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Saturday, May 09, 2015

Citation du 10 mai 2015

Qui a des pois et du pain d'orge,  / Du lard, et du vin pour sa gorge;  / Qui a cinq sous et ne doit rien,  / Il se peut dire qu'il est bien.
Proverbe français
Dimanche ! Jour sans travail occasion de réfléchir sur la vie sans le avec moins de travail…
Dans la course de la vie, se lever chaque matin est un effort pour se relancer dans la compétition de la vie, pour arriver le premier, pour avoir plus – Toujours plus !
Toujours plus : mais jusqu’à quand ?
Il y a des gens qui se disent : Allez ! Encore un peu plus et j’arrête. Un grade plus élevé dans l’organigramme, plus d’argent sur mon livret A, plus de tuiles sur ma résidence secondaire.
Et puis en fait, les tuiles s’amoncellent, mais souvent d’avantage sur la tête que sur le toit. Et c’est là qu’on se demande : comment sait-on qu’il faut s’arrêter ?  Comment avoir la sagesse de dire : ça m’suffit ?
Notre proverbe-du-jour nous l’explique : il suffit d’avoir assez pour combler nos besoins, sans se préoccuper de quelconques désirs.
- Des pois et de l’orge : ce n’étaient pas, même autrefois, des mets de seigneurs. Et pourtant ça suffisait pour calmer la faim.
- Du lard, et du vin pour sa gorge : le lard, nourriture pour les pauvres paysans qui n’avaient qu’un cochon dans la porcherie. Et le vin ? Pas pour l’ivresse, juste pour se désaltérer.
- Avoir cinq sous et pas de dettes : avouez que ce n’est pas la richesse, mais c’est la quiétude d’esprit de celui qui sait qu’il aura assez pour demain – et qui ne doit rien à personne.

Certains ont la prétention de faire la liste de nos envies. Essayons plus modestement de faire pour aujourd’hui, la liste de nos besoins :
- Au marché bio trouver le panier du Jardinier.
- Pour midi, se faire un jus de betterave et la quiche de quinoa.

- Et sur sa carte bancaire cinq euros et pas de dettes. Pour avoir ça, il suffit de faire des ménages ou les vendanges quand l’occasion se présente. Et toucher le RSA.

Wednesday, March 09, 2011

Citation du 10 mars 2011

Nous sommes plus riches que nous ne pensons ; mais on nous dresse à l'emprunt et à la quête. En aucune chose l’homme ne sait s’arrêter au point de son besoin.

Montaigne – Essais, III ch. 12 – De la physionomie (suite du texte en annexe)

Nous sommes plus riches que nous pensons, mais, dit Montaigne, on nous dresse à l’emprunt & à la quête ; on nous apprend à nous servir du bien d’autrui plutôt que du nôtre ; ou plutôt, accumulant sans cesse, nous n’osons toucher à rien : nous sommes comme ces avares qui ne songent qu’à remplir leurs greniers, & dans le sein de l’abondance se laissent mourir de faim.

Rousseau – La nouvelle Héloïse (note de Rousseau)

on nous dresse à l'emprunt : comme beaucoup de citations rapportées ici concernant l’économie, nous constatons que nos auteurs classiques ont su, il y a déjà bien longtemps, ce que nous découvrons à peine aujourd’hui ; et il nous vient à l’esprit que nous aurions évité bien des malheurs à savoir les lire à temps…

C’est vrai que Montaigne oriente sa réflexion vers l’abus de science (voir texte en annexe) – ce qu’on pourrait appeler l'érudition pédante. Mais comme le montre déjà la note de Rousseau, on a depuis longtemps lu ce texte en laissant cet abus de côté pour ne s’en tenir qu’aux excès de richesses (et aux insuffisances de la consommation !).

--> La richesse ou la pauvreté ne sont pas des données chiffrables dans l’absolu. Nous sommes riches si nos ressources excèdent nos besoins ; nous sommes pauvres si au contraire ce sont nos besoins qui excèdent nos ressources. Voilà une leçon de la sagesse ancestrale, et on nous dira qu’il n’y a rien là que de très ordinaire.

Oui – Mais par contre ce qui l’est moins, c’est que selon Montaigne l’ignorance de ce principe n’est pas naturelle, qu’elle résulte d’une manipulation de notre esprit ayant pour but de nous rendre insatiables en toute chose, suscitant en nous des besoins sans limites.

Laissons de côté la question de savoir qui nous manipule, quel est ce « on » qui « nous dresse à l’emprunt », et intéressons-nous à savoir quels besoins sont ainsi stimulés.

En prenant au premier degré la formule de Montaigne, nous dirons, que ce qui se développe en nous, c’est un besoin « générique » de richesse, celui qui nous pousse à gagner plus… ou sinon à faire fructifier notre argent.

Certes, tous les petits épargnants spoliés par la crise financière vous le diront : ils n’ont cherché qu’à se mettre à l’abri du besoin en accroissant leur magot. Mais ils se trompent : ils ne se sont pas protégé des besoins, ils se sont exposés à un autre besoin, bien plus puissant : le besoin de s’enrichir.

Pour les autres (ceux qui ont lu Montaigne et Wolinski), la crise n’existe pas.

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Annexe -

Nous sommes chacun plus riche que nous ne pensons : mais on nous dresse à l’emprunt, et à la quête : on nous duict [forme] à nous servir plus de l’autrui, que du notre. En aucune chose l’homme ne sait s’arrêter au point de son besoin. De volupté, de richesse, de puissance, il en embrasse plus qu’il n’en peut étreindre. Son avidité est incapable de modération. Je trouve qu’en curiosité de savoir, il en est de même : il se taille de la besogne bien plus qu’il n’en peut faire, et bien plus qu’il n’en à affaire, étendant l’utilité du savoir, autant qu’est sa matière.

Ut omnium rerum, sic literarum quoque intemperantia laboramus (« Comme en toutes choses, aussi ebn l’étude des lettres nous montrons de l’intempérance » - Sénèque, Lettres – 106). Et Tacite a raison, de louer la mère d'Agricola, d'avoir bridé en son fils, un appétit trop bouillant de science. C'est un bien, à le regarder d'yeux fermes, qui a, comme les autres biens des hommes, beaucoup de vanité, et faiblesse propre et naturelle : et d'un cher coût.

Friday, January 01, 2010

Citation du 2 janvier 2010

Les latins disaient : la faim de l'or, auri fames. Nous, plus énergiquement, la soif de l'or. La soif est en effet un besoin plus violent et dont la satisfaction cause l'ivresse.

Alphonse Karr

Quel est le besoin qui sert à mesurer tous les autres ? Celui dont l’intensité évoque un maximum indépassable ? L’étalon du désir ?

Curieusement le besoin sexuel n’est jamais évoqué. Du genre : j’ai une envie de cette petite robe, qui est aussi forte que celle que j’éprouve quand je n’ai pas fait l’amour depuis un an six mois ; d’ailleurs voyez comme l’absence de formule toute faite entraîne des phrases un peu longuelettes.

Soyons sérieux : ainsi que le dit Alphonse Karr, c’est la faim ou la soif qui permettent d’étalonner nos envies. Or comme on vient de s’en mettre jusque là, aussi bien dans des agapes que dans les beuveries de fin d’année, on va pouvoir y réfléchir.

D’abord je tiens pour erroné l’affirmation que la différence entre boire et manger soit l’ivresse : les ethnologiques qui ont séjourné dans des tribus de chasseurs ont constaté que quand la chasse avait été bonne, l’abondance de nourriture provoquait pour ces gens affamés chroniques une véritable ivresse.

Ensuite, on devrait parler du besoin plutôt que de la satiété. La soif est-elle un besoin plus fort que la faim ? Je n’en suis pas sûr. En tout cas j’ai constaté quelque chose de bien général, c’est que la faim entraîne une agressivité que la soif ne provoque pas. L’assoiffé se plaint de sa soif. L’affamé se querelle avec tout le monde.

Ajoutez à cela que si la soif est intense elle provoque des troubles « seulement » physiologiques, alors que la faim, même légère, provoque une obsession qui chasse toute autre préoccupation : ventre affamé n’a pas d’oreilles dit le proverbe. Quiconque a fait la classe à des enfants – même déjà grands – sait qu’après 11 heures du matin, il ne faut plus compter sur l’attention des élèves : ils ont faims (d’où l’idée de les nourrir à 10 heures : voir le verre de lait de Mendès-France (1)


(1) On se rappelle que cette distribution de lait aux enfants des écoles avait été ordonnée par Pierre Mendès-France, alors président du conseil, pour lutter contre la dénutrition et l’habitude qu’avaient les parents de donner aux enfants du vin en guise de nourriture. Pierre Mendès-France a pendant un an réalisé le miracle des Noces de Cana, transformant non pas l’eau en vin, mais le vin en lait.

Thursday, October 19, 2006

Citation du 20 octobre 2006

Ah ! si on pouvait faire disparaître la faim en se frottant le ventre

Diogène de Sinope (aussi appelé : Diogène le Cynique)

Déconseillé aux moins de 12 ans

Diogène le cynique se masturbait sur l’acropole ; devant les passants - je suppose - scandalisés, il se contentait de regretter qu’il ne soit pas aussi simple de calmer sa faim. Les cyniques sont des philosophes qui affectaient de vivre comme des chiens (1). Diogène vivait dans une amphore (=le tonneau qu’on lui attribue) assimilée à la niche du chien. Et bien sûr il satisfaisait ses besoins et assouvissait sa libido au vu et au su de tout le monde, donc comme les chiens. Diogène est-il un philosophe ? Oui, s’il donne à penser. Qu’y a-t-il donc à penser ici ?

Ce que nous dit Diogène, c’est que le désir sexuel et la faim ne sont pas de même nature : d’un côté le désir dont la satisfaction fait appel à notre faculté imaginative c’est-à-dire au fantasme ; de l’autre le besoin qui ne peut être satisfait que par l’acquisition d’un élément matériel. Le nourrisson affamé peut bien « halluciner » le sein de sa mère ; il aura toujours faim. Devenu adolescent, s’il hallucine encore le sein maternel, ce ne sera plus pour calmer sa faim. Et le résultat sera - peut-être - celui dont nous parle Diogène.

Diogène nous donne à croire que le désir est supérieur au besoin parce qu’il dépend uniquement de nous de le satisfaire. Erreur. Le fantasme ne suffit pas à satisfaire nos désirs ; il ne peut le faire qu’à condition de se projeter sur la réalité, de l’habiller à sa façon : il a besoin de cette réalité pour exister, et surtout pour aboutir. D’ailleurs Diogène ne se contentait pas de fantasmer ; il se « frottait le ventre ». Supposez qu’il ait été tétraplégique (à supposer que dans ces conditions sa libido ait encore eu quelque chose à dire) : il aurait bel et bien eu besoin d’un secours extérieur pour se satisfaire.

Vous n’êtes pas choqué au moins ? Si c’est le cas, voyez mon avertissement liminaire.

(1) Cynique vient de « kunos » qui en grec signifie : chien.