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dimanche 31 mars 2024

Rire au paradis

 

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« J'aime le rire. Je l'aime avec gourmandise, je l'aime tellement qu'il me donne le seul doute quant à la figure radieuse du Christ : pas un seul éclat de rire dans les Évangiles. Il est vrai que les dieux ne semblent pas goûter au rire. Ils vont plutôt du côté du sourire et cependant je ne peux croire que le rire soit laissé comme un os à ronger pour les diables, je ne peux penser que le rire n'a pas sa place en paradis : qui a vu un petit enfant éclater de rire a tout vu de cette vie et de l'autre. »


Christian Bobin, L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994, p. 88


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jeudi 29 février 2024

Une saison inédite


vient un point
où il n’y a plus rien
sinon la souffrance
la souffrance
partout
et la nécessité
impérieuse
impersonnelle
d’y contribuer
le moins possible
de la soulager
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à sa place
autant que possible
vient un point
où il n’y a
plus que cela
ce point n’exclue pas
les plaisirs innocents
accordés à soi même
ll n’exclue pas
l’émerveillement
celui de l’humain
souriant parmi les décombres
du danseur
sur le champ de ruines
ce point
n’exclue rien
mais il absorbe tout
les colifichets les distractions
toutes ces entreprises
auxquelles on se voue
malgré tout
Idéologies religions philosophies systèmes
toutes constructions
déconstruites
ce point dissout
éveil croyances explications
sens et non sens
il consume tout concept
jusqu’à celui de Dieu
ce point atteint
rien n’est atteint
il ne subsiste rien
juste des apparences
parfaitement honorables
et que donc, on honore
mais dont la substance
s’évapore
plus que l’amour
son exigence
féroce
déshabillée
de tout romantisme
de toute sentimentalité
de toute naïveté
son évidence
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sa difficulté
jamais résolue
ce point atteint
rien n’est atteint
car il n’est rien
qui puisse être atteint
par qui que ce soit
ou que ce soit
le fils de l’homme n’a nulle part où reposer la tête
ah ce n’est pas l’histoire
qu’on nous avait contée
ni l’été promis
ni l’hiver annoncé
autre chose
une saison inédite
neuve
sans référence
dans laquelle il s’agit d’entrer
pour y danser
sans états d’âmes

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Gilles Farcet


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jeudi 10 août 2023

dimanche 3 janvier 2021

Saut dans le bonheur. Je suis...

 

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"Mettre mon attention sur la présence que je suis.
Tout est toujours exactement tel que cela doit être. Comprendre ça est la fin de la souffrance. La pleine acceptation des choses telles qu'elles sont, l'absence de résistance, à la vie telle qu'elle est, c'est cela la paix, le paradis, le bonheur.
Et le bonheur, c'est ce que nous sommes.
...
Ce n'est pas nous qui choisissons d'être déconnectés de nous-même, c'est la source, la vie, qui a mis ce programme en place. Vivre l'expérience de la séparation n'est donc pas une erreur, elle fait partie de ce qui est destiné à être vécu par chaque être humain."
Armelle Six

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vendredi 3 avril 2020

Coronavirus : les jours barbares

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Par René Frégni
Publié le 19/03/2020 à 21:00

Marianne lance une série littéraire intitulée "La vie et le virus à travers ma fenêtre", ou les battements du cœur d'un écrivain dans la tempête. Le corps est confiné mais les mots et l'esprit vivent.

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J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots. 

LA LUMIÈRE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AUSSI BELLE
Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.

Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.

J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Je n’avais pas un sou. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. L’eczéma avait disparu. J’avais récupéré mon corps, ma tête, mon temps. J’étais pauvre et libre. Ma vie enfin m’appartenait. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables.


NOUS ÉCRASONS TOUT CE QUI EST VIVANT
Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre. Il a fait tellement de mal…

En quarante ans, nous avons massacré soixante pour cent des vertébrés et nous ne sommes qu’au début de la sixième extinction de masse, la première attribuée à l’homme, l’anthropocène disent certains… Nous avons massacré les baleines, les aigles et les faucons pèlerins, le cheval sauvage de Mongolie, le daim de Mésopotamie, nous avons traqué en jeep l’onyx, aux confins du désert, exterminer les derniers rhinocéros de Java, l’ibis du Japon, la grue blanche américaine, les petits paresseux sont au bord de l’extinction. Nous écrasons tout ce qui est vivant, pour notre jouissance ou pour entasser dans des caves blindées des pyramides de billets de banque.

Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Les vrais rapaces, c’est nous ! Nous avons appelé ces massacres la civilisation. Nous succomberons, broyés par cette civilisation. 


LE VIRUS DE NOTRE TOUTE PUISSANCE
Coronavirus… Serait-ce le début de la fin ? Nous avons dominé la rage, la poliomyélite, la fièvre jaune, dominerons-nous cette fièvre de l’argent, de la possession, du profit, cette maladie contagieuse du pouvoir, cette certitude que nous sommes plus intelligents que tout ce qui est vivant autour de nous, les forêts, les rivières, les océans, l’air et tous les animaux qui sautent, rampent, volent.

Je suis agnostique, je n’ai jamais mis les pieds dans une église sauf quand elle était très belle, qu’il faisait très chaud. Je ne crois pas au châtiment divin, à la punition dernière, à l’expiation. Je crois à une réaction cosmique, une saine réaction. Une réaction non préméditée, ni religieuse, ni vengeresse, le début du soulèvement de tout ce qui est vivant, face à notre impérialisme cynique et aveugle. 

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CHACUN DE NOUS EST L’ÉGAL D’UN FIGUIER 

Le virus de notre toute puissance a fait mille fois plus de dégâts, de souffrances, de morts que ce pauvre coronavirus. Nous sommes, sur cette terre merveilleuse, l’espèce la plus criminelle, la plus prédatrice, la plus dangereuse. La vie lentement s’écarte de nous, se méfie de nous, sécrète ses anticorps dans les profondeurs des racines et les molécules de l’eau, de l’air.

Le mot virus vient de venin, poison. Nous sommes le venin et le poison, nous sommes la contagion. Nous nous sommes pris pour les dieux de cette planète. Tout ce qui tentait de vivre nous l’avons méprisé, mis en esclavage. Chacun de nous est l’égal d’un figuier, d’un caillou, d’un ruisseau, d’un ver de terre. Nous avons besoin du ver de terre, il n’a pas besoin de nous. C’est un infatigable laboureur qui travaille jour et nuit pour qu’explose la vie, comme les abeilles, les hérissons, les oiseaux et les nuages.


LE VIRUS REDOUTABLE DE LA VERTU 

Le coronavirus est peut-être notre dernière chance. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de la vertu. » écrit Victor Hugo. Puisse ce virus nous contraindre à cette vertu. Nous avons quelques mois pour ouvrir les yeux, pour nous rendre compte que dans les banques il n’y a rien, que les vraies richesses sont autour de nous, ces géraniums sauvages, ces bourgeons qui éclatent partout, cette lumière unique qui n’existe nulle part ailleurs. Le paradis est partout. Nous y sommes.


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La seule intelligence, c’est la vie. Tout ce qui pousse vers la mort est bête, les guerres, la frénésie de l’argent, notre consommation effrénée, la lumière morte de nos écrans, les bonheurs virtuels, l’ère du plaisir instantané. Ce n’est pas le virus qu’il faut combattre désormais mais notre rapacité, notre démence qui nous ont éloignés des rivières car nous leur préférions les fleuves d’argent.

MONTER DANS UN TRAIN QUI N’EXISTE PAS
Notre vie nous appartient, notre corps nous appartient, notre temps si précieux nous appartient. Chaque jour depuis trente-six ans j’écris le mot gare et je monte dans un train qui n’existe pas. L’imagination ne consomme aucune goutte de kérosène et m’emmène tellement plus loin. J’ai passé ma vie à lire, écrire, marcher, rêver, fendre du bois et caresser la tête d’un chat.

Je vis de presque rien et rien ne me manque. J’ouvre les volets le matin, tout est sous mes yeux, l’herbe pailletée de rosée, la brume rose et verte à l’est, les amandiers couverts d’une neige de fleurs qui éclairent les collines. Ma journée sera semblable à celle d’hier, celle de demain. J’aimerais que cela dure encore mille ans, je ne m’ennuie jamais, je n’ai besoin que de douceur et de beauté.


LE PARADIS ET LA MORT SONT PARTOUT
Je sais pourtant que la mort rôde dans les rues de chaque ville, pousse des portes, escalade à pas de loup des escaliers, se glisse sans bruit dans les maisons des hommes. Quand je pousse mes volets, je ne vois que le printemps, insouciant, jeune à nouveau, lumineux, si heureux de vivre, ivre de sa beauté. Chaque chose est à sa place, la nature est sereine, modeste, équilibrée. Nous nous sommes octroyé une place démesurée et le droit de tout détruire, de tout saccager.

Nous n’avons que quelques mois pour regarder le printemps, écouter le printemps, marcher dans le printemps. Nous n’avons que quelques mois pour entrer dans l’été et vivre comme les oiseaux, les feuilles, les nuages et les vers de terre. 

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LA BEAUTÉ CONTRE LA GUERRE
Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons tuer la guerre. Nous devons nous ranger du côté du printemps, de la beauté, sinon nous serons balayés et la terre se refermera sur nous, nous oubliera pour ne se concentrer que sur la vie et les saisons qui passent. Nous n’aurons été pour elle qu’un simple virus parmi des millions d’autres, dans ces milliards d’années.

Il y a trente-six ans, j’ai fait un choix. Je vais descendre fendre mes bûches, caresser la tête de mon chat et j’irai marcher un peu dans la colline, au moins, si je pars demain, j’aurai profité du printemps.


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vendredi 25 octobre 2019

La clef des champs

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J'ai trouvé, l'an dernier, dans une brocante, une statue de saint Pierre en granite rose tenant, dans ses mains épaisses de pêcheur, la clé immense du Paradis. Tout avait attiré mon attention dans cette statue semble-t-il bretonne. La chevelure, la barbe et la longue tunique de saint Pierre qui ondoyaient au vent de mer. Ses deux yeux grands ouverts et sa tête légèrement penchée de côté qui invitaient à la méditation comme à un échange de paroles. Cette immense clé qui faisait la moitié de sa hauteur d'homme. Et puis, surtout, cette alliance et cet alliage de chair et de pierre.

L'accès à l'infini 

Au début de l'automne, j'ai surpris le grain de cette statue de granite rose prendre la lumière rasante du soleil de fin d'après-midi. Un moment bref, mais magique. Un mont Thabor. Depuis, saint Pierre et sa clé m'accompagnent. C'est face à cette statue que j'aime m'asseoir pour prendre mes temps de repos et me ressourcer. Elle creuse en moi une interrogation sur le mystère de la chair et de ce roc de pierre sur lequel nous pouvons fonder notre vie, et plus encore sur le mystère de la lumière et de la clé du Paradis. Cette clé serait-elle une clé des champs qui donne accès à l'infini et à la liberté ? La vie spirituelle est faite en effet d'instants de grande ouverture à soi, à la vie, à l'univers, à Dieu, suivis de renfermements tout aussi précieux. Comme les fleurs, nous nous ouvrons à nos heures, et nous nous refermons. Nous ouvrons la porte du Ciel, nous en franchissons le seuil, nous entrons dans l'écoute, dans le silence, dans la prière, nous y demeurons en amour, puis nous reprenons le cours de notre vie. Nous accostons sur des îles, pour nous laisser reprendre par le vent de mer du quotidien qui souffle là où il veut. À nous de garder la clé de ces instants et de laisser vivre en nous ces îles bienheureuses. Je crois que ma clé du Paradis à moi, c'est précisément la lumière. Peut-être parce que je suis une fleur d'ombre, que je suis née dans un nid de poussière, dans un grenier familial envahi de toiles d'araignées et de vieux meubles, où il m'a fallu faire la lumière. Les chats m'ont appris à voir dans la nuit, à ouvrir et dilater mes pupilles pour percevoir la moindre source de lumière et distinguer les ombres dans l'ombre. Les arbres m'ont appris à me nourrir et à me gorger de lumière, à en faire surtout une nourriture et un souffle de vie pour moi et pour tous. Guidée par la lumière, je me suis convertie à la vie.

L'enveloppe obscure 

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Si nos chemins sont faits de jours de lumière, de jours sombres, voire ténébreux, et de jours de clair-obscur, notre erreur est de vivre peut-être trop souvent en enfants lune. La peau sensible, nous nous cachons du soleil, et du « soleil véritable », pour ne sortir qu'à la nuit tombée. Nous nous détournons de la lumière de la vie, nous éclairant seulement à des artifices humains. N'osant vivre la pleine lumière, nous créons notre propre nuit et nos aveuglements. Pourtant il suffit d'un regard d'amour et d'une lumière posée sur soi pour percer cette enveloppe obscure qui parfois nous recouvre et nous cache.
Alors pourquoi ne pas nous offrir les uns aux autres cette clé des champs vers l'infini et la liberté, qu'est la lumière ? Si, demain, la nuit tombe sur la Terre et sur l'humanité, notre nuit sera illuminée par les hommes et les femmes habités par la lumière. Ces personnes lumineuses passent inaperçues en plein jour mais, quand se fait l'obscurité, leur lumière se révèle aux regards. En vierges sages, elles s'illuminent et elles éclairent. Aussi n'hésitons pas à laisser notre chair prendre la lumière, comme la statue de saint Pierre le soleil d'automne. La lumière nourrit, et elle enseigne. Elle délivre, et elle « amorise ».
Charlotte Jousseaume
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mercredi 6 septembre 2017

Derniers regards...


La faune africaine vue au plus près : reportage dans un monde sauvage en voie de disparition.
Afrique 
Regardez-les bien, ils sont en train de disparaître. Philippe- Alexandre Chevallier, reporter photo, sillonne depuis 1985 la Namibie et le Botswana une ou deux fois par an pour raconter la richesse animalière et végétale de cette nature menacée par l’homme. « L'idée n'est pas de prendre une photo juste pour qu'elle soit belle. Je souhaite quelle ait un sens, qu'elle sensibilise l'opinion sur la disparition progressive de certaines espèces ». explique cet amoureux des grands espaces. Cette approche personnelle passe par deux choix : celui de réaliser toutes ses photos sans téléobjectif, directement au contact de l’animal, et, surtout, en noir et blanc. L’intensité des expressions est redoublée par l’absence de couleurs, qui laisse libre cours à l’interprétation. La proximité avec la faune, dans son environnement presque intime, est saisissante.’ 
Clotilde Costil Pour La Vie

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lundi 20 mars 2017

L'eau, naissance et force spirituelle




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Rien n'est comparable à l'eau sinon la spiritualité elle-même. 
Insaisissable dans sa structure, en constant dynamisme, prenant la forme de tous les contenants sans en conserver aucune, capable de percer la roche sans pourtant s'opposer à quoi que ce soit, bonne à tous les êtres sans rien demander à personne, origine du Ciel et de la Terre, mère de toutes choses, l'eau est l'alpha et l'oméga de la vie, l'expression de Dieu.

« La Perfection est comme l’eau » dit le Daode Jing de Lao Zi  au chapitre 8 mais l'eau ou sa symbolique (sous la forme de la clé de l'eau présente dans maints caractères chinois) se retrouve tout au long de ce texte fondateur du taoïsme.
Ainsi, la première phrase du Daode Jing: « le tao exprimable n'est pas le Tao » peut également s'appliquer à l'eau : l'eau  que l’on pourrait enfermer dans un concept, un nom ou une métaphore ne saurait être la Vraie Eau, la seule chose permanente dans l'eau étant son impermanence.  C'est aussi la conclusion de Yann Olivaux (La nature de l'eau): « Nous pouvons parler de l'eau mais pas LA parler.»

L'eau ne peut se définir que par elle-même. Tout s’écoule, panta rhei, dit Héraclite et c’est pourquoi on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve. On ne saurait même s'y baigner une seule fois... et maints fleuves (du Nil au Gange, de l'Indus au Jourdain en passant par le Mékong qui signifie "Mère des eaux") ont de fait été sacralisés...

L'eau nous dépasse et nous ne serons jamais capables d’en saisir tout le mystère. C'est, en un sens, ce qui fait son charme et sa beauté. Accepter ce mystère pourrait aussi être la « Porte de la compréhension » dont parle Lao Zi. La nature nous transcende et il est illusoire d’essayer de la maîtriser. Nous ferions mieux de la respecter et de nous placer en syntonie avec elle...


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dimanche 11 janvier 2015

Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers...


Dans son métier de chanteur-poète, Julos Beaucarne était secondé par sa femme, Louise-Hélène. Le 2 février 1975, un déséquilibré l'a poignardée.
Après ce drame épouvantable, Julos a écrit à ses amis, au cours de la nuit même qui a suivi la mort de sa femme, la lettre que voici :


Amis bien-aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douée. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion. C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.






vendredi 26 décembre 2014

Noël avec Christian Bobin (1)


L'esprit de Noël. Pour Christian Bobin, seuls les enfants savent en parler. Car le meilleur du temps de Noël est presque invisible, faible, et suppose une passion infinie de l'attente.


Christian Bobin nous aide à retrouver 
« le royaume où l'adulte et l'enfant vont d'un même pas, d'un même sourire »



"L'enfant, c'est quelqu'un qui attend l'ouverture des portes du Paradis..."
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Première partie (20 min.)







samedi 28 décembre 2013

Les bonheurs de Sophie (2)

Tout d’abord, ce « rêve de Sophie » est bien à prendre, littéralement, comme un « rêve de sagesse » ! L’inconscient de la jeune héroïne lui présente deux chemins de vie possibles. Chacun sait que le rêve est porteur de messages profonds et passionnants ! Je vous propose de les déchiffrer ainsi…
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                                          Jérôme BOSCH, Le Jardin des délices (XVe siècle)

Le premier chemin – dans le jardin de l’Enfer - est une voie très facile à emprunter : Sophie en est « tout près » ; une frêle barrière l’en sépare à peine, elle n’a qu’un pas à faire pour la franchir et suivre un sentier de « sable fin, doux aux pieds »…
Qu’est-ce que ce jardin, sinon l’espace où nous cherchons à satisfaire nos désirs immédiats, qui ne sont que le masque trompeur de nos peurs ?

Dans ce champ d’expérience que nous fréquentons souvent, les fruits et les fleurs, « qui semblaient délicieux » parmi les « allées sablées et ombragées », sont à la portée de la main qui cherche à les cueillir. C’est l’espace où s’exercent nos impulsions premières : celles qui nous persuadent que nous avons raison de les suivre, qu’elles vont nous apporter le bonheur. En réalité, c’est le royaume des illusions, de cet imaginaire flamboyant qui nous attire à chaque instant et nous détourne du réel en nous faisant miroiter une réalité idéale… Sans trêve, nous « cherch[ons] à y entrer ». Une petite voix en nous (celle du « bon ange ») a beau nous souffler continuellement que là ne se trouve pas la clef de notre bonheur, nous persistons à ne pas l’écouter, comme le fait Sophie ici. Ces impulsions incessantes nous tirent en réalité hors du champ de la conscience de nous-mêmes : nous nous laissons « arrach[er] » ou déraciner du monde réel par ces désirs immédiats, accomplis sans conscience d’être et d’agir…

Pensons à la toute dernière fois où nous avons succombé ne serait-ce qu’au plus minuscule de ces désirs : un léger glissement vers une pensée de trop, vers un jugement factice, vers l’espoir d’une existence meilleure que la nôtre, un de ces pâles mirages où nous avons cru découvrir une foisonnante promesse de fruits et de fleurs… Cherchons-en un seul exemple, concret et récent, et flairons-le attentivement : ce simple souvenir ne répand-il pas encore en nous son « odeur infecte et empoisonnée » ? 

Ce "jardin du mal" est celui du mal-être, de la division intérieure, même infime. Un léger malaise n'empoisonne-t-il pas sans cesse les fruits de la vie que nous avons cherché à goûter trop précipitamment ? Un vague mal-être, un arrière-goût d’insatisfaction… Vous le reconnaissez ?Insidieusement, nous tournons en rond dans une « souffrance » et une « tristesse » dont nous soupçonnons même pas l’omniprésence et l’intensité toujours croissante…

ImageHeureusement, il existe un autre chemin ; mais celui-là est « raboteux, plein de pierres ! » Eh oui ! Si rapide, si puissant est notre penchant à la satisfaction des désirs immédiats que la simple perspective de revenir à la conscience de soi nous fait percevoir cette autre voie comme parsemée d’obstacles, « aride »…  Comment cette montée plutôt pénible, et qui paraît « n’avoir pas de fin », pourrait-elle nous mener à un « jardin de délices » ? Comment croire que ce chemin « s’adoucira et s’embellira à mesure que » l’on y avancera ? 

Vous le voyez bien : non seulement Sophie « hésit[e] » entre les deux chemins, mais elle sent aussi qu’elle doit vérifier par elle-même que le sentier de ses impulsions est source de souffrance. Il lui est nécessaire d’expérimenter cette souffrance dans différents domaines : la relation aux autres, dépourvue d’amour (représentée par les enfants aux sourires enjôleurs) et la quête de jouissance personnelle, irréalisable (symbolisée par le goût « détestable » des fruits et « l’odeur affreuse » des fleurs). C’est à ce prix qu’elle peut enfin se convaincre que le chemin authentique du Bonheur vaut la peine d’être emprunté...

De fait, ce chemin est paradoxal : les obstacles apparents qui le jalonnent sont des fruits de la vie comme les autres, qui valent la peine d’être goûtés en conscience !

ImageCette pleine conscience qui ne cesse de sourdre au plus profond de nous-même comme une source toujours jaillissante est ici symbolisée par l’Ange. Vous pouvez constater que celui-ci joue un rôle infiniment rassurant : il assure Sophie qu’il l’attendra «  jusqu’à la mort »… Pas de manichéisme, malgré les apparences ! Seulement des paradoxes : c’est dans l’expérience de la déception que l’héroïne trouvera la clef de l'énigme ; et si elle entre seule dans le jardin de ses souffrances, en revanche, lorsqu'elle en sort, elle est guidée et portée par les événements de la Vie. Ceux-ci, grand ouverts comme « les bras de l’ange », l'entraînent sans effort inutile vers le Paradis.


Vous remarquerez qu’à la fin du texte, Sophie « allait entrer dans le jardin du bien »… Son rêve de sagesse ne suffit donc pas à l’y faire pénétrer. Pour se diriger vers la béatitude, il faut sortir du rêve et accepter de se réveiller pleinement, « agit[é] et baign[é] de sueur ». Il faut ensuite penser « longtemps à ce rêve », c'est-à-dire méditer sa signification : le sens profond du rêve pourra alors éclairer notre chemin de vie, pavé d’événements toujours renouvelés qui nous invitent au mouvement et à l’Action consciente. 

Ce Chemin de notre existence n’est autre que le « chemin raboteux, plein de pierres » que finit par suivre Sophie. Si nous le parcourons vraiment, en conscience, c’est-à-dire en acceptant de sentir nos pieds et notre cœur devenir vulnérables, voire s'écorcher un instant, cette voie nous emmènera immanquablement vers le pays des « délices » que nous n’avons jamais quitté, sinon… en rêve ! 


Sabine

vendredi 27 décembre 2013

Les bonheurs de Sophie (1)

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Voici un extrait des célèbres Malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur. 
On a beaucoup reproché à celle-ci un manichéisme et un moralisme étroit. 
Ma lecture est différente : si je reconnais bien dans ce texte un certain vocabulaire moraliste propre au 19e siècle et un ton destiné à un public enfantin, j'y découvre aussi, plus essentiellement, un récit particulièrement riche de sens et d'une étonnante profondeur. 
Mais chut ! Pour l'instant, je ne ferai pas de commentaire. Je vous laisse entrer dans ce rêve de Sophie, la fillette dont le prénom signale la quête d'une sagesse authentique... Je vous invite à pénétrer dans l'étrangeté de ces jardins de l'Autre Monde et à laisser la narration faire son oeuvre en vous...

A suivre... 
Sabine (auteure du Jeu des Miroirs)


Sophie eut une nuit un peu agitée ; elle rêva qu’elle était près d’un jardin dont elle était séparée par une barrière ; ce jardin était rempli de fleurs et de fruits qui semblaient délicieux. Elle cherchait à y entrer ; son bon ange la tirait en arrière et lui disait d’une voix triste : « N’entre pas, Sophie ; ne goûte pas à ces fruits qui te semblent si bons, et qui sont amers et empoisonnés ; ne sens pas ces fleurs qui paraissent si belles et qui répandent une odeur infecte et empoisonnée. Ce jardin est le jardin du mal. Laisse-moi te mener dans le jardin du bien. 
– Mais, dit Sophie, le chemin pour y aller est raboteux, plein de pierres, tandis que l’autre est couvert d’un sable fin, doux aux pieds. 
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– Oui, dit l’ange, mais le chemin raboteux te mènera dans un jardin de délices. L’autre chemin te mènera dans un lieu de souffrance, de tristesse ; tout y est mauvais ; les êtres qui l’habitent sont méchants et cruels ; au lieu de te consoler, ils riront de tes souffrances, ils les augmenteront en te tourmentant eux-mêmes. » 
Sophie hésita ; elle regardait le beau jardin rempli de fleurs, de fruits, les allées sablées et ombragées ; puis, jetant un coup d’œil sur le chemin raboteux et aride qui semblait n’avoir pas de fin, elle se retourna vers la barrière, qui s’ouvrit devant elle, et, s’arrachant des mains de son bon ange, elle entra dans le jardin. 
L’ange lui cria : « Reviens, reviens, Sophie, je t’attendrai à la barrière ; je t’y attendrai jusqu’à ta mort, et, si jamais tu reviens à moi, je te mènerai au jardin de délices par le chemin raboteux, qui s’adoucira et s’embellira à mesure que tu y avanceras. » 

Sophie n’écouta pas la voix de son bon ange : de jolis enfants lui faisaient signe d’avancer, elle courut à eux, ils l’entourèrent en riant, et se mirent les uns à la pincer, les autres à la tirailler, à lui jeter du sable dans les yeux. 


Sophie se débarrassa d’eux avec peine, et, s’éloignant, elle cueillit une fleur d’une apparence charmante ; elle la sentit et la rejeta loin d’elle : l’odeur en était affreuse. Elle continua à avancer, et, voyant les arbres chargés des plus beaux fruits, elle en prit un et y goûta ; mais elle le jeta avec plus d’horreur encore que la fleur : le goût en était amer et détestable. 
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Sophie, un peu attristée, continua sa promenade, mais partout elle fut trompée comme pour les fleurs et les fruits. Quand elle fut restée quelque temps dans ce jardin où tout était mauvais, elle pensa à son bon ange, et, malgré les promesses et les cris des méchants, elle courut à la barrière et aperçut son bon ange, qui lui tendait les bras. Repoussant les méchants enfants, elle se jeta dans les bras de l’ange, qui l’entraîna dans le chemin raboteux. Les premiers pas lui parurent difficiles, mais plus elle avançait et plus le chemin devenait doux, plus le pays lui semblait frais et agréable. 

Elle allait entrer dans le jardin du bien, lorsqu’elle s’éveilla agitée et baignée de sueur. Elle pensa longtemps à ce rêve. [...]


Les Malheurs de Sophie
 XVI – Les fruits confits. 
Par la Comtesse de Ségur

jeudi 9 mai 2013

Ascension vers le Paradis....

du latin ascendere ; monter, s’élever
« L’Ascension du Seigneur », célèbre l’entrée du Christ dans la gloire de Dieu, c'est-à-dire la fin de sa présence visible sur terre ; elle préfigure notre vie dans l’Eternité. Son départ symbolise un nouveau mode de présence, à la fois tout intérieure, universelle et hors du temps, car le Christ reste présent dans les sacrements et tout particulièrement celui de l’Eucharistie. Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi.

En ce jour, voici une vision humoristique du paradis...
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jeudi 7 mars 2013

Le rayon de soleil avec Christian Bobin (2)

Jean Grosjean : "ça n'arrive jamais à Dieu d'être le plus fort"...
Un souffle de vie avec Christian Bobin

mercredi 25 avril 2012

Jean-Marie Pelt et sa compréhension de la nature (2)

Coopération, loi du plus fort, beauté de la création, spiritualité... Jean-Marie Pelt nous raconte sa façon de voir notre monde...

mercredi 1 février 2012

Eric Domb et Pairi Daiza (2)

Suite et fin de l'interview d'Eric Domb dans le parc belge Pairi Daiza

mardi 31 janvier 2012

Eric Domb et Pairi Daiza (1)

Eric Domb souhaite donner à son parc une image davantage en adéquation avec son ouverture aux cultures du monde et à la spiritualité. Pairi Daiza, qui évoque la notion de paradis dans la tradition persane (qui veut dire en persan:“Verger entouré de murs”.), lui paraît renvoyer à ce lieu qu’il souhaite continuer d’ériger sur le domaine de l’ancienne abbaye de Cambron.
C'est tout à fait par hasard – en automne 1992 – qu'on lui a parlé d'un site délaissé, le Domaine de Cambron à Brugelette. Il s'y est rendu et ce fut le coup de foudre. Il s'en est suivit une étude de projet. Mais à la veille de la création du Parc, le principal investisseur a retiré ses billes du jeu. Eric Domb a décidé de continuer malgré tout. Il a pu convaincre son banquier qui a investit 10% de ses fonds propres via un prêt bancaire. Les années ont été difficiles jusqu'en 1998 où le Parc Paradisio a permis d'engranger quelques bénéfices, ce qui a permis d'introduire la société Parc Paradisio en bourse. Tout cela permet d'assurer l'avenir du projet en grand.


Parc animalier, végétal et monumental, ce domaine de 55 hectares se distingue de diverses manières de tous ses concurrents, et notamment, par sa dimension spirituelle. En témoignent au moins deux éléments majeurs : Le Royaume de Ganesha, dominé par un superbe temple balinais, dédié à l'hindouisme, et Le Rêve de l'empereur Han Wu Di autour d'un somptueux jardin chinois, d'inspiration taoïste. D'autres sanctuaires suivront, dans les prochaines années, pour rendre compte ici de l'extrême diversité des grandes spiritualités du monde, de l'islam à la franc-maçonnerie, en passant par l'animisme, le judaïsme et le christianisme...



mardi 3 janvier 2012

Année 2012, quelles révélations ?

ImageL’année 2012 est placée sous le signe du nombre 12 qui symbolise la fin d’un cycle spatio-temporel. C’est l’achèvement d’un monde caduc, prêt à être remplacé par le Monde (dernière carte du tarot) ou le Cosmos.


DOUZE est en effet le nombre des divisions temporelles, le produit des quatre points cardinaux par les trois plans du monde (le Ciel, la Terre et les Enfers, qui sont simplement les Cieux inversés).


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DOUZE est le nombre de la Jérusalem céleste, le nombre des signes du zodiaque, des 12 apôtres qui leur correspondent (le Christ étant le Soleil du centre de la roue)… DOUZE est l’accomplissement du monde créé (dominé par le Quatre) par assomption dans l’incréé divin (le Trois).


Dans l’Apocalypse de Jean, la Jérusalem céleste comporte douze portes où sont inscrits les noms des douze tribus d’Israël (3 portes aux 4 points cardinaux) : c’est le paradis céleste qui vient sublimer le paradis terrestre, l’Eden. Au cœur de cette cité céleste trône l’Arbre de vie qui porte 12 fruits. Son rempart repose sur 12 assises portant le nom des apôtres. Le cube parfait que forme la Ville céleste est long de 12000 stades de côté et le rempart fait 144 coudées (144 étant le carré de 12). La femme de l’Apocalypse porte une couronne de 12 étoiles sur la tête. Les fidèles de la fin des temps sont 144000, c’est-à-dire 12000 de chacune des 12 tribus d’Israël. Douze représente donc l’Eglise triomphante, après les deux phases précédentes de l’Eglise militante et de l’Eglise souffrante.
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Chez les Dogons, le douze est le symbole du devenir humain et du développement perpétuel de l’univers, toujours par le mariage du trois et du quatre.


N'oublions pas les douze chevaliers de la Table ronde du roi Arthur ni la carte n°12 du Tarot, le Pendu, qui représente le retournement de l’homme initié, s’élevant dans la bonne direction, vers le Monde (n°21, qui est le 12 inversé, stabilisé, comme remis à l’endroit), porte de la Cité céleste, et guidé par la Vierge ou la Femme initiatrice.


ImageA la lumière de ces précisions, on peut supposer que la prédiction du 21/12/2012 signifie bien la fin d'UN monde (celui du capitalisme, de la course éperdue à la rentabilité et au triomphe du chacun pour soi ?) pour une "Apocalypse", c'est-à-dire, en grec, une "révélation" : la révélation de la possibilité d'un autre monde, plus conforme aux lois universelles et métaphysiques qui nous gouvernent et que nous avons oubliées...