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Monday, August 30, 2010

Citation du 30 août 2010

On ne doit pas toujours accorder toutes choses, ni à tous. Il est aussi louable de refuser avec raison que de donner à propos. C'est en ceci que le non de quelques-uns plaît davantage que le oui des autres. Le refus accompagné de douceur et de civilité satisfait davantage un bon coeur qu'une grâce qu'on accorde sèchement.

Madame de Sablé – Maximes

La façon de donner… on connaît la suite. Maintenant, suffit-il de décliner la formule avec le refus ? La façon de refuser importe plus que ce qu’on refuse

Oui, si on veut s’en tenir à la fin de la maxime : la demande serait moins une demande de service que – comme le dit Lacan – une demande d’amour (1). Il y aurait toujours quelque chose qui se donne, jusque dans le refus : c’est la douceur et la civilité, qui rendent aimable la personne qui refuse.

Mais madame de Sablé nous dit encore autre chose : Il est aussi louable de refuser avec raison que de donner à propos. J’aurai de l’estime pour la personne qui refuse d’accéder à ma requête, à condition qu’elle me donne la juste raison pour le faire. Est-ce vrai ?

On imagine bien sûr un galant qui chercherait à séduire madame de Sablé ; c’est vrai qu’en voyant son portrait, on a des doutes, mais enfin – supposons. Image

Hé bien on imagine donc madame de Sablé répondant :

« Cher monsieur, si je cédais à vos demandes impudiques, vous seriez en droit de me mépriser pour ne pas avoir su défendre mon honneur. En me prenant pour maîtresse, vous n’accepteriez même plus de m’avoir pour amie. »

Voilà, c’est dit. Maintenant essayez quand même : non pas avec une copine, parce que là je doute que ça marche encore comme ça, mais… disons avec votre percepteur. Demandez lui une exonération fiscale : voici sa réponse :

« Monsieur, votre demande de dégrèvement fiscal est infondée, et je ne saurais y agréer sans déroger à ma mission qui est de service public. Vous comprendrez, Monsieur, que la confiance que vous pouvez m’accorder repose sur ma rigueur et mon intransigeance devant des requêtes comme la vôtre. »

Dit comme ça, ça passe mieux, n’est-ce pas ?

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(1) Le besoin vise un objet spécifique et s'en satisfait. La demande est formulée et s'adresse à autrui ; si elle porte encore sur un objet, celui-ci est pour elle inessentiel, la demande articulée étant en son fond demande d'amour. Laplanche et Pontalis – Vocabulaire de la psychanalyse

Thursday, December 14, 2006

Citation du 15 décembre 2006

Presque tous les hommes sont esclaves, par la raison que les Spartiates donnaient de la servitude des Perses, faute de savoir prononcer la syllabe non.

CHAMFORT - Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes

Beaucoup considèrent que le refus est en même temps l’affirmation de soi : la volonté virile est habituellement reconnue dans cette capacité de résistance, contre l’oppresseur, contre l’ami attentionné, contre la maman envahissante : c’est le type qui en a. C’est la lutte contre les autres qui permet d’exister, qui ménage cet espace sans le quel le « moi » serait étouffé.

Les psychologues ont découvert un stade de développement de l’enfant qu’ils ont appelé « l’âge du non » : situé vers 2 ans, il est caractérisé par le refus systématique de l’enfant devant toutes les demandes qui lui sont adressées. On dit alors que c’est pour lui un moyen de s’affirmer : il se pose en s’opposant.

Pourtant, certaines restrictions devraient nous faire réfléchir avant de souscrire à l’affirmation de Chamfort.

- Dire « non » n’est pas forcément la preuve d’une force. Un psy américain, R.A. Spitz, après avoir étudié des nourrissons placés dans des conditions d’isolement affectif sévères, a conclu que le mouvement de refus de la tête - mouvement de gauche à droite, appelé « mouvement céphalogire négatif » - reproduisait en réalité un mouvement de fouissement par le quel le nourrisson instinctivement recherche par un balayage le mamelon, et le happe. La répétition fréquente de ce mouvement, chez le jeune enfant est déjà une régression pathologique. La négation, exprimée par le « non » fait de la tête, serait donc une régression à un stade infantile de la vie, un recul devant ses difficultés, un retour dans le giron maternel.

- Dire « oui » est le fait des créateurs. Mais nous les philosophes, nous la savions avant même que les psy s’occupent de nous. Nietzsche, dans un de ses plus beaux textes, montre l’enfant comme source d’affirmation, avant d’être négation. Pour nier il faut lutter contre les autres. L’enfant trop faible pour cela a une autre arme : il affirme ce qu’il pense sans se soucier de quiconque. Il est, dit Nietzsche, « affirmation sainte » :

« En vérité, mes frères, pour jouer le jeu des créateurs, il faut être une affirmation sainte ; l’esprit à présent veut son propre vouloir ; ayant perdu le monde, il conquiert son propre monde. »

Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra - 1ère partie