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Saturday, March 26, 2011

Citation du 27 mars 2011

Ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d'être expliqué d'aucune.

Voltaire – Le siècle de Louis XIV

C’est Freud qui expliquait combien il était ridicule de se justifier de plusieurs façons différentes, comme la ménagère de l’histoire, à qui une voisine reprochait de lui avoir rendu un chaudron percé alors qu’il était intact au moment où elle le lui avait prêté :

- Ce chaudron je te l’ai rendu intact, et d’ailleurs il était déjà percé quand tu me l’as prêté. Et en plus, je ne te l’ai jamais emprunté.

Trop de justifications tuent la justification.

C’est un principe qu’il est bon d’avoir présent à l’esprit quand nous entendons nos politiciens expliquer leurs actions et les résultats obtenus. Combien multiplient ainsi leurs justifications :

- Le déficit s’est creusé, mais ç’aurait été bien pire si l’opposition avait été aux affaires. Et d’ailleurs, ce que nous avons fait n’ajoute rien à la crise qui est internationale et qu’on aurait bien vu se développer de toute façon. Et puis, il faut relativiser : la crise dont vous parlez n’existe que dans les Médias : en réalité on ne vit pas plus mal en France qu’il y a trois ans.

Devons-nous faire de ce constat de Voltaire un moyen d’évaluer notre propre conscience au moment où nous nous justifions ? Pourquoi multiplier les justifications quand notre chérie a trouvé du rouge à lèvre sur notre mouchoir, du genre :

- Mais tu te trompes ! Ce n’est pas du rouge à lèvre, mais de la peinture que j’ai essuyée sur ma manche. Et puis je me rappelle, j’ai prêté ce mouchoir à ma secrétaire… D’ailleurs, où est-ce que tu as vue, cette tâche ?

Oui, pourquoi toutes ces explications – sinon parce que nous ressentons la faiblesse de chacun d’elle ?

Monday, February 08, 2010

Citation du 9 février 2010

Les raisons d'agir sont comme les rouages d'une machine. Plus il y en a, plus la machine est fragile.

Lessing – Dialogues maçonniques

Voilà un paradoxe : plus on a de raisons d’agir, moins l’action a de chance de réussir. On le comprend pourtant, si on admet que l’action est alors un compromis entre ces divers motifs : rien ne dit qu’ils concourent à former un tout cohérent, et on finit par se trouver avec des projets analogues à ces programmes électoraux qui, pour préserver une coalition de partis, présentent une plateforme fourre-tout totalement incohérente.

Toutefois, on peut aussi se dire que les raisons d’agir sont des explications que l’on expose après-coup pour justifier une action. Et là, nouveau paradoxe : trop de bonnes raisons tuent la justification.

Freud racontait une petite histoire pour dire à quel point il faut se méfier des arguments servant à légitimer une conduite. C’est – disait-il – comme la ménagère à qui sa voisine reproche de lui rendre percé un chaudron qu’elle lui avait prêté intact, et qui répond : « Mais, ce chaudron était déjà percé quand tu me l’as confié ; et quand je te l’ai rendu il était en parfait état. Et de toute façon tu ne m’as jamais prêté de chaudron. »

La caricature est grosse mais elle est pertinente. Combien de fois surprenons-nous nos gouvernants en flagrant délit d’hyper-justification ?

Vous voulez un exemple ? Voyez la fameuse taxe carbone. Cette taxe – ou cet impôt ou cette contribution, à vous de choisir – est vertueuse parce qu’elle va entraîner une modification de nos comportements, et que de toute façon ce n’est même pas une taxe (ni un impôt, ni une contribution), vu qu’on nous la rembourse.

J’ai bien peur que le plan d’austérité qu’on nous concocte pour après les élections régionales n’obéisse à la même « logique ».

Monday, April 24, 2006

Citation du 24 avril 2006

« A force d'expliquer l'inexplicable, notre pays en est venu à excuser l'inexcusable. »

Nicolas Sarkozy Ministre de l’intérieur - 2ème séance du mardi 8 novembre 2005

Règle numéro un : se méfier des belles formules. Elles ne sont pas forcément fausses ; mais elles ne sont pas vraies simplement parce qu’elles sont belles.

Application : doit on croire qu’expliquer ce qui ne peut l’être conduit à excuser ce qui ne doit pas l’être ? Ceci ne fonctionne que si on admet qu’expliquer c’est excuser, et que comprendre les causes d’un acte, c’est du même coup pardonner la faute qu’on a commise.

Mais on est dans deux registres différents : d’un côté on est dans la causalité mécanique (j’ai glissé, je suis tombé, entraînant dans ma chute celle du vase qui s’est brisé) ; de l’autre on est dans celui de la responsabilité liée à la volonté donc au choix libre. Ainsi, la faute m’incombe en tant que j’ai voulu le mal que j’ai fait. A la rigueur on peut dire que je suis responsable de l’accident que j’ai produit (cassé la vase), parce que j’aurais dû le prévoir et donc vouloir l’éviter (l’enfant a cassé le vase, parce qu’il courait trop vite ; il savait bien pourtant, on lui avait dit mille fois de ne pas courir en traversant le salon ciré).

On objectera peut-être que c’est le ressort habituel de la plaidoirie des avocats que d’excuser leur client en faisant état de leur enfance maltraitée, ou des misères qu’une société injuste leur a infligées. Sans doute. Mais c’est que justement, ils plaident l’irresponsabilité, qui consiste à déplacer l’origine de la faute de celui qui a agi sur ce qui a déterminé à agir. Alors, ce n’est absolument pas une excuse, sauf à admettre qu’elle ne constitue pas un pardon : pardonner, ça veut dire : « continuons à vivre ensemble » ; excuser voudrait dire : « tu n’es qu’on pauvre irresponsable, il va falloir te soigner si tu veux continuer à vivre avec nous. »

Mais après tout c’est peut-être cela que voulait dire le ministre.

Wednesday, January 18, 2006

Citation du 19 janvier 2006

Les richesses sont un tort que l'on a à réparer, et l'on pourrait dire : "Excusez-moi si je suis riche!"

Montesquieu, 1689-1755, Mes pensées.

Voilà une citation un peu plate en apparence, surtout venant d’un penseur de la puissance de Montesquieu, mais en fait plus féconde qu’il n’y paraît au premier regard.

L’idée, c’est que les riches font du tort au pauvre. Banal. Mais quel tort ?

- De redoubler leur malheur en exhibant les richesses qu’ils pourraient avoir et dont ils n’auraient même pas l’idée sans cela ? Sans doute.

- De ne pas songer à leur faire l’aumône quant ils les rencontrent, ou bien de le faire parcimonieusement, juste de quoi perpétuer leur misérable existence ? Pourquoi pas.

- De jouir avec orgueil de leur privilège de riche en se pavanant dans des fêtes de charités qui seraient alors faites plus pour eux que pour ces malheureux ?

- De ne posséder comme richesse que les ressources dont ils ont dépouillé les pauvres, en sorte que chaque riche fait dix pauvres ? Voilà plutôt l’idée je ne dis pas seulement être de Montesquieu mais aussi des penseurs de l’égalité, tel Rousseau : l’inégalité n’est pas naturelle, les riches et les pauvres sont les partenaires d’un jeu ignoble, les uns comme gagnants les autres comme perdants. Toute cette tradition va se perpétuer, jusqu’au slogan du P.C. qui dans les années 80 (?) était : « Faites payer les riches ».
Il ne suffit donc plus de dire « Oh ! Excusez-moi. »