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Friday, June 22, 2012

Citation du 23 juin 2012


Celui qui se transforme en ver de terre ne doit pas se plaindre par la suite qu’on lui marche dessus.
Kant – Doctrine de la vertu I, I, 2 (Trad Philoneneko, p.111)
Ainsi, il existe des citations de Kant qui n’ont pas besoin d’être relues 3 fois pour être comprises, et même comprises sans contre sens, ainsi qu’on peut le vérifier en complétant notre Citation-du-Jour pas celle-ci péchée quelques lignes plus haut :
S’agenouiller ou se prosterner jusqu’à terre, même pour rendre sensible l’adoration des choses célestes est contraire à la dignité humaine.
Kant – Idem
Un ambassadeur anglais (au 18ème siècle je crois) se présente devant le Tzar (1). Selon la coutume, on veut qu’il se mette à genoux devant lui : il refuse, disant qu’un anglais se met à genoux seulement devant Dieu ; devant le roi, il ne met qu’un genou à terre.
Il y a donc dans l’usage de l’humilité un mésusage qui ne relève pas de la fausse humilité.
- La fausse humilité, en effet, consiste à se montrer humble pour avoir le plaisir qu’autrui vienne nous démentir et nous relève dans tous les sens du terme.
- En revanche, le mésusage de l’humilité consiste à humilier à travers notre personne ce qui ne devrait pas l’être, c’est-à-dire, selon Kant, l’humanité qui est en nous. Or, la dignité de l’humanité doit être conservée et honorée dans la personne de chacun d’entre nous.
Nous avons en nous un idéal de l’humanité, qu’on résumera en disant qu’elle fait de l’homme un être qui a sa fin en soi-même.
Etre une fin en soi, c’est incarner une valeur qui ne peut être subordonnée à quoi que ce soit, valeur qui ne saurait donc être un moyen au service d’autre chose – moyen qu’on laisserait de côté quand il cesserait d’être efficace. Le respect d’une telle valeur est en réalité inconditionnel.
Dans le cas qui nous intéresse, cela veut dire qu’on n’a pas le droit d’humilier ce qu’il y a d’humain en chaque individu, mais aussi que nous n’avons pas le droit de le faire en nous-même.
Et voilà l’humilité qui apparait : si elle consiste à humilier quelque chose en nous, que ce ne soit pas en nous soumettant à quoi que ce soit, passion animale, désespoir de l’humain, ni même subordination totale à autrui. Car alors nous détruisons l’humain en nous.
Il est vrai que l’humilité n’est pas la seule circonstance où nous détruisons l’humain que nous devrions respecter : il y a aussi (toujours selon Kant) par exemple la masturbation (qui considère notre corps comme un simple instrument au service de la jouissance animale) et surtout le suicide, circonstance dans laquelle nous nions notre personne morale, en « extirpant du monde … la moralité dans son existence même » (Métaph. des mœurs – §6).
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(1) A moins que ce ne soit l’Empereur de Chine ?

Thursday, June 30, 2011

Citation du 1er juillet 2011

L'ambition, souvent, fait accepter les fonctions les plus basses ; c'est ainsi qu'on grimpe dans la posture où l'on rampe.

Jonathan Swift – Pensées sur divers sujets moraux et divertissants

Voici le paradoxe de Swift : comment peut-on par ambition accepter les fonctions les plus basses ? Tous ceux qui occupent des emplois subalternes – ou jugés tels – le diront : s’ils occupent de telles fonctions c’est pour nourrir leur famille – ce qui n’est déjà pas si mal – et sûrement pas par ambition.

Examinons ce qui se passe dans les staffs (politiques ou d’entreprises) : ceux qui ont l’ambition de grimper dans l’organigramme ne vont pas prendre la serpillère et faire la femme de ménage.

C’est qu’il y a deux types de fonctions « les plus basses » :

- Il y a celles qui humilient quand on les accomplit,

- et puis il y a celles qui salissent les mains quand on les effectue.

On peut admettre qu’on pense ici que les ambitieux qui veulent se rendre indispensables ne se bornent pas à éviter à leurs maitres de se salir les mains, mais qu’ils leurs épargne plutôt de salir leur réputation.

On comprend également que, généralisant, Swift songe aussi que l’humiliation est nécessaire pour accéder au pouvoir, que c’est par elle qu’on peut rester dans l’ombre des puissants, parce qu’on grimpe dans la posture où l'on rampe.

Reste qu’à se focaliser là-dessus on oublie peut-être qu’il y aura le moment où les obscurs courtisans, les zélés exécuteurs des basses œuvres, ceux qui acceptent d’effectuer les tâches humiliantes et de recevoir des coups de pieds en récompense, se métamorphoseront en dragon qui crache des flammes et carbonisent ceux qui les ont humiliés.

Rappelons-nous une phrase entendue à propos de Xavier Bertrand, désigné chef de l’UMP par le Président Sarkozy : « Tu donnes les clés de l’UMP à Xavier ? N’oublie pas d’en garder un double. »

Saturday, September 06, 2008

Citation du 7 septembre 2008


Vous me demandez ce qui me pousse à l’action ? C’est la volonté de me trouver au coeur de toutes les révoltes contre l’humiliation, c’est d’être présent, toujours et partout, chez les humiliés en armes.

Che Guevara – Discours, entretiens et autres sources


Vous connaissez un peu la vie du Che ? Vous savez donc qu’il est mort parce que les paysans boliviens n’ont pas voulu le suivre dans sa lutte contre l’Etat qui les affamait.

Autrement dit, Guevara est mort pour avoir oublié qu’il y a des humiliés qui ne prennent pas les armes. A-t-il cru que l’appel à la révolte serait plus puissant que la peur des humiliés ?

Soyons un peu précis. Il s’agit ici d’humiliation, pas de peur. Dans la peur, on peut encore faire la balance entre les risques et les avantages de la révolte. Même l’âne va donner un coup de pied au vieux lion (1). L’humilié ne fait pas ça.

L’humiliation est un puissant sentiment d’infériorité entraînant la soumission à celui qui impose sa force. On voit dans les commissariats de police des femmes battues et humiliées par leur mari refusant de témoigner contre lui, même quand les barreaux de la prison les protègent. L’humiliation est une cassure dans la personnalité qui la rend incapable de rébellion. L’humilié est soumis.

C’est là la force de la violence : devenir une force psychologique, même si en réalité elle n’est jamais que physique.

Donnez une paire de gifles à quelqu’un. Sil ne vous la rend pas, c’est peut-être parce qu’il est devenu soumis.

Reste la volonté du Che de lutter contre l’humiliation. Comme il ne semble pas vouloir agir par assistance psychologique, il lui reste à agir contre les humiliateurs.

Il y aurait donc la possibilité de remplacer les gouvernants qui humilient le peuple par des gouvernants qui le respectent. Ce qui veut dire qu’on croit que la volonté d’humilier ne soit pas enracinée dans le cœur humain, qu’elle ne soit pas un plaisir qu’on s’offre dès qu’on a un peu de pouvoir.

…Moi aussi j’aimerais y croire.

(1) La Fontaine – Le lion devenu vieux

Tuesday, February 21, 2006

Citation du 22 février 2006

"Timeo Danaos et dona ferantes" (« Je crains les Danaens (=Grecs), même porteurs de présents »
VIRGILE, Enéide, II, 49
Tous les lecteurs d’Astérix connaissent ce vers de l’Enéide. Ils ne savent peut-être pas tous que le présent perfide offert par les Grecs est le Cheval de Troie, qui symbolise généralement une ruse destinée à nuire à celui qui l’accepte. Il y a des cadeaux empoisonnés, on le sait. Mais ne sont-ils pas tous empoisonnés ?
Marcel Mauss dans son Essai sur le don a décrit la cérémonie du Potlatch (chez les Indiens de la côte ouest de l’Amérique) comme un rite agressif, consistant à offrir (voire même plus simplement à détruire) des présents de valeur au chef de la tribu voisine, qui devra à son tour faire de même, en plus abondant s’il le peut.
Il y aurait ainsi une humiliation à recevoir un don, sachant qu’il sera sans contrepartie, c’est-à-dire sans échange ; et on sort de l’échange dès lors que la contrepartie est simplement impossible en raison de la magnificence du cadeau. C’est donc le cas du potlatch. Autre exemple : Bernardin de Saint-Pierre raconte qu’un jour passant chez Rousseau en son absence il laisse sur sa table un paquet de café (très prisé et très cher à l’époque) ; rentré chez lui Rousseau lui renvoie l’objet avec un billet disant « Je vous rends votre cadeau parce que je serais incapable de vous en offrir un pareil. » Les petits cadeaux entretiennent l’amitié ; les gros cadeaux suscitent la rancœur et la hargne.
A première vue, il ne s’agit que d’un mouvement d’orgueil : je veux me montrer plus fort que l’autre, et je me sens agressé si je ne le peux pas. Mais tout cela veut peut-être dire aussi que la société du don ( du genre « A chacun selon ses besoins ») est une utopie, parce que toute société est fondée sur l’échange et que le don n’est pas à la base du lien social.
Au risque d’émouvoir les bonnes âmes, disons alors que la charité n’est pas une vertu sociale.