui administre. Je crois comprendre que c’est cette thérapie révolutionnaire imaginée par Michel Sadelain dont j’ai entendu parler pour la première fois il y a quelques mois. Mon ami me dit qu’on appelle "carticèles" le produit qu'on lui injecte. Je note ce mot étrange et beau sur un papier. Je ne percute pas immédiatement. En fait il s’agit de CAR-T cells. L'histoire de cette avancé thérapeutique est tout à fait surprenante. Elle a germé dans la tête d'un chercheur dont personne pendant dix ans ne prenait les travaux au sérieux. Lorsqu'il a émis l'idée qu’il serait intéressant d'aider les cellules immunitaires à combattre les tumeurs en leur donnant une instruction génétique, ses pairs oncologues et immunologistes ont jugé ses travaux "saugrenus", "inutiles", "sans avenir", et "stupides". Sadelain nommera « récepteur chimérique à l’antigène » (CAR) le produit de cette instruction génétique, qui donne à certaines de nos cellules immunitaires, les lymphocytes T, la mission de débusquer, cibler et éliminer le cancer qui se propage masqué. Des lymphocytes T prélevés chez le patient, génétiquement éduqués en laboratoire, puis réinjectés à ce même patient, chez qui ils traqueront et détruiront leurs cibles cancéreuses, tout en grossissant leurs rangs. Pendant que des idiots patentés comme l'agent orange et sa clique de crétins décérébrés s'acharnent à tout détruire (la recherche, l'éducation la culture le droit international et l'on n'est pas au bout de nos surprises), – enfin à quoi bon reparler de ça tout le monde en voit les ravages depuis des semaines –, il y a des gens dont le but est d'améliorer le bien-être de l'humanité. Ils sont ce que notre espèce peut produire de mieux. Mais s'ils sont précieux, ils demeurent aussi bien trop rares.

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Sinon, au Jardin des plantes les cerisiers et le prunus shirotae sont en fleurs. Dimanche dernier cela a attiré une foule considérable. J'ai réussi à isoler cette jeune femme avec sa jolie robe printanière qui tentait de fixer son portable sur une branche pour un selfie. J'ai repensé à ce poème de Kobayashi Issa
Puisqu’il le faut
Entraînons-nous à mourir
À l’ombre des fleurs.

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À part ça je continue mes explorations abstraites quand j'ai le courage de travailler. La plupart du temps, j'ai envie de dormir et tout me prend un temps considérable, en particulier les tâches ménagères, mais aussi ce blog. Je crois que ces dernières semaines j'ai pris un coup de vieux.  

jeudi 26 décembre 2024

Réminiscence

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Voilà,
quand il m'arrive d'évoquer cela, je sens bien que la plupart du temps, mes interlocuteurs pensent que ce n'est pas possible, que j'affabule. Pourtant — et je peux l'éprouver de nouveau en me concentrant bien, et mieux encore, lorsque je suis dehors et qu'il fait froid, sec, et un grand ciel bleu — je me souviens de cette sensation de transport d'émerveillement et de toute puissance, quand assis dans ma poussette et bien emmitouflé, je voyais le monde bouger autour de moi. C'était en Allemagne. C'est alors que je commence à me constituer en tant qu'être. C'est à ce moment que je prend conscience que je suis au monde et que je ressens. Je crois que c'est dans la densité de ces moments-là, que s'est formée ce que a langue allemande nomme, l'Innerlichkeit, qui désigne tout à la fois la lumière intérieure, la profondeur de l'âme et l'intensité des sentiments  Et que, ressentir fait plaisir. Prendre conscience, avoir du plaisir, n'a rien à voir avec le langage. Je ne le sais pas encore, puisque, à l'époque je ne sais pas ce qu'est le langage. Ce que j'éprouve c'est l'épanouissement dans le pur instant qui se déploie en durée, l'intensité du bien-être éprouvé. Je ne peux le nommer. Je ne sais pas que ça s'appelle un délice. Sans doute ai-je l'impression de ne faire qu'un avec le monde qui s'imprime dans mon regard, dans mes poumons. Je vois je respire ça me plaît. Ce qui me traverse me plaît. C’est cela donc qui inaugure la lignée des souvenirs. Il y en a un  autre en Allemagne à travers les vitres d’une voiture. Je suis à l'avant, sur les genoux de ma génitrice et je vois un fleuve en contrebas avec des péniches et une ville. Mais de celui-là je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas une recomposition. Qu'importe. Pour revenir au premier, il m'arrive parfois d'avoir envie de l'éprouver complètement encore. Mais cela voudrait dire que je suis sur un fauteuil et que l'on me pousse, perspective tout à fait inacceptable. J'ai repensé à cela il y a quelques semaines sur les bords de la Côle.

mardi 19 novembre 2024

Quitter à présent toutes ces choses confuses

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Voilà
"Quitter à présent toutes ces choses confuses

tout ce que nous possédons et qui pourtant ne nous appartient pas,
ce qui telle l’eau des vieilles fontaines
nous reflète en tremblant et décompose notre image ;
toutes ces choses qui telles des plantes armées d’épines
s’accrochent à nous une dernière fois, – ne pas s’arrêter,
et ceci et celui-là
que l’on ne voyait plus
(tant ils étaient quotidiens et ordinaires)
les regarder tout à coup en face et de près ;
d’un œil doux et conciliant comme pour la première fois ;
sentir confusément combien impersonnelle
et s’abattant sans choix allait la douleur
dont l’enfance était jusqu’aux bords remplie – :
et partir tout de même, arrachant la main à la main
comme si on rouvrait une plaie déjà guérie
et aller plus loin : mais où ? vers l’inconnu,
profondément dans un pays étranger et chaud,
qui derrière tous nos affairements démêlés
se tiendra indifférent comme un décor : jardin ou mur ;
et continuer : mû par quoi ? par nécessité ou tempérament,
par impatience ou attente obscure,
par impossibilité de comprendre ou sottise :

Prendre tout cela sur soi et en vain,
laisser tomber des choses que peut-être on tenait
pour mourir tout seul et sans savoir pourquoi – :

Est-ce là l’entrée d’une vie nouvelle ?"
(Rainer Maria Rilke)

lundi 4 novembre 2024

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (16)

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Ça me revient
en Mars 2008, au jardin des Tuileries, on pouvait apercevoir une des araignées de Louise Bourgeois  exposée sur une pelouse
 
Ça me revient
c'est dans la salle à manger d'un club de vacances à Hammamet où je m’étais rendu parce que je ne voulais rien faire d’autre que me baigner et dormir que .j'ai vu en 1997, le but de Roberto Carlos

Ça me revient

dans les années soixante-dix il y avait un marché des artisans au pied des remparts d’Avignon non loin de la porte de l’Oulle


Ça me revient

Avoir vu le Don Quichotte de Grigori Kozintzev au cinéma Le Cosmos, rue de Rennes, qui fut spécialisé dans la diffusion de films soviétiques entre 1978 et 1993.


Ça me revient

Dans les années 70,  il y eut une éphémère revue de bandes dessinées qui s’appelait Mormoil

 
Ça me revient 
à Biscarrosse-Bourg Mr Vignault , le vieux voisin qui possédait une 203 grise, avait planté des fraises dans son jardin, beaucoup de fraises. J'avais le droit d'en ramasser, ce dont je ne me privais pas.
 
Ça me revient
être passé il y a très longtemps avec Philippe et Dominique dans la propriété magnifique de Jacqueline Badord (qui fabriquait des bijoux) et Olivier Descamps (qui était sculpteur) à l'entrée de Draguignan.
   
Ça me revient
ce film incroyable tourné avec peu de moyens par  Bi Gan "kaili blues" qui se passe à Kaili une petite ville brumeuse de la province de Guizhou. Ce film s'illustre en particulier par une scène en plan séquence de près de quarante minutes, ou un personnage traversée un village en moto
 
Ça me revient
avoir entendu le psychanalyste Serge Lebovici, une nuit à la radio et avoir trouvé ce qu'il disait particulièrement intelligent
 
Ça me revient 
le bonheur avec lequel Philippe contemplait l’arbre à papillons qu’il avait planté dans la petite courette de la maison des filles à Châteaudouble
 
Ça me revient
les fins d'été à Châteaudouble, après le quinze août avec les orages sur la falaises en face, et la mélancolie de la rentrée qui pointe son nez
 
Ça me revient 
ces rumeurs absurdes sur la mort présumée de Paul Mc Cartney, avec ces signes que les gens malintentionnés décryptaient sur des pochettes de disques, et l'hypothèse d'un sosie et toutes ces conneries. Les théories complotistes existaient déjà, ont existé de tous temps, mais il n'y avait alors pas les réseaux sociaux pour leur donner tant d'amplitude
 
Ça me revient 
l'épopée de l'équipe de Corée du Nord à la World cup de 1966
 
Ça me revient 
les noms des six candidats à la présidentielle de 1965, il y avait Maurice Barbu qui je crois avait pleuré lors d'une de ses interventions télévisées et dont on disait qu'il était le candidat des chiens battus, François Mitterrand, Jean Lecanuet qu'on surnommait le Kennedy français, le général De Gaulle, Tixier-Vignancourt le candidat d'extrême droite pour lequel mon géniteur a voté, et un type Pierre Marcilhacy dont je ne me souviens plus du parti
 
Ça me revient, 
c'était bon d'avoir treize ans à Biscarrosse et d'entendre pour la première fois "Le métèque" de Georges Moustaki à la radio. C'est comme ça que j'ai appris le mot "maraudeur" et que c'était pas si grave de voler des fruits dans les jardins.
 
Ça me revient, 
l'année où j'ai habité à Biscarrosse-Plage, passait souvent à la radio que j’écoutais seul dès que je rentrais de l’école et le jeudi (car mes parents n’étaient pas là) il y avait Be my baby des Ronettes.
 
Ça me revient
les tableaux de Cueco avec des villes peuplées de chiens grimpant des escaliers monumentaux
 
Ça me revient 
quand j'ai acheté mon lecteur de cd portable à Hong-Kong, et le disque de Mozart, avec les concerto 16 et 17 la réflexion de Didier,  dans notre pension de famille à Manille :"tu ne prends pas de risque"
 
Ça me revient, 
mais peut-être l'ai-je déjà écrit, en Juillet 1996, ou fin juin, peu avant d'aller jouer "La Cerisaie" à Avignon, nous avions fait une avant première à la cité Universitaire. Mes amis Pascal et Catherine Maubert étaient venus et je les avais ensuite rejoints en compagnie de Christelle après la lecture des notes dans un restaurant peut-être la Closerie des Lilas, mais ça je n'en suis pas sûr. Par contre je me rappelle très bien que Catherine m'avait offert le parfum Philosykos de chez Diptyque, et chaque fois que je le mets je pense à elle. 
 
Ça me revient
une poète qui s’appelait Mitsou Ronat. Mitsou était aussi le nom d’une souris dans une bande dessinée de mon enfance. Je ne sais plus laquelle
 
Ça me revient, 
au début des années soixante, au moment de l'émergence du"rock français" ce qui en fait ne veut strictement rien dire, existait un groupe au nom bizarre "le système crapoutchik". En faisant des recherches j'ai appris que c'était l'ancien groupe d'accompagnateurs de Jacques Dutronc, mon chanteur préféré des années soixante
Ça me revient, 
Dominique surnommait parfois sa fille Agnès Anoushka et plus souvent Nouche ou Nouchette
 
Ça me revient
lorsque nous avions coutume de nous retrouver avec  Gabriela Vitek, une jeune tchèque, au café de l’Industrie, parce que cela lui rappelait les grands cafés de Prague.
 
Ça me revient
lorsque Agnès et Delphine s’amusaient à me maquiller. C’était des jeux d’adolescents auxquels je me prêtais de bonne grâce.

Ça me revient
La fois où j’ai volontairement été cruel avec la génitrice. Il y avait ce spectacle de Didier Flamand, Ecce Homo  à l'école polytechnique, et j'avais dit à Dominique que c'était vraiment bien et qu'il fallait venir. Pour éviter qu'elle dépose sa carte d'identité à l'entrée du 5 rue Descartes (c'était une enceinte militaire et les spectateurs devait laisser leur carte) je l'avais fait rentrer par la porte d'entrée que j'utilisais habituellement. Ma génitrice avait tenu à l'accueillir car elles ne se connaissaient pas. Pour saluer Dominique, je l'ai embrassé devant elle que je n'embrassais plus depuis longtemps
 
Ça me revient
l'usine Géo, au Kremlin-Bicêtre à la toute fin des années soixante. on y fabriquait des saucisses industrielles. Quand on passait devant certains jours ça puait vraiment.
 
Ça me revient
un jour j'étais en compagnie d'Anne D. une très belle et très grande fille qui était notre décoratrice sur le spectacle "Romulus le grand" et au moment de nous séparer, elle m'avait dit sur le trottoir qu'elle s'apprêtait à aller voir et son "vieux" rue des martyrs. Elle m'expliqua qu'elle avait un "vieux" très gentil, qu'elle voyait régulièrement
 
Ça me revient
à l'époque où j'ai découvert le surréalisme, j'étais particulièrement fasciné par les œuvre de Yves Tanguy. J'aimais ces formes étranges, comme du plasma, abstraites mais évoquant cependant des figures. Bien plus tard j'ai découvert les œuvres de Kay Sage son épouse, moins radicales mais tout aussi fascinantes
 
Ça me revient,
l'incroyable interprétation du personnage de Pierre de Touche par Mario Gonzales dans "comme il vous plaira" de Shakespeare monté par Benno Besson en 1976

Ça me revient,
Philippe aimait beaucoup les peintures de cette artiste portugaise Vieira Da Silva

Ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe
 

samedi 5 octobre 2024

Grands arbres

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Voilà,
ces grands arbres de l'enfance
si confortables et rassurants
— autrefois de lourds vaisseaux chargés de rêves —
qui tanguent aujourd'hui
dans la houle paisible des tendres souvenirs
shared with  sunday postcards - sunday smiles  

samedi 29 juin 2024

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (15)

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Voilà,
ça me revient : les slogans publicitaires des années soixante à la télévision française "ça serait meilleur avec du concentré de tomates" ou encore "on a toujours besoin de petits pois chez soi", vous vous changez changez de kelton" "la blancheur c'est ça le premier cadeau bonux"
 
ça me revient, le vélo que l'on m'a offert pour me dix ans était un vélo rouge "hirondelle" de la manufacture des armes et cycles de Saint-Étienne

ça me revient, lorsque j'ai connu Didier F. vers 1976 il s'habillait toujours en blanc. Il avait des chemises Lacoste et une petite Austin Rouge avec un siège baquet et un volant de course

ça me revient entre 1977 et le début des années 80 j’ai beaucoup écouté l’album "The survivors suite " de Keith Jarrett surtout lorsque je travaillais à mes collages
 
ça me revient, Didier à la conférence de presse du festival d'Avignon en 1978 devant un parterre de journalistes intellos de gauche qui se demandent pourquoi il est là invité dans le in alors que personne ne le connaît, et qui déclare son inculture en disant "je suis un enfant de FIP et de la bande dessinée"
 
ça me revient lorsqu'il fallait composer un numéro de téléphone spécial pour avoir la référence d'un morceau sur fip justement

ça me revient, le film "Images" de Robert Altman, qui fut un des premiers films d'art et d'essai comme on disait à l'époque que j'ai vu. Il m'avait alors beaucoup impressionné, mais aujourd'hui je ne me souviens d'aucun plan, ni de ce que cela racontait

ça me revient, lorsque Philippe était pris à table en flagrant délit de gourmandise

ça me revient à dix ans, j'avais acheté au marchand de journaux un supplément de France football qui racontait toutes les coupes du monde depuis la création de la compétition. C'était l'année où l'épreuve fut organisée en Grande Bretagne. Je savais à l'époque que Botafogo avait été le club de Garrincha qui avait brillé en 1962 à la coupe du monde du Chili, et Santos celui de Pelé

ça me revient, j'ai possédé le 45 tours de Jésus-Christ superstar

ça me revient lorsque vers 1964-1965 "baby elephant walk" de Mancini, dans l'orchestration de Quincy Jones était un générique d'émission mais je ne sais plus laquelle ni si c'était à la radio ou à la télé

ça me revient que Lee Krasner a sacrifié sa carrière de peintre pour son époux Jackson Pollock

ça me revient, un nom soudain je ne comprends pas pourquoi, si longtemps que je n'y ai pas pensé, Christian Delacampagne que j'ai lu jeune homme, et qui était si brillant, je me rappelle des articles fort intéressants sur l'Art Brut, bien que ce ne fut pas là son principal champ d'investigation

ça me revient le fait que le velcro partout présent dans la cabine d'Apollo 1 brûlait cinq fois plus rapidement sous forte pression, ce qui était le cas sur le pas de tir, et même explosait littéralement. C'est en partie à cause de cela que White, Grissom et Shafee sont morts au cours d'un exercice de routine. Je m'en souviens, c'était en 1967 j'ai beaucoup pleuré

ça me revient "Au chat huant", rue Galande, j’allais acheter les petits cadeaux de première

ça me revient qu’à une époque de la vie, pour rien au monde je n’aurais manqué le départ des 24 heures du Mans, surtout lorsque pour le départ les voitures étaient disposées en épis (ce qui a cessé en 1971) et que les pilotes couraient vers leurs bolides

ça me revient aussi que le seul pilote à avoir gagné à la fois le grand prix de Monaco, les 24 heures du mans, les 500 Miles d'Indianapolis (dont j'ai appris l'existence en 1965 grâce à la lecture des aventures de Michel Vaillant) fut le britannique Graham Hill

ça me revient Sara M. qui m’avait dit, me voyant avec une chemise blanche, qu’elle aimait les hommes qui osaient la chemise blanche

ça me revient,  un jour lors d’un repas une fille, une étrangère avait dit qu’elle adorait lire les modes d’emploi et tout le monde en avait été très étonné

ça me revient une sérigraphie de Fromanger intitulée Hymnen dans le long couloir qui menait de l'entrée à la cuisine chez Dominique et Philippe, rue de Vaugirard

ça me revient "Les Shadoks". Cette série fit scandale en France. Certains trouvaient ça génial, d’autres complètement stupide. Moi j’adorais. La voix de Claude Piéplu et aussi les sons.

ça me revient cette boîte de nuit after hours qui s’appelait "Save the robots", 25 avenue B au coin de la deuxième rue. C’est là je crois que j’ai rencontré Paul de Vries, qui habitait en Hollande et à Majorque, et qui était venu juste pour un weekend à New York.

ça me revient, au Carbon-blanc, près de Bordeaux, il y avait dans les années soixante, toujours beaucoup de bouchons sur la route des vacances

ça me revient, la première fois où j'ai bu du vinho verde, c'était à Châteaudouble, lorsque Giancarlo et Angelo, revenant du Portugal en voiture pour rejoindre Florence, avaient fait une haltr chez Philippe et Dominique. Je pense toujours à eux chaque fois que j'en bois

ça me revient, chez Agathe, il y eut un moment où, en vitrine, il y avait beaucoup de lampes et de photophores en plus des capipotes. 

ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

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