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Thursday, September 21, 2017

Citation du 22 septembre 2017

Les femmes aussi ont leurs saisons. L'été ne dure pas toujours et après l'été... Ah oui ! Les splendeurs de l'automne ! Mais combien éphémères !! Qui prend le temps de regarder et d'aimer l'automne ?
Françoise Dumoulin-Tessier / Le Salon vert

Aujourd’hui c’est l’automne… Saison des mélancolies et des regrets des beaux jours enfuis…
Mais non ! Regardons avec encore plus d’intensité le jour d’aujourd’hui, et au lieu de regretter le passé, jouissons du présent.

…Ainsi va-t-il des songeries poétiques : elle dérapent facilement dans la métaphore – comme par exemple de voir les saisons de l’années comme des étapes de la vie. « Les femmes aussi ont leurs saisons » dit notre auteure-du-jour. Et de regretter aussi tôt « Qui prend le temps de regarder et d'aimer l'automne ? »
L’automne des femmes est-il une saison dédaignée par leurs amoureux ?
Déjà, il faudrait savoir de quoi on parle avec cette métaphore. Sophie Fontanel a allumé la mèche avec son livre « Une apparition » : les femmes doivent oser montrer leurs cheveux blancs et en être fière. Montrer ses cheveux blancs, simplement parce que c’est ça ce que « l’automne de la vie » apporte ? Mais montrer cela, n’est-ce pas plutôt « une transgression presque obscène » demande Mona Chollet dans son Blog ? Ne faudrait-il pas plutôt montrer cette arrière-été comme le moment où se récoltent les plus beaux fruits, ceux qui sont plus gros et plus savoureux pour avoir mûri plus longtemps (même s’il a fallu un peu de silicone pour y arriver ?)

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Alors : la quelle de ces deux maturités préférez-vous ? la gauche ou  la droite ? Allez-y ; faites votre choix : comme vous le savez, La Citation-du-jour n’a pas l’habitude de choisir à la place de ses lecteurs.
D’ailleurs, messieurs, votre choix, on le connait déjà : il dépend de votre âge.
Le démon de midi, vous connaissez ?

N.B. A propos du démon de midi, on peut lire ici quelques conseils à suivre… pour madame dont le mari a pris de l’âge. Mais aucun pour l’homme dont l’épouse a franchi le Rubicon de la ménopause. Bizarre…

Tuesday, June 20, 2017

Citation du 21 juin 2017

L’été : un éblouissement comme est la neige, / Celle qui vient légère et ne dure pas, / Et rien de nous n’en trouble la lumière / D’eau qui s’est condensée puis s’évapore.
Yves Bonnefoy / Les Planches courbes
Comment dire ces sensations que l’été produit en nous ? S’agit-il de chaleur ? De sons, d’odeurs, de lumière ? Admettons que la lumière de l’été soit particulièrement remarquable. Mais voilà : en quoi ? Yves Bonnefoy nous montre le chemin : la lumière ne se distingue jamais que par ce qu’elle éclaire. Ou plutôt on ne peut différencier la lumière de ce qui se révèle en elle, un peu comme la couleur qui n’existe que par l’aspect particulier de l’objet coloré ( Merleau-Ponty parlait du rouge « laineux » du tapis). Ainsi la lumière de l’été est-elle dorée comme les blés qui luisent au soleil ; ou vibrante comme les poussières du grenier dans un rai de lumière ; ou éblouissante comme… Oui, voilà ce que dit Bonnefoy : « l’été : un éblouissement comme est la neige » ! Je vous laisse lire les vers de Bonnefoy, inutile de les commenter sous peine d’en écraser le sens sous le marteau de l’analyse ; par contre saisir au passage la surprise du lecteur qui se trouve d’un coup confronté à une certaine neige au moment de parler de l’été : oui, ça en vaut la peine.
Le génie est caractérisé dit Kant par le fait qu’il ne nous permet pas de comprendre comment il a pu inventer ce qu’il produit (1). Voilà ce qui confirme que le commentaire des œuvres poétiques laisse s’échapper l’essentiel, en faisant croire que l’enchainement des éléments du poème est tellement rigoureux que n’importe quelle machine correctement programmée, avec tout ce qu’il faut dans sa base de données saurait en faire autant. Non : comparer la lumière d’été à la neige de printemps, voilà ce que personne n’aurait pu anticiper, parce que ça n’est sorti du néant (si l’on peut dire) qu’avec cet éclair de génie du poète.
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(1) Kant – Critique de la faculté de juger, §46. (voir ici)

Sunday, June 19, 2016

Citation du 19 juin 2016

Nu
sur un cheval nu
sous la pluie tombant à verse
Kobayashi Issa (R. Munier) - Haïku d'été
« Nu
sur un cheval nu
sous la pluie tombant à verse
 - La répétition de l'adjectif nu amplifie l'impression de chaleur, préparant ainsi la séquence sous la pluie tombant à verse. Il est clair que nous sommes en été »
Commentaire à lire ici.

Voici l’été qui arrive, voici ces jours à n’en plus finir, ces chaumes et ce soleil brûlant, ces odeurs de foin… Bref, tous les sens sont convoqués pour faire vivre à travers nos sensations cette impression d’être en été.
Et puis, voici un haïku, fièrement désigné comme « haïku d’été » - et que nous dit-il ? Que l’été, c’est être nu sur un cheval sous la pluie.
- Eliminons d’abord les contre sens dus à notre culture : nu, sur un cheval, c’est l’histoire de Lady Godiva dont je vous contais l’héroïsme dans le post du 9 mars 2014. Seulement c’est l’image de la femme nue qui s’impose comme on le voit ici :

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Non, n’est-ce pas, ça ne colle pas ! Inutile d’imaginer une femme nue pour vivre une sensation d’été. C’est l’expérience intime de notre propre corps faisant corps avec celui du cheval qui est sollicitée par  le haïku ; sensation redoublée par celle de la pluie tombant sur ce corps exposé sans la protection des vêtements.

Certains conclurons hâtivement que la pluie fait partie des attributs de l’été et voudront ironiser : « Pourquoi se lamenter s’il pleut sur nos vacances ? C’est dans l’ordre de la nature ! ». Mais ce n’est pas cela (si l’on en croit notre commentateur) : la pluie nous donne une expérience de la nudité, parce qu’elle nous révèle à nous mêmes l’extérieur de notre peau – comme le soleil qui la brûle, comme le vent qui la fait frissonner. La peau est une interface entre nous et les éléments de la nature, tout comme elle est une interface entre nous mêmes et les autres ainsi que nous le révèle l’expérience de la caresse. Mais cela nous l’avons bien des fois développé, n’y revenons pas !

Monday, January 04, 2016

Citation du 5 janvier 2016

L'hiver. Le mot seul possède une assonance antipathique.
François Latraverse – La Vérence
Invierno (esp, italien) Winter (anglais, allemand), zima (russe, serbe), dongtian (chinois)…
Oui, à chaque fois qu’on veut établir un rapport entre le signifiant et le signifié on tombe sur ce genre de constatation : les différents langues n’ont pas les mêmes sonorité pour dire la même idée.
Dans le Cratyle, le dialogue de Platon (1), celui-ci reconnait ce fait, mais il exige quand même que les mots contiennent des éléments (on dirait aujourd’hui des phonèmes) faits à la ressemblance des idées exprimées : tel son convenant à signifier telle chose plutôt que telle autre. Il admet certes que différents mots aient la même signification, mais il affirme que certains mots sont mieux adaptés que d’autres pour dénommer la chose qu’ils signifient. De toute façon il reste exigible que la racine du mot comporte les sons appropriés ; les autres sons opacifient ce sens sans le dissimuler totalement. Pour Platon, les langues doivent obligatoirement être calquées sur la réalité, des choses ou des idées : « Consens donc, sans hésiter davantage, brave Cratyle, à reconnaître des noms qui conviennent aux choses et d'autres qui ne leur conviennent pas ».

La linguistique contemporaine refuse ce principe : selon elle, dans le signe linguistique, le « mot » et le « sens » n’ont aucun rapport nécessaire l’un avec l’autre, leur relation est strictement conventionnelle. Inutile de classer les langues selon l’affinité de leurs mots avec la réalité qu’ils désignent ; inutile donc de chercher si l’hiver doit se dire hiver plutôt que dongtian.
Et la poésie dira-t-on ? Le poète l'affirme : il a le don de connaitre l'affinité entre les sons et les choses et de savoir en jouer ; il joue avec les sons comme le petit enfant avec son émouvant babil.
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(1) Platon – Cratyle : « « Consens donc, sans hésiter davantage, brave Cratyle, à reconnaître des noms qui conviennent [432e] aux choses et d'autres qui ne leur conviennent pas; et n'exige pas qu'ils renferment toutes les lettres nécessaires pour les rendre de tout point conformes à ce qu'ils désignent; mais plutôt accorde-nous que, dans un mot, peut être introduite telle lettre qui ne soit pas convenable ; et si une lettre dans un mot, un mot dans la phrase; si un mot dans la phrase, une phrase dans le discours, sans qu'il faille contester pour cela que les mots et le discours expriment la chose, du moment que l'on y trouve le caractère distinctif de cette chose, comme nous l'avons trouvé en examinant [433a] les noms des lettres ; car tu te rappelles ce que nous en avons dit précédemment Hermogène et moi. » Lire ici