Affichage des articles dont le libellé est Rêves. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rêves. Afficher tous les articles

samedi 18 avril 2026

Le futur n’a pas eu lieu

Image

 
Voilà,
lové dans un véhicule qui tient à la fois du bobsleigh capitonné et de la pantoufle géante, je glisse dans le futur qu’imaginait mon enfance, un futur qui n’a pas eu lieu. La vitesse elle-même semble s'être assouplie pour m’accueillir. La carlingue, à l’extérieur, comme vêtue — oui, vêtue — d’une étoffe d’anorak, peau souple et légèrement mate, donne à l’engin une apparence plus textile que mécanique. Ainsi enveloppé, je me tiens à quelques mètres du sol, cinq ou six tout au plus, dans une suspension aussi énigmatique qu'enivrante.
Je pourrais m’élever davantage, m’arracher délibérément à la gravité, mais je préfère cette fidélité au monde d'en bas : je surplombe légèrement les autres véhicules, leurs flux continus sur des autoroutes mesquines et trop prévisibles. Je les accompagne sans les toucher, tel un témoin distant, une ombre détachée.
Reste ce problème, tenace et vaguement embarrassant : les tunnels. Vaut-il mieux s’y engager, consentir à leur obscurité, ou bien les franchir par-dessus, dans un surplomb qui serait une forme d’évitement ? Entre la pénétration et l’esquive, mon cœur balance. Mais, depuis La Grande Épidémie, n’en est-il pas ainsi de toute mon existence ?

lundi 30 mars 2026

Les Amis silencieux

 Image
 
Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, cinéaste dont j'ignorais totalement l'existence et qui avec beaucoup de subtilité mettait en jeu des questions morales. 
Pour ce qui concerne Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle non plus, bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin). S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains, mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se retrouvent en position d’observer secrètement un monde parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Pour elle, la réalité, loin d'être immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité". Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines).
La relation entre les humains et la nature ne se résume pas à une simple opposition entre deux mondes. Elle construit plutôt un dialogue silencieux entre eux. Filmée comme une expérience presque tactile, la nature devient une sorte de prolongement de l’intériorité humaine. Cette atmosphère contemplative invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à analyser immédiatement. En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée, qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola, Bruno Latour et Emanuele Coccia
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.

lundi 16 mars 2026

Entre deux attitudes détestées

Image

Voilà,
"il me faut choisir entre deux attitudes détestées - ou bien le rêve que mon intelligence exècre, ou bien l'action, que ma sensibilité a en horreur ; ou l'action, pour laquelle je ne me sens pas né, ou le rêve, pour lequel personne n'est jamais né.
Il en résulte, comme je déteste l'un et l'autre, que je n'en choisis aucun, mais comme, dans certaines circonstances, il me faut bien ou rêver, ou agir, je mélange une chose avec l'autre."
Fernando Pessoa " Le livre de l'Intranquillité" 

mercredi 4 mars 2026

Un dernier rêve de galop

Image

Voilà,
la vallée irradiait.
Entre deux versants sévères pareils à des gencives d’ombre, s’étendait sous une lumière tranchante et limpide, une langue d’eau stagnante. Devant moi, couché sur le flanc, un cheval – alezan pâli, crinière d’écume – gisait avec la solennité d’un monument renversé. 
Dans ce rêve cette bête m'en rappelait une autre qui m'avait hanté durant des années. Son ventre entrouvert, n'offrait pas pas l'abjecte obscénité d’une blessure ;  comme par une porte cédant sous la poussée d’une invisible foule, s’en échappait un essaim de papillons.  Tous semblaient participer d’une respiration secrète. Montant en spirale, colonne fragile, fumée chatoyante et multicolore, ils jaillissaient, surgis d’un ultime et invisible galop, puis s'éparpillaient en désordre.
Je me souviens avoir pensé : voilà donc ce que je contiens, je suis ça aussi.
Chaque papillon révélait une nuance de rouille, de cendre, de fleur fanée. Les regardant, je songeais que chacun emportait avec lui un moment de ma vie où j'avais éprouvé de la honte : une parole trop vive lancée à un ami, un désir tû, un geste retenu par lâcheté qui eût pourtant été apaisant, une situation inconfortable et risible. Ils tournoyaient avec une légèreté gracile et capricieuse un peu dégoûtante aussi, parce que née de la décomposition même.
Sa tête reposant sur l’herbe, le cheval dans son abandon avait la langueur d’un enfant fatigué. Les papillons frôlaient mon visage. Le battement de leurs ailes évoquait le son discret d’une page qu’on tourne.  Je songeai à un livre se feuilletant tout seul... Plus ils s’élevaient, plus la vallée semblait s’élargir. Les montagnes reculaient, comme intimidées par cette ascension d’apparence futile. Je voulus toucher le flanc du cheval. Le contact de ma main suscita un violent spasme. Je me reprochai aussitôt d'avoir esquissé ce geste. Quelque chose vivait encore dans cette charogne. Je devais absolument me réveiller.

mardi 9 septembre 2025

Sans savoir si je dors

Image

Voilà,
"Je ne dors pas. J'entre-existe.
Des vestiges flottent dans ma conscience. Je sens peser en moi le sommeil, sans que mon inconscience me pèse… Je ne suis pas. Le vent… Je m’éveille et je redors, et je n’ai pas encore dormi. Paysage de sonorité, aiguë et troubles, au-delà duquel je ne me connais pas. Je savoure, précautionneusement, la possibilité que je sois en train de dormir. En effet, je dors, mais sans savoir si je dors. Il y a toujours, dans ce que je crois être le sommeil, un son de fin de tout, de vent dans la nuit, et si j’écoute mieux, le bruit de mes poumons et de mon cœur."
Fernando Pessoa in Le Livre de l'Intranquillité -281 
shared with tuesday party

lundi 17 février 2025

Au milieu de la nuit

Image
 
Voilà,
de plus en plus souvent je me réveille au milieu de la nuit avec la sensation d’être passé à deux doigts de la mort, d’avoir senti comme une force intérieure qui voulait me happer m’aspirer dans une sorte de gouffre, d’absence sans contour. Tôt ce matin, c’était très étrange. Dans mon rêve je lisais un texte vraiment bizarre que je prononçais à mesure que les mots apparaissaient. J’avais la sensation d’être particulièrement juste dans mon interprétation et que je ne pourrais pas faire mieux. En même temps je m’apercevais que ce texte racontait ma propre fin que j’étais en quelque sorte en train de la commenter. Je me suis réveillé, désolé d’être confronté malgré moi à des pensées morbides. Il m’arrive de penser parfois que mon cerveau est en train de me préparer à quitter ce monde à plus ou moins brève échéance. Cela me contrarie un tantinet bien sûr, mais tant qu’à faire ça serait somme toute pas mal que cela se passe comme ça. Que la mort me cueille sans souffrance et que je me déploie dans une fugace et très légère surprise.
shared with  friday face off -

vendredi 7 février 2025

Égarements nocturnes

Image

Voilà,
j'ai de nouveau rêvé, — car ce rêve je l'ai souvent fait autrefois — qu'il y avait une reprise du spectacle "Prends bien garde aux Zeppelins" de Didier Flamand. Cette fois-ci, c'était dans une sorte de théâtre baroque rappelant ce petit écrin qu'est le théâtre d'Erlangen où j'avais joué un autre spectacle. Dans ce rêve, je ne me souvenais plus de l'ordre des séquences de la pièce, je n'avais pas mis en place tous mes accessoires, enfin bref j'étais un peu confus mentalement, jusqu'à ce que je m'aperçoive que si on reprenait ce spectacle il fallait forcément qu'on le répète, et que donc ce cauchemar était strictement dans ma tête et non dans la réalité. Je me suis tout de même réveillé un peu ébahi, de me retrouver dans une semblable disposition mentale, après tant d'années, alors que cette affaire n'est absolument plus d'actualité. Je me suis demandé si même mon inconscient n'était pas en train de radoter et que c'était peut-être là un signe de démence précoce. 
 
Image

C'est malgré tout pour moi l'occasion de ressortir quelques unes de ces vieilles photos que j'avais prises en 1981 avant que nous nous produisions à l'Opéra Comique. Nous répétions alors dans les locaux du jeune théâtre national, rue des fossés Saint Paul. 
 
Image

Comme dans certaines séquences de la pièce, je jouais un photographe, un soir de répétition, je me suis amusé à utiliser un véritable appareil au cours de la scène dite de "la réception d'Ambassade". C'est étrange de revoir tous ces visages. Comme nous étions jeunes alors (même ceux que je considérais alors comme des vieux :-) 
(de haut en bas et de gauche à droite Agnès Tiry, Fore Hoffmann, Jean Vallière, Jean Reno, Chritine Paolini, Pierre Carrive, Elisabeth Mortensen, Francis Lemonnier)

lundi 13 janvier 2025

Comme les rêves

 Image
 
Voilà,
"Les villes, comme les rêves, sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, si leurs règles sont absurdes, si leurs perspectives sont trompeuses et si tout cache autre chose". (Italo Calvino)

mardi 17 décembre 2024

Dormir et dédormir

 Image 

Voilà,
"de l'autre côté de moi, bien loin derrière l'endroit où je gis, le silence de la demeure touche à l'infini. J'écoute la chute du temps, goutte à goutte, et aucune des gouttes qui tombent n'est entendue dans sa chute. Je sens mon cœur physique oppressé physiquement par le souvenir, réduit à rien, de tout ce qui a été ou de tout ce que j'ai été. Je sens ma tête matériellement posée sur l'oreiller, qu'elle creuse d'un petit vallon. La peau de la taie d'oreiller établit avec ma peau le contact d'un corps dans la pénombre. Mon oreille interne, sur laquelle je repose, se grave mathématiquement contre mon cerveau. Mes paupières battent de fatigue, et mes cils produisent un son d'une faiblesse extrême, inaudible, sur la blancheur sensible de l'oreiller relevé. Je respire, tout en soupirant, et ma respiration est quelque chose qui se produit – elle n'est pas moi-même. Je souffre sans penser ni sentir. L'horloge de la maison, endroit fixe au cœur de l'infini, sonne la demie, sèche et nulle. Tout est si vaste, tout est si profond, tout est si noir et si froid. "Fernando Pessoa in Le livre de L'Intranquillité
shared with Rain'sTADD

samedi 16 novembre 2024

Nulle terre pour t'appeler

 Image
 
Voilà 
c'était un temps d'heures vides et vagabondes, les terreurs s’épanouissaient dans des tours obscures. En songe tu adorais la pierre sèche et le bois silencieux. Échoués sur un rivage stérile des lambeaux de ciel séchaient là éparpillés comme des fougères fossiles. Nulle terre pour t'appeler ou te retenir. Nul endroit où tes rêves auraient pu faire souche. Éphémères, incertaines, sans récit ni paroles, des visions surgissaient entre deux brumes, traçant un chemin sans bord dans le murmure du ressac.

mercredi 9 octobre 2024

Au creux de la nuit

Image 
 
Voilà,
Menaces confuses au creux de la nuit parmi d'incertaines ruines. Surgissent en froissant l'air. Rêves pulvérulents que dissipe la brume. Poussière bleue. Non, verte. Grise peut-être. Non, bleue. Ou mauve. C'est joli mauve. Donc mauve. Caché derrière un mur quelqu'un enfance la porte de l'aube aux figures lourdes. Égarée, une ombre hésite, furtive. Aussitôt disparaît dans l'écho inachevé d'une fulgurance ouatée. Cette ville n'est pas tout à fait inconnue. Morlante c'est son nom. Comme tout à changé. Ses larges avenues bordées d'immeubles de rapports autrefois aperçues la nuit à travers la vitre du taxi qui semblait glisser sur l'asphalte. Il y avait des bons psychotropes à l'époque. Dans les boîtes la musique était bonne, les filles avenantes. Quelque chose mâche la mémoire. Des voix s'épavent sans contour ni fin. Soudain ce sifflement, obsédant, qui vrille dans les tympans. Et l'horizon stérile à perte de vue.
shared with midweek muse challenge -

mardi 10 septembre 2024

Cérémonie

 Image

Voilà
assise nue sur le bureau Laure Sauvignier tente de rassembler ses pensées. De quelle manière a-t-elle a posé ce matin le verre d'eau sur l'évier ? Elle a oublié. S'en trouve contrariée.
Un peu plus tôt, à l'étage, alors qu’elle était allongée sur le plancher crasseux de la chambre bleue, lui étaient parvenus depuis le vestibule de la vieille demeure familiale, les plaisanteries et les rires gras, des convives, des frères et des cousins. Éméchés pour la plupart, ils tenaient en gloussant leurs chaussures à la main. Immobile, s'efforçant de respirer lentement elle s’était rappelé ces mots doux et les promesses qu'on lui avait fait un jour en caressant ses chevilles. Elle sortait à peine de l'enfance, alors. J'aurais du me marier sans faire la difficile plutôt que de rêver de grand large avait-elle songé dans une longue expiration. Tant d'attentes contrariées et d'abîme retenus entre ces murs où flotte un parfum de violette. 
Une fois n'est pas coutume, elle ne sera pas tout à fait prête pour la cérémonie. Déjà quelqu’un chuchote derrière la porte.
shared with  wordless wednesday -

mercredi 28 août 2024

Choses bizarres

 Image

Voilà, 
parfois sur ton smartphone tu vois des choses bizarres. Tu as du mal à y croire. C'est un gag ou une vraie proposition ? Alors tu gouguelises pour vérifier. Bah oui, ça existe. Vraiment. Ce n'est pas une plaisanterie. Un journal de droite propose réellement une application pour simuler des coalitions à l'assemblée nationale. Et là tu te dis que tu es passé pour de bon dans une autre dimension.
Ce matin, tu t'es réveillé, très perturbé, parce que tu étais convaincu que cette grande île entre le Danemark et le Groenland où tu passais des heures exquises, à pédaler sur des pistes cyclables merveilleuses, existait en réalité. Tu avais mis du temps à sortir de ce rêve où elle te semblait familière, terriblement présente. Comme si tu avais passé ton enfance là-bas. Mais là ce soir tu vas t'endormir dans un monde encore plus absurde que celui dans lequel tu t'es réveillé. Cependant tout y est effroyablement concret. Et en particulier, la bêtise. 
Tu songes qu'il y a sans aucun doute quelque chose qui déconne. Et tu n'y es pour rien. Toi de ton côté, au jour le jour, tu essaies d'être le plus cohérent possible. Mais le président de ton pays lui ne l'est pas. Il est en roue libre, hors sol. Bien que désavoué dans les sondages et dans les urnes — je raconte ça pour mes quelques lecteurs étrangers,  pour qu'ils se rendent compte un peu — il veut être à la fois président, premier ministre et chef de parti. S'il pouvait dissoudre les électeurs il le ferait. Depuis le résultat des législatives il ne cesse d'attendre de tergiverser. Deux mois que le gouvernement précédent, gère les affaires courantes.  Bon comme ça la ministre des Sports aura au moins pu assister aux jeux olympiques. C'est qu'on a découvert qu'il y a des trous dans la constitution. L'intérim d'un gouvernement n'est pas prévu. La notion d'affaires courantes est floue. Les constitutionnalistes s'en donnent à cœur joie. A la radio, la télévision ça piapiate à tout crin. C'est là que tu comprends que le droit c'est tordu. 
Mais le président préside, il monarchise même. Il continue de prendre son temps. Il ne nomme toujours pas de premier ministre, et refuse ce qu'on lui propose. Il justifie ses décisions présentes par la nécessité d'une "stabilité institutionnelle". C'est pourtant lui qui, il y a trois mois, sans consultation, dans la hâte, a semé le bordel et l'instabilité en précipitant des élections. Son obsession, pour le moment c'est de disloquer la gauche. C'est pour cela vraisemblablement qu'il a anticipé les législatives avec le succès que l'on sait (son parti a beaucoup moins de sièges et personne ne veut vraiment s'allier à lui). Et maintenant le voilà comme un daltonien dyslexique devant un Rubik's cube. Bref c'est l'impasse.
Ces conneries donnent juste envie de se couper de tout et d'aller se mettre au vert.
 
Image

Par exemple du côté du Parc Naturel Régional de Brière, l'un des plus anciens parcs régionaux français. Situé à quelques kilomètres de l'Océan Atlantique, au cœur de la presqu'île de Guérande,  réputée pour ses marais-salants, il s'étend sur 56 500 hectares. C’est un territoire sauvage et protégé dont les marais constituent une zone humide parmi les plus riches d'Europe sur le plan de la biodiversité. On y fabrique aussi du pain à la farine de petit épeautre doré. Depuis que j'en ai mangé j'ai envie d'y goûter à nouveau. Je n'en ai pas encore trouvé à Paris. C'est aussi difficile que d'y dégotter une majorité de gouvernement à l'assemblée nationale.
Mais tu ne bougeras probablement pas. Tu le sais. Trop fatigué. Tu vas continuer à regarder le monde depuis mon lit.

samedi 3 août 2024

L'enfant russe

Image

Voilà,
un jeune enfant russe, blond pleure à genoux dans le salon d’une résidence de campagne. En cercle autour de lui nous sommes quelques adultes à le regarder. Je reconnais cet enfant car je possède une carte postale soviétique que j’ai achetée quelques années auparavant, sur le marché de Gardhaïa qui le représente en gymnaste. Je constate qu'il n’a guère changé depuis. Cet enfant vient de perdre son frère qui jouait dans la même équipe de football que lui. Une sorte de crise cardiaque l'a terrassé tout à l'heure pendant la partie. J’ai assisté à l’événement alors que je regardais le match du bord de la pelouse. A présent tout le monde l'observe en proie à son chagrin et personne ne le serre dans ses bras. Il faut que je me décide. Il a besoin de mon réconfort et de ma chaleur. 

mercredi 31 juillet 2024

Un projet incertain

 Image
 
Voilà,
le metteur en scène italien me parle d’un projet qu’il souhaite produire et auquel crois-je comprendre il voudrait m'associer. Il me montre des bouts de charbon qu’il pose sur la table, et dit que ça serait génial de faire un spectacle à partir de ça, de cette matière, et moi je réponds “oui, génial génial enfin tout de même, n’exagérons rien....”. Il m'explique qu'il voudrait réaliser une "pièce géologique" — c'est bien la première fois que j'entends parler de ça — et s'embarque dans des explications très complexes et alambiquées, où il est question d'orogénèse hercynienne et de chaînes varisque. Pendant qu'il me cause je songe à tout autre chose, à ces menus bonheurs qui font le sel de la vie : un fin rideau qu'une légère brise agite quand dehors il fait beau et qu'on entend les enfants piailler dans une cour de récréation. Se laisser dériver sur un matelas pneumatique au bord d'une plage de la Méditerranée ou dans une piscine. Boire à l'ombre d'un platane un "Pacalo" ou un "Gambetta" sur une terrasse en Provence. Écouter le matin sur France-musique les émissions de Denissa Kerschova avec son délicieux accent tchèque qui me ravit. J'essaie toutefois de donner le change et de paraître intéressé, opinant quelquefois du chef. Derrière lui, des machinistes qui ins­tallent un rideau de scène esquissent, sans qu'il ne s'en rende compte, des pas de danse d'une drôlerie et d'une grâce incroyable. Soudain il me dit "à la fin on entendra par un matin pluvieux au cœur d'un été lourd de menaces la voix de Franck Sinatra chanter "What is this thing called love" de Cole Porter. Je suis un peu décontenancé, et je bredouille hésitant "ah oui cela pourrait être très beau et très émouvant". Mais je ne suis pas certain d'être bien convaincant. Depuis octobre dernier on corps me semble totalement désaccordé, en inadéquation avec la réalité. J'ai l'impression de me tenir mal, de parler faux, d'être en permanence à côté de la plaque.

dimanche 5 novembre 2023

Mélanges

 Image 

Voilà,
le 10 Août dernier, sortant du musée Carnavalet, je suis passé par la rue de Turenne, où j'ai aperçu ce mural réalisé par un artiste du nom de Hopare. C'était un jour maussade, il ne faisait pas très beau sur Paris. Je me traînais avec une douleur au genou et une grande déception au cœur. Comme ces jours me semblent pourtant légers au regard de ce que je traverse à présent.

*
 
Image

 
Pour faire face j'essaie de renouer avec des pratiques anciennes, cherchant dans la réalisation d’images abstraites aux couleurs saturées un peu d'apaisement. Mais ce qui fonctionnait autrefois, n'est pas à la mesure de l'événement auquel je dois faire face. Les nuits sont parfois terribles.
 
*
 
Image


Subsiste au matin l'empreinte fantôme de ces rêves effrayants dont on ne se souvient pas vraiment. Ne reste qu'une impression confuse et résiduelle d’où nul récit n’est possible. Persistent seulement les idées sombres qu’ils suggèrent. Tristement hagard, on demeure en proie à un murmure inarticulé mais obsédant qui continue de ramper parmi les pensées et vous laisse épuisé pour la journée à venir.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes. 

dimanche 29 octobre 2023

Mélanges et considérations éparses

Image

Voilà,
une de mes histoires juives préférées qui résonne de façon étrange ces derniers temps.
"des journalistes partent faire un reportage à Jérusalem. Ils filment un peu partout et arrivent au Mur des Lamentations. Après avoir interrogé les gens alentour, ils se dirigent vers un vieil homme qui a prié longuement...
 - Bonsoir Monsieur, vous venez souvent prier au Mur des Lamentations ?
 - Oui Messieurs, je viens ici tous les soirs depuis plus de 40 ans.
- Et pour quoi priez-vous ?
- Je prie pour tout : pour la fin de la guerre dans le monde, pour que la famine cesse, pour endiguer les maladies, la misère, la malnutrition...
- Vous priez vraiment pour tout cela ?
- Et bien plus encore... je prie pour la préservation de la planète, je prie pour ma famille, je prie pour mes amis, je prie pour l'humanité, je prie pour qu'on trouve une solution aux problèmes humains, à la pollution, aux maladies...
- Et qu'est-ce que cette prière vous apporte ?
- Peu de choses... j'ai l'impression de parler à un mur !"
 
Image
 
A Paris, à l'église Notre-Dame des Victoires, les murs sont tapissés d'ex-voto en remerciement des prières exaucées.
shared with  monday murals -
 
*
 
Image

 
Sinon,  la coupe du monde de rugby s'est terminée. Aucune de mes équipes préférées n'a gagné. Hier en passant du côté de la rue Princesse, j'ai pris cette photo. Au moins au rugby les supporters se respectent. Ils boivent des coups ensemble avant et après les matches. Ils se photographient. Je repense aussi à ce tableau peint en 1912 par Eugène Pascau que j'ai photographié au musée des arts décoratifs représentant Fernand Forgues, capitaine de l'aviron bayonnais.
 
Image

 C’était à la mi-septembre, j'étais un autre homme. Mes soucis étaient d'une nature différente et me semblent bien dérisoires à l'heure qu'il est.
 
*
 
J'avais et j'ai encore de nombreuses publications rédigées à l'avance pour ce blog. J'avais programmé celle-ci pour un de ces jours prochains, qui commençait par un rêve qui m'avait traversé il y a longtemps, sans doute à l'époque du confinement. 

Image


"Après m'être couché à minuit, anxieux à cause des symptômes de rhinite ou de pharyngite que j'ai ressentis, je me réveille deux heures plus tard parce qu'un gros crétin avec une grande gueule, se fout de deux types que je lui aurais recommandés. Ils se font passer pour mes frères, enfin c'est comme ça qu'il me les présente. Il paraît qu'ils commettent, en mêlée fermée des fautes de débutants, chacun à son poste de pilier. En voilà une affaire ! Qu'est ce que j'y peux moi si ces deux guignols poussent de traviole et n'assurent pas leurs appuis. Je ne sais pas d'où ils sortent. Je ne les connais même pas. D'ailleurs leur gabarit peut difficilement faire illusion, et en plus ils ont l'air sacrément cons, et deux trois questions me confirment qu'ils ne sont pas plus rugbymen que je ne suis épidémiologiste et c'est sans doute ça qui me réveille". 
Du coup ça m'a rappelé à ces deux là, bien dépités et pas très frais, mais bien sympathiques cependant, que j'avais croisés en Octobre 2011 rue Princesse au matin, peu après la défaite des français lors la finale de la coupe du monde de Rugby contre les All Blacks. Ils avaient absolument tenu à ce que je les photographie.  
Il existe une théorie dite des six degrés de séparation (aussi appelée théorie des six poignées de main)  établie par le Hongrois Frigyes Karinthy en 1929 qui postule que toute personne sur le globe peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation a été mesuré de 4,74 sur le réseau social Facebook en 2011, 3,5 degrés en 2016, et à 6,6 sur l’échange de plusieurs milliards de messages instantanés étudiés en 2008 par Eric Horvitz et Jure Leskovec, chercheurs chez Microsoft, en analysant des discussions de Windows Live Messenger.
Donc si quelqu'un parmi mes lecteurs reconnaît un de ces deux lascars, je peux lui faire parvenir cette photo, s'il me joint par l'intermédiaire du formulaire de contact.
 
*
 
Différentes temporalités s'enchevêtrent. Il faudrait qu'à nouveau je fabrique des images qui rendent compte de cela. Mais je ne sais plus de quoi je suis encore capable. Tout me semble obscur.
 
Image

 
L’essayiste américain, John Koenig dans son "Dictionary of obscure sorrows" a inventé de nombreux mots parmi lesquels "Occhiolisme" qui signifie  "Être conscient de la faiblesse de sa propre perspective dans ce vaste monde".
 
Image
(Paris, Mai 2007)




 
Le terme "Sonder" mérite aussi d’attirer l’attention. Il permet en effet d’exprimer cette impression métaphysique désagréable que l’on éprouve lorsque l’on comprend que "chaque personne que l’on croise vit une vie aussi pleine et complexe que la nôtre". Le sonder est un sentiment qui nous submerge : il exprime le fait d’admettre qu’il est impossible de se mettre complètement à la place de l’autre. Et aussi que personne ne peut se mettre à notre place.
 

vendredi 8 septembre 2023

Une étrange sensation

Image

Voilà,
je suis plus bas, vraiment je suis plus bas, et plus lourd aussi. Qu’est-ce que je fais dans ce corps ? ce n'est pas le mien! Je suis gêné aux entournures. Le coude me fait mal, n'est pas à sa place. En plus j'ai une moustache. Ce matin en me levant je n'avais pas de moustache. Je n'ai rien senti et pourtant il semblerait bien que je sois un autre. Et puis ma main droite a une d'odeur comment dire, étrange, que je ne parviens pas à identifier, quelque chose comme une odeur de vieille bête. Je crois que les gens me regardent bizarrement. J'ai la vague sensation que tout déconne. C’est peut-être à cause de ce type là tout à l’heure qui promenait son chien en lui parlant. "Tu vas faire un gros popo et après j’irais au boulot". Je crois bien que c'est ça, j'ai vraiment entendu ça, j'ai pensé c'est dingue, c'est moi ou c'est le monde qui déconne, mais non j'ai vraiment entendu ça, après j’ai eu un moment d’absence je ne me souviens plus, j'ai marché j'ai continué de marcher en pensant à ce que je venais d'entendre, les rues les gens plus rien ne me semblait réel, tout est devenu un peu cotonneux, comment je vais faire qu'est ce que je vais devenir je ne peux pas finir mes jours comme ça il va falloir que je me regarde comment je vais supporter mon dieu dites moi que ce n'est pas vrai que c'est juste un cauchemar que je vais me réveiller...
—  tu Me parles à Moi, enfin tu Me parles, maintenant que tu es dans la merde, tu Me parles, J'existe enfin pour toi, tu crois que c'est aussi simple, que tu vas t'en sortir comme ça ? Tu veux que Je te dise, tu es mal barré, vraiment mal barré, ne compte pas sur Moi, tu peux te brosser, démerdes toi il fallait y penser avant espèce de mécréant...

mercredi 3 mai 2023

Ainsi vont les choses

Image

 
Voilà, 
des ombres menaçantes se seraient glissées sous le lit. Soudain saisi d'effroi.
Ce n'est pas vraiment un cri qui surgit du corps, plutôt une sorte de plainte apeurée pareille à un long brame. 
Sortir du sommeil en battant des bras frapper le matelas s'apercevoir qu'il n'y a rien en dessous du lit et que ce n'est pas une autre maison vétuste, mais la sienne, juste la sienne et que la ville n'est pas minée et qu'il n'est d'intrus animés de mauvaises intentions
Il en est toujours ainsi,  
tapi dans un coin de son espace onirique, le rêveur demeure le maître invisible des lieux, prêt, quoi qu'il arrive, à réveiller le dormeur si une image, un peu trop perturbante, prend brusquement toute la place et de la sorte occulte le récit.
Mais tout de même, en sueur, tremblant, le rêveur s'interroge. 
Est-ce là l'issue d'une longue apnée ? 
Une rétroaction du futur comme dans le film "La jetée" ? 
Est-ce la mort installée en tapinois dans les cellules qui soudain s'autorise, à la faveur du sommeil quelques effractions, histoire de disséminer subrepticement des bouts de son funeste message ? 
Se rendormir tant bien que mal. 
Au matin toujours les mêmes voix, faussement enjouées. Étrange comme elles semblent prendre plaisir à énoncer des catastrophes comme si ça devait ne jamais les concerner. Est évoqué un scientifique spécialiste en intelligence artificielle. Pour manifester son désaccord et ses craintes relatives à la mise sur le marché d'un produit dont il estime les perspective d'avenir effrayantes, il a décidé de quitter son entreprise-monde. Se rendormir.  
Vagues songes peuplés de murmures et bruissant de questions. "La vie est un chemin parsemé de pierres et de défis... Est-il vrai que tout est simplement là, à notre portée ?...  Et que faire de tant d'abîme pour si peu de ciel ?". Et puis entre veille et sommeil, se mêlent sensations anciennes et paysages autrefois aperçus. Les draps moites collent à la peau. Les cauchemars et les angoisses se dissipent dans la torpeur du corps abandonné. Il serait si bon et si simple de quitter l'existence de la sorte.


Dehors le monde suit son cours. Il recommence à faire chaud.

 Image
 
 
Des choses aberrantes y adviennent. Mineures certes, mais aberrantes tout de même, augurant peut-être de bien pires anomalies. On s'en étonne, on s'en amuse, on peut trouver même ça formidable, mais il est possible que l'on déchante à terme. Bref, John Lennon, mort depuis quarante trois ans, chante avec Mac Cartney, une chanson à laquelle il n'a pas contribué, dont il n'a jamais prononcé les mots, et sans qu'une telle possibilité pût même être envisagée par l'auteur de la chanson.
 
 


ou bien encore une de ses compositions réorchestrée dont il n'existait que des versions démo.
et l'on imagine que les quatre sont encore vivants et ont joué ensemble
comme si rien n'était advenu comme si la mort n'avait pas frappé
 


 ainsi vont les choses
 

samedi 14 janvier 2023

Une maladie me vidait de ma propre substance

 Image

 
Voilà,
je réalisais que, dans une réalité périphérique sûrement constituée d’un plus grand nombre de variables et de dimensions que celle-ci, dont ce rêve constituait en quelque sorte une chambre d'écho, j'étais atteint d’une maladie qui me vidait de ma propre substance. Quelque chose creusait mon corps par endroits. Une de mes fesses n'était plus qu'une gigantesque escarre purulente et sanguinolente. J'avais été en certaines surfaces, creusé, raclé. 
Des bouts de chair avaient disparu. Je n'étais plus que plaies vives. Étrangement, je ne souffrais pas. Cherchant à atteindre des parties de mon corps qui n'étaient pas des membres, (car de ceux ci j'avais encore l'usage) je m'apercevais qu'elles manquaient. Soudain l'angoisse d'avoir — sans que je n'en ai de souvenir —  en quelque sorte été mangé par une force inconnue, se transforma en douleur me ramenant à cette-réalité-ci. Une odeur d'ananas flottait dans l'air

Publications les plus consultėes cette année