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dimanche 3 novembre 2024

Corps et Vedanta

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 Première évidence, le corps sera réduit en poussière, en cendres, décomposé. On ne peut donc pas le considérer comme une réalité ultime. Mais, deuxième évidence, ce «précieux corps humain» - ainsi que l'appellent les Tibétains - est indispensable pour progresser sur la Voie de l'Éveil. En fait, le corps est comparable au véhicule qu’on utilise pour faire la route, et qu'on abandonne quand le but a été atteint.

Le paradoxe, c'est que les Chrétiens, pour qui le thème de l'incarnation est fondamental, ont beaucoup plus négligé le corps que les Hindous ou les Bouddhistes qui, eux, insistent sur son impermanence. Pour les Indiens, la conscience doit se libérer par rapport au corps, mais ceci ne les empêche pas de prendre très nettement appui sur ce corps, notamment dans la posture de méditation qui, en elle-même, constitue une relation consciente avec le monde des sensations. Dans l'anthropologie védantique des koshas, le premier des différents revêtements du Soi est le corps physique, fait de toutes les nourritures que nous avons absorbées. Or, tous les niveaux - somatique, psychique et spirituel - étant interdépendants, il suffit de demander au corps physique d'entrer dans la posture de méditation pour intervenir, à tous les autres niveaux. C'est d'ailleurs pourquoi beaucoup de maîtres se réclamant de l'Advaïta Vedanta pratiquent les asanas du Yoga. Cela dit, le débutant, pour sa part, court le risque, presque inévitable, que l'égocentrisme, avec ses peurs et ses désirs, ne récupère à son profit la démarche sur la Voie et développe une véritable idolâtrie de son propre corps, se faisant par exemple photographier dans toutes les postures de Yoga ou de Zazen... comme il peut d'ailleurs également se gratifier avec des idées métaphysiques non-dualistes ou se bercer avec une sentimentalité encore infantile concernant l'amour de Dieu ou de la Vierge Marie...

Le risque existe, mais l'important c'est d'être assez convaincu pour ne pas s'arrêter là, et aller plus loin. Ce risque, en tout cas, ne justifie pas de maltraiter le corps, ni de le négliger. Puisque, de toute façon, le corps existe, ne pas en tenir compte et ne pas l'inviter à la démarche spirituelle revient à en faire un obstacle !

Mais se désidentifier du corps

Si toute démarche spirituelle exclut de négliger le corps, l'Advaïta Vedanta considère aussi comme fondamental de s'en désidentifier, c'est-à-dire d'être de plus en plus lucide quant au fait que le corps n'est que changements, vieillissement, et qu'en fin de compte il se résume à une succession de sensations qui se présentent dans la conscience. Si je regarde un film qui me passionne, j'oublie complètement le corps physique. La perception du corps n'est donc qu'un enchaînement de formes changeantes se succédant à la surface de la conscience. Nous pouvons être tour à tour conscient d'un corps lourd et fatigué, d'un corps léger et plein de dynamisme, d'une douleur ici, d'une raideur là... le corps n'a aucune réalité fixe !

On doit donc cesser de s'identifier à ces perceptions changeantes. A cette condition, peu à peu, se révélera une «conscience témoin» qui ne sera pas affectée par les messages du corps, se contentant d'un simple constat : il y a une douleur ici, une impression générale de fatigue, une impression de dynamisme, une impression de raideur... Du point de vue de la pratique, ces perceptions et conceptions telles que : «je suis trop gros, je suis trop mince, je suis petit et j'aurais préféré être plus grand», sont systématiquement reconnues comme des sensations et des pensées qui se succèdent dans la conscience mais dans une conscience libre, non affectée, qui ne s'identifie plus, ici et maintenant, à ces «formes» limitées et impermanentes.

Cette désidentification suffit, en elle-même, à désengager la vraie nature de l'esprit, laquelle n'a pas de forme particulière et en laquelle se succèdent des sensations pouvant donner naissance à des émotions «oh non, pas encore cette fatigue», et à des pensées «pourquoi suis-je comme ceci et pas comme cela».

Voir et reconnaître tout cela permet de s'établir de plus en plus stablement dans cette conscience sereine qui ne réagit pas en constatant que des réactions se produisent en nous.

Revue Samsara n°18 janv-fév 2000

A lire : Les chemins de la sagesse - Trois tomes. A la recherche du Soi - Quatre tomes. 
Le message des Tibétains. Yoga et spiritualité. Approches de la méditation.

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dimanche 5 mai 2019

Union musicale

Vous ne verrez ça dans aucun autre pays.
"Allahu Akbar", "Adonaï" et "Ave Maria" à l'unisson devant le Roi Mohammed VI et le Pape François. ☪️✡️✝️
Ce samedi 30 mars à Rabat, l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) a interprété un arrangement un peu spécial. Des représentants des trois religions monothéistes ont communié en chœur devant Le roi Mohammed VI et le Pape François.
Le muezzin Smahi El Hadni, a prononcé l’appel à la prière musulman (“Allahu Akbar”), accompagné par la chanteuse Françoise Atlan, qui a entonné la prière juive (“Adonaï”) puis rejoint par la chanteuse Caroline Casadesus, fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, qui a interprété l’“Ave Maria” de Caccini.
Ils ont conclu le concert main dans la main.

Cette œuvre fait partie d’une série d'événements lancés par l'Orchestre philharmonique du Maroc en 2016 et baptisée “Les religions à l’unisson”.



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lundi 19 novembre 2018

A la source de l'instant avec Thibault de Montalembert

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Quelque chose à l'intérieur de moi me disait de faire confiance à mon « instinct spirituel ». De ne pas avoir peur de m'aventurer sur de nouvelles voies, quitte à me tromper. Je ne voulais pas embrasser une autre religion ni rejoindre une autre église – je n'en ai jamais eu la tentation –, mais partir en quête du vivant. De la Vie. Je me suis alors tourné vers différentes traditions spirituelles : hindouisme, bouddhisme, ou taoïsme, orthodoxie russe et plus tard soufisme et même physique quantique. Quand je lisais les écrits du starets Silouane, de Maître Eckhart, de Lao Tseu, Rumi ou la Bhagavad-Gita, j'étais bouleversé de voir que tous ces écrits mystiques se rejoignaient dans une expérience unique.

Au-delà des formes, des rituels ou des croyances, des époques ou des cultures, il y avait la même illumination intérieure. J'ai donc continué à chercher dans cette direction-là. Et ce n'est que peu à peu, à la faveur de rencontres et de lectures, grâce aussi à mon métier de comédien, que j'ai pu approcher et verbaliser l'intuition spirituelle qu'enfant je portais déjà. Je crois que l'homme est appelé à une véritable « conversion chimique ». Sa vocation, sa raison d'être est de faire descendre l'esprit dans la matière et de faire monter la matière dans l'esprit. Autrement dit, de transformer la matière en ce qu'elle est vraiment : une pure lumière ! Chemin d'incarnation où la personne doit se vider d'elle-même pour se laisser envahir par l'Au-delà de tout.

À 19 ans, pétri de certitudes, je croyais pouvoir dire qui était Dieu. Aujourd'hui, je suis incapable de le définir. Par contre, j'en ai beaucoup plus l'expérience. Et pour preuve : ce vide à l'intérieur, cette inquiétude existentielle qui, pendant de longues années, a pu me jeter dans des abîmes de solitude et d'angoisse, oui, cette absence est devenue une présence qui me remplit et m'élargit. Qui m'illumine. Fort de cette lumière qui m'habite, de cette Source à laquelle je m'abreuve à chaque instant, je crois pouvoir être, en tant que comédien, un vecteur du Vivant.

Thibault de Montalembert 
(source : La Vie)


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lundi 5 novembre 2018

Interview d'Eric-Emmanuel Schmitt (1)


Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Un tel palmarès aurait pu le rendre inaccessible. Au contraire, plus il observe les humains - et les décrit -, plus il les aime. « Quand j’aime, l’autre a plus d’importance que moi, que mon bien-être et mon bonheur». Ce n’étaient pas des mots pour faire joli. C'est ce que nous avons ressenti lors de cette rencontre. Attentif, patient, écoutant, se donnant vraiment pour que cet instant soit intense et authentique.


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Il semble que vous ayez eu une révélation dans un voyage au Hoggar. Quelle a été cette révélation ?

J’étais parti dans le Hoggar pour faire un voyage de reconnaissance pour un éventuel film qui devait se tourner sur Charles de Foucauld. C’était un converti, quelqu’un qui est parti avec une mission de conversion et qui n’a jamais converti personne. Il s’est intéressé aux autres puisque, de ce voyage dans le Hoggar, qu’ a-t-il ramené ? Aucun converti, mais un dictionnaire français-touareg, l’inventaire des lois des nomades, des touaregs, qui sont transmises par les femmes. On
m’avait demandé d’écrire un scénario pour un grand film de fiction sur lui. J’étais à l’époque professeur à l’université, mais on venait de découvrir mon premier texte théâtral qui allait se jouer. Il s’agissait donc d’un voyage de reconnaissance. Le metteur en scène et moi, nous nous sommes greffés à un voyage d’aventure. On était dix à marcher dans le désert. C’était une méharée, avec des chameaux qui portaient les vivres pour dix jours d’immersion totale et de marche dans le désert. Un jour, nous avons fait l’ascension du mont Tahat, la plus haute montagne du Hoggar. Et, arrivé au sommet, pris d’enthousiasme, je passe en premier pour la descente. Je me suis mis à filer entre les rochers, puisqu’il n’y a pas de chemin, sans vérifier que je prenais le bon chemin, la bonne direction, ni qu’on me suivait. Ce fut une impulsion subite.

  • Entré dans le désert athée, j’en suis sorti croyant
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Par ailleurs, il se trouve que je n’ai aucun sens de l’orientation, mais je l’avais oublié parce que j’étais très exalté, je ne sais pas pourquoi. Et je suis parti en gambadant, comme si je voulais me perdre ou comme si j’avais rendez-vous. À la fois, je me suis perdu et j’avais rendez-vous. Je marche comme cela, pendant plusieurs heures, à toute vitesse, et tout d’un coup, à 19 heures, le soleil décroît, le froid arrive, le vent se lève. On est en février : dans le désert, la journée est chaude, la nuit est glaciale. Je me rends compte qu’en fait je ne sais pas où je suis. Je n’ai pas retrouvé le campement qui était dans un oued puisqu’on dormait à la belle étoile, où étaient les chameaux, les autres membres du groupe. 

J’appelle, personne ne me répond. Je me rends compte que je suis perdu dans le désert, sans vivres, sans rien à boire et insuffisamment habillé. Je me dis : « Voilà, tu vas passer une nuit horrible ». C’est le contraire qui s’est produit. J’ai passé la plus belle nuit de ma vie, une nuit mystique, une nuit de feu. J’ai eu vraiment le sentiment de recevoir une force et un message. C’était à la fois l’expérience de la transcendance et une expérience de l’immanence : cette force me fondait dessus et il me semblait qu’elle venait de l’extérieur. Je ne pouvais pas en être l’origine. Et puis, c’était aussi l’expérience d’une immanence, je trouvais au fond de moi la même chose, c’est-à-dire l’absolu, Dieu. Donc, je passe cette nuit-là et au matin, je me dis : « Soit on me retrouve et je vivrai croyant, soit on ne me retrouve pas et je mourrai croyant ». Quand le soleil se lève, je me rends compte qu’il est de l’autre côté de la montagne, ce que je n’imaginais pas. Je suis du mauvais côté de cette fichue montagne. Je me suis trompé. En descendant sur la crête, je suis allé du mauvais côté. J’ai donc passé la journée à remonter cette fichue montagne, j’ai passé le col et j’ai commencé à redescendre. Et juste avant la nuit, le guide touareg avec ses yeux d’homme du désert m’a aperçu et est monté à mon secours. J’ai découvert que mes compagnons de voyage, eux, avaient passé le contraire d’une bonne nuit, puisqu’ils avaient fait des feux partout. Ils avaient appelé dans la montagne : « Eric, Eric ! ». Personne ne répondait. Ils pensaient que j’étais fracassé au fond d’une crevasse. A l’issue de cette première journée, ils allaient se diviser pour qu’un groupe revienne à Tamanrasset, à 300 km et qu’on trouve des hélicoptères. Donc, la situation était très grave. Et moi, je suis arrivé vraiment... décalé. 

Evidemment, je ne pouvais pas dire ce qui s’était passé, tout d’abord parce que je n’avais pas les mots pour le dire, puisque ce n’était pas dans la tradition intellectuelle. Je venais d’une famille athée, avec une éducation athée et surtout des études de philosophie. J’étais maître de conférences à l’université, après des études qui étaient aussi dans l’athéisme. J’ai fini le voyage sur un chameau. J’étais quand même assez faible et je suis revenu avec ce secret : être entré dans le désert athée et en être ressorti croyant. À partir de là, évidemment, tout a changé : mon regard sur le monde a changé, mon regard sur les grands textes religieux a changé. Avant, mon regard de philosophe sur ces textes était un petit peu méprisant, contempteur, parce que, quand on est philosophe, on veut des arguments, les révélations ne nous intéressent pas. Et tout d’un coup, je me mettais à relire les grands textes religieux ou à rentrer dans les grandes religions par les mystiques. Je me sens en écho avec les mystiques de toutes les religions. N’ayant pas de religion cadre, pour moi ce Dieu-là n’était ni le Dieu de Moïse ni le Dieu des Évangiles ni le Dieu de Mahomet. C’était Dieu. Donc, cela a créé aussi une grande curiosité pour les religions au pluriel.

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lundi 9 avril 2018

De la maternité divine...

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La question de l'Origine est au cour de toutes les civilisations. Chacune s'est interrogée sur la source et le sens de son existence. Mais cette question se pose aussi à tous ceux qui s'interrogent sur la provenance, l'énigme et la finalité de leur vie personnelle.
La Déesse-Mère n'est pas qu'un mythe ou qu'une légende. Les innombrables statuettes de pierre qui peuplent nos musées montrent l'importance de cette figure maternelle, dès l'origine de l'humanité. C'est durant le néolithique, entre le VIIIe et le VIe millénaire qu'a émergé cette puissance maternelle. Longtemps chez les peuples premiers, la Terre-Mère fut considérée comme un être vivant à l'origine de tout. Plus tard est apparue une Déesse de la fertilité et de la fécondité : dans la mythologie celte, les religions égyptienne, babylonienne, et celles de la Grèce et de la Rome antiques. 

 
Après un parcours dans cette histoire ancienne, Alain Delaye examine cette présence maternelle dans les religions orientales et dans les grands monothéismes. Il repère aussi le rôle des grandes déesses qui ont éduqué les hommes tout au long de leur histoire : la déesse Vérité de Parménide, la Sagesse de la Bible, la divine Unité de Plotin, la consolante Philosophie de Boèce, la déesse Conscience du Védanta, la Nuit éclairante de Jean de la Croix, la Nature divine de Spinoza et la Vie éducatrice de Vimala Thakar. 


Alain Delaye conclut son livre en jetant un regard moderne sur le mythe maternel avec Freud et Romain Rolland, René Girard, Lacan et Julia Kristeva. 

 
Etty Hillesum désirait « se dissoudre naturellement et harmonieusement dans la terre et le ciel ». C'est à ce retour à sa patrie intime, à la Mer originelle, à la Mère cosmique qu'elle nous invite, non comme une régression infantile, mais comme un franchissement des frontières de nos egos, une immersion dans un océan de liberté, de création et d'Amour.



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Ce livre est une étude de l'accueil maternel à travers les religions et l'histoire. En voici le sommaire :
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vendredi 10 novembre 2017

Hôzumi Rôshi ou les leçons d'un maître zen

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Vous avez animé en 1986 la première retraite au Japon. Pourquoi vous a-t-on choisi ?
Cela a été une surprise pour moi : 27 moines et religieuses venant d'Occident, dont le mariste Bernard Rérolle, le bénédictin Benoît Billot et Jacques Breton, le père fondateur du centre Assise, ont passé un mois dans divers monastères au Japon. Il y a eu une sesshin [période intensive de méditation, ndlr] de cinq jours à Okayama. Et j'ai été nommé pour guider la pratique des participants, alors que je ne disposais pas de compétences particulières pour le dialogue interreligieux. Cela a été une expérience formidable. Le groupe des 27 était associé à des novices bouddhistes, que l'on appelle « les nuages et l'eau », c'est-à-dire des jeunes qui sont censés avoir la malléabilité des nuages et de l'eau. Ce qui sans doute était moins le cas de la délégation européenne.
Vous vous êtes rendu ensuite dans un monastère en Europe. Qu'est-ce qui vous a étonné ?
Je ne connaissais absolument rien à la religion chrétienne. J'étais surpris qu'on nous ouvre les portes et que nous puissions partager le quotidien des abbayes, car je croyais que c'était un royaume interdit. Des échanges plus étroits ont ensuite été instaurés par le pape Jean Paul II qui a donné son accord pour que se noue ce genre de rencontres. À ma connaissance, c'était la première fois que cela se produisait depuis la naissance du Christ. En 1986, j'ai animé les premières sessions zen pour des moines et des laïcs.
Trente ans plus tard, que peuvent apporter ces rencontres à notre époque ?
Nous vivons dans des sociétés marquées par un fort sentiment de peur et des conflits violents. À cause des actes terroristes comme ceux que la France a connus, mais aussi parce que nos contemporains évoluent dans un monde du travail en perpétuelle tension. Si bien que de nombreux citoyens rejoignent les croyants pour se demander comment oeuvrer à la paix.
Que propose le zen pour dépasser ses appréhensions ?
Il est certes difficile d'apporter une réponse simple, car ces actes de violence traduisent aussi de fortes frustrations. Mais un travail dans la durée est de toute façon nécessaire. Et pour cela, le zen préconise de prendre des temps de méditation réguliers, en trouvant une posture physique juste. Le dos doit rester droit, la colonne vertébrale étirée, comme si un fil partait du sommet du crâne pour atteindre le ciel. Et en même temps, le zen incite à nous ancrer dans le sol, en ayant la sensation d'être enracinés dans la terre. L'ensemble crée un état de stabilité, mais sans tension. Cette attitude n'est pas si simple à adopter à notre époque où les personnes sont souvent dans une agitation permanente. Mais ce n'est qu'à partir de cette position que nous pouvons identifier ce que représente la peur pour chacun de nous et élaborer une réponse pacifique pour y faire face.
Pourquoi insister sur la posture ?
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Car elle seule permet de trouver une respiration suscitant un état de calme intérieur où le physique et le mental sont en harmonie. Dans cette perspective, le zen propose de se concentrer sur l'expiration. Nous pratiquons ainsi une forme particulière de respiration (dite inversée) qui purifie le coeur de ce qui nous encombre. Il est conseillé d'expirer profondément et longuement, en ayant la sensation que l'on chasse à l'extérieur ce qui peut être de l'ordre des choses négatives. Quand nous expirons l'air, nous sommes invités en même temps à pousser sur le bas-ventre, entre le nombril et le pubis. L'inspiration survient ensuite comme par réflexe, une simple conséquence de l'expiration. Au début, cette façon de procéder surprend les Occidentaux qui ont plutôt l'habitude de gonfler la poitrine lorsqu'ils inspirent, puis de rentrer le ventre quand ils chassent l'air !
Pourquoi expulser l'air par le nez plutôt que par la bouche ?
Les Occidentaux utilisent souvent la bouche pour respirer dans le cadre d'une respiration centrée sur la cage thoracique. La respiration inversée, en poussant sur le bas-ventre durant l'expiration, s'avère plus simple si l'on ferme la bouche. L'air remonte ainsi le long de la colonne vers les narines. Le menton est légèrement rentré pour faciliter le passage de l'expiration le long du cou. Nous gagnons en stabilité. Ce travail favorise une prise de conscience de nos craintes qui permet de les affronter de la façon la plus paisible possible. À chacun de l'expérimenter, mais cela se ressent physiquement.
En quoi ces temps de méditation ont-ils un lien avec la vie quotidienne ?
Mais ce lien est direct ! Ce qu'on aura découvert dans la posture de l'assise pourra être ensuite transposé dans tous les actes de notre existence pour maintenir ce coeur que rien ne trouble malgré les catastrophes environnantes. Contrairement à une certaine interprétation venue des États-Unis, le zen n'a pas pour but de se débarrasser des émotions. Nous pouvons les recevoir toutes, positives ou négatives. Il ne s'agit pas de les supprimer, mais de ne pas en devenir prisonnier. Progressivement, en pratiquant la méditation, nous arrivons à une forme de lucidité qui n'est pas intellectuelle, mais qui est la capacité de voir les choses dans leur réalité tout en gardant notre propre sérénité.
Plus qu'une technique de bien-être individuel, le zen peut donc nous aider à affronter nos peurs ?
En soi, ce bien-être n'est pas négatif. Les écoles classiques du zen aident leurs adeptes à se sentir bien, en trouvant une certaine quiétude pour ne pas être atteints par les agressions extérieures. Mais il y a un risque à le réduire à cette dimension. Au XVIIIe siècle, au Japon, le zen Rinzai a connu une période qui s'attachait beaucoup trop à la forme et au « salut personnel ». La pratique a été rénovée par un dénommé Hakuin, un type extraordinaire, qui a fait voler en éclats la vision traditionnelle et conformiste du zen, pour ne pas se soucier que de son bien-être personnel. Mais aussi intégrer cette façon de se tenir dans la vie lorsqu'on est confronté à des événements dramatiques, pour garder cette qualité de présence, à la fois concentrée sur la respiration et ouverte sur les autres.

Le parcours d'un maître 
Hôzumi Gensho Rôshi est né en 1937 à Hitoyoshi,au Japon. Quand il perd son père à 7 ans,Hôzumi est confié à son oncle, prêtre du petit templeToko-ji à Kameoka. Il poursuit ses études sans vouloirdevenir moine, mais au cours d'un voyage, il se convertit au zen. Il rejoint alors le monastère Shôfukujipour plus de 12 années de pratique intensive du zenauprès du maître Yamada Mumon. Diplômé en études bouddhistes de l'université Hanazono en 1959, ilincarne le 84e patriarche dans la lignée du zen Rinzai,depuis Bouddha Shakyamuni, l'une des deux grandes écoles zen (la seconde étant le Soto).
 Une retraite avec Hôzumi Rôshi
Chaque année, en février, le maître zen donne une retraite où il partage sa sagesse. Depuis cinq ans, elle se tient à l'abbaye trappiste de Cîteaux. La session est organisée par l'association Mugen dont la responsable est Anne-Marie Hebeisen. Les laïcs peuvent y participer. Renseignements : [email protected]

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mercredi 17 mai 2017

mardi 17 février 2015

Jeunons ensemble avec Matthieu Ricard


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« Le bouddhisme a plutôt tendance à privilégier au jeûne – "Nyoung-Né", en tibétain –, la frugalité et le non-attachement à la nourriture, aux vêtements et aux biens matériels, en général. Il existe cependant une tradition, assez répandue chez les laïcs, mais aussi chez les moines et surtout chez les nonnes, qui consiste à jeûner en groupe pendant deux jours et à se placer dans une attitude de compassion envers tous les êtres en chantant des mantras. 
Cette pratique spirituelle a été initiée au XIe siècle par la nonne bouddhiste du Cachemire, Lakshmi. C'est après avoir eu une vision du bouddha de la compassion, Avalokiteshvara, doté de 1000 bras, 1000 yeux et 11 têtes, que l'ancienne lépreuse en formalisa les principes par écrit.

Beaucoup plus rare, la pratique yogique durant laquelle les méditants très avancés renoncent à la nourriture classique pour "se nourrir", dans leurs visualisations, de l'essence des éléments et de la nature : des fleurs, du ciel, des pierres... Personnellement, je n'ai fait cette expérience que deux fois, dont une en Thaïlande, pour accompagner un de mes frères malades. Mais après la tragédie de Charlie Hebdo, il me semble plus que jamais utile de rassembler toutes les religions autour d’une même cause, celle du respect mutuel, de la tolérance et de la bienveillance. 

En jeûnant collectivement, on met en exergue l'impérieuse nécessité de remédier aux inégalités sociales et d'instiller davantage de solidarité entre les populations, au-delà de l'émotion du moment. Une déclaration par l'action en faveur d'un altruisme durable. »


samedi 2 novembre 2013

Approche de la mort avec Stéphane Allix



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Le 12 avril 2001, mon frère Thomas est mort sous mes yeux dans un accident de voiture en Afghanistan. Cela a transformé la curiosité intellectuelle que j'avais vis à vis de la mort -et qui m'avait poussé à devenir reporter de guerre- en une interrogation vivante qui traverse tout mon être.
Notre société vit dans une irréalité de la mort qu'elle essaye de mettre le plus loin possible de notre quotidien. Mais quand une mère, un frère, un ami meurt, cette réalité fait irruption dans votre vie. Et face à ce gouffre, que faites-vous ? Jusqu'ici des structures -entre autres religieuses-, nous accompagnaient dans ce processus, mais aujourd'hui notre société laïque refuse toute interprétation. On a jeté les aides «à penser la mort». Chacun est seul pour penser la sienne, celle de ses proches et s'y préparer. "Tout ce qui compte dans une vie », disent les indiens Navarros, « c'est la façon dont on va mourir". C'est aussi ce que disent les psychologues. Je crois que si j'intègre le fait que je vais mourir, que je commence à y réfléchir pour y penser plus sereinement, j'aurai moins peur...

...Ce que je sais, c'est que ma recherche spirituelle s'est trouvée enrichie par mon parcours, je n'ai plus le même rapport à la mort, je l'envisage avec plus de sérénité. La vie ne s'arrêtera pas avec elle. Cette intuition s'est imposée dans les minutes qui ont suivi la mort de Thomas et s'est trouvée renforcée par mon enquête depuis dix ans. C'est ce genre d'intuition, d'expérience directe, de «grâce» qui, comme celle de St Paul sur le chemin de Damas, vous transforme, vous fait pénétrer par quelque chose de plus grand...

...C'est extraordinaire... Je ne suis pas un grand consommateur de rites, mais je me retrouve dans l'expérience spirituelle. J'ai vécu des expériences transcendantes dans une église, dans des mosquées en Afghanistan, un temple bouddhiste au Tibet. Je crois que chaque religion permet ces contacts. Je crois aussi qu'il faut risquer sa liberté. Cette interrogation sans fin sur la mort m'a appris qu'il n'y a pas de réponse. Être sans certitude me met dans un rapport d'ouverture, de partage des questions.

Stéphane Allix 
(source : La Vie)

dimanche 28 juillet 2013

Ibn Arabî Le sceau de la sainteté

Grand maître spirituel de l’Islam, ce philosophe et mystique est lu par les intellectuels soufis. Pour lui, se découvrir, c’est découvrir Dieu en soi et inversement.
Par Faouzi Skali

Ibn Arabî est né à Murcie dans une Andalousie au carrefour de l’Orient et de l’Occident, à une époque d’alliance entre la science et la foi, où savants et métaphysiciens marchent main dans la main.
Ibn Arabî rencontre Averroès, très jeune. Son père, inquiet de l’engagement mystique précoce de son fils, l’a envoyé porter des livres au vieux philosophe de Cordoue. En frappant à la porte d’Averroès, celui-ci lui ouvre et lui dit : " oui ". Ibn Arabî le regarde et dit : " oui " à son tour. Puis, il le regarde de nouveau et dit : " non ". Le philosophe lui demande alors : " Qu’est-ce que vous, mystiques, découvrez de plus que nous [philosophes] ne puissions trouver déjà à travers la voie rationnelle ? " Pour Ibn Arabî la réponse se situe entre le oui et le non.
Car la voie mystique n’est ni rationnelle ni irrationnelle. L’esprit s’échappe des limites de la matière. C’est autre chose que la philosophie, hors du domaine de la raison. Sans comprendre leurs propos, on traite les mystiques de blasphémateurs, on les crucifie, on les condamne car ils parlent de choses que le commun des mortels ne peut pas admettre. Quand Ibn Arabî dit tout cela à Averroès, il a près de 14 ans.
Musulman, Ibn Arabî se forme aux théologies à sa façon. Il considère que Jésus est son premier maître spirituel. Véritable génie, il acquiert une science considérable en fréquentant par la lecture différents maîtres et prophètes. Il écrit des livres d’une façon très spéciale, notamment les Gemmes de la sagesse. Il dit l’avoir " reçu " d’un trait, une nuit, réveillé par le prophète Mahomet.
La sagesse est représentée par une pierre dont la forme est comparée à la Tradition. Ainsi, la pierre est la même pour tous les hommes, mais elle est taillée de façon différente selon les religions, selon les formes prophétiques dictées à Abraham, Jésus et Mahomet, le dernier prophète.
À La Mecque, il écrit son ouvrage majeur, l’œuvre métaphysique la plus importante de l’Islam : les Illuminations mecquoises. D’une très grande profondeur, elle résume les aspects spirituels et métaphysiques propres au soufisme, son enseignement initiatique. Ces révélations conjuguent à la fois une extrême rigueur dans la conception et un travail visionnaire qui doit à Ibn Arabî son surnom de fils de Platon.
Ibn Arabî n’est pas influencé par la scission entre raison et foi qui transparaît déjà avec Averroès. Au contraire, avec Ibn Arabî, la foi en tant que vision, conscience et expérience du cœur entre en ligne de compte. La profondeur soufie d’Ibn Arabî se situe dans la rencontre entre l’amour et la connaissance, le cœur et la raison. Il est allé très loin dans le voyage de l’âme vers la proximité divine et exprime cette expérience avec une extrême beauté en commentant ces propos du Prophète : " Celui qui se connaît lui-même, celui-là connaît son Seigneur. " Son voyage spirituel explore son être dans ses profondeurs les plus intimes.
Vivre dans le monde, c’est sans cesse se rapprocher du mystère de l’être divin. Dans un hadith qoudsi (propos divin), Dieu dit : " J’étais un trésor caché, j’ai aimé à être connu. J’ai alors créé le monde afin que je sois connu par lui. " Ibn Arabî s’appuie sur cette explication de la Création pour faire comprendre le but de l’existence. Il s’agit bien de réaliser ce désir de Dieu d’être connu. Ibn Arabî insiste ainsi sur l’importance du désir et de l’amour divins. Ce " soupir du miséricordieux " dont il parle, c’est la manifestation de l’existence, le souffle. Toute l’existence n’est que l’émanation de cette nostalgie divine. L’homme, ou l’âme humaine, quand elle se fait transparente par la prière, devient l’œil par lequel le divin se regarde lui-même. C’est l’œil de la contemplation.
Ce que personne avant lui n’avait imaginé avec tant de cohérence, devient avec Ibn Arabî un aboutissement mystique, une extraordinaire synthèse. Ce n’est pas un hasard si le Moyen Âge l’appellera le Docteur Maximus ! Quant à certains soufis, ils diront de lui qu’il porte le " sceau mahométien ".
En effet, il fut bien l’héritier du Prophète sous ses aspects tant ésotériques que spirituels. Et Ibn Arabî reste, aujourd’hui encore, une référence importante pour toutes les écoles soufies à travers le monde, au titre du visionnaire métaphysique.
Pour qui s’intéresse au soufisme, Ibn Arabî est une étape cruciale. Il trouvera chez lui une liberté, une capacité de transcender les limites de la raison et des formes, d’élargir la conscience dans la connaissance et l’amour divin. Ibn Arabî lui indiquera la voie vers des domaines extrêmement profonds, voire déconcertants. Il comprendra que la perception est toujours au-delà de ce qu’on imagine, qu’elle nous rend humbles devant une connaissance sans limites. A.S.

Né dans la médina de Fès, Faouzi Skali est directeur du festival de Fès depuis sa création en 1994. Spécialiste du soufisme, il est l’auteur de Jésus dans la tradition soufie, en cours de traduction chez Albin Michel.

"Le sommeil loin de Toi me devient interdit.
Comment peut-on dormir séparé de l’Aimé ?
L’amour est ma religion et ma foi. "

Le grand maître soufi
1165 Naissance à Murcie (Espagne).
1179 Rencontre avec Averroès, à Cordoue (Espagne).
1196 À Fès (Maroc), révélation du " sceau de la sainteté mahométienne.
1203 Commence les Conquêtes spirituelles mecquoises.
1223-1240 S’installe à Damas (Syrie), où il finit sa vie.

Aller plus loin avec le soufisme
À VOIR
- Participer au festival de Fès
Fès organise depuis dix ans un festival de musiques sacrées du monde.
Les invités de cette année : chanteurs soufis du Kurdistan iranien, derviches tourneurs de Konya, moines danseurs du Tibet, mais aussi Monserrat Figueras, sœur Marie Keyrouz et Yousou N’Dour...
Du 28 mai au 5 juin.
Les concerts se déroulent dans des lieux magnifiques : place Bab Boujloud, porte de la Bab Al Makina, patio du musée Batha...
- Les rencontres de Fès
Parallèlement au festival se tiennent des rencontres sur le thème Une âme pour la mondialisation. Invités : Laure Adler, Bertrand Collomb, Leïla Shahid, Jorge Semprun...
Du 29 mai au 2 juin, de 9 heures à 13 heures.
- Le festival off
En marge des manifestations officielles, des concerts gratuits ont lieu tous les jours à 17 h 30, place Bab Boujloud.
Soirées soufies, à partir de 23 heures, à travers la ville.
Tout le programme sur www.fesfestival.com
Y aller
- Avec La Vie : Jean-Claude Petit, ancien président de Malesherbes Publications, accompagne un groupe de lecteurs à Fès, pendant le festival (2 120 €). Inscriptions : Martine Lominé, 163, bd Malesherbes, 75017 Paris.
Tél. : 01 48 88 65 34.
- Avec Terra Diva, 340 €. Hôtels de 79 à 191 € par jour pendant le festival. 29, rue des Boulangers, 75005 Paris, 01 44 07 10 12.
- Liaisons directes Paris (Orly)-Fès avec la Royal Air Maroc. Aller-retour le 27 mai et le 7 juin : 479,42 €.
- Sur les traces d’Ibn Arabî
La mosquée Aïn el Khaïl, dans le cœur de la médina de Fès. Ibn Arabî y vécut, y travailla et y reçut sa révélation. Cette petite mosquée est menacée par deux maisons mitoyennes qui risquent de s’écrouler. Laïla Skali, architecte, se mobilise pour la sauver et en faire une bibliothèque sur le soufisme et Ibn Arabî.
À lire
- Ibn Arabî dans le texte
Traité de l’amour se lit aisément. L’introduction de Maurice Gloton, traducteur et spécialiste des grands soufis, propose une chronologie éclairante sur la vie d’Ibn Arabî. Dans la même collection, mais plus ardus pour les non-arabisants : la Sagesse des prophètes et les Illuminations de La Mecque.
Albin Michel, 8,60 €.
- L’Esprit de Fès : en quête de sens et de beauté
Pour ce livre anniversaire, Nathalie Calmé a recueilli des témoignages d’artistes, philosophes, économistes... venus au festival depuis dix ans. En vente au festival, disponible en librairie début juin, éd. Albin Michel. A.S.

Ibn Arabî et l’amour
"L’amour est ce rapport
Qui concerne aussi bien l’homme que Dieu,
Bien que notre science
Ignore cette relation.
Car l’amour est savouré,
Mais son essence incomprise.
N’est-ce pas étonnant, mon Dieu ! Ô mon Dieu !
L’Être même de Dieu
Est fondé sur l’amour,
Lui qui voit en nous comme en Lui,
Sans que nous soyons principe d’analogie.
Le terme de l’amour chez l’homme
Est de réaliser l’union :
L’union de deux esprits
Et l’union de deux corps.
Aussi l’excellence de l’amour
Est-il l’effet de l’Excellence !"
Extrait de Traité de l’amour, Albin Michel coll. Spiritualités vivantes.

lundi 4 juin 2012

Tibet et Saga Dawa...

Un voyage au tibet pour l'anniversaire de Bouddha

 Saga Dawa est la totalité du quatrième mois du calendrier tibétain, cela signifie en général entre mai et juin. Le septième jour de Saga Dawa est la date historique de la naissance du Bouddha (pour les tibétains). Néanmoins, la naissance du Bouddha, l'illumination et l'entrée en parinirvana sont observés ensemble le 15ème jour de Saga Dawa que l'on appelle Saga Dawa Duchen. C'est la fête la plus importante du bouddhisme tibétain, que l'on observe généralement en faisant un pèlerinage, en allant au temple, etc ...

vendredi 2 mars 2012

A propos de Dieu

Une expérience, une rencontre...(De Maharshi à Shiva)

mardi 7 février 2012

Louis Lavelle, une figure spirituelle...

« Dieu est une présence, et non une existence.
Dieu n’existe pas comme un être, ni comme un idéal, mais comme source et comme fin.
C’est en lui que se produit le mouvement temporel qui nous fait être, mais il nous permet de nous constituer nous-même afin de prendre place dans son éternité. »

« La plus grave de toutes les erreurs, c’est de faire de Dieu un éternel absent, car non seulement il est la présence toute pure, mais encore c’est lui qui donne la présence à tout ce qui est. »

Aphorismes de Louis Lavelle.


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Louis Lavelle est l’un des grands philosophes français du XXe siècle, pourtant méconnu du grand public. Ce fils d’instituteur s’est passionné pour la pensée de Nietzsche. Durant la Première Guerre mondiale, il est envoyé dans la Somme, puis à Verdun, où il est fait prisonnier. Dans le camp de Giessen, en Allemagne, il rédige sa thèse de doctorat de philosophie. À l’armistice, il enseigne aux lycées Henri-IV et Louis-le-Grand. Il devient titulaire de la chaire de philosophie au Collège de France en 1941, multiplie les conférences avant de s’éteindre en 1951.
Dans l’héritage non publié de Louis Lavelle, deux dossiers ont été retrouvés, l’un intitulé Spiritualité et Religion, l’autre, Philosophie de la religion. Ces manuscrits rassemblent des notes éparses, avec des réflexions sous la forme d’aphorismes. Louis Lavelle s’y exprime en témoin. Dans son cheminement personnel, il est clair qu’il ne tient pas à faire fi de l’héritage religieux reçu, à savoir sa foi chrétienne et plus particulièrement catholique. Il réussit à ne jamais durcir les différences entre le discours religieux traditionnel et la réflexion philosophique.

Ce qui peut apparaître comme pure opposition, il le dépasse par une démarche dialectique et par une intégration sur un plan spirituel plus large, celui de la « Présence totale » à laquelle nous participons tous, chacun selon sa mesure propre.

Louis Lavelle


1883 Né le 15 juillet à Saint-Martin-de-Villeréal (47).
1909 Agrégé de philosophie à Neufchâteau.
1913 Mariage.
1921 Soutien sa thèse de doctorat de philosophie, la Dialectique du monde sensible.
De 1924 à 1951 enseigne à Paris la philosophie et tient la chronique de philosophie du journal Le Temps.
Auteur de la Dialectique de l’éternel présent, composé de quatre volumes.
1951 Mort à Parranquet (47).

source : La Vie

mercredi 1 février 2012

Eric Domb et Pairi Daiza (2)

Suite et fin de l'interview d'Eric Domb dans le parc belge Pairi Daiza

mardi 31 janvier 2012

Eric Domb et Pairi Daiza (1)

Eric Domb souhaite donner à son parc une image davantage en adéquation avec son ouverture aux cultures du monde et à la spiritualité. Pairi Daiza, qui évoque la notion de paradis dans la tradition persane (qui veut dire en persan:“Verger entouré de murs”.), lui paraît renvoyer à ce lieu qu’il souhaite continuer d’ériger sur le domaine de l’ancienne abbaye de Cambron.
C'est tout à fait par hasard – en automne 1992 – qu'on lui a parlé d'un site délaissé, le Domaine de Cambron à Brugelette. Il s'y est rendu et ce fut le coup de foudre. Il s'en est suivit une étude de projet. Mais à la veille de la création du Parc, le principal investisseur a retiré ses billes du jeu. Eric Domb a décidé de continuer malgré tout. Il a pu convaincre son banquier qui a investit 10% de ses fonds propres via un prêt bancaire. Les années ont été difficiles jusqu'en 1998 où le Parc Paradisio a permis d'engranger quelques bénéfices, ce qui a permis d'introduire la société Parc Paradisio en bourse. Tout cela permet d'assurer l'avenir du projet en grand.


Parc animalier, végétal et monumental, ce domaine de 55 hectares se distingue de diverses manières de tous ses concurrents, et notamment, par sa dimension spirituelle. En témoignent au moins deux éléments majeurs : Le Royaume de Ganesha, dominé par un superbe temple balinais, dédié à l'hindouisme, et Le Rêve de l'empereur Han Wu Di autour d'un somptueux jardin chinois, d'inspiration taoïste. D'autres sanctuaires suivront, dans les prochaines années, pour rendre compte ici de l'extrême diversité des grandes spiritualités du monde, de l'islam à la franc-maçonnerie, en passant par l'animisme, le judaïsme et le christianisme...



samedi 10 décembre 2011

Frédéric Lenoir et les religions (1)

Première partie de la rencontre avec Frédéric Lenoir sur les spiritualités.

Né en 1962, Frédéric Lenoir est aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes occidentaux du domaine des religions et des spiritualités. Diplômé de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris avec une thèse sur "Le bouddhisme en Occident", il est l'auteur de nombreuses publications dont "L'Encyclopédie des religions" qu'il a conçue et dirigée avec une ancienne invitée de "noms de dieux", Ysé Tardan-Masquelier. Il a dirigé l'excellent magazine "Le Monde des religions" qui offre une approche laique et culturelle du fait religieux. Et, ce touche-à-tout de génie a publié "L'Oracle della Luna", un grand roman d'amour et d'aventures doublé d'un thriller initiatique publié chez Albin Michel. Catholique, mais critique, Frédéric Lenoir est un véritable surdoué qui n'a pas fini de nous étonner...