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Saturday, July 09, 2016

Citation du 10 juillet 2016

En 1931, en URSS, pour combattre l’analphabétisme l’artiste (Sergey Merkurov) a dessiné un alphabet érotique avec des positions sexuelles.
Anonima teatro (théâtre visuel et marionnettes)

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L’alphabet érotique de Sergey Merkurov
/El/ lettre majuscule de l’alphabet cyrillique
Rêvons avec Sergey Merkurov…
Parmi les lettres de l’alphabet de Merkurov, j’ai choisi celle-ci, non pour sa valeur phonétique, mais parce qu’au lieu d’évoquer une position sexuelle, c’est avec beaucoup de poésie qu’elle donne à l’organe masculin des ailes pour qu’il s’envole comme un oiseau…
Maintenant, rappelons que cet alphabet (1) était conçu comme un moyen de répandre la lecture en stimulant le désir de lire grâce à des texte rédigés avec les lettres de cet alphabet. Certains diront que ce n’était pas très sérieux, mais pour ma part je ne crois pas : Merkurov avait des responsabilités très politiques dans la jeune URSS et de surcroît, comme les bolcheviques n’avaient pas la réputation  d’être des gais lurons, tout ça devait être très réfléchi.

--> Et si ce procédé était adopté dans nos écoles ? Non pas certes pour apprendre aux petits du CP à lire, mais bien pour ces grands jeunes qui ont désappris parce que le lecture les rebute : leur permettre de regarder des images tout en lisant ? Ou plutôt d’inventer au cours de la lecture, des histoires issues de la rencontre de ces scènes juxtaposées par l’écriture ?
On dira sans doute que le procédé risque bien de parasiter la lecture proprement dite. Certes, et il faudra imposer une lecture à haute voix permettant de vérifier que l’élève lit effectivement et ne se contente pas de caresser les lettres regard .
Quant aux barbus qui tonneront contre ces lettres impudiques, nous les réduirons au silence en leur rappelant que la France est un pays où l’écriture aussi est laïque.
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Monday, February 01, 2016

Citation du 2 février 2016

Malheur aux naïfs qui croient que zapper c'est vivre et qu'en conséquence vivre c'est zapper. ..
Bernard Pivot – Le métier de lire
Proust est présenté́ /par Roland Barthes/ comme l’œuvre même de plaisir, celle qu’on relit sans jamais y sauter les mêmes passages.
Antoine Compagnon – Proust et moi
Suite du Post d’hier.
Alors qu’hier nous faisions l’éloge de la discontinuité dans la lecture, voici qu’avec Bernard Pivot vient une autre perspective : celle du zappeur, dont je supposerai ici qu’il zappe non seulement en vivant, mais aussi en lisant. « Zapper », est-ce la même chose que sauter avec une bouillonnante impatience les pages d’un livre qui nous passionne ?
- Qu’est-ce donc que « zapper » ?
Devant sa télé, armé de sa « zapette » le téléspectateur prétend regarder plusieurs programmes en même temps. Faute d’avoir plusieurs écrans devant lui, il fait succéder les images de chaines différentes avec assez d’agilité pour avoir le sentiment de tout voir en même temps. 
- Et le lecteur que ferait-il pour zapper, si ce n’est comme le disait Barthes sauter les pages pour suivre le fil rouge de son plaisir ? Serait-il aussi capable, à l’égal du téléspectateur de pratiquer une « plurilecture simultanée » ?
Dans ma jeunesse on lisait beaucoup un magasine mensuel, Sélection du Reader’s digest, qui présentait des extraits de livres récemment parus, de sorte qu’en lisant 100 pages on avait l’impression d’en avoir lu 1000 ! Mais attention ! Il ne s’agissait pas comme aujourd’hui des « bonnes feuilles » livrées en avant premières d’un ouvrage à paraître. Il s’agissait d’un résumé, et je suppose que certains passages étaient carrément réécrits pour laisser à l’histoire son intelligibilité : l’histoire y trouvait peut-être son compte, mais la littérature, sûrement pas…

Je ne reviens pas sur le parcours de Bernard Pivot qui, en 15 années de télévision a plus fait pour la lecture que n’importe qui. Toutefois, et avec tout le respect que j’ai pour lui, je me demande s’il ne pêche pas par excès d’optimisme. Je veux dire qu’un magasine comme le Rider’s digest n’a plus à présent grand intérêt pour le public : de nos jours il est si peu important de lire qu'on n'éprouve plus le besoin croire qu’on a lu quelques livres le mois dernier. A part les lecteurs qui vont suivre les publications littéraires (avec la Grande Librairie par exemple) et les clients de Guillaume Musso ou de Marc Levy, il n’y a que des piocheurs d’écrans iPhone, et je doute fort qu’ils les aient transformés en liseuses.

Sunday, January 31, 2016

Citation du 1er février 2016

Il n’y a pas de livres, il n’y a que des lectures.
Eric-Emmanuel Schmitt
Dans Le Plaisir du texte, en 1973, Proust est présenté́ comme l’œuvre même de plaisir, celle qu’on relit sans jamais y sauter les mêmes passages.
Antoine Compagnon – Proust et moi (1)

- Il n’y a pas de livres, il n’y a que des lectures.
C’est un peu facile de répondre : - Oui, mais s’il n’y avait pas de livres, il n’y aurait pas de lectures du tout ! En fait l’idée est claire : la lecture consiste en certaines opérations et réactions au contact du texte, qui lui donnent du sens en qui impliquant le lecteur au premier degré, en tant qu’il déchiffre ce texte dans le contexte d’une culture également partagée.
Mais ce n’est pas tout : sans les dispositions personnelles du lecteurs, sans son intelligence, sa sensibilité, il n’y aurait pas d’interprétation fine, donc pas de lecture – d’ailleurs on sait ce qu’il en est des traductions automatiques qui sont souvent bien surprenantes. D’un lecteur à l’autre pour autant qu’on puisse le vérifier, les lectures sont différentes, elles se complètent certes, elles ne se recouvrent jamais exactement, d’où l’intérêt des échanges entre lecteurs.
Bon. – Mais que dire des lectures successives du même livre par le même lecteur ? Selon le moment, l’humeur, l’âge (cas du livre d’enfance relu devenu adulte), on peut découvrir des aspects nouveaux ignorés auparavant, ou alors perdre des impressions dont on gardait pourtant le souvenir : il y a autant de livres dans un livre qu’il peut soutenir de lectures différentes du même lecteur.
- Ajoutons maintenant la thèse développées par Barthes dans Le Plaisir du texte : le lecteur qui se donne du plaisir en lisant est un lecteur primesautier ; pour prolonger sa jouissance il met bout à bout les passages du texte qui l’excitent en sautant les pages qui ne lui en donnent pas. On songe bien sûr à la lecture de livres licencieux pratiquée par des adolescents onanistes ; mais pas seulement et croire cela serait tomber dans le piège tendu par notre facétieux sémiologue ! Tout lecteur pour autant qu’il se passionne pour sa lecture en fait autant.
Or, et voici l’essentiel : il est des livres si riches de sens et de beautés qu’on ne peut en jouir en une seule fois. Il faut repartir plusieurs fois à leur découverte, et caracolant,  de pages en pages, sautant pardessus certaines (déjà lue) pour en retrouver plus vite d’autres (laissées de côté auparavant), faisant ainsi des rapprochements inaperçus, réarrangeant les couleurs et la poésie, nous voici lisant pour ainsi dire un nouveau livre.
La recherche du temps perdu doit faire si j’ai bonne mémoire environ 2500 pages qu’on peut lire, selon notre disposition poétique, plusieurs fois. Voilà un investissement qu’on n’aura pas à regretter !
La suite à demain, si vous le voulez bien !
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(1) Pour des raison inconnue je ne retrouve plus mon exemplaire de ce livre : j’en suis réduit à le citer d’après cet article. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir cette analyse de l’œuvre de Barthes. C’est tout bénéfice !

Friday, January 29, 2016

Citation du 30 janvier 2016

C’est le paradoxe suprême de la pensée que de vouloir découvrir quelque chose qu’elle-même ne puisse penser
Kierkegaard

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Ci-dessus : « Mise au point de la pilule qui rend la lecture de Kierkegaard compréhensible du premier coup »
Plonk et Replonk – Voir ici

Cette carte humoristique paraît d’abord inspirée par le nom  épouvantablement compliqué de Kierkegaard (ah ! ce double « a » ! et encore on laisse de côté le prénom : Søren avec le « o » barré) – mais on aurait tort : après tout, en danois le nom Kierkegaard signifie « ferme de l’église », pas plus compliqué de Dupont, qui devait habiter près d’un pont.
La difficulté de lire Kierkegaard viendrait-elle de son style ou de la complexité de sa pensée ? Pas plus, même si ces gros livres sont parfois assommants (1).
Non : selon Kierkegaard le principal objet de la pensée – et donc des livres où elle se déploie – est de se confronter à l’impensé c’est à dire essentiellement à l’impensable.
Au sens trivial, l’impensable peut en effet être quelque chose qu’on imagine mais qu’on refuse de prendre pour objet de réflexion : c’est quelque chose d’improbable, qui ne saurait exister ou qui ne le devrait pas. Mais bien sûr, on a ici affaire à autre chose : la transcendance qui ne peut se mettre en mots qui sont toujours liés à des concepts, c’est à dire à des significations générales.

On a ainsi un lien qui s’établit entre l’illisible et l’indicible. Et c’est toute la difficulté de la philosophie (mais pas seulement d’elle) que de savoir de quelle nature est l’illisible. Il se peut que le texte soit-il difficile à lire parce que la phrase épouse trop étroitement la complexité de la pensée. Bien sûr, il se peut que l’illisible ne soit qu’une ruse pour faire croire à la profondeur de la pensée : « Il ont troublé leur eau pour la rendre plus profonde » disait Nietzsche de certains métaphysiciens. Mais enfin, si des générations entières de philosophes se sont échinées à comprendre ce que voulaient dire leurs congénères on veut croire que ce n’est pas pour rien. Pourquoi tant d’efforts si ce n’est pour saisir une pensée de la transcendance ?
Oui, mais nous, simples lecteurs, saurons-nous vaincre la difficulté ? On sait que Kant avait un ami qui lui reprochait la difficulté lire  ses textes : « Quand je lis, disait-il, je mets un doigt sur le sujet un autre sur le verbe, un troisième sur le complément. Mais avec toi, je n’ai jamais assez de doigts pour aller jusqu’au bout de tes phrases ! » Oui, pour ce monsieur, la découverte de la pilule facilitant la lecture serait une bénédiction. Mais pour celui qui recherche le contact avec le transcendant, alors une telle facilitation serait trompeuse, elle donnerait directement sur le contre-sens.
Reste que l’expression de l’impensable ne peut se faire que grâce à une sorte de théologie négative : faute de pouvoir dire ce qui est pensé, on peut dire ce qu’il n’est pas.
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(1) Un conseil : si vous voulez lire Kierkegaard, commencez par ses sermons : beaucoup plus simples. Il ne s’agissait quand même pas d’endormir les fidèles pendant le culte !