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Tuesday, July 04, 2017

Citation du 5 juillet 2017

Un jour, ils nous mettrons du plomb dans les poches parce qu’ils prétendront que Dieu a fait l’homme trop léger.
Henri Pélissier, champion cycliste (vainqueur du Tour de France 1923)

ImageNul ne sait ce qu’Henri Pélissier aurait dit des lois anti-dopage actuelles, mais force est de supposer qu’il aurait été contre. Car, après tout est-ce que ça ne bride pas les capacités humaines ? Et quand nous nous référons à l’éthique sportive pour légitimer nos lois et nos décrets, est-ce que nous ne cherchons pas une caution tout comme ceux qui se réclameraient d’une intention divine ?
Bref : nous avons toujours eu une attitude restrictive vis-à-vis des substances qui permettent à  l’homme de dépasser ses limites, qu’il s’agisse de drogues « festives » ou de produits dopants pour sportifs. Et nous avons toujours cautionné ces interdits en usant de l’argument de la santé du corps, de l’intégrité de l’esprit, et des bons rapports sociaux.
Soit. Mais, supposons qu’on découvre un jour une drogue qui produise les mêmes effets que la cocaïne ou le LSD ou encore l’héroïne – bref, un truc qui vous envoie en l’air mais qui vous repose en suite délicatement au sol, sans aucun effet secondaire, sans troubles psychiques ni dérèglements sociaux : croyez-vous qu’on va laisser passer ça sans rien dire ? Que certains ne vont pas s’affairer pour empêcher la propagation de ces substances, certes inoffensives, mais qui modifieraient l’être humain tel que sorti des mains de Dieu – même très peu de temps, c’est déjà trop !
Quant aux produits dopants, on les critiques parce qu’ils faussent la compétition. Mais alors, s’il s’agit d’un exploit solitaire, d’un alpiniste qui veut vaincre une paroi rocheuse abrupte conquérir un sommet mythique, pourquoi ne pas recourir à ces substances ? Après tout, je suis bien sûr que les commandos de l’armée en font usage avec la bénédiction des gradés.


On s’étonnera que le philosophe fasse l’apologie des produits issus de l’ingénierie chimique alors que la nature nous a suffisamment doués pour le bonheur et la jouissance sans courir après le franchissement des limites. Mais qu’on remarque que je ne milite pas contre les limites imposées par la nature, mais pour celles qui brideraient l'autorité humaine.

Thursday, November 17, 2016

Citation du 18 novembre 2016

Près d’un américain sur cinq est concerné par les légalisations (de la consommation de cannabis) de quoi faire passer la pilule après l’élection de Donald Trump.
Théo Mercadier – Konbini channels

Je ne comprends pas pourquoi l’homme rationnel et spirituel se sert de moyens artificiels pour arriver à la béatitude poétique
Baudelaire – Les paradis artificiels (Le Haschich)
Obnubilés que nous fûmes par le vote des américains pour leur Présidentielle, nous avons omis de regarder les autres décisions sur les quelles ils devaient se prononcer lors du même scrutin –  entre autre, le vote en faveur de l’usage « récréatif » du cannabis. Insistons sur cet usage : il ne s’agit pas de faire une consommation d’ordre médical pour calmer les douleurs (dans de nombreux Etats, cela est déjà permis dans des les lieux appelés « centres de compassion » – joli n’est-ce pas ?) ; l’usage récréatif quant à lui est bel et bien la « défonce », ou du moins une tentative de s’en approcher.
Et c’est là que surgit Baudelaire (vous trouverez en Annexe le texte complet d’où sa citation est extraite) : « l’enthousiasme et la volonté suffisent pour (nous) élever à une existence supra-naturelle ». Autrement dit, ce fonctionnement si particulier de l’intellect et de nos organes sensoriels peut être atteint sans consommer de stupéfiants, mais simplement par l’acte créateur qui porte l’être humain au-delà de lui-même, lui permettant de devenir à la fois « cause et effet, sujet et objet, magnétiseur et somnambule. »

Dans les années 70 les adeptes du mouvement psychédélique consommaient du LSD pour parvenir à créer leur  œuvres d’art ;

Image

 déjà longtemps avant, Kerouac écrivait sous l’emprise de puissantes amphétamines. Mais c’est simplement qu’en eux la puissance créatrice n’avait pas atteint le niveau dont nous parle Baudelaire. Car c’est en sens inverse que fonctionne le processus : c’est en créant que l’homme s’enivre le plus.
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Annexe :
"Barbereau, théoricien musical, et professeur au Conservatoire. J’étais auprès de lui dans une société dont quelques personnes avaient pris du bienheureux poison, et il me dit avec un accent de mépris indicible : « Je ne comprends pas pourquoi l’homme rationnel et spirituel se sert de moyens artificiels pour arriver à la béatitude poétique, puisque l’enthousiasme et la volonté suffisent pour l’élever à une existence supra-naturelle. Les grands poëtes, les philosophes, les prophètes sont des êtres qui, par le pur et libre exercice de la volonté, parviennent à un état où ils sont à la fois cause et effet, sujet et objet, magnétiseur et somnambule. »
Je pense exactement comme lui."

Saturday, November 08, 2014

Citation du 9 novembre 2014

Viens vite. L'éternité est faite de secondes.
Jean Dubacq

Et revoilà l’éternité… Preuve qu’on ne s’en débarrasse pas si facilement – du moins pas à coup de concept ni à coup d’images poétiques.
Pourtant si on ne peut s’en débarrasser c’est que notre esprit nous pousse à suivre et l’une et l’autre de ces deux versions de l’éternité.
La preuve ?
- L’Eternité, c’est un concept, une idée qui se développe en-dehors de l’imagination.
L'éternité est faite de secondes. Qu’est-ce qu’une seconde ? Une fraction de temps dépourvue de durée. Si j’additionne des secondes, il ne se passe rien : 0 + 0 = 0. Donc l’éternité n’a pas de durée, donc elle passe comme une seconde.
Donc, Viens vite pour une extase d’éternité. Vite ! Ça ne va pas durer.

- L’éternité n’a d’existence que dans l’imagination, et non dans la construction conceptuelle de l’intelligence. Dans l’éternité, le tonnerre retentit en même temps que  les éclairs : ici pas de succession, toutes les sensations déboulent en même temps. Quand je dis que seule l’imagination peut en donner l’idée, c’est sans doute faux. J’imagine que certaines substances illicites en donnent l’expérience.
o-o-o
« Substances illicites »… Tiens, tiens ? Du coup voici revenue l’idée que certaines drogues ne servent pas essentiellement à s’abrutir pour oublier les tracas de la vie, mais à nous donner des expériences extra-lucides que nous ne pourrions avoir sans cela. Rappelons que ce fut le but d’Aldous Huxley lorsqu’il écrivit les Portes de la perception. Mais aussi et surtout que sur le point de mourir il demanda à sa femme de lui injecter du L.S.D. pour accéder à une surconscience de la mort (1)
De l’Eternité au L.S.D. : il y a encore des paradoxes à explorer.
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(1) Voir le récit qui en est fait ici (Wiki)

Monday, September 16, 2013

Citation du 17 septembre 2013


Il est plus facile de légaliser certaines choses que de les légitimer.
Chamfort – Maximes et pensées
C’est de temps en temps la pensée qui nous vient à l’esprit, quand on parle de légaliser l’usage du cannabis.
Et en effet beaucoup considèrent que légaliser la vente de cette drogue est une facilité dangereuse parce qu’elle revient à « baisser les bras » devant la difficulté de lutter contre sa consommation qu’ils considèrent comme un danger potentiel : on ne devrait donc jamais en légaliser la vente. Leur principe est simple : ce qui est illégitime ne doit jamais être légal.
On objecte : la loi répressive est sans effet sur la consommation et en plus elle entraine des trafics qui prospèrent uniquement parce qu’ils sont lucratifs. De ce fait, les trafiquants eux-mêmes devraient vouloir que la loi répressive continue d’exister car c’est là l’origine de leurs bénéfices.
Toutefois, si l’on acceptait de discuter le principe qui exclut toute légalisation de ce qui est illégitime, alors on se poserait cette question : qu’est-ce qui est le plus pernicieux : interdire la consommation et le commerce de cette drogue, ou bien en nourrir le trafic par des lois répressives ?
--> C’est ici qu’on pourrait reprendre l’idée de Chamfort : à l’inverse du principe évoqué ci-dessus, disons qu’on peut légaliser sans légitimer. Rien ne légitime la consommation de drogue, mais la loi peut en légaliser le commerce : ce n’est pas parce qu’il n’est pas légitime de boire de l’alcool ou de fumer du tabac (en raison de leurs méfaits) qu’on doit interdire d’en consommer. La prohibition de l’alcool aux USA de 1919 à 1933 (1) en a montré amplement les inconvénients.
Au fond si on a du mal à penser la solution, du moins peut-on penser le problème : il ne se trouve pas seulement dans le cadre juridique mais aussi dans celui de l’éthique, plus exactement dans l’opposition wébérienne entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité (2).
On peut regretter qu’il y ait parfois contradiction entre les principes de l’action et l’action elle-même. Mais on sait depuis longtemps qu’il en va ainsi.
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(1) Dans les Etats « secs » cf. ici
(2) « Weber distingue deux éthiques de l’action politique, l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité : ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement (…) alors que l’éthique de responsabilité repose sur l’acceptation de répondre des conséquences de ses actes…» (Art. Wikipédia: voir ici – et le texte de Max Weber ici)

Thursday, March 21, 2013

Citation du 22 mars 2013



C'est une bonne drogue que la science ; mais nulle drogue n'est assez forte pour se préserver sans altération et corruption, selon le vice du vase qui l'estuie.  (= qui lui sert d’étui)
Montaigne – Du pédantisme – Essais Livre I, chapitre XXV

Voilà une citation bien piégeuse !
- D’abord parce que le terme de drogue est aujourd’hui fortement péjoratif, alors que ce n’est pas le cas au XVIème siècle (Drogue : Substance préparée pour servir de remède, dit le DMF)
- Ensuite (et surtout) parce qu’on trouve cette citation dans des recueils où elle est amputée de sa fin (selon le vice du vase qui l'estuie) : sans doute effarouchés par ce terme d’ancien français, les  collecteurs de citations ont-ils préféré couper après la virgule, se disant qu’après tout on a l’essentiel. Essentiel, oui : c’est un superbe contre sens sur l’essentiel.
Car ce qui corrompt la science, ce n’est évidemment pas la science elle-même, mais le « vase » qui la contient – entendez l’esprit humain. On est dans la logique de la « tête bien faite » contre la « tête bien pleine ». Ce qui fait que ce chapitre intitulé « Du pédantisme » s’en prend à ceux pour qui la science ne sert pas à penser le monde, mais à briller dans le monde.
Mais alors, quel est le bon usage de la science ? Et qui donc peut en tirer parti ?
Certains voudront en faire un argument en faveur de l’ésotérisme : gardons-nous de divulguer les connaissances à qui ne saurait en faire bon usage. Une initiation préalable afin de hisser l’âme à la hauteur du savoir à acquérir est indispensable !
Ce souci est en effet respectable, mais je ne suis pas très sûr que ce soit en mettant la torche sous le boisseau qu’on arrivera à éclairer les esprits. C’est que je crois à la vertu de la science pour élever l’âme à la hauteur nécessaire pour en tirer parti. Il y a selon cette idée un échange entre la science et l’esprit faisant que chacun des deux contribue à élever l’autre.
La science est source de sagesse, parce que c’est en se remplissant peu à peu que la tête devient bien faite.