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Friday, October 11, 2013

Citation du 12 octobre 2013


L'idéal des architectes est parfois singulier ; l'architecte de la rue de Rivoli a eu pour idéal la trajectoire d'un boulet de canon.
Victor Hugo – Quatre-vingt-treize
Le Paris d’Haussmann aurait été dessiné en vue des opérations de « maintien de l’ordre » : charges de cavalerie pour les uns, trajectoire du boulet de canon selon d’autres. Il faut dire que Napoléon III, l’homme du 2 décembre, savait ce qu’il fallait faire pour mater une révolte populaire.
Bref, l’idée reste la même : c’est le pouvoir qui est le premier urbaniste du monde.
Dès la préhistoire, dès que les villes naquirent, n’est-ce pas la répartition des quartiers selon les classes sociales, regroupant d’un côté les artisans, de l’autre les dignitaires du régime, qui s’imposa ? Si les villes sont des lieux d’affrontement, n’est-ce pas parce qu’elles portent la trace des ruptures sociales ?
Curieusement, pour diminuer les affrontements, on n’a pas essayé de supprimer la rupture (grâce à ce qu’on appelle la « mixité sociale ») mais c’est la sécurisation des frontières qui a prévalu. Dès le moyen-âge, on a eu recours à un renforcement de ces exclusions avec les ghettos, quartiers réservés aux juifs dans lesquels on les enfermait la nuit. Ici, point de charge de cavalerie, point de canonnade, mais une stricte séparation avec un mur autour.
C’est bien sûr la « solution » qui est toujours utilisée aujourd’hui, bien que ce soient souvent les quartiers riches qu’on isole et qu’on entoure de remparts. De même, les « quartiers sensibles » (admirez la litote !) sont des lieux séparés du reste de la ville, parfois par une voie ferrée, ou une autoroute, parfois par une dénivellation (comme à Nancy avec les Hauts-du-lièvre, quartier qui domine la ville un peu comme une Favela) 

Image

Nancy – Quartier des Hauts du Lièvre
Le problème dans ce cas tient aux facilités de se déplacer en ville qui est offerte aux exclus de ces nouveaux ghettos. Dans une ville où on construisait un Tramway, réduisant pour les voitures les facilités de stationner en centre-ville, mais désenclavant les « Quartiers défavorisés», les commerçants de ce centre-ville bougonnaient : on empêchait les éventuels clients de s’arrêter chez eux, mais on facilitait la venue de la racaille.

Sunday, July 24, 2011

Citation du 25 juillet 2011

Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction.

Boris Vian

L’existence du désert est l’existence d’un rien du tout qui pourtant n’est pas rien.

Après cette ébauche à la Raymond Devos (1), on se gratte la tête et on se dit : « Il y pourtant bien quelque chose d’un peu plus original à dire ! »

Oui – l’essentiel reste à dire : on peut détruire en construisant ! C’est même probablement la façon la plus courante de détruire. Nos villes sont construites sur des mètres et des mètres de remblais, ruines de l’ancienne ville. Mais aussi, la « proto ville » (je veux dire la première construction, le premier état de la ville) a été faite par destruction de la nature, des bois, des champs.

Qu’on se rappelle comment Rome a été fondée : Romulus trace à la charrue le périmètre de la future cité (2), ce qui veut dire qu’on est sur une terre arable que la ville va stériliser en se construisant.

Nous qui ne fondons plus tellement de villes, mais qui étendons dans leur périphérie des Supermarché avec leurs parkings envahissants, nous en entendons parfois parler : combien d’hectares de betteraves – ou pire encore : combien de pieds de vignes prometteurs de vendanges – sont arrachés pour permettre de bitumer les champs ?

Faut-il le regretter ? Après tout, toute espèce vit en détruisant peu ou prou le milieu dans lequel elle vit, et seule sa limitation par des prédateurs permet sa survie et la conservation du milieu : c’est ce qu’on appelle l’équilibre écologique.

Si nous traduisons en terme concret, ça veut dire que l’espèce humaine va produire des famines terribles en détruisant les surface cultivables, et que ce faisant elle va réguler elle-même ses besoins.

Mais en attendant, voyez comme la Chine s’affaire pour acheter des terres cultivables en Afrique, à Madagascar et sûrement ailleurs.

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(1) A écouter ici, avec en bonus le final prémonitoire sur la catastrophe politique.

(2) A lire ici

Friday, November 19, 2010

Citation du 20 novembre 2010

Baudelaire est un citadin : pour lui la vraie eau, la vraie lumière, la vraie chaleur sont celles des villes - déjà des objets d’arts, unifiés par une pensée maîtresse.

Sartre – Baudelaire (lire la suite ci-dessous)

Il y a deux catégories d’êtres humains : les citadins et les ruraux. Les premiers ne peuvent vivre que dans une ville ; les seconds ne s’épanouissent qu’à la campagne.

On imagine que Sartre parle en connaissance de cause : qui donc pourrait être plus citadin que lui ? En plus on a parfois dit que les philosophes étaient comme Socrate, leur père spirituel, qui ne sortait pratiquement jamais des murs d’Athènes (sauf pour faire la guerre – et sauf pour parler d’amour, comme avec Phèdre).

L’avantage de Sartre, c’est qu’il ne se contente pas de relever cette particularité de l’humanité, mais qu’en plus il en donne une explication : la ville est le domaine de l’ustensilité, en ce sens que chaque chose s’y définit par son utilité et l’homme y a une place assignée, soit comme usager, soit comme ustensile lui-même. Si la ville résulte d’un plan, celui-ci doit être strictement humain : la ville est une collection d’objets techniques.

C’est réconfortant, parce que quand il est dans la nature, l’homme n’a plus de place assignée, il est là de façon arbitraire, comme « la touffe de genêt » (cf. texte infra). Si jamais il s’imagine avoir été désigné pour y occuper une certaine place, alors il doit avoir l’image angoissante d’une maître de la nature, qui la survole et le surveille. De quoi donner des sueurs froides à n’importe quel paranoïaque… (1)

- Reste un petit problème : sauf erreur, Baudelaire est ce poète qui a écrit : Homme libre, toujours tu chériras la mer (voir ici). Or, la mer, justement c’est l’endroit où on ne peut reconnaitre aucun plan, aucun lieu – la mer, c’est comme le dit Sartre dans le texte ci-dessous, une immense existence amorphe et gratuite. La mer est plus encore que la campagne, l’exact opposé de la ville.

Le citadin Baudelaire était-il conciliable avec le poète Baudelaire ?

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(1) La ville aussi résulte d'un plan organisé et qui a autorité sur les individus. Mais alors que la ville résulte d'un plan humain, le plan dont résulterait la nature serait issu soit de Dieu soit de la Nature elle-même, mais de toute façon transcendant par rapport à l'homme. On voit bien comment nous nous inclinons aujourd'hui devant les exigences écologiques de la Planète.

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Annexe : le texte de Sartre

« Baudelaire est un citadin : pour lui la vraie eau, la vraie lumière, la vraie chaleur sont celles des villes - déjà des objets d’arts, unifiés par une pensée maîtresse. C’est que le travail leur a conféré une fonction et une place dans la hiérarchie humaine. Une réalité naturelle, lorsqu’elle est travaillée et passée au rang d’ustensile perd son injustifiabilité. L’ustensile a une existence de droit pour l’homme qui le considère ; une calèche, dans la rue, une vitrine existent précisément comme Baudelaire souhaiterait exister, elles lui offrent l’image de réalités appelées à l’être par leur fonction et qui sont apparues pour combler un vide, sollicitées par ce vide même qu’elles devaient combler. Si l’homme prend peur au sein de la nature, c’est qu’il se sent pris dans une immense existence amorphe et gratuite qui le transit tout entier de sa gratuité : il n’a plus sa place nulle part, il est posé sur terre, sans but, sans raison d’être comme une bruyère ou une touffe de genêt. Au milieu des villes, au contraire, entouré d’objets précis dont l’existence est déterminée par leur rôle et qui sont tous auréolés d’une valeur ou d’un prix, il se rassure : ils lui renvoient le reflet de ce qu’il souhaite être : une réalité justifiée. » SARTRE Baudelaire

Thursday, November 18, 2010

Citation du 19 novembre 2010

La campagne n'a de charme que pour ceux qui ne sont pas obligés d'y habiter.

Edouard Manet

ImageEdouard Manet – Le déjeuner sur l’herbe (1863)

Quand on habite à la campagne, est-ce parce qu’on est obligé d’y habiter ? Faut-il croire que Manet, qu’on imaginait adepte des paysages naturels et des sous-bois, n’aurait planté son chevalet dans la campagne que pour faire comme ses amis impressionnistes ?

Avant de répondre, regardons ce tableau, si célèbre qu’on en oublie de le détailler. (1)

Sans mystère, sans véritable profondeur, la forêt n’est qu’un milieu neutre dont la seule justification est de rendre plausible la réunion de cette femme et de ces hommes.

Seule la femme de l’arrière-plan, sans doute en train de prendre un bain, parait être insérée dans le paysage ; elle seule l’habite.

Pour ma part je ressens très positivement la formule de Manet : chaque lieu peut être représenté comme vu de l’intérieur ou comme vu de l’extérieur.

- On est à l’intérieur quand on l’habite, c’est à dire quand notre vie y tisse ses ramifications. Par exemple l’eau grise de la rivière (?) à l’arrière-plan du tableau, ce n’est sûrement pas la même chose pour les dineurs et pour la femme qui y fait sa toilette. C’est à peu près comme cela que j’entends habiter.

- Il est extérieur quand il ne fait que répondre à nos besoins ou à nos désirs du moment. C’est comme cela qu’il est joli, et que la campagne est charmante.

Il me parait clair que c’est de cette façon-là que nos pique-niqueurs sont dans leur clairière : l’herbe (la mousse ?) sur laquelle ils sont assis a-t-elle une autre fonction que de faire ressortir la jolie couleur de peau de la dame ? D’ailleurs, si on avait été dans un salon, le canapé sur le quelle elle se serait mollement étendu n’aurait-il pas été vert pré ?

Mais ce qui est ainsi défini à propos de la campagne peut fort bien être dit aussi de la ville – ou de tout autre lieu.

C’est ainsi que les touristes se déplacent dans un autre monde que les habitants des pays qu’ils traversent.

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(1) C’est du moins ce qui se passe aujourd’hui. Car si on se reporte à l’époque de Manet, alors les analyses détaillées sont légion. On peut lire celle-ci qui est assez éclairante.