Si celle d'aujourd'hui ne risque pas d'avoir impressionné ma mémoire, en revanche je me souviens parfaitement de celle de l'été 1999. J'étais à la campagne en Haute-Savoie, à Bons. Nous nous étions réunis avec les voisins dans leur cour pour assister à l'événement. Il me semble que c'était autour de midi.
Elle n'a pas été très longue mais l'obscurité s'est réellement installée autour de nous. J'avais pris comme protection un vieux maque de soudeur qui a fort bien fait l'affaire. Ce qui m'avait le plus impressionné, ce n'est pas qu'il fasse presque nuit à midi mais la qualité particulière de cette obscurité, en rien comparable avec la tombée de la nuit. Comment décrire l'obscurité ? Je ne m'en sens pas capable mais je sais que cela m'avait fortement marqué.
De même que le silence qui s'était alors fait dans la campagne environnante : plus aucun bruit d'animaux. Le noisetier en face de la maison, d'ordinaire envahi par les oiseaux et bruyant à tel point qu'il m'arrivait de maudire ces volatiles qui me réveillaient souvent avec le soleil, était lui aussi silencieux, comme déserté de toute vie. Je crois bien que c'est ce silence qui m'avait le plus intrigué pendant ces courts instants.
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vendredi 20 mars 2015
dimanche 5 juillet 2009
Impact avec le diable.
J'ai eu beau chercher dans mes dictionnaires, je ne l'ai pas trouvé, le mot, le joli mot en mode en ce moment (petit clin d'œil littéraire).
De quoi est-ce que je parle? Voyons, vous n'êtes pas au courant. Il faut sortir parfois, se mettre à la page, écouter ceux qui font et défont l'opinion, ceux qui savent et le font savoir. Vous ne connaissez pas le dernier mot à la mode (quand je dis le dernier, je suis bien sûr d'être déjà en retard le temps de publier le message !). Mais, chers amis, c'est le verbe "impacter" bien sûr, employé à tort et donc à travers à tout bout de champ, dont toutes les gorges écoutées en ce moment se gargarisent comme si l'on venait de découvrir une "pépite" (tiens, un autre bonbon que l'on suce aujourd'hui jusqu'au bâton!) lexicale.
Impact, je connais. J'ai même découvert "impactite: roche métamorphique formée à la suite de l'impact d'une météorite", selon le Larousse et je n'ai aucune raison de ne pas le croire. Mais "impacter", niet. Serait-ce un anglicisme ? Certains les aiment tant qu'ils en oublient le mot français existant la plupart du temps et de même sens. Ainsi hier, à la radio, un spécialiste de je ne sais quoi, un monsieur incontournable dans son domaine, un mec donc on se demande comment on a fait jusqu'à présent pour vivre en dehors de sa lumière, l'employait tous les dix mots environ, avec un sens chaque fois vaguement fluctuant. On peut par exemple impacter quelque chose ou quelqu'un. A ranger dans les verbes transitifs directs donc. Exemples : ce roman a impacté son lectorat, le concept (amour de mot !) a impacté la publicité, et tant d'autres du même acabit.
Cela veut faire pro, dégagé du passé, au fait des dernières nouveautés, le type à qui on ne la fait pas avec une langue ringarde et qu'il faut bien malmener pour qu'elle évolue. Pourquoi pas, en effet, faire évoluer notre langue ? C'est une des conditions sine qua non (non, celui-là, il n'est pas nouveau!) de sa survie. Mais, en l'occurrence, moi je trouve, dans mes mauvais moments, que ça fait plutôt con, dans mes bons que se cachent derrière une pauvreté de réflexion et un manque de personnalité abyssaux. Réservons ces mots pour des langages techniques propres à certaines professions (J. me dit que le terme existe depuis longtemps déjà dans l'univers de l'informatique), mais qu'ils n'en sortent pas : ils sont trop laids. Fort heureusement, la mode étant par essence volage, un clou chasse l'autre et demain, nous verrons fleurir un autre de ces avortons du langage. Rappelez-vous : tellement sont déjà passés à la trappe.
Allez, je sors pour du cinéma en plein air. Place Bahadourian, ce soir à 22h, Tout l'monde dehors propose "Un Verre et une cigarette" de Niazi Mostafa (Egypte, 1955). Gageons que dans ce quartier à forte fréquentation maghrébine, ce film saura impacter son public. Je vous raconte tout de suite après.
PS : Il n'est pas beau, mon titre ? Pas directement en rapport avec le billet, mais je n'ai pas pu résister.
Mise à jour à 23h45 : le cinéma Place Bahadourian, c'est demain. Décidément, mon approche de Tout l'monde dehors est bien chaotique cette année. Mais cette fois-ci totalement de mon fait.
De quoi est-ce que je parle? Voyons, vous n'êtes pas au courant. Il faut sortir parfois, se mettre à la page, écouter ceux qui font et défont l'opinion, ceux qui savent et le font savoir. Vous ne connaissez pas le dernier mot à la mode (quand je dis le dernier, je suis bien sûr d'être déjà en retard le temps de publier le message !). Mais, chers amis, c'est le verbe "impacter" bien sûr, employé à tort et donc à travers à tout bout de champ, dont toutes les gorges écoutées en ce moment se gargarisent comme si l'on venait de découvrir une "pépite" (tiens, un autre bonbon que l'on suce aujourd'hui jusqu'au bâton!) lexicale.
Impact, je connais. J'ai même découvert "impactite: roche métamorphique formée à la suite de l'impact d'une météorite", selon le Larousse et je n'ai aucune raison de ne pas le croire. Mais "impacter", niet. Serait-ce un anglicisme ? Certains les aiment tant qu'ils en oublient le mot français existant la plupart du temps et de même sens. Ainsi hier, à la radio, un spécialiste de je ne sais quoi, un monsieur incontournable dans son domaine, un mec donc on se demande comment on a fait jusqu'à présent pour vivre en dehors de sa lumière, l'employait tous les dix mots environ, avec un sens chaque fois vaguement fluctuant. On peut par exemple impacter quelque chose ou quelqu'un. A ranger dans les verbes transitifs directs donc. Exemples : ce roman a impacté son lectorat, le concept (amour de mot !) a impacté la publicité, et tant d'autres du même acabit.
Cela veut faire pro, dégagé du passé, au fait des dernières nouveautés, le type à qui on ne la fait pas avec une langue ringarde et qu'il faut bien malmener pour qu'elle évolue. Pourquoi pas, en effet, faire évoluer notre langue ? C'est une des conditions sine qua non (non, celui-là, il n'est pas nouveau!) de sa survie. Mais, en l'occurrence, moi je trouve, dans mes mauvais moments, que ça fait plutôt con, dans mes bons que se cachent derrière une pauvreté de réflexion et un manque de personnalité abyssaux. Réservons ces mots pour des langages techniques propres à certaines professions (J. me dit que le terme existe depuis longtemps déjà dans l'univers de l'informatique), mais qu'ils n'en sortent pas : ils sont trop laids. Fort heureusement, la mode étant par essence volage, un clou chasse l'autre et demain, nous verrons fleurir un autre de ces avortons du langage. Rappelez-vous : tellement sont déjà passés à la trappe.
Allez, je sors pour du cinéma en plein air. Place Bahadourian, ce soir à 22h, Tout l'monde dehors propose "Un Verre et une cigarette" de Niazi Mostafa (Egypte, 1955). Gageons que dans ce quartier à forte fréquentation maghrébine, ce film saura impacter son public. Je vous raconte tout de suite après.
PS : Il n'est pas beau, mon titre ? Pas directement en rapport avec le billet, mais je n'ai pas pu résister.
Mise à jour à 23h45 : le cinéma Place Bahadourian, c'est demain. Décidément, mon approche de Tout l'monde dehors est bien chaotique cette année. Mais cette fois-ci totalement de mon fait.
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lundi 25 mai 2009
J'ai retrouvé "Mon Œil".
Pour l'instant, ma radio de voiture est branchée sur France Musique. Par hasard, cet après-midi, j'ai intercepté une émission qui m'a beaucoup intéressé, même si je n'ai pu la suivre intégralement.
L'invité était Alain Rémond, l'ancien chroniqueur de Télérama, magazine où pendant de nombreuses années il présenta une foule de petits billets hebdomadaires intitulés "Mon œil", billets consacrés à la télévision et qui firent mon régal aussi longtemps qu'ils parurent, tant je me trouvais presque automatiquement en osmose de pensées et d'opinions avec leur auteur. Quand il fut éjecté, de façon assez brutale si je me souviens bien, je ne suis resté abonné que très peu de temps. Depuis, je n'ai pas repris, malgré des relances incessantes.
Outre le fait de retrouver cet homme et d'entendre pour la première fois sa voix à la radio, c'est surtout ce qu'il disait qui m'a intéressé, car j'y ai trouvé une explication à mes affinités avec lui. Il y parlait de ses billets, bien sûr, et de son écriture en général, qui comprend aussi quelques romans, dont certains autobiographiques consacrés à son enfance dans l'ouest de la France et à ses premiers pas à Paris. Pour n'en citer qu'un, sorti en éditions de poche, je vous conseille la lecture de "Un Jeune Homme est passé" (Seuil), publié en 2003, il me semble.
Qu'a-t-il dit qui m'a autant retenu? Il a expliqué que pour lui, l'écriture était avant tout musique, des mots aussi bien que des phrases, des paragraphes tout autant que de la page. En écrivant, il entend ce qu'il écrit comme si une voix le lui disait, sa propre voix sans doute, la seule à pouvoir juger du bon tempo et de la meilleure sonorité. Cela ne pouvait que me plaire, .... et me rappeler mes premiers billets dans ce blog, il y aura bientôt deux ans. Le choix de son titre aussi, Potomac, parce que c'est là le mot qui m'a ouvert à la poésie des sons.
Aujourd'hui, Alain Rémond publie, entre autres, un billet journalier dans le quotidien La Croix.
L'invité était Alain Rémond, l'ancien chroniqueur de Télérama, magazine où pendant de nombreuses années il présenta une foule de petits billets hebdomadaires intitulés "Mon œil", billets consacrés à la télévision et qui firent mon régal aussi longtemps qu'ils parurent, tant je me trouvais presque automatiquement en osmose de pensées et d'opinions avec leur auteur. Quand il fut éjecté, de façon assez brutale si je me souviens bien, je ne suis resté abonné que très peu de temps. Depuis, je n'ai pas repris, malgré des relances incessantes.
Outre le fait de retrouver cet homme et d'entendre pour la première fois sa voix à la radio, c'est surtout ce qu'il disait qui m'a intéressé, car j'y ai trouvé une explication à mes affinités avec lui. Il y parlait de ses billets, bien sûr, et de son écriture en général, qui comprend aussi quelques romans, dont certains autobiographiques consacrés à son enfance dans l'ouest de la France et à ses premiers pas à Paris. Pour n'en citer qu'un, sorti en éditions de poche, je vous conseille la lecture de "Un Jeune Homme est passé" (Seuil), publié en 2003, il me semble.
Qu'a-t-il dit qui m'a autant retenu? Il a expliqué que pour lui, l'écriture était avant tout musique, des mots aussi bien que des phrases, des paragraphes tout autant que de la page. En écrivant, il entend ce qu'il écrit comme si une voix le lui disait, sa propre voix sans doute, la seule à pouvoir juger du bon tempo et de la meilleure sonorité. Cela ne pouvait que me plaire, .... et me rappeler mes premiers billets dans ce blog, il y aura bientôt deux ans. Le choix de son titre aussi, Potomac, parce que c'est là le mot qui m'a ouvert à la poésie des sons.
Aujourd'hui, Alain Rémond publie, entre autres, un billet journalier dans le quotidien La Croix.
dimanche 22 février 2009
Le silence.
Sortir du lit, de la chaleur douillette des draps, de l'odeur un peu surette des derniers rêves, et partir au marché, parce qu'on doit acheter des fleurs, parce qu'on veut acheter des fleurs. Aujourd'hui, il y en aura pour tout le monde: mère, sœur, belle-sœur, et du vin pour mon frère qui m'invite à déjeuner, un Saint-Joseph, Jaboulet 2005.
Se retrouver encore un peu endormi dans la rue et penser que tant mieux: le ciel est gris mais il fait doux, doux comme les draps que l'on vient de quitter. On ne regrettera pas trop la fin des vacances. Demain, avec un peu de chance, il pleuvra. Avancer vers la place en croisant deux passants, pas plus, du pain sous le bras et les yeux dans la nuit.
S'enfoncer dans les vieilles ruelles et se dire que, décidément, ce matin, on ne photographiera rien. Et puis tout à coup s'arrêter au milieu du trottoir, frappé par une évidence: quelque chose ne va pas. Regarder autour de soi, sans rien y voir que l'habituel, la synagogue de béton, la baraque du graveur sur verre qui résiste aux promoteurs, la boulangerie industrielle au décor de laverie automatique, les tags sur le garage Renault et le feu qui, au fond, passe au rouge.
Rester une seconde, hébété, stupide sans doute dans son aspect. Une seule seconde d'arrêt sur image, le temps que le cerveau décrypte, compare, déduise. Et l'évidence éclate, lumineuse, rassurante. On revient dans le monde. On a compris. Le silence. Le silence de quelques secondes à peine, sans voitures, sans passants, sans volets, sans musique, sans même un souffle de vent, un oiseau. Un silence du fond des forêts, là où il effraie dans la pénombre, où l'on frisonne parce qu'il vous caresse. Il y a eu trois secondes de silence absolu dans cette rue.
Puis la première voiture est apparue, au coin de la rue suivante, une fenêtre ouverte a laissé couler un air des année soixante-dix, un enfant a pleuré derrière les murs de sa chambre, mon pas a de nouveau résonné sur l'asphalte. La ville. Normale. Bruyante. Rassurante. Le film redémarrait. Je venais de vivre un court instant d'éternité.
Se retrouver encore un peu endormi dans la rue et penser que tant mieux: le ciel est gris mais il fait doux, doux comme les draps que l'on vient de quitter. On ne regrettera pas trop la fin des vacances. Demain, avec un peu de chance, il pleuvra. Avancer vers la place en croisant deux passants, pas plus, du pain sous le bras et les yeux dans la nuit.
S'enfoncer dans les vieilles ruelles et se dire que, décidément, ce matin, on ne photographiera rien. Et puis tout à coup s'arrêter au milieu du trottoir, frappé par une évidence: quelque chose ne va pas. Regarder autour de soi, sans rien y voir que l'habituel, la synagogue de béton, la baraque du graveur sur verre qui résiste aux promoteurs, la boulangerie industrielle au décor de laverie automatique, les tags sur le garage Renault et le feu qui, au fond, passe au rouge.
Rester une seconde, hébété, stupide sans doute dans son aspect. Une seule seconde d'arrêt sur image, le temps que le cerveau décrypte, compare, déduise. Et l'évidence éclate, lumineuse, rassurante. On revient dans le monde. On a compris. Le silence. Le silence de quelques secondes à peine, sans voitures, sans passants, sans volets, sans musique, sans même un souffle de vent, un oiseau. Un silence du fond des forêts, là où il effraie dans la pénombre, où l'on frisonne parce qu'il vous caresse. Il y a eu trois secondes de silence absolu dans cette rue.
Puis la première voiture est apparue, au coin de la rue suivante, une fenêtre ouverte a laissé couler un air des année soixante-dix, un enfant a pleuré derrière les murs de sa chambre, mon pas a de nouveau résonné sur l'asphalte. La ville. Normale. Bruyante. Rassurante. Le film redémarrait. Je venais de vivre un court instant d'éternité.
mercredi 18 juin 2008
-izme m'énerve!
En lisant le billet du Lorgnon Mélancolique de ce soir, billet intitulé Mutisme, il me vient une réflexion (qui n'a rien à voir avec son contenu, je tiens à le préciser).
Beaucoup de gens prononcent ce mot: mutiZme. De même, ils vont dire communiZme, romantiZme, expressionniZme, etc. Je hais ces -iZmes teutoniques, disgracieux, transformant les mots en colère d'abeilles dérangées.
De même que je déteste lorsque l'on prononce un nom allemand à la manière anglaise. J'ai eu, il y a fort longtemps, une élève à la bi-nationalité franco-allemande, dont le patronyme était Walter. Elle a dû supporter pendant tout son séjour chez nous (4 ans) de s'entendre appeler "Oualteur", par des gens persuadés, à l'instar de Julien Lepers, de prononcer l'anglais à la perfection.
Et "couillon", ça se prononce comment aux States?
Beaucoup de gens prononcent ce mot: mutiZme. De même, ils vont dire communiZme, romantiZme, expressionniZme, etc. Je hais ces -iZmes teutoniques, disgracieux, transformant les mots en colère d'abeilles dérangées.
De même que je déteste lorsque l'on prononce un nom allemand à la manière anglaise. J'ai eu, il y a fort longtemps, une élève à la bi-nationalité franco-allemande, dont le patronyme était Walter. Elle a dû supporter pendant tout son séjour chez nous (4 ans) de s'entendre appeler "Oualteur", par des gens persuadés, à l'instar de Julien Lepers, de prononcer l'anglais à la perfection.
Et "couillon", ça se prononce comment aux States?
vendredi 13 juin 2008
Cris d'enfants.
Lorsque je suis rentré chez moi, tout à l'heure, heureux de finir la semaine, en constatant que le soleil fait éclore la beauté des visages (parfois, il y a concentration, comme si tous les beaux mecs des environs s'arrangeaient pour passer à la même heure devant moi), et les fait sourire, j'ai entendu des enfants jouer dans la cour de l'immeuble.
Cette cour, étant encaissée entre plusieurs bâtiments, est assez sonore. Je venais de quitter le collège et les cris de la meute qu'on lâche en liberté pour deux jours. Alors tout mais pas de cris d'enfants, par pitié! J'étais prêt à leur demander, par le balcon, d'aller jouer ailleurs et puis je les ai vus: trois filles de six ans environ et un garçon un peu plus jeune. Ils étaient totalement absorbés par leur jeu. J'ai eu beau écouté, saisir quelques échanges ("là, tu serais morte!" "les cailloux, c'est notre trésor"), je n'ai pas compris toutes les règles et le pourquoi de nombreux allers et retours dans la longueur de la cour. Les filles avaient l'air de diriger, le garçon suivait, comme il pouvait.
Je n'ai rien dit. Quel mal faisaient-ils, sinon à mes oreilles? De plus, les échanges se sont faits plus discrets (avaient-ils entendu ma porte-fenêtre s'ouvrir?). Pour jouer ailleurs, il faut aller sur la place Bir Hakeim aménagée en jardin public, mais que les plus grands ont en grande partie transformée en terrain de foot, particulièrement fréquenté en ces moments d'Euro où le moindre des pré adolescents se prend pour la dernière star du ballon rond et rêve bien sûr de gagner au moins autant.
Je suis sorti faire des courses. Au retour, ils étaient toujours là et jouaient encore au même jeu. Une des petites filles semblait bouder et se frottait le genou: une chute sans doute. Le temps de tout mettre au frais et de congeler ce qui doit l'être, en maudissant celui qui a inventé le rouleau de film plastique, il n'y avait plus aucun bruit. Ils étaient rentrés. Ils ne sont pas de mon immeuble, je ne sais pas d'où ils viennent. Mais déjà, ils me manquent (presque).
Je crois qu'il en sera de même lorsque je serai parti à la retraite.
A la place, une énorme mouche bourdonnante est entrée par la fenêtre dans mon bureau. Le soleil a dû, elle aussi, la réveiller.
Cette cour, étant encaissée entre plusieurs bâtiments, est assez sonore. Je venais de quitter le collège et les cris de la meute qu'on lâche en liberté pour deux jours. Alors tout mais pas de cris d'enfants, par pitié! J'étais prêt à leur demander, par le balcon, d'aller jouer ailleurs et puis je les ai vus: trois filles de six ans environ et un garçon un peu plus jeune. Ils étaient totalement absorbés par leur jeu. J'ai eu beau écouté, saisir quelques échanges ("là, tu serais morte!" "les cailloux, c'est notre trésor"), je n'ai pas compris toutes les règles et le pourquoi de nombreux allers et retours dans la longueur de la cour. Les filles avaient l'air de diriger, le garçon suivait, comme il pouvait.
Je n'ai rien dit. Quel mal faisaient-ils, sinon à mes oreilles? De plus, les échanges se sont faits plus discrets (avaient-ils entendu ma porte-fenêtre s'ouvrir?). Pour jouer ailleurs, il faut aller sur la place Bir Hakeim aménagée en jardin public, mais que les plus grands ont en grande partie transformée en terrain de foot, particulièrement fréquenté en ces moments d'Euro où le moindre des pré adolescents se prend pour la dernière star du ballon rond et rêve bien sûr de gagner au moins autant.
Je suis sorti faire des courses. Au retour, ils étaient toujours là et jouaient encore au même jeu. Une des petites filles semblait bouder et se frottait le genou: une chute sans doute. Le temps de tout mettre au frais et de congeler ce qui doit l'être, en maudissant celui qui a inventé le rouleau de film plastique, il n'y avait plus aucun bruit. Ils étaient rentrés. Ils ne sont pas de mon immeuble, je ne sais pas d'où ils viennent. Mais déjà, ils me manquent (presque).
Je crois qu'il en sera de même lorsque je serai parti à la retraite.
A la place, une énorme mouche bourdonnante est entrée par la fenêtre dans mon bureau. Le soleil a dû, elle aussi, la réveiller.
dimanche 18 novembre 2007
Abécédaire (Z)
Zoom: du jeudi 4 octobre au dimanche 18 novembre.
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
mercredi 31 octobre 2007
Abécédaire (T)
Tacon: je savais ce que voulait dire ce nom, j'ignorais jusqu'à aujourd'hui qu'il venait du gaulois.
Ils sont bien peu nombreux, ces mots de notre langue primitive à avoir survécu peu ou prou dans notre langage moderne. Tous ou presque ont rapport à la nature. Ça me plaît assez qu'il en soit ainsi.
Targette: son mécanisme a longtemps représenté dans mes discours le symbole de l'ingéniosité humaine. Je dois être très naïf, voire un peu simplet, mais transformer un mouvement rotatif en mouvement rectiligne, moi ça m'épate et je dis bravo à celui qui a trouvé le système. On devrait ériger une stèle à l'inventeur (anonyme?) de la targette.
Téléphone: il n'y a rien de plus mal élevé. Vous êtes en train d'exposer votre problème à un employé lambda, son téléphone sonne, et vous devez attendre que l'appelant obtienne son renseignement pour espérer avoir le vôtre.
De même cette nécessité moderne de pouvoir être joint n'importe où, à n'importe quel moment! Quelle angoisse, si je ratais un coup de fil! Eh bien, tu rappelles, coco. Il y a parfois mieux à faire que de décrocher son téléphone. Moi, j'adore parfois passer inaperçu.
Tendresse: jamais assez.
Terrier: cela me fait penser à un très beau roman pour la jeunesse qu'il faut lire même adulte: La Rencontre, de Allan W. Eckert (Le livre de Poche Jeunesse n°810), rencontre de deux solitudes: celle d'un jeune garçon et d'une mère blaireau.
Théodolite: juste pour la belle sonorité du mot.
Toucan: une petite statuette de cet oiseau d'Amérique est toujours sur mon bureau depuis des années, depuis qu'une élève, de retour d'un voyage au Brésil, me l'a offerte comme porte-bonheur.
La Tempête(de Giogione): quel étrange petit tableau (Academia, Venise): en arrière plan, une ville italienne avec un pont; plus près, un pan de remparts et de grand arbres; au premier plan, de chaque côté d'un ruisseau deux (ou plutôt trois) personnages: à gauche, sur le chemin, un promeneur (pèlerin?), tenant à la main un grand bâton de marche sur lequel il s'appuie, le visage tourné vers l'autre rive; à droite, un peu plus haut, une femme à moitié nue allaitant un enfant qu'elle tient à côté d'elle et non dans son giron, laissant ainsi exposée ta toison pubienne. Que regarde le marcheur? Qui sont ces gens? Pourquoi cette femme est-elle autant dévêtue? Que signifie cette scène? Un très mauvais roman (espagnol, si je me souviens bien) voudrait l'expliquer par une représentation de la sainte famille: Marie allaitant Jésus et Joseph veillant à l'intimité du moment. Cette explication me semble totalement absurde.
De fait, je n'ai jamais oublié ce tableau depuis la première fois où je l'ai vu et où il m'a durablement impressionné (comme est impressionnée une rétine).
Théramène: c'est son monologue que j'ai présenté oralement au bac, longue tirade où il explique comment a succombé Hippolyte, sur la grève, assailli par un monstre marin convoqué par son père trompé par les paroles de Phèdre . Si j'avais été à la place de ce jeune homme, combien, au lieu de me glacer à l'amour platonique d'une Aricie, me serais-je volontiers brûlé à la braise de la passion de Phèdre! Et tant pis pour Thésée: il n'est pas lui-même exempt de tous reproches!
Ils sont bien peu nombreux, ces mots de notre langue primitive à avoir survécu peu ou prou dans notre langage moderne. Tous ou presque ont rapport à la nature. Ça me plaît assez qu'il en soit ainsi.
Targette: son mécanisme a longtemps représenté dans mes discours le symbole de l'ingéniosité humaine. Je dois être très naïf, voire un peu simplet, mais transformer un mouvement rotatif en mouvement rectiligne, moi ça m'épate et je dis bravo à celui qui a trouvé le système. On devrait ériger une stèle à l'inventeur (anonyme?) de la targette.
Téléphone: il n'y a rien de plus mal élevé. Vous êtes en train d'exposer votre problème à un employé lambda, son téléphone sonne, et vous devez attendre que l'appelant obtienne son renseignement pour espérer avoir le vôtre.
De même cette nécessité moderne de pouvoir être joint n'importe où, à n'importe quel moment! Quelle angoisse, si je ratais un coup de fil! Eh bien, tu rappelles, coco. Il y a parfois mieux à faire que de décrocher son téléphone. Moi, j'adore parfois passer inaperçu.
Tendresse: jamais assez.
Terrier: cela me fait penser à un très beau roman pour la jeunesse qu'il faut lire même adulte: La Rencontre, de Allan W. Eckert (Le livre de Poche Jeunesse n°810), rencontre de deux solitudes: celle d'un jeune garçon et d'une mère blaireau.
Théodolite: juste pour la belle sonorité du mot.
Toucan: une petite statuette de cet oiseau d'Amérique est toujours sur mon bureau depuis des années, depuis qu'une élève, de retour d'un voyage au Brésil, me l'a offerte comme porte-bonheur.
La Tempête(de Giogione): quel étrange petit tableau (Academia, Venise): en arrière plan, une ville italienne avec un pont; plus près, un pan de remparts et de grand arbres; au premier plan, de chaque côté d'un ruisseau deux (ou plutôt trois) personnages: à gauche, sur le chemin, un promeneur (pèlerin?), tenant à la main un grand bâton de marche sur lequel il s'appuie, le visage tourné vers l'autre rive; à droite, un peu plus haut, une femme à moitié nue allaitant un enfant qu'elle tient à côté d'elle et non dans son giron, laissant ainsi exposée ta toison pubienne. Que regarde le marcheur? Qui sont ces gens? Pourquoi cette femme est-elle autant dévêtue? Que signifie cette scène? Un très mauvais roman (espagnol, si je me souviens bien) voudrait l'expliquer par une représentation de la sainte famille: Marie allaitant Jésus et Joseph veillant à l'intimité du moment. Cette explication me semble totalement absurde.
De fait, je n'ai jamais oublié ce tableau depuis la première fois où je l'ai vu et où il m'a durablement impressionné (comme est impressionnée une rétine).
Théramène: c'est son monologue que j'ai présenté oralement au bac, longue tirade où il explique comment a succombé Hippolyte, sur la grève, assailli par un monstre marin convoqué par son père trompé par les paroles de Phèdre . Si j'avais été à la place de ce jeune homme, combien, au lieu de me glacer à l'amour platonique d'une Aricie, me serais-je volontiers brûlé à la braise de la passion de Phèdre! Et tant pis pour Thésée: il n'est pas lui-même exempt de tous reproches!
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dimanche 21 octobre 2007
Abécédaire (N)
Népenthès: merci, J. C'est grâce à toi, et à notre promenade dans les serres du Parc de la Tête d'Or (1er ou 2eme jour?), que je connais cette plante carnivore et que je peux lui donner un nom (comme à la drosera!).
Nihil obstat: ça n'est pas dans le dictionnaire! Mais, à côté de "nihilisme", on peut, bien sûr, trouver "night-club". De quoi remettre de l'ordre dans la priorité des valeurs!
(Recherches faites, on trouve "Nihil Obstat" dans les pages roses, juste après une expression de bien meilleure compagnie que la boîte de nuit: le "Ne sutor ultra crepidam".
C'est ce qu'aurait répondu un peintre antique à un cordonnier qui, non content de critiquer la représentation d'une sandale dans un des tableaux de ce peintre, s'était mis à vouloir juger du reste de l'oeuvre. A celui qui voulait parler en connaisseur de choses largement au-dessus de ses compétences, l'artiste avait dit: "Cordonnier, pas plus haut que la chaussure."C'est beau, non?
Naples: parmi les nombreux souvenirs dans cette région de Campanie, un seul aujourd'hui: celui d'un marchand de souvenirs d'une soixantaine d'années, un peu isolé devant la villa des Mystères.
Je dis "isolé" car, à l'époque ( chaque fois que j'emploie ce mot, j'ai l'impression de dater de l'éruption!), il fallait ressortir du site de Pompéi pour accéder à cette villa pourtant si intéressante. Donc moins de visites et moins de ventes: les braves touristes préféraient regagner leurs autobus, ayant vu suffisamment de vieilles pierres comme ça, plutôt que de faire encore un kilomètre (en pente!) à pied pour se retrouver devant une des merveilles de l'antiquité.
Moi, je n'avais pas demandé l'avis de mes élèves: quand on voyage, on voyage! Il y avait bien eu quelques grognements, des tentatives, vite réprimées, pour s'arrêter devant des marchands de glaces, des "Quand est-ce qu'on s'arrête aux toilettes? Je ne peux plus tenir!"(discours plutôt féminin), mais j'avais filé au pas militaire: qui m'aime me suive, et les autres avec!
Joie du napolitain, voyant arriver une soixantaine d'acheteurs potentiels, tous plus naïfs les uns que les autres. Je leur avais bien fait la leçon, mais bon... Ça allait être la grande arnaque! Eh bien non, pas du tout.
Ce monsieur, ayant appris que nous venions de Lyon, me dit connaître et aimer la France: il y aurait donc des prix spéciaux pour nous, prix beaucoup plus intéressants que ceux pratiqués pour les anglais ou les allemands! Je l'écoutais parler, décidé à laisser faire, mais ne croyant pas un mot de ce qu'il disait. J'avais tort. Non seulement les prix étaient tout à fait corrects, mais il me fit apporter un jus d'orange glacé, gratuitement, et m'offrit deux magnifiques posters d'art pour décorer la classe.
Deux ans plus tard (nous alternions Italie et Grèce), il me reconnut ( je croyais qu'il faisait semblant, mais non: c'est lui qui, le premier, me parla de Lyon). Il avait construit un bar-restaurant qu'il me fit admirer et visiter, tout fier, dont il ouvrit les toilettes aux enfants pendant qu'il régalait les professeurs d'une bonne bière bien fraîche. Il m'offrit encore deux posters et me donna rendez-vous pour les années suivantes.
Mais au dernier voyage, il n'était pas là. Inquiet, j'en demandai des nouvelles au nouveau vendeur, plus jeune celui-là: il me dit qu'il était son fils, et que son père prenait un peu de repos et était allé pêcher dans la baie. Je le priai, avant de partir, de bien vouloir le saluer de ma part. Je reviendrais bientôt.
Mais depuis, moi aussi j'ai pris un peu de repos et je n'ai jamais réentrepris le voyage à Naples. Je voulais pourtant rendre un hommage à ce marchand honnête et fidèle en ce qui peut bien s'appeler une amitié biennale.
Novgorod: voir Potomac et Abyssinie, avec les coupoles en plus.
Nihil obstat: ça n'est pas dans le dictionnaire! Mais, à côté de "nihilisme", on peut, bien sûr, trouver "night-club". De quoi remettre de l'ordre dans la priorité des valeurs!
(Recherches faites, on trouve "Nihil Obstat" dans les pages roses, juste après une expression de bien meilleure compagnie que la boîte de nuit: le "Ne sutor ultra crepidam".
C'est ce qu'aurait répondu un peintre antique à un cordonnier qui, non content de critiquer la représentation d'une sandale dans un des tableaux de ce peintre, s'était mis à vouloir juger du reste de l'oeuvre. A celui qui voulait parler en connaisseur de choses largement au-dessus de ses compétences, l'artiste avait dit: "Cordonnier, pas plus haut que la chaussure."C'est beau, non?
Naples: parmi les nombreux souvenirs dans cette région de Campanie, un seul aujourd'hui: celui d'un marchand de souvenirs d'une soixantaine d'années, un peu isolé devant la villa des Mystères.
Je dis "isolé" car, à l'époque ( chaque fois que j'emploie ce mot, j'ai l'impression de dater de l'éruption!), il fallait ressortir du site de Pompéi pour accéder à cette villa pourtant si intéressante. Donc moins de visites et moins de ventes: les braves touristes préféraient regagner leurs autobus, ayant vu suffisamment de vieilles pierres comme ça, plutôt que de faire encore un kilomètre (en pente!) à pied pour se retrouver devant une des merveilles de l'antiquité.
Moi, je n'avais pas demandé l'avis de mes élèves: quand on voyage, on voyage! Il y avait bien eu quelques grognements, des tentatives, vite réprimées, pour s'arrêter devant des marchands de glaces, des "Quand est-ce qu'on s'arrête aux toilettes? Je ne peux plus tenir!"(discours plutôt féminin), mais j'avais filé au pas militaire: qui m'aime me suive, et les autres avec!
Joie du napolitain, voyant arriver une soixantaine d'acheteurs potentiels, tous plus naïfs les uns que les autres. Je leur avais bien fait la leçon, mais bon... Ça allait être la grande arnaque! Eh bien non, pas du tout.
Ce monsieur, ayant appris que nous venions de Lyon, me dit connaître et aimer la France: il y aurait donc des prix spéciaux pour nous, prix beaucoup plus intéressants que ceux pratiqués pour les anglais ou les allemands! Je l'écoutais parler, décidé à laisser faire, mais ne croyant pas un mot de ce qu'il disait. J'avais tort. Non seulement les prix étaient tout à fait corrects, mais il me fit apporter un jus d'orange glacé, gratuitement, et m'offrit deux magnifiques posters d'art pour décorer la classe.
Deux ans plus tard (nous alternions Italie et Grèce), il me reconnut ( je croyais qu'il faisait semblant, mais non: c'est lui qui, le premier, me parla de Lyon). Il avait construit un bar-restaurant qu'il me fit admirer et visiter, tout fier, dont il ouvrit les toilettes aux enfants pendant qu'il régalait les professeurs d'une bonne bière bien fraîche. Il m'offrit encore deux posters et me donna rendez-vous pour les années suivantes.
Mais au dernier voyage, il n'était pas là. Inquiet, j'en demandai des nouvelles au nouveau vendeur, plus jeune celui-là: il me dit qu'il était son fils, et que son père prenait un peu de repos et était allé pêcher dans la baie. Je le priai, avant de partir, de bien vouloir le saluer de ma part. Je reviendrais bientôt.
Mais depuis, moi aussi j'ai pris un peu de repos et je n'ai jamais réentrepris le voyage à Naples. Je voulais pourtant rendre un hommage à ce marchand honnête et fidèle en ce qui peut bien s'appeler une amitié biennale.
Novgorod: voir Potomac et Abyssinie, avec les coupoles en plus.
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samedi 20 octobre 2007
Abécédaire (M)
Micocoulier: indissolublement lié pour moi au nom de Daudet.
Mineur: mon père l'a été de nombreuses années. Évoquer ce monde, cet univers à part, avec ses règles et ses coutumes, sa solidarité et ses souffrances, m'obligerait à raconter longuement ma vie et celle de ma famille. Peut-être le ferai-je un jour, mais ailleurs, et en prenant tout mon temps. Ça me tient trop à coeur, ou plutôt j'ai trop de respect pour ce peuple-là.
Miséricorde: admirable sentiment
Et admirable invention également: ce petit rebord placé sous les sièges des stalles d'église, qui n'apparaît pas en position normale, et qui, une fois le siège relevé, permet au pauvre chanoine ou enfant de choeur d'y appuyer son plus ou moins volumineux postérieur tout en donnant l'impression d'être debout! Un peu hypocrite, mais tellement confortable (au moins pour quelques minutes.)!
Moustique: je te hais.
Madagascar: le dernier voyage de Pierre. Nous ne l'avons pas fait ensemble.
Méli-mélo: en grec, "miel-pomme". En français, ce que sera cette page aujourd'hui, je le crains.
Malawi: je ne connais rien sur ce pays si ce n'est qu'il se trouve en Afrique. Juste une petite histoire: deux amis, Joseph et Evelyne, font partie d'une troupe de danses folkloriques. Un jour, lors d'un spectacle à Villeurbanne, une troupe de ce pays avait été invitée. Quelqu'un monta sur scène pour les présenter. Evelyne, aussi calée que moi en géographie africaine, demande très doucement à Joseph: "C'est où, le Malawi?" Et lui, un peu dur d'oreille et la croyant pressée de se soulager la vessie, lui répond aussi sec: "Au fond du couloir, à gauche." Moi, ça me fait toujours rire.
Mitterrand (François): mon grand homme à moi, et tant pis pour les grincheux, les chichiteux et les oublieux de tous poils.
On ne peut pas oublier, quand on les a vécues, ses différentes campagnes pour accéder à la présidence de la république. En particulier celle de 1974.
C'était la première fois que je votais, je venais d'avoir 21 ans. Joie immense devant le tribun haranguant les foules au Palais des Sports de Lyon, retour à la maison persuadé de sa victoire: comment un homme de cette éloquence aurait-il pu perdre? Et puis les résultats, le dimanche soir. J'étais, avec Pierre, à Chambéry, chez des gens penchant plutôt à droite. Elu: Valéry Giscard d'Estaing. Quelle claque pour nous, quelle joie pour eux. Impossible de manifester notre déception. Il a fallu attendre d'être dans la voiture, sur le retour à Lyon.
Il a fallu aussi attendre la prochaine élection présidentielle, la bonne, cette fois-ci, celle de 81. Le visage qui, peu à peu apparaît sur l'écran, les coeurs qui cessent de battre, les doigts qui se crispent sur les verres que nous avions déjà sortis, comme pour conjurer le sort.
Élu! Mon pastis a giclé dans le salon, tout le monde s'est embrassé. Enfin!
Ensuite, il y a eu la rue, la fête jusque tard dans la nuit et le lendemain les opinions politiques de chacun de mes collègues que je pouvais lire sur les cernes (ou non) de leurs visages.
Je suis resté fidèle à tout cela. C'est pour ça que, depuis déjà assez longtemps, je ne vote plus socialiste.
Mineur: mon père l'a été de nombreuses années. Évoquer ce monde, cet univers à part, avec ses règles et ses coutumes, sa solidarité et ses souffrances, m'obligerait à raconter longuement ma vie et celle de ma famille. Peut-être le ferai-je un jour, mais ailleurs, et en prenant tout mon temps. Ça me tient trop à coeur, ou plutôt j'ai trop de respect pour ce peuple-là.
Miséricorde: admirable sentiment
Et admirable invention également: ce petit rebord placé sous les sièges des stalles d'église, qui n'apparaît pas en position normale, et qui, une fois le siège relevé, permet au pauvre chanoine ou enfant de choeur d'y appuyer son plus ou moins volumineux postérieur tout en donnant l'impression d'être debout! Un peu hypocrite, mais tellement confortable (au moins pour quelques minutes.)!
Moustique: je te hais.
Madagascar: le dernier voyage de Pierre. Nous ne l'avons pas fait ensemble.
Méli-mélo: en grec, "miel-pomme". En français, ce que sera cette page aujourd'hui, je le crains.
Malawi: je ne connais rien sur ce pays si ce n'est qu'il se trouve en Afrique. Juste une petite histoire: deux amis, Joseph et Evelyne, font partie d'une troupe de danses folkloriques. Un jour, lors d'un spectacle à Villeurbanne, une troupe de ce pays avait été invitée. Quelqu'un monta sur scène pour les présenter. Evelyne, aussi calée que moi en géographie africaine, demande très doucement à Joseph: "C'est où, le Malawi?" Et lui, un peu dur d'oreille et la croyant pressée de se soulager la vessie, lui répond aussi sec: "Au fond du couloir, à gauche." Moi, ça me fait toujours rire.
Mitterrand (François): mon grand homme à moi, et tant pis pour les grincheux, les chichiteux et les oublieux de tous poils.
On ne peut pas oublier, quand on les a vécues, ses différentes campagnes pour accéder à la présidence de la république. En particulier celle de 1974.
C'était la première fois que je votais, je venais d'avoir 21 ans. Joie immense devant le tribun haranguant les foules au Palais des Sports de Lyon, retour à la maison persuadé de sa victoire: comment un homme de cette éloquence aurait-il pu perdre? Et puis les résultats, le dimanche soir. J'étais, avec Pierre, à Chambéry, chez des gens penchant plutôt à droite. Elu: Valéry Giscard d'Estaing. Quelle claque pour nous, quelle joie pour eux. Impossible de manifester notre déception. Il a fallu attendre d'être dans la voiture, sur le retour à Lyon.
Il a fallu aussi attendre la prochaine élection présidentielle, la bonne, cette fois-ci, celle de 81. Le visage qui, peu à peu apparaît sur l'écran, les coeurs qui cessent de battre, les doigts qui se crispent sur les verres que nous avions déjà sortis, comme pour conjurer le sort.
Élu! Mon pastis a giclé dans le salon, tout le monde s'est embrassé. Enfin!
Ensuite, il y a eu la rue, la fête jusque tard dans la nuit et le lendemain les opinions politiques de chacun de mes collègues que je pouvais lire sur les cernes (ou non) de leurs visages.
Je suis resté fidèle à tout cela. C'est pour ça que, depuis déjà assez longtemps, je ne vote plus socialiste.
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vendredi 5 octobre 2007
Abécédaire (A)
A qui ? Mon instituteur, ma mère, Pierre et J., tous quatre pour des raisons bien différentes.
Abacule: juste pour le mot, totalement ignoré de la plupart et pourtant le troisième du dictionnaire. (Non, je ne dirai pas de quoi il s'agit, il faudra aller le chercher. Un indice: il ne s'agit pas d'un mot porno.)
Alambic: très beau aussi, et finalement pas si compliqué.
Alto: ma voix de femme préférée, et, dans les alti, celle qui me bouleverse: Kathleen Ferrier (La Passion selon St Matthieu, de Bach). Deux notes chantées, et je sais que c'est elle. Elle me transperce. L'écouter aussi dans Brahms.
Abyssinie: voir Potomac (pour l'effet sonore, en plus désertique).
Antigone: dans la tragédie de Sophocle, la fille d'Oedipe, s'oppose à la fausse justice de la raison d'Etat au nom de la morale et de ses lois non écrites. On devrait y réfléchir davantage en haut lieu.
Abacule: juste pour le mot, totalement ignoré de la plupart et pourtant le troisième du dictionnaire. (Non, je ne dirai pas de quoi il s'agit, il faudra aller le chercher. Un indice: il ne s'agit pas d'un mot porno.)
Alambic: très beau aussi, et finalement pas si compliqué.
Alto: ma voix de femme préférée, et, dans les alti, celle qui me bouleverse: Kathleen Ferrier (La Passion selon St Matthieu, de Bach). Deux notes chantées, et je sais que c'est elle. Elle me transperce. L'écouter aussi dans Brahms.
Abyssinie: voir Potomac (pour l'effet sonore, en plus désertique).
Antigone: dans la tragédie de Sophocle, la fille d'Oedipe, s'oppose à la fausse justice de la raison d'Etat au nom de la morale et de ses lois non écrites. On devrait y réfléchir davantage en haut lieu.
jeudi 4 octobre 2007
Début(s)
Potomac (le) : fleuve des Etats-Unis, qui passe à Washington et se jette dans la baie de Chesapeake; 460 km.
Définition du Petit larousse illustré de 1992, en couleurs. Définition sèche, technique et sans photo.
Pour moi, Potomac, c'est le premier mot, l'alpha de ce qui n'a pas encore connu son oméga..
Il faut s'imaginer le tout début des années 60, une petite école primaire de campagne, fréquentée par des enfants de mineurs et de paysans (la plupart du temps des deux à la fois: il faut bien nourrir sa famille), où l'instituteur certains soirs, à la fin des cours et si nous avions bien travaillé, nous faisait écouter de la musique classique (je me souviens encore de Granada) ou, mieux, nous lisait de longs passages de La Prairie, de James Fenimore Cooper. Et là, dans la salle chaude qui sentait la sueur, l'encre, le bois et la craie, où peu à peu entrait la lumière du couchant (pourquoi toujours m'imaginer que c'était en hiver?), dans cet endroit confiné, coincé entre des prés trop en pente pour éviter l'effort et des crassiers lourds et noirs, dans ce monde destiné à la vie simple et dure des ouvriers, où rien (ou presque) ne m'y prédisposait, j'ai découvert la beauté des mots.
Et le premier fut Potomac. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Dès que je l'ai entendu, je me suis mis à rêver d'immensités d'herbes hautes violentées par le vent, de fleuves impétueux et écumants, ou vastes et léthargiques, de maisons au loin, isolées au sommet d'une colline où la lampe s'allumait, recréant la même intimité que je vivais à cet instant dans la salle de classe. Mes camarades étaient-ils eux aussi perdus dans cette immensité ? Y en avait-il un seul dont j'aurais pu saisir la main pour qu'il me guide dans cet univers inconnu mais dont j'apercevais tout à coup la richesse, de la graphie comme des sons. Un seul pour me dire, de la bouche ou du regard :"je te comprends, je suis avec toi, je suis ton frère des mots."? Je ne sais pas. Dans cet univers, seul, je m'y suis enfoncé, j'y ai nagé, j'y ai dormi, gémi, joui, souffert et souri. Le livre est resté mon compagnon de lit le plus fidèle, celui que l'on ne peut s'empêcher de caresser un peu juste avant de s'endormir, même si la journée fut rude. Et le mot est pour moi musique avant que sens, mélodie et non message ( ce qui agace souvent mes amis, obligés de répéter). Et le son ouvre à chaque fois la porte donnant sur ces grands espaces qui m'ont, en un instant et à tout jamais, enivré, lorsque j'ai entendu POTOMAC,un soir d'hiver, dans la bouche de mon maître d'école..
Aujourd'hui, presque cinquante ans après, le pouvoir d'évocation de ce mot est, pour moi, toujours le même. Je n'ai jamais vu le Potomac, et je ne le verrai jamais, car le vrai ne m'intéresse que peu, et le mien est trop profond en moi. Il me suffit de savoir qu'il est là et que je peux, à tout instant, le convoquer: il a toujours répondu. Aussi, lorsque j'ai décidé d'ouvrir ce blog, n'ai-je pas eu à chercher longtemps son titre. Potomac s'est imposé comme une évidence, comme le baptême à la source de tous les mots futurs. Car mots futurs il y aura, j'espère.
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