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Thursday, November 09, 2017

Citation du 10 novembre 2017

Ah ! le portrait, le portrait avec la pensée, l’âme du modèle […]
Exprimer la pensée par le rayonnement d’un ton clair sur un fond sombre.
Exprimer l’espérance par quelque étoile. L’ardeur d’un être par un rayonnement de soleil couchant. Ce n’est certes pas là du trompe-l’œil réaliste, mais n’est-ce pas une chose réellement existante ?
Lettre de Vincent Van Gogh à son frère Théo - 3 septembre 1888


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Van Gogh – L’arlésienne (1888)
C’est vrai, l’Arlésienne renverse l’ordre des « valeurs », puisqu’il ne s’agit pas d’un ton clair rayonnant sur un fond sombre, mais à l’inverse de noir sur fond jaune ; mais l’écart de brillance est là, le noir éclate par contraste avec le jaune.
Mais au fond, qu’importe le quel soit le fond, le quel soit le motif ?  Ce qui nous importe, c’est plutôt de saisir ce qui, dans ce portrait, exprime la pensée du modèle. Le peintre a choisi son instant : celui où la femme, levant les yeux de son livre, interrompt sa lecture et paraît songeuse. A ce moment, son regard flotte dans le vague mais on devine que ce qu’il perçoit ce n’est pas ce qui existe devant elle, mais bien ce que son imagination lui dépeint.
Alors nous ne saurons jamais à quoi pensait l’Arlésienne : et après tout, qu’importe ? Ne suffit-il pas que nous sachions qu’il y a quelque chose à voir qui n’existerait pas sans la pensée, sans l’imagination, sans … l’espérance ?
À l’époque de van Gogh, le développement de la photographie asphyxiait certains peintres spécialisés dans les portraits. Voyez, disait-on, à quelle exactitude la photographie parvient ! L’objectif de l’appareil photographique est infiniment plus précis et plus fidèle que l’œil du peintre !

Hé bien, c’est peut-être vrai : mais où est le photographe qui saura saisir cet instant d’ouverture sur la vie intérieure ? Depuis, quelques grands photographes l’ont fait, hissant du même coup la photo au niveau de l’art. Mais qu’on ne dise plus que la photo c’est plus facile que la peinture !

Saturday, June 27, 2015

Citation du 28 juin 2015


Certains auraient tendance à prendre la raie de leurs fesses comme méridien d'origine.
René Lefèvre

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Vous trouvez ça bizarre, vous, de prendre ses fesses pour origine du monde ?
Bien sûr, on ne va pas philosopher ici sur le tableau de Courbet : ce serait intéressant mais un peu long (1). En plus le monde qui s’origine à partir d’un sexe (monde=ensemble des hommes) n’a rien à voir avec la mappemonde qui s’arrondit sur ces fesses.
Alors bien sûr on aurait pu prendre une opulente paire de seins comme support de la mappemonde : ses deux hémisphères auraient pu sans difficultés y prendre place. Mais avouez que ce serait dommage d’exclure l’homme de cette métaphore. Car il ne vous aura pas échappé que le créateur, bien qu’il ait fait don aux hommes de toutes sortes de supériorités, n’a pas cru utile de les doter de ces organes charmants.
Enfin, bien sûr on s’étonnera peut-être aussi qu’on n’ait pas fait référence au nombril comme centre symbolique du monde (2). Certes, le nombril n’est pas accolé à des rondeurs hémisphériques. Mais comme centre il est mieux approprié que la raie des fesses qui localise un espace beaucoup plus vaste. Si vous regardez le repère indiqué sur l’image ci-dessus, vous verrez que le monsieur (ou la madame ?) habite quelque part entre Helsinki et Le Cap : pas très précis…
Et vous, mon cher lecteur, en quel endroit situez-vous le centre du monde ? Quelque part sur votre corps (vous avez le choix de l’endroit : rappelons qu’Atlas le porte sur ses épaules), ou bien refusez-vous un tel enracinement, estimant que le monde n’existe que là où vous avez mis le pied ?
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(1) Et en plus je l’ai déjà fait : voyez ici.

(2) Il faut dire que là encore j’ai largement entamé l’examen de la question (ici).

Sunday, May 17, 2015

Citation du 18 mai 2015

 Le noir est comme un bûcher éteint, consumé, qui a cessé de brûler (. .. ). Il est comme le silence dans lequel entre le corps après la mort quand la vie s'est usée jusqu'au bout. C'est, extérieurement, la couleur la plus dépourvue de résonance (…) Ce n'est pas sans raison que le blanc est la parure de la joie et de la pureté sans tache, le noir, celle du deuil, de l'affliction profonde, le symbole de la mort. (…) Le bleu profond attire l'homme vers l'infini, il éveille en lui le désir de pureté et une soif de surnaturel.

Kandinsky, Du spirituel dans l'art
 (Suite du Post d’hier)

Hier, nous avons vu que le blanc symbolisait la pureté et qu’elle évitait la séduction des couleurs.
Mais dans le cas d’œuvres peintes, le blanc devient un simple « Monochrome » - un de possible, parmi d’autres.
Ainsi du célèbre  carré blanc sur fond blanc de Malévitch :

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Malevitch – Carré blanc sur fond blanc 1918

Mais aussi du non moins célèbre Carré noir sur fond blanc, du même artiste :

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Quant aux Monochromes Bleus d’Yves Klein l’artiste en était si fier qu’il en a fait breveter la couleur:
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 J’avoue que je suis un peu sceptique quand on me dit qu’il s’agit d’épurer les émotions devant l’œuvre pour que ne subsistent que celles qui sont liées à sa perception : à ce compte les magasins Muji dont je parlais hier sont de véritables œuvres d’art.
Kandinsky nous invite à suivre cette intuition des couleurs. Si le blanc agit sur notre sensibilité, pourquoi pas le noir, et le bleu aussi ? Le problème c’est qu’il y a peut-être autant d’interprétation que d’artistes… et de spectateurs. Qu’on songe aux noirs de Soulages : s’agit-il là d’œuvres exsangues et évoquant la mort comme le croit Kandinsky ?

Par contre je crois volontiers que ces monochromes ont dans leur simplicité le mérite d’attirer l’attention sur la pâte picturale, et sur sa texture. C’est évident pour le Carré blanc de Malevitch qui ne se distingue du fond  blanc que par cette différence de matière. Mais c’est vrai aussi des Monochromes de Klein qu’on a dû protéger par une vitre parce que le public les souillait en les touchant pour sentir sous les doigts la pâte de la fameuse couleur bleue (j’ai vu ça à Beaubourg il y a fort longtemps).

Les Monochromes ? Une peinture pour les aveugles !

Monday, June 17, 2013

Citation du 18 juin 2013



Les filles de Lesbos dorment entrelacées,  / Comme deux jeunes fleurs sur un même rameau ; / Elles dorment ! Leur sein éblouissant et beau, / Se gonfle au souvenir de leurs folles pensées. / D’un mutuel amour leurs lèvres caressées / Semblent prêtes encor pour un baiser nouveau…
Henri Cantel – Les tribades (1859)

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Courbet – Le sommeil (1866)
Nous allons voir dans une exposition particulière (…) les deux tribades de Courbet (...). Ici, dans les tribades, deux corps terreux, sales, breneux, noués dans le mouvement le plus disgracieux et le plus calomniateur de la volupté de la femme au lit…
Edmond et Jules Goncourt – Journal 31 décembre 1867

Je n’ai jamais compris la critique haineuse des Goncourt à l’égard de ce tableau, à moins que cette haine n’ait visé Courbet lui-même, puisque ses idées politiques étaient sans doute bien connues – bien avant son implication dans la Commune de Paris (1).
Toutefois, j’imagine que cette critique est représentative de toutes celles qui ont accueillies le Déjeuner sur l’Herbe de Manet (1862), imprudemment destiné à l’exposition publique alors que le Sommeil n’était visible que dans l’exposition privée qu’en faisait son commanditaire (2).
Reprenons : là où les critiques positives louent la carnation des peaux de ces deux femmes, les Goncourt voient une chair sale, terreuse, breneuse (= merdeuse). Là où Henri Cantel (notre citation) voit une posture qui met en valeur des corps magnifiques, ces mêmes Goncourt voient une « calomnie » de la volupté féminine.
Alors, là, permettez qu’on ironise un peu. Sans doute est-il plus flatteur pour une femme de jouir sous un homme qui l’a saoulée pour pouvoir la posséder de toutes les façons possibles ? Parce que, en matière de débauche, les Goncourt ne faisaient pas de la dentelle : c’est ce qu’ils racontent eux-mêmes dans leur Journal.
Il reste quand même quelque chose : c’est que ce tableau produit un véritable choc quand on le voit pour première fois : le contraste entre l’innocence du sommeil et l’attitude des corps – érotique  sans aucune équivoque ; plus la taille du tableau (135x200, c’est-à-dire que les corps sont en taille réelle) : ça tape sur la libido.
Après tout, c’est peut-être ça qui énervait Goncourt.
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(1) Rappelons qu’en mai 1871, réveillé en pleine nuit par le bruit du canon des versaillais, Edmond de Goncourt s’écrie : « Dieu merci ! La guerre civile commence ! »
(2) Le collectionneur pour qui Courbet a peint ce tableau est Khalil-Bey, diplomate turc en résidence à Paris, pour qui il avait déjà peint l’Origine du monde et Ingres peint le bain Turc (terminé en1859 : les Goncourt en parlent également dans ce paragraphe).

Tuesday, June 04, 2013

Citation du 5 juin 2013

… ce diable de peintre [Picasso], à l’œil droit de jaloux Espagnol et, le gauche en entonnoir, tourné en dedans, incisif, impitoyable et étrangement fixe quand il vous regarde…
Blaise Cendras – Bourlinguer – Gènes (ed. Quarto p.1071)
L’entonnoir de Picasso.
ImagePicasso a eu un étrange privilège : celui d’impressionner ceux qui l’approchaient par son regard – voire même, comme ici, par ses yeux. Et non pas simplement par un effet composite, mêlant des aspects de sa personnalité transmis par sa voix, sa démarche, ses gestes, car nous sommes nous-mêmes (nous qui ne l’avons pas rencontré) également fascinés par ces yeux, un peu exorbités, tels qu’il se représente lui-même dans ses autoportraits ou tels qu’on les voit ci-contre.
Ce que pointe Blaise Cendras c’est leur étrange asymétrie : l’un « de jaloux espagnol » qui maintenait à distance les étrangers un peu trop curieux ; l’autre « en entonnoir tourné en dedans » qui capture les formes et les couleurs, les visages et les corps – le monde.
Picasso était un grand prédateur qui, tout en préservant son mystère, était à l’affut de tout ce qui passait à sa portée et qui pouvait alimenter son émotion créatrice. Car Picasso était un peintre figuratif, ce que l’opinion vulgaire a toujours refusé d’admettre, considérant que le chaos instauré dans la réalité telle que ses toiles la représentait ne pouvait absolument pas exister.
L’œuvre de Picasso toute entière clame contre cette erreur. Qu’on voie par exemple sa célèbre Femme qui pleure (1937 (1)) :

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on ne fait pas que voir les larmes qui jaillissent de ses yeux : on entend aussi le crissement de ses dents qui déchirent son mouchoir, on voit la convulsion de ses traits.
Voilà : c’est cela que l’entonnoir de Picasso a capté.
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(1) Il y a de nombreuses toiles de Picasso qui portent ce titre : il est tentant d’imaginer que si Picasso a fait pleurer beaucoup de femmes, c’est pour renouveler son inspiration de peintre…
Retrouvez ce tableau dans l’étrange galerie réunie par la section Arts Plastiques du lycée Costebelle sous le thème Figurer/Défigurer. J’y puiserai prochainement d’autres exemples.

Wednesday, May 01, 2013

Citation du 2 mai 2013


Quand l'esprit est attiré par une feuille, l’œil ne voit pas l'arbre. Quand l'esprit est attiré par l'arbre, l’œil ne voit pas la forêt. Ne pas s'attacher aux détails mais voir l'ensemble sans vraiment regarder. Voilà le secret. .. c'est ça voir.
Takehiko Inoué – Vagabond
Il y a du pour et du contre…
1 – Exemple « pour » : le pointillisme

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Georges Seurat – La grande Jatte
Se détourner du détail, pour ne voir que l’ensemble, même s’il n’existe que par l’amoncellement de détails. Tel et le principe du pointillisme, adopté par les peintres de la fin du 19ème siècle (1). Il repose sur deux principes :
- Principe optique : la couleur véritable vient du mélange de différentes couleurs opéré par l’œil lui-même : le vrai orange mêlant des taches rouges et des taches jaunes, le vrai vert mêlant bleu et jaune, etc.
- Principe philosophique : c’est celui de la synthèse : le tout est plus que la somme de ses parties.
2 – Exemple « contre » :

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Où est Charlie ? Ici c’est la vision de l’ensemble qui fait obstacle à la perception du détail. De la même façon, quand on cherche à corriger les fautes de frappe dans une page, le sens du texte fait qu’on passe sans les voir : on dit que les correcteurs d’autre fois relisaient un texte en commençant par le dernier mot pour remonter jusqu’au premier.
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(1) J’ai laissé de côté les stéréogrammes (ou : autostéréogrammes) : voir ici