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Sunday, April 03, 2016

Citation du 4 avril 2016

Marcheur, il n’y a pas de chemin, / Seulement des sillages sur la mer.
Antonio Machado – Proverbes et Chansons (cf. Citation complète en annexe)
Reprenant l’ensemble des citations que ce Blog consacre aux traces, je constate qu’elle tournent toutes autour de la question de leur effacement : tantôt comme quelque chose qu’il faut entreprendre (et qui est parfois impossible) ; d’autres fois, comme ici, disant quelles n’existent pas parce que nous ne laissons derrières nous qu’un sillage éphémère comme celui qui griffe la surface de la mer.
L’idée que développe Machado dans cette strophe (cf. Annexe) est bien sûr que notre passage sur terre est on ne peut plus furtif, mais aussi que nous n’avons aucun chemin prétracé à suivre, parce que les chemins qu’ont tracés nos prédécesseurs se sont effacés aussitôt. Libre est notre marche, libres sont nos pas parce que, même si nous les mettons dans des pas  plus anciens nous ne le savons pas. Bien sûr peut-être aurions nous eu intérêt à trouver un chemin emprunté par plusieurs marcheurs avant nous : nous saurions au moins qu’il mène quelque part. Mais être libre, c’est aussi ça : risquer de chuter est un risque moins grand que perdre sa liberté en la laissant végéter (Kant).
On peut quand même critiquer cette vue : les traces existent et même elles sont l’objet de l’histoire qui s’est donné pour tâche scientifique de les collationner et de les analyser. Mais qu’on songe que l’histoire est consacrée aux peuples, que les individus n’y laissent une trace justement que dans la mesure où elle s’est inscrite dans la vie de ces ensembles innombrables d’humains. Entre les peuples et les individus, il y a la même différence qu’entre les corpuscules et les objets de notre environnement : les uns sont étudiés par la physique quantique – et on n’y comprend rien ; les autres par physique de Newton et on y comprend quelque chose – tant qu’on reste à l’échelle humaine. Le peu que j’ai retenu de la mécanique quantique c’est une particule n’a pas de chemin prétracé, ou bien alors qu’elle en a une infinité.
Pourrait-on dire, en paraphrasant Max Plank : Marcheur, il n’y a pas un chemin ; il y en a une infinité – mais tu ne les connaitras jamais.
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Annexe. Marcheur, ce sont tes traces / Ce chemin et rien de plus; / Marcheur, il n’y a pas de chemin, / Le chemin se construit en marchant. / En marchant se construit le chemin, / Et en regardant en arrière / On voit la sente que jamais / On ne foulera à nouveau. / Marcheur, il n’y a pas de chemin, / Seulement des sillages sur la mer. Antonio MACHADO [Proverbes et Chansons]. Lire le poème ici.

Tuesday, August 05, 2014

Citation du 6 août 2014



Qui marche bien ne laisse pas de traces.
Lao Tseu
J’ai fait de l’effacement des traces un thème de réflexion (par exemple ici avec M le maudit). Là-dessus, la cour de justice de l’Union européenne a rendu obligatoire le respect du droit de chacun à l’oubli – décision qui visait plus particulièrement Google. Le web regorge de textes là-dessus je n’y reviens pas.
Mais, comme la bonne volonté de Google n’est pas assurée, il me semble qu’on peut revenir sur la question des traces avec Lao-Tseu (1).
Oui, plutôt que d’effacer nos traces, veillons à ne pas en faire. Car qui marche bien ne laisse pas de traces. Soyez léger pour avoir le pied léger ; marchez sur terre comme si vous marchiez sur l’eau, et vous n’aurez pas de traces à effacer, parce que vous n’en aurez pas faites.
o-o-o
Récemment (2) j’ai abordé la question de la renommée : il faut être très attentif à laisser des traces honorables pour que nos descendants se souviennent de nous de façon positive, et que l’on survive dans leur mémoire.
Dès lors que chacune de nos actions est auscultée au miroir de postérité, elle se met à peser des tonnes, d’où le souci de contrôler non seulement tout ce que nous faisons, mais encore le souvenir que nous laisserons !
L’attitude positive consiste le plus souvent à hausser les épaules : la photo où j’apparais complément torché lors de la fête de la Promo ? Rien à cirer ! Je n’ai plus rien à voir avec ce jeune homme : ces traces ne sont plus mes traces.
Mais ce que nous dit Lao-Tseu va un peu plus loin – même beaucoup plus loin : plutôt que d’effacer les traces laissées, faisons plutôt ce qui n’en laisse pas.
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(1) Et un grand merci à l’auteur du Blog « Mouchett&Co » d’avoir sélectionné cette citation qui me ravit.
(2) Voir Post du 2 août

Monday, December 09, 2013

Citation du 10 décembre 2013


Sous les villes englouties par le Vésuve on trouve encore, si on fouille plus avant, les traces de villes plus anciennes, précédemment englouties et disparues… La même chose s’est produite dans notre cerveau ; notre vie actuelle recouvre sans pouvoir l’effacer notre vie passée, qui lui sert de soutien et de secrète assise. Quand nous descendons en nous-mêmes, nous nous perdons au milieu de tous ces débris…
Jean-Marie Guyau – La genèse de l'idée de temps
Traces III
La question qu’on aurait dû poser il y a quelques jours, c’est : pourquoi voudrait-on effacer ses traces ? On sait que l’histoire est née le jour où les Pharaons ont voulu que la trace de leurs combats héroïques soit conservée pour toujours (1) : 

Image

Ramsès II et son armée (source : Wiki)
Oui, mais cette histoire-là ne rapporte ni les défaites, ni les évènements peu glorieux: on ne fabrique aucune stèle pour les commémorer (2). Et pourtant, ces évènements-là aussi laissent des traces  qui conservent le témoignage du passé.
Transposant à la vie de l’individu, Jean-Marie Guyau le constate : c’est cela qui fait la base de bon nombre de traumatismes ; le passé ne passe pas, ce qui veut dire que sa trace est aussi vive que les chocs subis au présent.
N’y a-t-il donc aucune différence entre le présent et le passé ? Si fait : alors que l’évènement qui vient d’arriver est encore entier et plein de couleurs, l’évènement ancien, désossé dans notre mémoire, est réduit à n’être plus qu’épaves qui de temps à autre reviennent s’échouer sur les rivages de notre présent.
Mais ces débris de ce passé servent surtout d’assise à notre présent. Oui, notre présent, non seulement a pour fondation le passé, mais en plus ce sont les débris du passé. Autant dire qu’à vouloir trop remuer tout ça, on risque l’effondrement !
Du coup, cela me fait penser à ces horribles radicaux libres fabriqués dans nos cellules et qui nous gâchent la vie. (3)
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(1) Je laisse de côté l’histoire « des historiens » qu’on fait débuter avec Hérodote, pour ne conserver que l’histoire comme chronique des faits mémorables.
(2) On connait l’histoire du français qui débarque à Londres et qui s’étonne que les anglais donnent à leur gares ou à leurs parcs des noms de défaites : Waterloo station, Trafalgar square.
(3) Pour tout savoir sur l’armée des radicaux libres, voir ici.

Friday, December 06, 2013

Citation du 7 décembre 2013


Tu sais ce qui est beau, ici ? Regarde : on marche, on laisse toutes ces traces sur le sable, et elles restent là, précises, bien en ligne. Mais demain tu te lèveras, tu regarderas cette grande plage et il n'y aura plus rien, plus une trace, plus aucun signe, rien. La mer efface, la nuit. La marée recouvre. Comme si personne n'était jamais passé. Comme si nous n'avions jamais existé. S'il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n'es rien, cet endroit, c'est ici. Ce n'est plus la terre, et ce n'est pas encore la mer. Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre
Alessandro Baricco – Océan Mer
Traces II
Hier, nous effacions les traces de notre vie en courant plus vite qu’elles : même plus de sillage…
Mais on sait que vivre c’est mordre sur le réel, c’est donc tracer quelque chose, et même si cette trace ne nous importe pas, il n’en reste pas moins qu’elle existe.
Mieux vaudrait alors faire comme le sable de la plage qui porte les traces de nos pas, mais qui, la marée passée, retrouvera intégralement sa virginité. Et cela non pas dans la mélancolie des amants désunis de la chanson (1), mais bien dans la joie de se lever chaque jour comme si c’était le premier matin du  monde.
- Vivre sur l’estran, est-ce donc la solution d’une vie libre de toutes entraves ?
Notre auteur est moins catégorique : « Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre »
Voilà donc le fond de sa pensée : il s’agit non pas de la vie, mais du temps. La mer sur le sable est un peu comme le mouvement des étoiles dans le ciel chez Platon : c’est une image mobile de l’éternité.
Oui, mais qu’est-ce que ça nous apprend sur la vie ?
Je ne sais pas ce que l’auteur a précisément dans l’esprit à ce sujet, mais quant à moi, je dirai qu’une vie qui voit ses traces effacées au fur et à mesure de son déroulement, c’est une vie qui repart à zéro chaque matin, comme l’amnésique qui reprendrait en se levant la tâche qu’il avait débuté la veille en se levant – comme si rien ne s’était fait durant le jour.
Je doute que ce soit vraiment ce que l’on ait souhaité, sauf bien sûr quand on a la volonté de refaire sa vie. Mais ce n’est pas parce qu’on le veut qu’on le peut : on repart toujours de là où l’on est arrivé.
Après les Feuilles mortes, voilà le Temps du tango : Faudrait pouvoir fair' marche arrière /
Comme on l'fait pour danser l'tango !
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Thursday, December 05, 2013

Citation du 6 décembre 2013



Oh ! – excepté celui dont le cœur l'a éprouvé, et a bondi triomphant sur les vastes ondes, qui peut dire le sentiment plein d’exaltation et le jeu délirant du pouls, qui font tressaillir l'homme errant sur cette voie sans bornes et sans traces ?
Lord Byron – Le corsaire, chant I
Traces I
J’ai déjà évoqué l’angoisse du triste héros de Fritz Lang – M le maudit – qui cherche à traverser la vie en effaçant ses propres traces, pour n’en laisser aucune.
Mais, comment effacer ses propres traces ?
Peut-être n’y a-t-il rien de spécial à faire car, comme le supposait Derrida (voir ici), le propre de la trace c’est justement d’être effaçable. De plus, la vie est superposition permanente de traces nouvelles et pour reprendre l’image d’Aragon (ici), nous sommes comme le voyageur qui laisse trainer son manteau derrière lui pour effacer la trace de ses pas en la dissimulant sous la trace du manteau.
Toutefois, le meilleur moyen de ne pas laisser de traces, c’est encore de ne pas en faire.
            - Par exemple en menant une vie végétative, de sorte qu’après notre mort, personne ne s’apercevrait qu’on ne vivrait plus, comme ces vieux qu’on découvre dans leur appartement, longtemps après leur mort, parce qu’ils n’ont pas payé leur électricité depuis plus d’un an.
            - Pas très joyeux ? Bon : on peut, à l’opposé, passer si vite qu’on n’aurait même pas le temps de faire une trace à laisser derrière nous : vivre comme si on était un météore. Dans ce cas, il faut faire comme le corsaire de Byron : bondir sur la vague, n’ayant pour borne que l’horizon. Ou plus prosaïquement, surfer sur la vie comme sur la vague, l’effleurer à peine pour ne laisser qu’un infime sillage qui se referme immédiatement, alors même qu’on est déjà parti ailleurs.
Just like a rolling stone (à écouter ici)
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N.B.  On aura reconnu la métaphysique de l'effleurement, mouvement philosophique fondé par moi-même - et connu seulement de moi-même - qui fait de l'existence qui passe sans laisser de traces le principe de la bonne vie. Voir ici.