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Saturday, June 20, 2015

Citation du 21 juin 2015

«  Femme ayant des rondeurs, sentimentale, romantique, cherche homme tactile pour pourquoi pas faire un beau mariage d'Amour »

Vous savez comme je suis : facilement enclin à ridiculiser les gens, mais tout en restant caché sous le masque de l’ironie. Un type pas très sympa tout compte fait.
Je pensais me moquer des grosses femmes qui ont la prétention de séduire.
Et puis voilà que je tombe sur cette annonce. Je me dis : voilà une femme d’âge mûr (55 ans) qui cherche un amant et qui ayant des rondeurs veut les valoriser en les attribuant à une nature généreuse. D’ailleurs, elle nous dit qu’elle est « sentimentale et romantique » : de quoi faire pouffer les méchants. Les grosses prétendent toujours qu’en elles un petit cœur bat dans leur grosse poitrine.
  
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Mais quelle erreur ! Car ce que cherche cette dame, c’est « un homme tactile » : rien que ça !
Là, je suis stoppé net dans mes prétentions. Quelle leçon ! Voilà donc comment se donnent à partager les « rondeurs » des femmes rondes : par le toucher. Une femme ronde, c’est un corps et pas un esprit. J’entends bien que les deux ne se dissocient pas, et c’est vrai ; que le tempérament des grosses (comme des gros) est la bonne humeur, la joie de vivre etc.
Mais reste quand même l’essentiel : ce corps fait de bourrelets redondants, cette abondance dans la quelle on peut enfouir son visage tout entier, que l’on peut dévorer à pleine bouche – oui, ce corps est fait avant tout pour donner des sensations tactiles. Les femmes grosses, il faut les toucher : banal dira-t-on, car la caresse n’est-elle pas l’essentiel dans la relation amoureuse ? Les grosses, les maigres, les ordinaires et les pas ordinaires, etc. elles ont toutes le même intérêt, celui de devenir chair frissonnante sous les doigts de leur amant.
Seulement voilà : la chair des femmes (1), celle qui n’existe que par le frisson du désir doit avoir de la substance. Elle n’est pas que de la surface : elle est aussi de la profondeur. Attention à ne pas y aller trop fort : notre annonceuse ne dit pas que l’homme recherché est un homme « pétrissant » - elle ne cherche pas un boulanger.
Ni caressant, ni pétrissant, l’homme recherché doit être tactile.
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(1) Cf. ici

Sunday, December 01, 2013

Citation du 2 décembre 2013


[Voyant Eve], l’homme s’écria : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci on l’appellera femme (hébr. = Isha) car c’est de l’homme (hébr. = Ish) qu’elle a été prise. »
Genèse 2, 23
Les contours des femm's, c'est du lard, / La chair, c'est d'la viande.
Charles Cros - Le Coffret de santal, Chanson des sculpteurs.
La chair des femmes se nourrit de caresses comme l'abeille de fleurs.
Anatole France
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Trois citations : il faut ça pour rouvrir le dossier des rapports de la chair à la viande (1).
Eve est donc faite de chair et d’os, pas trace en elle de viande. On en conclura  qu’Adam est plus galant que Charles Cros, ce serait vrai, mais encore un peu court.
C’est Anatole France qui nous éclaire en soulignant le caractère immatériel de la chair des femmes qui nait sous la caresse – ce qui la distingue radicalement de leur viande. Immatérielle ? La chair est pourtant une réalité présente au moins depuis la création d’Eve. Quelle est donc cette réalité ?
Lisons ce passage de ce livre consacré au corps :
« La chair est consubstantielle au corps ; elle est une expression intime du corps alors que la viande n’est qu’un attribut matériel du corps. […] La chair est l’indice d’existence du corps alors que la viande n’est que l’expression de sa matérialité. Sans chair, le corps n’a que l’épaisseur de sa viande au sens où il se réduit à un amas sans forme ni retenu. » (Alain Milon – La réalité virtuelle p. 40)
Le corps vivant est fait de chair, à la différence du cadavre (ou peut-être du corps profondément endormi), qui est fait de viande. La chair est une expression du corps, entendons qu’elle est synthèse entre la vie organique et sa réaction aux stimuli extérieurs. Lorsque la chair frissonne c’est soit sous l’effet de la fièvre, soit sous l’effet de la caresse.
Il est donc normal de dire, comme Anatole France que les caresses sont comme la pâture de la chair, puisqu’en dehors de cette stimulation elle pourrait bien se transformer en viande.
La pire des humiliations pour une femme qui est livrée à la lubricité masculine (comme avec la prostitution – mais pas que) c’est de se sentir comme de la viande qu’on triture et qu’on pénètre.
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Saturday, September 18, 2010

Citation du 19 septembre 2010

O dieux desses celestes, que heureux sera celluy à qui ferez ceste grace de vous accoller, de vous bayser, & de frotter son lart avecques vous.
Rabelais – Pantagruel chapitre 21
[Translation : «O dieux et déesses célestes, qu’il sera heureux celui à qui vous accorderez la grâce de prendre dans ses bras cette femme, de l’embrasser et de frotter son lard contre le votre. »] (1)
Eloge du lard 2
Se frotter le lard… Nous avions rencontré cette expression en commentant Anaïs Nin (voir ici), mais aujourd’hui, l’énergique formule de Rabelais nous invite plutôt à repenser le contact physique et amoureux entre deux êtres humains.
En effet, on a coutume de dire que l’amour, c’est d’abord le contact de deux épidermes. Nous avions commenté ici même cette formule de Thomas Overbury : Et toute la beauté charnelle de ma femme / N'a que la minceur de la peau.
Hé bien, écoutons Rabelais : ce n’est pas la peau qui compte – c’est le lard.
Ou plutôt, il faudrait distinguer entre :
- la peau qui constitue la mince et presque évanescente surface du corps, qui est supposée capable d’en exprimer la beauté justement parce que, dans son peu de matérialité, elle est devenue quasiment spirituelle.
- et le lard qui forme la couche dense du corps, la matière charnelle qu’on peut saisir à pleine main, pétrir etc…
L’amour physique a besoin de la densité du lard, il ne peut se contenter de la minceur de la peau. D’ailleurs, les anglais désignent une fille maigre par le terme de skinny, celle qui n’a que la peau sur les os. Et ça n’est pas vraiment un compliment.
C’est à juste titre qu’on qualifie le bourrelet qui entoure l’estomac des messieurs de poignées d’amour.Image
Messieurs, ne faites pas fondre vos poignées d’amour. Demandez plutôt à vos épouses d’en développer pour elles-mêmes.
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(1) Pour les curieux : j’ai découvert cet étonnant Glossaire des expressions érotiques de Rabelais dans une éditions des œuvres de François Rabelais datant de 1832

Friday, September 17, 2010

Citation du 18 septembre 2010

Proclamons les princip's de l'art! / Que tout l' mond' s'entende! / Les contours des femm's, c'est du lard, / La chair, c'est d'la viande.

Charles Cros - Le Coffret de santal, Chanson des sculpteurs

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Lady Gaga aux MTV Music Awards de Los Angeles

Eloge du lard 1

On a l’impression que Lady Gaga – dont le monde entier parle, et pourquoi pas nous ? – en montant sur scène avec sa robe de barbaque a eu l’intention de traduire dans les faits ces vers de Charles Cros (1)

Bien sûr, ce projet est sans rapport avec la réalisation qui nous est présentée ici : le contraste entre la matière brute (la « barbaque ») et la sophistication des bijoux (bracelet très apparent), ainsi que l’érotisme de la fesse entra-aperçue sous le voile de viande (= sous le lard, la chair) constitue plus un obstacle qu’une illustration à la pensée de Charles Cros.

Car à lire le poème de Charles Cros, on voit bien que dans leur chanson, les sculpteurs nous expliquent quelles sont les propriétés des matières utilisées pour leurs créations : le marbre ; la terre glaise ; le bronze : le plâtre. Et puis le lard – et la viande – des femmes.

On va revenir dans les jours prochains sur cette assimilation de la réalité humaine à la matière brute. Mais occupons nous un instant de cette identification de corps à la statue. Au fond l’impression qui domine dans ce poème, c’est que les frontières doivent être effacées non seulement entre la matière transfigurée par l’art et la matière brute, mais aussi entre la réalité vivante (le corps des femmes) et l’œuvre d’art sortant des mains du sculpteur.

La femme est une statue… de viande.

D’où l’inutile redondance de la robe de bidoche : Lady Gaga n’avait qu’à venir à poil.

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(1) « Cette pièce, que Charles Cros lui-même mit en musique, était chantée «avec des cris farouches de Gaulois exaspérés» (Félix Fénéon) aux soirées des Hydropathes »

Friday, July 23, 2010

Citation du 24 juillet 2010

Un amour commence à exister quand chacun offre à l'autre le fond de ses pensées, les secrets les plus verrouillés. Sinon, ce n'est pas de l'amour, c'est de l'échange de peaux, de désir immédiat.

Katherine Pancol – Un homme à distance

Peinture et poésie se font comme on fait l'amour : un échange de sang, une étreinte totale, sans aucune prudence, sans nulle protection. Le grand saut, à chaque fois.

Joan Miró – Le Figaro Magazine - Juillet 2007

…L’amour, c’est l’intimité sans retrait, alors que la caresse, c’est le contact à la superficie de deux épidermes…

Alors ? Voilà encore le moment des mots bleus ? Celui des fadaises chuchotées qui dégagent un parfum de violette ? Laisse tomber !

Je ne ferai pas grief à Katherine Pancol d’avoir écrit cette phrase. Après tout peut-être avait elle un développement sur les rapports amour/amitié à placer. Mais si je la cite, c’est parce qu’elle me sert de rampe de lancement pour la pensée de Miró sur les étreintes de l’amour.

Entre la caresse qui permet à deux peaux de jouir l’une de l’autre et l’étreinte il y a plus qu’une différence d’intensité. Il y a en outre une fusion entre deux corps, qui ne sont pas seulement faites de muscles et d’os, mais aussi de chair.

Je ne reviendrai pas sur la signification de la chair en amour. J’ai déjà donné mon sentiment là-dessus, grâce au chef d’œuvre de Johnny Hallyday (voir ici). Par contre ce que Miró nous explique, c’est que pour rencontrer l’autre dans l’effusion de l’étreinte, il faut oublier toute prudence, renoncer à toute protection – et bien sûr, on pense tout de suite aux rapports sexuels protégés : sortez couverts !

En vérité, je ne sais pas quand Miró a donné cette interview : en tout cas étant mort en 1983, il n’a sûrement pas connu l’origine exacte du sida.

Mais nous…. Nous qui savons, allons nous dire que l’amour et la capote ne vont pas ensemble ? Allons nous dire à la femme qui défaille entre nos bras : « Chérie, je ne veux pas mettre de préservatif, parce que, faire l’amour avec toi, c’est un échange de sang, une étreinte totale, sans aucune prudence, sans nulle protection. Le grand saut, quoi… »

Saturday, June 23, 2007

Citation du 24 juin 2007

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Chair amie

Miss.Tic - Sous vêtements Miss.Tic pour "Nuits de satin"

Non, mais qu’est qui lui prend à la Miss de nous faire une ligne de lingerie ? Etait-elle poursuivie par le fisc, ou bien a-t-elle été prise au piège d’une promesse imprudente ?

Vous n’y êtes pas. Pas du tout même.

Voyez-vous, ce message ne peut faire pleinement son effet que s’il est imprimé sur une petite culotte (sur le soutif’ aussi, oui). La chère devenant chair : ça évoque bien sûr le trouble du frisson qui irradie le corps sous l’effet du désir (là dessus voir ceci et éventuellement cela). Ce message n’aurait pas du tout le même pouvoir évocateur s’il était peint sur un mur où imprimé sur une affiche. Nous devons l’imaginer avec le chatoyant du satin (Nuits de satin), se perdant dans des replis où le tissus et les secrets du corps féminin ne font plus qu’un…

Calmons nous.

Tout cela est la confirmation de la célèbre thèse de Mac Luhan : « Le médium EST le message ». Ou pour faire simple, le message (Chair amie), exerce sur nous une influence qui est redoublée par le moyen de transmission (la petite culotte). On a ainsi une inversion du rapport fond/forme : le moyen de transmission (forme) exerce sur nous une influence plus grande que le message (fond). Vous allez me dire que dans ce cas on peut carrément supprimer le message : s’il n’y avait que la petite culotte il n’y aurait plus de fond (1) et finalement ça nous ferait autant d’effet. Peut-être…Mais uniquement si vous avez gardé votre fraîcheur d’adolescent acnéique. Mais avouez que les tee-shirts aux innombrables messages montrent que l’union de la formule imprimée et du lieu où il se déploie (sur la poitrine dans le dos…) constitue un ensemble sur-signifiant.

D’ailleurs faites une petite expérience : écrivez un message d’amour directement sur votre peau, où vous voudrez, et allez montrer ça à votre petit(e) ami(e) : vous allez voir l’effet !

(1) Vous pouvez garder votre jeu de mots foireux pour vous.

Sunday, April 08, 2007

Citation du 9 avril 2007

La chair contre la chair produit un parfum, mais le frottement dans des mots n'engendre que souffrance et division.
Anaïs Nin - Journal (1933)

Rabelais avait une formule pour évoquer les rapports amoureux : ils se « frottent le lard » disait-il (notez, je doute un peu que cela produise un parfum). Anaïs Nin oppose à ce frottement, le frottement dans des mots : deux être se rencontrent en se parlant, plus encore, ils se touchent se pénètrent en paroles.
« - Ecoute, Georges, il faut qu’on parle.
- Mais oui Mimine, ce soir à l’apéro.
- Non, Georges, c’est maintenant, là, tout de suite. Tu te défiles tout le temps dès que je veux te parler de certaines choses. Il faut pourtant le faire… »
Je n’insiste pas : tous les mecs qui lisent ces lignes m’auront compris : quand votre Dulcinée dit : « Il faut qu’on parle », c’est tout le monde aux abris !
Le frottement dans des mots n'engendre que souffrance et division : on a fait toute une théorie de l’incommunicabilité. Oui, bien sûr. Mais il y a des circonstances où se comprendre ne change rien, où les mots ne servent à rien pour régler un conflit : qu’est-ce qu’on change avec des mots ? Pire encore : plus on se comprends et plus on se déteste ; la seule façon de changer l’ordre des choses et des gens, ce n’est pas de leur parler : c’est de leur faire quelque chose.
« - Georges, tu m’as mentis quand tu m’as dit que tu allais passer la soirée chez Alex : il t’a appelé croyant te trouver à la maison. D’ailleurs quant tu es rentré à 4h du matin tu sentais un parfum de femme. Tu me trompes Georges ; dis-moi qu’est-ce que je t’ai fait pour mériter ça ?
- Tais-toi, Mimine, et viens, viens contre mon cœur. Ecoute comme il bat pour toi… »
Vous, les amoureux, copulez sans parler, les caresses se passent du verbe.
D’ailleurs il a eu besoin de se faire chair pour sauver l’humanité (1).

(1) Le verbe qui s’est fait chair : voir ceci . Sur « La chair contre la chair » : voir citation du 26 juillet. Sur l’inutilité des mots, voir citation du 11 et du 28 mars 2007.

Tuesday, July 25, 2006

Citation du 26 juillet 2006

Quand mon corps sur ton corps / Lourd comme un cheval mort / Ne sait pas ne sait plus / Si il existe encore

Johnny Hallyday - Que je t’aime ! 1969

Moi j'ai ta chair / Contre ma chair, / En ça je crois

Johnny Hallyday Vivre pour le meilleur 1999

Pourquoi en trente ans Johnny Hallyday passe-t-il du corps à la chair ? Pour quoi le corps est-il "lourd comme un cheval mort", alors que la chair est l’objet de croyance ? Et puis, comment fait-il pour toucher la chair sans toucher la peau ?

Bref, l’œuvre de Johnny requiert l’analyse du philologue et la réflexion du philosophe.

Petite explication de texte.

D’abord le corps est sur le corps parce que c’est encore la position la plus simple pour copuler (Oh ! Johnny !!!) ; et il est lourd comme un cheval mort parce qu’il a fini sa petite affaire : (« quand a fait l’amour comme d’autres font la guerre ») : ce corps, c’est l’organisme, défini par sa structure morphologique, identiquement présent chez l’homme et chez l’animal (et voilà encore le cheval mort).

Qu’est-ce que la chair ? Selon mon dictionnaire, c’est la substance mole du corps par opposition au squelette ; synonyme : viande. Essayons : « Moi j’ai ta viande / Contre ma viande… ». Non, ça ne marche pas. Autre sens : nature humaine. Hum… je n’y crois pas non plus. Dernière possibilité : la chair est le siège des instincts ; là, ça pourrait marcher. Elle est la dimension labile, volatile et intime du corps : elle n’existe que dans l’excitation alors que le corps est permanent : la chair est bien le corps, mais en tant qu’il est parcouru par le frisson du désir.

Et maintenant nous pouvons comprendre : si Johnny « croit » « en ça », c’est que, voyez-vous, à plus de 60 ans, il faut s’impliquer un peu pour y arriver…

Conclusion : Johnny chante son amour dans la phase pré-orgasmique trente ans après avoir l’avoir décrit dans son apaisement post-orgasmique. Voilà pourquoi on ne comprenait pas tout de suite.

C.Q.F.D.