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Friday, November 24, 2017

Citation du 25 novembre 2017

Soyez guidé par le mystère / Celui qui sait le mieux se taire  / En amour est le plus savant.
Jean-Pierre Florian – Ronde de Téolinde
Et si en amour le silence avait un prix qu’on ne soupçonne pas ? Non pas qu’on ignore combien les aveux faits avec les yeux l’emportent sur les déclarations parfois mensongères. Non pas non plus que la discrétion vantée par Florian soit le secret qu’on garde envers les autres, ceux qui ne sont pas dans l’intimité de la belle au pieds de la quelle l’amoureux se prosterne.
Mais ce mystère qui doit guider l’amoureux est celui qui auréole la belle dont il respire le parfum que, faute de connaitre la source, il se donne le trouble d’imaginer. Alors, bien sûr il s’agit d’un mystère qui pourrait être dissipé par la parole, par ce qui se dit et non par ce qui se montre – bien que la pudeur soit également nécessaire à la protection du secret. Mais soyons plus précis : ce qui est nécessaire à l’amour, ce n’est pas le secret que l’on partage – secret du chemin que parcourent les amants pour se retrouver et que personne ne doit connaître. Le mystère doit être constitutif de l’amour, ou plutôt de la personne aimée : pour être aimé, soyez mystérieux pour celle-là même que vous aimez.
Seulement il y a quelque chose de plus : ce secret n'est pas une situation naturelle. Florian suppose qu'il été machiné, recherché pour hausser celle que l’on aime au-dessus d’elle-même.
 - Chérie, tais-toi ! Ne me dis rien de ce que tu penses de moi et des projets que tu formes pour nous deux. Ne me dis pas, quand vient le matin, quelles ont été tes pensées de la nuit et comment tu t’en défais quand tu t’éveilles.
Ne me dis pas quelles sont tes émerveillements – laisse-moi les deviner.

Et en même temps, ne cherche pas à me faire dire tout cela : imagine seulement qui je suis, et puis rêve encore de l’être que nous formons tous les deux réunis.

Saturday, October 29, 2016

Citation du 30 octobre 2016

L’exercice du pouvoir, c’est le respect du secret.
Manuel Valls, Premier Ministre
J'aime ce Dieu Harpocrate, son index sur sa bouche.
Maurice de Guérin Journal, lettres et poèmes – Edition 1865 (cité le 18 juillet 2015)

Image
Statue d’Harpocrate Dieu du secret exposée au Palais du Luxembourg (siège du Sénat)

Qu’on me permette de revenir sur le livre, qui fait scandale en ce moment, où on peut lire les propos privés et en principe non destinés à être répandus sur la place publique de François Hollande. Le Premier Ministre rappelle comme un principe absolu que gouverner c’est garder le secret.
Il ne s’agit pas pour moi de reprendre les confidences du Président pour gloser dessus. Il s’agit de s’interroger sur la concomitance de l’exercice du pouvoir et du secret. Certes Machiavel a largement expliqué que le secret est indispensable au Prince qui veut exercer le pouvoir sans avoir à affronter une opposition qui le mettrait en péril. Mais Machiavel explique aussi que les hommes sont naturellement méchants et que vouloir les gouverner avec leur accord est impossible – d’où la nécessité de leur dissimuler les vraies intentions du pouvoir ; nous autres démocrates avons cru qu’il en allait autrement. Si notre idéal est la démocratie directe, alors plus de secret : le pouvoir s’exerce au grand jour, sur la place publique car c’est d’elle que procèdent les lois – qu’on songe aux votations suisses.
… Mais justement : voyez les lois issues de ces votations : suppression des minarets ; refus de laisser des étrangers pénétrer sur le territoire ; interdiction du salaire minimum… Et si pour exercer un pouvoir égalitaire et magnanime il fallait mentir au peuple, et garder le secret sur les hospices qu’on ouvre et sur les lieux de détention qu’on ferme ?

Quelle belle idée ! Que la politique soit un domaine où l’on fait le bien en se dissimulant, où la générosité doit se cacher sous les traits austères du refus – comme d’accorder l’asile à des malheureux en faisant mine de les reconduire à la frontière ?

Friday, August 05, 2016

Citation du 6 aout 2016

Chacun sait d’instinct ou d’expérience qu’en amour tout est possible, sauf la sincérité.
Anonyme
Histoire de Mélusine (1)
ImageIl était une fois une femme qui disparaissait tous les samedi jusqu’au dimanche, et, lors de leur mariage, son mari avait juré qu’il ne chercherait pas à savoir ce qu’elle faisait ce jour-là. Cette femme n’était autre que la fée Mélusine.
Et voici ce qui arrivait : chaque samedi soir et jusqu’au lendemain Mélusine se transformait en un monstre : femme jusqu’à la taille et serpent en-dessous.
On devine la suite : le mari trop curieux n’a pu tenir son engagement de discrétion : regardant un soir fatal par la serrure de la chambre, il vit la réalité ; Mélusine l’ayant su disparut à tout jamais.
o-o-o
Si votre conjoint vous proposait un contrat similaire, accepteriez-vous ? Je veux dire : il y a des choses qu’on garde pour soi, qu’on ne veut pas faire partager à qui conque et même pas – surtout pas ? – aux êtres qu’on aime ; on pense bien sûr à tout ce que la pudeur impose comme ultime limite (comme aller au petit-coin, faire sa toilette intime), chacun doit s’engager de ne pas tenter de le voir, parce que … – Oui, au fait pourquoi ? Est-ce comme on le croit généralement parce que c’est dégoutant et qu’il faut être un pervers pour se sentir intéressé par ce spectacle ?

Oui, peut-être mais pas seulement ; si on élève un peu le regard, si en présence de l’être aimé nous gardons une certaine retenue, si nous respectons son secret, c’est bien parce que cet être a besoin, comme tous les autres, de secret pour être. Ce secret a ceci de particulier qu’il est également inconnu pour celui qui le porte, qu’il  est (un peu comme la tâche aveugle de la rétine) le foyer inconscient de la conscience, ce lieu retiré  où prennent naissance les émotions imprévues, les pensées créatrices – tout ce qui fait rupture dans le quotidien.
Et d’ailleurs, sans faire de l’ontologie heideggérienne, cette opacité est aussi une ressource bien heureuse pour les amants dès lors qu’ils vivent un peu longtemps ensembles. Ils ont besoin d’être surpris par l’autre et si la vie de couple reste charmante malgré la monotonie des jours qui passent, c’est bien parce que l’aimé(e) recèle en son sein quelque chose de caché, qui fait surface parfois sous des formes déguisées et inattendues.

Et quand bien même, si  rien de tel ne se produisait, le fait de respecter une certaine distance avec l’être aimé ne serait-il pas un puissant moteur pour l’imagination ? Monsieur si vous saviez tout de votre femme, pourriez-vous fantasmer sur son passé lointain, du temps où vous n’étiez pas encore entré dans sa vie ? Peut-être a-t-elle flirté avec un jeune séminariste au cours des JMJ de 1983 (du temps de Jean-Paul II : il y avait de l’ambiance) ? Ça n’est pas arrivé ? Qu’en savez-vous ? En tout cas, n’allez pas le demander à votre femme : elle pourrait bien disparaître, comme Mélusine !
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(1) Ce Post fait suite à celui d’hier. Par ailleurs sur Mélusine, on se reportera à l’article que lui consacre le Blog « Les 400 culs » (Blog très sérieux contrairement à ce que laisserait supposer son titre un peu provocateur).


Tuesday, July 21, 2015

Citation du 22 juillet 2015

Ce que tout homme d'une certaine nature, plutôt écartée que supérieure, garde avec le plus de vigilance, c'est le secret de son âme et des habitudes intimes de ses pensées. J'aime ce Dieu Harpocrate, son index sur sa bouche.
Maurice de Guérin Journal, lettres et poèmes – Edition 1865
Commentaire II
Commentant cette citation (le 18  juillet), j’écrivais « il est terrible de devoir garder un secret » car c’est un effort voué à l’échec de l’aveu. Mais voilà que Maurice de Guerin affirme qu’au contraire il y a au moins un secret qu’on ne livre jamais : c’est celui de notre âme et des habitudes intimes de ses pensées. C’est ce qu’on nomme le « for intérieur », celui qui produit en  nous bien des pensées que nous ne livrons effectivement jamais, quel qu’en soit la raison.
Oui, ces pensées demeurent secrètes, elles sont l’expression de l’intimité que nous ne consentons jamais à confier : l’idée d’en faire confidence n’est pas forcément insoutenable, mais elle est au moins incongrue. Et si jamais l’amour pénètre dans  notre âme, on le reconnaitrait à ce qu’il viole ce principe en faveur de notre bienaimée : elle seule peut jeter un regard sur ces tréfonds obscurs.

Quelles sont ces pensées ? Ce à quoi on songe le plus immédiatement, ce sont les fantasmes. D’ailleurs en confiant nos pensées intimes à notre bienaimée nous prenons le risque qu’elle se sauve en courant ! Mais il n’y a pas que ces images un peu choquantes ; il y a toutes ces pensées qui seraient inappropriées si nous les communiquions à l’extérieur, toutes ces représentations, jugements, sentiments qui prospèrent dans les replis de notre conscience et qui nous apportent un plaisir doux et confortable. Tout n’est pas forcément choquant en eux ; mais s’ils restent secrets c’est que nous ressentons qu’ils n’ont rien de commun avec le monde qui nous environne, qu’ils y paraitraient ennuyeux, décalés, sans intérêt pour les autres.


J’ai trouvé quelque part cette question : les fantasmes sont-ils nécessairement choquants ? Pour ma part, je crois que ce n’est pas nécessaire, mais qu’on ne peut pourtant les raconter valablement : ils restent secrets parce qu’il n’y a pas d’oreilles pour les écouter valablement.

Friday, July 17, 2015

Citation du 18 juillet 2015

Ce que tout homme d'une certaine nature, plutôt écartée que supérieure, garde avec le plus de vigilance, c'est le secret de son âme et des habitudes intimes de ses pensées. J'aime ce Dieu Harpocrate, son index sur sa bouche.
Maurice de Guérin Journal, lettres et poèmes – Edition 1865
Commentaire I
Image

A gauche, Harpocrate Statue hellénistique – Musée de Salonique  
A droite, l’Harpocrate réalisé par Louis-Philippe Mouchy, 18ème siècle
Exemple de glissement du sens de la représentation : Harpocrate est  un Dieu enfant, figuré traditionnellement par les Egyptien avec un doigt sur la bouche en un geste enfantin. Repris ensuite à l’époque romaine, il fut interprété comme un Dieu recommandant le silence du secret, un doigt sur la bouche en signe de mutisme. (Lire ici le passionnant article de Philippe Matthey sur le signum harpocraticum).
Est-il donc si difficile de garder un secret qu’il faille un Dieu pour nous le recommander ?

Une petite histoire tirée de la mythologie pour se faire une idée. On raconte que le roi Midas ayant préféré la flûte de Pan à la lyre d'Apollon, le dieu irrité orna sa tête d'une magnifique paire d'oreilles d'âne. Midas cachait à tous cette difformité, quand son barbier, qui avait découvert le secret et qui ne pouvait le garder, le confia à la terre après y avoir creusé un trou qu'il se hâta de combler ; mais à cette place poussèrent des roseaux qui, au moindre souffle du vent, répétaient à tous:
"le roi Midas a des oreilles d'âne ... le roi Midas a des oreilles d'âne ... "
Voilà : il est terrible de devoir garder un secret ; c’est comme si une force invincible nous poussait à dire ce que nous savons, surtout si personne d’autre que nous ne le sait. Tout cela ressemble furieusement au retour du refoulé, qui ne peut rester sans se montrer, sans exister pour autrui. Et en même temps, dire ce secret, violer le refoulement dont il est l’objet est une culpabilité dont justement, le secret ne sera pas conservé. Le vent dans les roseaux le dira…

La suite à bien tôt… si je veux bien.