LUFF 2013
A l'origine, THE END avait prévu de faire le déplacement jusqu'en Suisse pour découvrir le festival le plus extreme artistiquement. Le Lausanne Underground Film Festival n'a aucun concurrent, du moins en Europe, dans la programmation toujours aussi éclectique. Malheureusement pour nous, THE END est au ralenti ces dernières semaines pour moult raisons personnelles, nous espérons pouvoir retrouver une activité normale en 2014 mais nous restons toujours sur le pont de l'actualité et notre site de vente en ligne (theendstore.com) fonctionne toujours.
La semaine dernière, les cinéphiles ont pu s'injecter du Ossang, du Clementi ou découvrir un cinéaste japonais méconnu Katsu Kanai. Retrouvez toute cette sélection en cliquant sur les noms.
A défaut d'y avoir été, THE END vous propose le palmarès en trois vidéos.
MEILLEUR LONG-MÉTRAGE / WORM / Andrew Bowser / 2013
MEILLEUR COURT-MÉTRAGE / FIST OF JESUS / David Muñoz & Adriàn Cardona / 2013
MEILLEUR COURT-MÉTRAGE EXPÉRIMENTAL / AUTOPORTRAUT : PRESTO CONE AMORE / Martin Messier / 2009
Coming soon : Dharma Guns

Une fille pilote un hors-bord et tracte un jeune skieur. Ils bravent l'un comme l'autre leurs limites quand un choc survient... Par la suite, Stan van der Daeken s'éveille du coma pour découvrir que des généalogistes recherchent un individu dont l'identité correspond à la sienne. Loin de s'interroger sur la réalité de cette filiation testamentaire, il souscrit à l'héritage du Professeur Starkov et s'embarque pour le pays de Las Estrellas...
Le cinéma est ce médium orphique qui permet de sortir les corps des ténèbres. Dharma Guns décrit ce voyage, les puissances de la lumière qui traverse l’argentique, invente la fable et les situations visuelles nécessaires à la description d’un tel processus.
La fable : un jeune homme, indistinctement poète, scénariste et guerrier, meurt. Comment restituer l’advenue des images dans son cerveau ? Quelles dernières images verrons-nous, au cours de notre agonie ? Des images d’amour ? D’angoisse ? Notre esprit s’occupera-t-il à régler des situations psychiques, à trouver les causes de sa mort, à frayer un chemin vers une autre vie ? Et dans quel état ces images ultimes nous arriveront-elles ? Des éblouissements ? Des lueurs ? Des envahissements ? De quel statut relèveront-elles ? Des souvenirs, des hypothèses, des présomptions ? La plastique magistrale de Dharma Guns permet de ressentir les mouvements des yeux, des nerfs optiques, des synapses et des circonvolutions comme si F.J. Ossang avait été capable de greffer le cinéma aux lieux mêmes de la naissance des images psychiques, sur le système nerveux central. “Mes yeux ont bu”, entend-on dans ce traité digne des espérances qu’Artaud plaçait dans le cinéma. Dharma Guns toujours en vol, en vogue, toujours vers l’Ile des Morts, chef d’œuvre qui sous nos yeux vient se placer lentement, dans le ralenti sidérant d’une évidence, aux côtés de Nosferatu et de Vampyr.
F.J. Ossang - Le flibustier du cinéma
Artiste “total” et inclassable, F.J. Ossang est un poète des sons et des images qui ne s’est jamais satisfait d’une seule forme d’expression. Du coup, il s’est autant illustré dans l’écriture que la musique et le cinéma, débordant chaque fois les genres, déjouant les attentes et enchâssant les références les plus étonnantes.
Originaire du Cantal, qu’il qualifie de “nowhere land”, il se passionne très jeune pour les moteurs, jusqu’à ce qu’il voit sa carrière de pilote contrariée suite à un accident de moto à l’âge de 15 ans. Il envisage alors de devenir médecin, mais il ressent une “telle urgence à vivre” – selon ses propres termes – qu’il renonce à sacrifier sa jeunesse à des études longues. Très tôt attiré par l’écriture, il se consacre à la poésie et publie, à 17 ans, un premier recueil, Écorce de sang. C’est à la même époque que naît le mouvement punk, qui lui permet d’échapper à “cette nouvelle claustrophobie qu’était la poésie,” explique-t-il. Profondément marqué par ce courant musical antibourgeois, Ossang crée, en 1977, un premier groupe punk, DDP – De la Destruction Pure –, puis un deuxième Messageros Killer Boys en 1979. Mêlant la poésie d’un Stanislas Rodanski aux musicalités froides des Clash et des Sex Pistols, l’artiste considère la musique comme un espace d’expression politique en rupture avec les injonctions de la société.
Esprit frondeur et curieux, Ossang s’intéresse depuis longtemps au cinéma, et particulièrement au muet. Fasciné par Einsenstein et Murnau, et par l’intensité émotionnelle de leurs films, il décide de tenter le concours de l’Idhec à l’âge de 23 ans. Il découvre alors que réaliser un film n’est pas si difficile : “Il suffit d’une bobine et tout peut arriver,” affirme-t-il, volontiers provocateur. Dès son premier long métrage, L’affaire des Divisions Morituri (1984) – qui est en fait son projet de fin d’études –, on découvre un univers post-apocalyptique où les références visuelles à Murnau et à la Nouvelle Vague côtoient un imaginaire littéraire proche de Ballard et de Burroughs.
Six ans plus tard, Ossang signe Le Trésor des Iles Chiennes, film de science-fiction expérimental, marqué par l’expressionnisme allemand et superbement éclairé par le chef-opérateur Darius Khondji. Il faut attendre 1997 pour qu’il puisse tourner son troisième film, Docteur Chance, avec Joe Strummer, ex-chanteur des Clash. A mi-chemin entre le polar et le road-movie, cette épopée sensorielle revisite les codes du film de genre et convoque Goya, Burroughs, Godard et Murnau ! Une expérience cinématographique rarissime. Comme le dit Ossang, “chaque film est l’occasion de prouver qu’un cinéma poétique est possible et nécessaire. A chaque film, on réapprend tout,” ajoute-t-il. “Il n’y a pas de technique préconçue. Même quelqu’un d’expérimenté peut un jour se retrouver devant sa caméra, devant une scène ou un instrument, et ne plus savoir tourner, chanter ou jouer.”
En supplément sur le second dvd intitulé Tryptique du paysage, trois court-métrages :
> Silencio (Prix Jean Vigo 2007) - 2006 / 20mn / nb
Des arbres, la mer, des mégalithes, un pont de fer, une figure féminine passante - filmés aux premières et aux dernières heures du jour...
> Vladivostok - 2008 / 5mn / nb
Fragments d'un film des années 20 perdu par un membre de l'avant-garde soviétique.
> Ciel éteint! - 2008 / 23mn / nb & couleur
Un couple aux frontières des empires. Les eaux, la médecine, la glace, le feu. Ciel Eteint!
Plus un entretien avec le réalisateur, un clip de MKB (Le Chant des Hyènes) et la traditionnelle bande-annonce.
Prix : 20 euro
source : Potemkine / Solaris
Independenza ! Part 21 : Le Feu Sacré
Hiver sur les continents cernés - Archives Ossang Volume 1 Revue Cée 1977-1979

A quoi sert d'abord une revue ? A produire des frictions à défaut de fiction, comme dirait l'autre. Désincarcérer la parole figée dans le baratin analytico-critique des années 70 - la frotter aux théories des 2 William - Blake & Burroughs... Attaquer le virus-mot, produire du texte pour armer la distance parcourue à un âge où le temps ne se décompte qu'à mesure qu'on le tue...
34 ans plus tard, demeure cette collection de texte alignés à toute vitesse pour se défigurer..."


13 euro | 208 pages
Traum - Philip K. Dick, le martyr onirique


10 euro | 112 pages
Souhaitons que l'âtre du Feu Sacré crépite longtemps.
Hiver sur les continents cernés et Traum - Philip K. Dick, le martyr onirique sont en vente sur theendstore.com
F.J. Ossang : cinéaste / poète / punk
Dans la presse, on retrouve fréquemment les trois même qualificatifs : punk, poète, esthète. Nous vous proposons quelques extraits d'articles afin de vous faire une idée sur ce "personnage", "fantôme" du cinéma français.

Une fille pilote un hors-bord et tracte un jeune skieur. Ils bravent l’un comme l’autre leurs limites quand un choc survient…Par la suite, Stan van der Daeken s’éveille du coma pour découvrir que des généalogistes recherchent un individu dont l’identité correspond à la sienne. Loin de s’interroger sur la réalité de cette filiation testamentaire, il souscrit à l’héritage du Professeur Starkov et s’embarque pour le pays de Las Estrellas…
Dès la séquence d’ouverture, ce n’est plus du cinéma, mais le cinéma de FJ Ossang : une femme, lunettes noires, physique de star des années 40, pilote un hors-bord.
Derrière son visage, on distingue un skieur nautique qui slalome dangereusement. Noir et blanc. Musique furieuse de MKB. Tout Ossang est là : l’évocation du cinéma ancien, le sens du plan, du glamour, du mystère, du mouvement, de la fureur, de l’électricité.
Soudain, l’accident : le skieur est inanimé, placé dans une ambulance. On le retrouve dans différents voyages, aux prises avec une mystérieuse succession, mêlé à d’obscures machinations, victime d’expériences médicales étranges.
Flash-backs ? Traversée du pays des rêves ? Ou du pays des morts ? Et qui est notre héros ? Un guerrier ? Un artiste ? Un héritier ? Un espion ? Une victime ? Déjà mort ou en sursis, notre skieur atterrit dans une contrée en situation de guerre ou d’état de siège, il croise d’inquiétants avocats et de douteux médecins, déambule dans un hôtel désert, à moins que ce ne soit une prison.
Un trafic d’armes semble être au cœur de cette planète onirique… Peu importe l’opacité du récit, seule compte la force des images ourdies par le cinéaste. En noir et blanc ou en couleurs, les plans d’Ossang ont toujours l’air d’avoir été prélevés dans l’histoire du cinéma puis recomposés par son propre imaginaire.
On se croirait parfois replongé dans du Murnau ou dans du Franju, puis dans du Lynch, mais ces référents sont plutôt évoqués par rémanences que recopiés ou cités. Un peu comme Guiraudie, Ossang a le génie des noms évocateurs ou des mots inventés, décisifs dans la création d’un monde singulier.[...]
On ne saurait pas résumer ce que raconte Ossang ou assigner un sens précis à son histoire. Ce qu’on sait, c’est que regarder Dharma Guns est une expérience forte, loin de notre réalité prosaïque et qui pourtant la reflète aussi (des pays en état de siège ou de guerre, des individus broyés par des forces puissantes, on en voit tous les jours aux infos).
Dans un paysage largement dominé par le réalisme, le roman, la fiction classique et son trio exposition-conflit-dénouement, Ossang apparaît comme l’un des derniers poètes-esthètes purs et durs du cinéma.
Serge Kaganski pour Les Inrockuptibles
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En terre ossangiennes, terres milles fois brûlées (elles nous viennent de l'expressionnisme allemand), les choses avancent autrement : par flashs, par fulgurances, dans un état d'hébétude permanent. [...]
l'amnésie est ici un état général qui contamine tout : la façon de regarder le monde et de l'appréhender, la manière dont les séquences s'entrechoquent. Chaque scène ravale la précédente, la défait, et le film tout entier se détache progressivement du fil mémoriel qui est censé le coudre au récit. Ceux qui connaissent le travail de F. J. Ossang seront en terrain familier : ils y retrouveront cette façon de tisser des scénarios paranoïaques, croisant parfois une science-fiction militaire, où la peur de la contamination et de l'autorité emportent des personnages de parias poétiques dans une course contre la mort. [...]
On dit d'Ossang qu'il est LE cinéaste rock en France. Mais le rock est ici une affaire large, comprenant aussi bien la poésie de Maïakovski que les paysages industriels des Açores. En retour, sa photographie noir et blanc acérée est punk jusqu'en dessous des ongles.
Philippe Azoury pour Libération
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Avec l'épure de la série B, Ossang retrouve l'épure des films d'horreur Bauhaus d'Ulmer comme Le Chat Noir, et transforme son île en territoire psychique hanté par les terreurs du siècle : manipulations génétiques, attentats du mystérieux groupuscules "Dharma Guns", trafic de virus et de clés ADN fatales. De la série B, Ossang a également retenu la puissance incantatoire lorsqu'une phrase lancée ("l'invasion commence !") et une silhouette au loin peuplent le hors-champs de créatures fantastiques, fruits des expériences contre nature du professeur Starkov.
Dans ce laboratoire d'expérimentations narratives, Chris Marker et William Burroughs croisent Henri Vernes et la SF punk de Métal Hurlant.
Stéphane du Mesnildot pour les Cahiers du Cinéma (#665, p42)
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Le mois de mars aura été celui de F.J. Ossang puisqu'en parallèle à la sortie en salle de son nouveau film, l'éditeur Potemkine a la riche idée d'éditer un coffret regroupant les précédents long métrages

L'affaire des divisions morituri - 1984
Dans une sordide affaire de paris clandestins, le gladiateur Ettore crache le morceau a la presse. Un premier film punk, provoquant.

Le trésor des iles chiennes - 1990
Un ingénieur qui tient, grâce a la découverte d'une nouvelle énergie, le monde entre ses mains, a disparu avec son secret. Une expédition est envoyées aux iles Chiennes, le seul endroit au monde ou existe cette énergie a l'état naturel

Docteur chance - 1997
Angstel, jeune ecrivain rate, attend Zelda, la femme qu'il aime devant un cinema qui projette "l'Aurore" de Murnau. Elle ne viendra pas. Il part alors dans la nuit et croise dans la rue Ancetta, une danseuse dont il achete la compagnie pour une poignee de billets. Ancetta et Angstel vont se chercher, se perdre et se retrouver. Ils quittent la ville a l'aurore a bord d'un spider charge d'armes et de monnaie de singe.
Les courts métrages
La Dernière Enigme
« Ce film a été tourné le 18 février 1982, avec deux boîtes de 16mm Kodak Double X. Il est librement inspiré du texte Del terrorismo dello stato (la Teoria e la pratica del terrorismo per la prima volta divulgate de Gianfranco Sanguinetti. » Premier carton du film
Zona Inquinata
« Le texan Benz est à la tête d’une organisation de tueurs à gages. Le capitaine Mort est son bras droit. C’est en poussant sa maîtresse Stella dans le lit du boss que le capitaine Mort est parvenu à ce poste de chef des tueurs. La situation devenue pour lui intolérable, il décide de supprimer le cow-boy. » F.J. Ossang
Suppléments :
- Entretiens avec le réalisateur autour de chacun des films
- F.J. OSSANG, FILMS & DOCUMENTS, livret de 76 pages réunissant de nombreux documents inédits (fax de Joe Strummer, photos de tournage, textes de F.J. Ossang, Claude Pélieu, Jean-François Charpin, Nicole Brenez etc.)
Le coffret F.J Ossang est en vente sur notre boutique theendstore.com

