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samedi 24 décembre 2022

La grande révolte

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Fidèle à son mot de désordre —Après le film, vous avez la parole —, La Grande Distribution organise depuis quelques années des « discussions citoyennes » dans les salles de cinéma et lance du 12 au 15 janvier prochain à Paris (l'hiver s'annonce chaud) son premier festival, en collaboration avec Mediapart. 

Au programme : 12 films (dont un docu espagnol sur Julian Assange), 12 débats, des tables rondes, des soirées festives, dont un incontournable karaoké, un stand librairie...

Les parrains-vedettes du festival ont pour nom Guillaume Meurice (humoriste), Valentine Oberti (journaliste), l'ami David Dufresne (qu'on ne présente plus), Monique Pinçon-Charlot (sociologue) et Mathilde Larrère (historienne).  Que du beau monde... 

On ira donc s'amuser, les occasions sont rares, et se révolter au mythique Saint-André des arts, au 38 de la rue du même nom (et vice-versa), dans le 6e arrondissement.



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mercredi 20 avril 2022

Faut pas qu'on traîne

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Dora Maar



 

‒ Tu ne peux pas ne pas regarder.

‒ Détrompe-toi...

‒ ...Il en va de l'avenir du pays...

‒ Ça me manquait, ces brèves de comptoir dont tu as le secret...

‒ Tu veux qu'on aille s'asseoir ? Il y a de la place en terrasse...

‒ Je n'ai pas forcément envie de payer mon ballon de rouge le prix d'une bouteille entière à l'épicerie en bas de chez moi. Et puis, je n'ai pas l'impression qu'une fois assis, nous tiendrions des propos plus intelligents...

‒ Tu ne vas pas voter, j'imagine...

‒ N'oublie pas : aucun appel, aucun message durant ce bas débat... Je ne veux rien savoir. La température du plateau, la taille de la table, le choix des questions et les éléments de langage, le brushing de la Salami ou celui de la Pen, la moumoute du poudré a-t-elle tenu jusqu'au bout, a-t-il renoncé à son arrogance, l'héritière a-t-elle un programme social, lequel de ces épiciers est le plus écolo... Rien, je ne veux rien savoir.

‒ Tu ne m'as pas répondu.

‒ Je n'en ai pas l'intention. Comme je n'ai pas l'intention de discuter de ces deux baltringues, du pathétique show qu'ils nous préparent ou du Donbass...

‒ Ça risque d'être au-delà de tout ce qu'on a vu jusqu'à maintenant, le Donbass.

‒ Tu as entendu ça où ?

‒ A la radio.

‒ Ah, c'est toi ?

‒ Comment ça ?

‒ C'était une plaisanterie...

‒ Je ne suis pas sûr de comprendre...

‒ Peu importe... 

‒ Tu es en forme, ça fait plaisir...

‒ Je ne suis pas animateur télé, tu te souviens? Je suis fatigué de tout ce cirque ! La crise permanente, la peur dans les têtes et les oreilles, ces gueules sinistres croisées dans le métro, ces gueules d'assureurs et de guichetiers de banque qui nous gouvernent... Je n'ai pas envie de parler de ça. J'en ai la nausée... Et puis, il y a Julian Assange, condamné à des centaines d'années de prison pour avoir révélé le fonctionnement de cette mafia, ces larbins de l'industrie de l'armement et du divertissement, dont tout le monde se fout... Tiens, toi qui es toujours informé, qui crois l'être, qui reçois toutes ces alertes sur ton titécran, as-tu vu passer l'info de l'extradition d'Assange? Du feu vert des British pour livrer à la mort certaine l'un des seuls journalistes dignes de ce nom?

‒ Aujourd'hui ?

‒ Oui, mais j'imagine que ce pauvre Assange ne fait pas les titres des sites d'infotainment de nos grandes démocraties... On préfère de loin parler du héros Zelensky, ce mauvais acteur de sitcom, grand patriote et évadeur fiscal, manipulé par l'OTAN, McKinsey, les Amerloques et les néonazis ayant infiltré l'armée — qui tous rêvent d'entraîner l'Europe entière dans la guerre —, faisant des selfies en chef de guerre et t-shirt kaki, de l'agité parano et corrompu du Kremlin, tombé dans le piège, des bons réfugiés, bien blonds comme nous, du front républicain et de l'avenir de M'Bappé... Tiens, commande-nous la même chose et règle l'addition tant que tu y es, faut pas qu'on traîne... 

‒ Donc, tu ne voteras pas ? Comment veux-tu que les choses changent?

‒ Ne t'entête pas. Dis-toi bien une chose: ce rendez-vous dit démocratique est organisé par la bourgeoisie, soumise aux lobbies de toute sorte, sa promotion est faite par les médias, contrôlés par des milliardaires à 90%, c'est une illusion, une liberté en trompe-l'oeil, jamais un projet remettant en cause le fonctionnement-même de la société bourgeoise ne passera par les urnes. 

‒ Mais tout de même, Le Pen ou Macron, ce n'est pas la même chose.

‒ C'est vrai. La fille du borgne est une femme, par ailleurs, héritière d'une fortune mal acquise et vivant dans un château à Saint-Cloud tandis que l'éborgneur est un homme, par ailleurs, banquier d'affaires ayant dissimulé 90% de sa fortune dans les paradis fiscaux et proprio d'un manoir normand, d'un appartement dans un beau quartier parisien, et je ne sais plus quoi, et dont le gouvernement ces dernières années ne tenait plus que par la répression policière. Entre les deux, mon cœur balance, j'avoue. Pile, ils gagnent, Face, nous perdons. De quoi hésiter, en effet... Allez, faut que tu te rentres si tu veux, en allant te coucher ce soir, sentir que tu as fait ton devoir de vrai républicain et dormir tranquille jusqu'à dans cinq ou sept ans...


vendredi 10 décembre 2021

Chronique d'une mort annoncée

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Henry Nicholls

 

À moins d'un changement de cap, la civilisation mondiale sera devenue d'ici à quelques années une dystopie de surveillance postmoderne, à laquelle seuls les plus habiles auront une chance de se soustraire.
Julian Assange, Menace sur nos libertés,
éd. Robert Laffont

 

 

A l'occasion de la célébration de la Journée de droits de l'homme, et faisant fi de l'état de santé de Julian Assange, la justice britannique annonce qu'elle décide d'annuler le refus d'extrader le fondateur de Wikileaks vers les Etats-Unis où il risque une peine de 175 années de prison. Encore une belle victoire pour nos démocraties.

vendredi 20 décembre 2019

Mort de la littérature et du Père Noël

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- Du coup, vous allez faire quoi ?
- Rien. Du moins, je l'espère. J'ai toujours détesté Noël. Ces grèves tombent à point. Jamais je n'ai autant aimé rester coincé...
- Tiens, toi qui aimes Bukowski, tu connais cette citation ?
Noël sert à rappeler à ceux qui sont seuls, qu'ils sont seuls
A ceux qui n'ont pas d'argent, qu'ils n'ont pas d'argent
Et à ceux qui ont une famille de merde, qu'ils ont une famille de merde.
- Tu lis Bukowski, maintenant ?
- Pas vraiment.
- Tu sors ça d'où, alors ?
- Instagram, je crois...
- ...Si on avait dit un jour à Bukowski qu'il finirait par être cité sur instamachinchose...
- J'ai lu quelque part que c'était l'auteur le plus volé aux Etats-Unis.
- Une chose est sûre : c'est, avec Cioran, l'auteur le plus cité généralement par des gens qui ne se sont jamais donné la peine d'ouvrir un de ses livres, qui n'en connaissent que les citations que d'autres publient sur les réseaux...
- ...Des gens comme moi, tu veux dire ?
- Je ne te le fais pas dire...
- Mais toi aussi, tu as contribué à ces citations que l'on trouve sur la toile...
- Lorsque je cite quelque chose, c'est un poème que je viens de lire dans un recueil, un passage d'un livre, d'un entretien... Je cite pour moi, pour ne pas oublier. C'est purement égoïste. Je ne contribue ni ne collabore à rien.
- Pour moi, c'est une littérature trop noire, je ne peux pas lire des pages et des pages sur ce ton... Une phrase, de temps à autre, ok, mais...
- ...Oublions ça. La littérature, ça ne t'a jamais beaucoup intéressé.
- Tu sais, ça n'intéresse plus grand-monde aujourd'hui...
- Se cree el ladrón que todos son de su condición.
- Ce qui veut dire ?
- Un petit effort. Ecoute bien : Se cree el ladrón que todos son de su condición.
- Ladrón, c'est le verbe aboyer, c'est ça ?
- Pas vraiment. Un ladrón, c'est un voleur.
- Je n'ai rien compris, alors.
- Mot à mot, le voleur pense que tout le monde est de la même nature, de la même famille, la même condition...
- Quel est le rapport avec la littérature ?
- Si tu lisais davantage, tu ne poserais pas la question.
- Tu m'as perdu, là...
- Nous sommes tous perdus... Remets-nous une tournée.
- Ok, on ne parle pas de littérature, tu veux qu'on revienne aux grèves ?
- Surtout pas. Tu ne vas pas me les brouter avec l'actualité les rares fois que l'on se voit encore... Qu'est-ce que tu vas me raconter ? Que c'est l'enfer ? Que les usagers sont pris en otage ? Que cette réforme est bonne pour tout le monde ?
- Ça va, ne t'énerve pas...
- Tu vois, ne pas pouvoir aller réveilloner dans la belle famille, ça m'évite ce genre de débat, et d'engueulade.
- Mais c'est un sujet important.
- Pas pour être débattu au comptoir de chez Ahmed ou dans la belle-famille. Tiens, prête-moi un instant ta prothèse.
- De quoi tu parles ?
- De ton téléphone intelligent.
- Pour quoi faire ?
- Donne et ferme-la... Attends. Tu vois, si tu veux pouvoir parler de cette réforme scélérate, il faut pouvoir argumenter. Et auparavant se documenter, lire, s'instruire. Tiens, ici, tu liras un document rédigé par une économiste atterrée. 
- 20 pages !
- Oui, si on veut être un peu sérieux, ça demande un petit effort. Le cerveau doit être disponible, et doit fonctionner autrement que comme caisse de résonance des médias mainstream. Tu le télécharges et tu lis ça à tête reposée, si j'ose dire. Et on en reparle.
- T'as trouvé ça sur tes médias alternatifs et gauchistes ?
- Si on reste dans la caricature, la réponse est oui. Ça te permettra de dormir tranquille. Mais, tu vois, c'est là que je touve des choses qu'on ne trouve pas ailleurs.
- Comme quoi ?
- Comme des nouvelles de Julian Assange.
- Qui ?
- Julian Assange, tu n'en as jamais entendu parler ? Tiens, ici, tu auras un résumé de l'histoire, ça ne te fatiguera pas trop. Et si tu veux creuser, mieux comprendre le monde dans lequel tu vis, tu liras ça ou/et ça
- Oui, ça me dit quelque chose, maintenant. C'est pas le type qui était réfugié à l'ambassade de je ne sais plus quel pays sud-américain ?
- Exact. T'en parle-t-on sur Instagram ? Ou y met-on simplement des citations et des seins barrés ?
- C'est vrai que ça faisait longtemps que je n'en avais pas entendu parler.
- Normal. Une info chasse l'autre. Un événement en remplace un autre. Show must go on, comme on dit à la Maison blanche, et partout ailleurs... 
- Il n'avait pas été accusé de viol ?
- Un pipeau médiatico-politique. Assange a été lavé de tout soupçon. Mais le type est en train de crever dans une prison, et dans l'oubli de tous aujourd'hui. Il va être extradé chez Trump où il est passible de 175 années de prison. Mais nous, nous parlons de Macron, le jeune, dynamique et incompris père Fouettard qu'emmerdent ces sales syndicalistes puant la bière et la vinasse et ces cheminots privilégiés qui bloquent le pays. Tu sais quoi ? On va en reprendre une à la santé de ces salauds de travailleurs et à la mort du Père Noël !


https://thisisnthappiness.com/



mercredi 17 avril 2019

Nous aurons encore de mauvais moments

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– Pardon de t'appeler si tard. Mais j'ai eu comme un malaise. Je ne me sentais pas bien. Toute cette indécence autour de Notre-Dame, la surenchère de dons pour transformer ce monument en nouveau Disneyland... Pourquoi ai-je écouté ce monstre et son chantage à l'émotion, à l'unité du pays, un pays sinistré qu'il ne fait que diviser depuis sa prise de pouvoir ?
– Ah ? Il a encore parlé ?
– Tu n'es pas au courant ? Je me demande parfois comment tu fais pour te tenir informé... 
– Je ne sais pas. Pas comme ça. Si c'est ça, l'information, je préfère ne rien savoir.
– De la fenêtre, l'autre soir, du haut de mon HLM,  je voyais la fumée, les flammes, au loin. J'ai eu peur, mon fils a regardé sur internet et m'a dit que c'était Notre-Dame. Toi, tu n'as rien vu, depuis Montreuil ?
– Figure-toi que j'étais à Paris. Dans un café, avec notre ami Pedro.
– Ah, comment va-t-il ?
– Mal, comme tout le monde.
– Il y a longtemps que je ne l'ai pas vu... Il y avait un match ?
– Non, les matchs dans les cafés, cette époque, c'est fini... Notre bouiboui roumain de la rue Saint-Sébastien est devenu un resto gastro pour bobos du quartier. Ailleurs, une soirée foot te revient vite à deux dizaines d'euros. Vivent les hackers et le streaming !
– C'est l'amour ou le boulot qui manque à Pedro ?
– Les deux. Tu sais bien, aujourd'hui, dès que tu n'as plus de boulot, tu te sens mal, tu culpabilises, tu te demandes quand tu vas pouvoir en retrouver, payer tes factures et tes dettes, et consommer comme tout le monde... Heureusement, il est économe et n'a pas de loyer à payer.
– Et l'amour ?
– L'amour, ça va, ça vient. L'amour physique, j'entends, le sexe. Il passe d'un corps à l'autre dans la pénombre de ses lieux de prédilection. Tant que ça marche, il y va. Il se dit que le temps est compté, qu'un jour, il devra peut-être payer pour baiser. Dans le monde du travail comme dans celui de la séduction, passé un certain âge...
– ...Il a raison, qu'il en profite. Il a la chance d'avoir un physique qui ne trahit pas son âge.
– Dans la pénombre, en tous cas. Dans la lumière, ça commence à se voir. Mais il peut encore tricher dans une fourchette de 5-10 ans.
– Tricher ?
– Sur les sites de rencontre. C'est le règne du fake, comme il dit.
– Tu veux dire qu'en dehors des saunas et backrooms, il fait aussi des rencontres sur internet ?
– Désoeuvré comme il est aujourd'hui, le sexe est devenu le centre de sa vie. Il est tombé récemment sur un type qu'il a revu deux-trois fois.
– C'est bien, ça...
– Pas forcément...
– Il m'a un jour raconté que d'habitude, il n'a droit qu'à des rencontres d'une nuit. Des One shot...
– Oui, sauf que, lorsqu'on se revoit, on se découvre à chaque rendez-vous. Et quand le gars a appris la vérité sur l'âge de Pedro, il est devenu distant.
– Il a quel âge, lui ?
– Vingt ans de moins.
– Ah oui, quand même...
– Tu vois ?
–  Ce n'est pas ce que je voulais dire...
– Mais ce n'est pas une grande perte. Le type était au chômage, avait perdu son appartement, et était revenu vivre chez sa mère, avec qui il ne s'entend pas. A sa dernière visite, il a demandé à Pedro s'il pouvait en profiter pour faire une lessive... Et Pedro n'a eu droit qu'à une demi-branlette sur le canapé en échange. Il l'a largué par sms.
– C'est sordide.
– C'est notre monde, tu n'es pas informée ?
– A moi aussi, il manque parfois un homme dans mon lit. M'endormir contre son corps, sentir sa peau, ses mains sur moi... Quand je serai en Bretagne la semaine prochaine, j'irai faire un tour sur le port, je trouverai peut-être un homme.
– Sûrement, il va faire beau, tu vas pouvoir sortir ta plus belle robe...
– Non, je sortirai le livre que je lis en ce moment, Place des héros, le laisserai en évidence sur la table de la terrasse d'un café...
– Essaie plutôt Marc Lévy ou Guillaume Musso, tu auras plus de chance... Ou Houellebecq. Mais Thomas Bernhard, personne ne lit ça. Et du théâtre, en plus...
– Je pourrais mettre une annonce dans le journal local : Perdu mon exemplaire de Thomas Bernhard. Bel homme, si tu le retrouves, merci de contacter le journal qui transmettra...
– Musso ou Houellebecq, te dis-je.
– Ou alors, j'opte pour une annonce du type Femme dominante cherche homme soumis. Là, je suis sûre que j'en trouve un.
– Tu vas t'emmerder avec un toutou à sa maîtresse. Sauf si, une fois attaché, à tes pieds, tu lui lis du Thomas Bernhard... Tiens, prends ça dans tes oreilles, mon salaud !
– Tu penses vraiment que plus personne ne lit Bernhard ?
– A part quelques illuminés dans notre genre, ma belle, je ne vois pas, non...
– Ses pièces sont encore montées...
– J'ai l'impression que tu parles d'une autre époque... Tiens, l'un de ses interprètes français est mort récemment, dans la misère... Non, je t'assure, la littérature, à part quelques bluffs et quelques buzz comme Houellebecq, ça n'intéresse plus grand monde dans ce pays...
– Tu exagères. La France reste le Pays du livre.
– Arrête, on dirait une expression de Macron.
– Tu exagères.
– Nous aurons encore de mauvais moments.
– Et toi, tu parles comme un de tes prophètes scandinaves.
– Détrompe-toi, c'est le titre du petit essai d'un grand écrivain espagnol qui, justement, est mort début avril, à 91 ans, dans l'indifférence la plus ignoble. Pas un seul papier dans la presse de ce Pays du livre...
– Je ne te crois pas. 
– J'ai vérifié, car j'ai appris sa mort, par hasard, sur un site espagnol. Et je t'assure, pas une ligne, nulle part. Aucun journal français n'a signalé sa disparition.
– Comment s'appelle-t-il, ce grand écrivain espagnol ?
– Rafael Sanchez Ferlosio. 
– Connais pas...
– Attends, je dois avoir ce bouquin pas loin, je l'avais ressorti dernièrement pour une traduction... Voilà, il est là. Tiens, dis-donc, ce n'est pas mon exemplaire...
– A quoi le vois-tu ?
– Aux passages soulignés. Je ne souligne jamais rien. Mais je me souviens avoir offert ce livre à ma chérie, au début de notre histoire, ce doit être le sien. 
– Tu lui as offert Nous aurons encore de mauvais moments ? On peut dire que tu sais ce qui plaît aux femmes, toi...
– Je ne leur mens pas, en tous cas. Et la suite m'a donné raison... Bref, écoute ça, au hasard : « Contre Goethe. Jamais je ne me sentirai aussi éloigné ni ne m'opposerai davantage que de celui qui a dit : « Grises, cher ami, sont toutes les théories ; / vert, en vérité, est l'arbre doré de la vie. » Il m'a toujours semblé, à moi, au contraire, que le gris, c'était la vie  triste, sinistre, poussiéreuse et sèche momie d'elle-même. Je n'ai vu de vert que l'arbre idéal de la théorie, justement ; et dorée, la fleur imaginaire de l'utopie, qui brille entre ses branches comme une ampoule tremblante et impavide défiant l'abominable nuit dans la ville prise sous les bombardements.  »
– C'est gai...
– Attends, j'essaie de comprendre ce que ma belle a noté en marge. Désolée, je suis plutôt comme Goethe alors... Avec un point d'exclamation, la chienne...
– Elle a raison.
– C'était le fils d'un des fondateurs de la Phalange...
– Qui ? Ton grand écrivain ?
– Ce n'est pas mon grand écrivain. Il a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière. Et s'est toujours moqué de ces distinctions et de la pose de grand écrivain. Un peu comme Thomas Bernhard, vois-tu ? Tout le contraire d'un Houellebecq justement, qui va bientôt se faire décorer par l'Etat français auquel il a durant des années fait un sacré bras d'honneur en allant s'exiler fiscalement en Irlande.
– Dis-moi, la Phalange, n'était-ce pas un parti fasciste ?
– L'un des plus grands, oui. Mais personne n'est responsable de ses parents. A part quand ils deviennent grabataires... Il a toujours rejeté le concept de nationalisme, ça le faisait vomir, disait-il... Tout comme Dieu. Sur qui il écrivait : « Les hommes, innocents, en dernière instance, de tant de laideur, de tant de haines et de tant de souffrances, finirent par placer qulqu'un en haut, pour avoir quelqu'un à maudire et contre qui agiter un poing levé vers le ciel, dans les heures de désespoir. Autant ou plus que la louange, Dieu est une création du blasphème. »
– C'est beau comme du Cioran.
– Oui. Allez, une petite dernière, que j'ai déjà cité par ailleurs, et qui est plus vrai que jamais. « Le présent se remet entre les mains du futur de la même façon qu'une veuve ignorante et confiante se remet entre les mains de l'agent d'assurances retors et malhonnête. »
– Cioran, d'ailleurs, dans sa jeunesse, a fricoté avec le fascisme, non ?
– Il ne s'en est jamais caché et a beaucoup écrit sur ses errances de jeunesse...
– Un type qui est accusé en ce moment de faire le jeu du fascisme, c'est Juan Branco. Tu as vu ?
– J'ai survolé quelques textes sur la toile. Tout ce cirque de batailles d'intellectuels pour savoir qui est le plus à gauche de la gauche, qui n'existe pas, est exténuant. Un cirque qui amuse certainement ce Petit Paris dont parle Juan Branco. Qu'une des figures de la gauche radicale soit ce fils de la noblesse du Vivarais, il y a de quoi sourire... 
– Personne n'est responsable de ses parents, souviens-toi...
– Exact. Mais nous sommes responsables de ce que nous écrivons. Surtout lorsque l'on est un normalien ayant pignon sur rue, que l'on dirige une collection d'essais chez Fayard. Editeur, entre parenthèses, appartenant à Hachette Livres, si je ne m'abuse, propriété de l'ancien client du banquier Macron, Arnaud Lagardère, que brocarde justement l'ami Branco. Tout cela pue terriblement. D'autant que ce gauchiste de salon, proche du prolo Edouard Louis ou de Didier Eribon que j'aime beaucoup, un type en somme pour qui j'avais jusqu'ici du respect pour l'avoir entendu une ou deux fois à la radio, traite Branco de facho avec des arguments à peine dignes de Picsou magazine... A le lire, on a l'impression que Juan Branco vient d'écrire Bagatelles pour un massacre ! C'est le même type de justifications utilisés par d'autres à propos de Julian Assange.
– Ce jeune philosophe avait également affirmé que le travail de ton copain David Dufresne de recension des violences policières était "complice de l'ordre policier"... 
– Fabuleux ! Ecoute, ça m'avait échappé. Mais visiblement, le gars a pété une durite, est jaloux du succès des autres, ou bien ce sont là les relents d'une certaine classe qui, tout en prônant des valeurs humanistes, de partage des richesses et je ne sais quoi, défend les privilèges dont on l'accuse de toujours bénéficier... Je préfère me tenir loin de tout ce bruit ridicule et effrayant par bien des égards.
– Mais tu le connais, Branco ?
– Je n'ai fait que le croiser. Il m'intéresse en dépit de son narcissisme. C'est son père que j'ai rencontré longuement à plusieurs reprises et que j'aime bien, malgré son côté pirate revendiqué, pirate de la rue de Rennes et du café Flore certes, mais sans qui bien des films d'auteur n'auraient jamais vu le jour. Je me souviens de ce que me racontait mon amie Emmanuelle, qui était produite par Branco père. Elle n'était pas payée depuis plus de deux mois, allait être mise à la porte de son appartement, mais a réussi un jour à le coincer dans son bureau. Il lui a dit Emmanuelle, tu as besoin de combien ? Il a alors sorti de la poche de son veston des liasses de billets qu'il lui a filées. Un flambeur comme il en reste peu dans le cinéma, ayant fui la dictature portugaise, marié à une psy ayant fui le régime franquiste. Ces deux-là se sont parfaitement intégrés dans le petit monde culturel parisien et ont donné naissance à ce cher Juan, brillant, agaçant, dérangeant apparemment, mais plus que nécessaire. Ne serait-ce que pour comprendre pourquoi les premiers donateurs pour reconstruire la cathédrale, ces bienfaiteurs de l'humanité, à qui on accordera de nouveau un régime fiscal particulier, se nomment Arnault, Pinault, Bettencourt, Bouygues, Total ou Apple, tous spécialistes de l'évasion fiscale... Quel cirque !



samedi 6 avril 2019

Mauvais sketch


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Alicia Rius

- T'es au courant pour Blanche Gardin ?
- Qui ?
- Blanche Gardin, tu sais l'humoriste... Je pensais que tu l'aimais bien...
- Ah oui, pardon, je n'y étais pas... Je pensais que tu allais me parler d'une ministre ou d'une de ces secrétaires d'Etat à la con…  Qu'est-ce qui lui arrive à cette chère Blanche ? Elle est enceinte de Louis CK ?
- Elle a refusé d'être nommée à l'ordre des Arts et des Lettres.
- Et alors ?
- Elle a envoyé une lettre assez critique pour se justifier, à propos des mal logés, tout ça...
- « Tout ça » ?
- Attends, je cherche le texte exact.
- Pas besoin. 
- Si, si. Voilà : Je suis flattée. Merci… 
- Ils sont tous flattés d'être récompensés par le pouvoir, lamentable.
- Attends…
- …Comme disait Billy Wilder, Les récompenses, c'est comme les hémorroïdes, n'importe quel trou du cul finit par en avoir…
- Oui, je sais, mais écoute le texte : Je suis flattée. Merci. Mais je ne pourrai accepter une récompense que sous un gouvernement qui tient ses promesses…
- … Donc, le gouvernement ne tiendrait pas ses promesses ? Bien sûr qu'il les tient : Macron a été mis place pour démolir le pays, remercier ceux qui, dans l'ombre, ont permis cette ascension invraissemblable, en leur permettant de s'enrichir un peu plus, pour dresser les uns contre les autres au nom de la démocratie, tabasser ceux qui s'insurgent, les mutiler… Moi ou le chaos…
- Je peux finir de lire le texte de la Gardin ? Donc : …je ne pourrai accepter une récompense que sous un gouvernement qui tient ses promesses et qui met tout en œuvre pour sortir les personnes sans domicile de la rue… Tu sais, elle se réfère à ce qu'avait dit Macron après son élection : « Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des hommes et des femmes dans la rue, dans les bois ou perdus ».
- C'est quoi ? C'est son dernier sketch ? Pas terrible…
- C'est sa lettre à Macron…
- Ok, d'accord. C'est quand même mieux que toutes ces plaidoiries pour le droit des animaux, mais, elle a sérieusement cru à ce genre de discours sur les personnes sans domicile, la Blanche colombe ? Ils l'ont tous tenu avant ce con ! Chirac avait été élu sur le thème de la fracture sociale, cher à Emmanuel Todd. Sarkozy avait prononcé exactement les mêmes mots, Hollande et sa Duflot aussi. Résultat, il y a plus de 10 millions de personnes dans ce pays, officiellement, qui vivent sous le seuil de pauvreté, qui n'est déjà pas bien élevé. Elle est jeune, la Blanche colombe, c'est peut-être l'explication.
- Elle semble beaucoup s'impliquer. Et dans son texte, elle dénonce les mesures qui ont provoqué l'effet inverse de cette promesse sur les SDF. A savoir, la baisse des APL, la réduction des budgets des centres d'hébergement, les coupes budgétaires dans la construction de logements sociaux et dans les emplois aidés, la suppression de l'ISF, ce qui a selon elle pour conséquence de faire chuter les dons aux associations qui luttent en faveur des plus démunis. Et elle a reversé les bénéfices d'un de ses spectacles à la Fondation Abbé-Pierre et à l'association les Enfants du Canal. 
- Bien. Bravo. Mais pourquoi s'arrête-t-elle là ? Pourquoi ne rappelle-t-elle pas toutes les mesures scélérates de ce gouvernement qui poursuit, en l'accélérant, l'œuvre des précédents : démolissage du Code du travail, hausse de la CSG pour les retraités dont un grand nombre se retrouve dans la nécessité de retourner bosser, la réforme de l'éducation, la fermeture des hôpitaux, des maternités, le durcissement des mesures de contrôle des chômeurs, ces assistés, ces feignants, ces « gens qui ne sont rien »… Sans parler de l'affaire Benalla et la fameuse réponse de l'illuminé de l'Elysée : Qu'ils viennent me chercher !, pour ensuite chier dans son froc, barricadé dans son palais. Des fausses promesses, il en a fait dans tous les domaines, ne serait-ce que ses prétendues réponses aux Gilets jaunes comme la hausse du smic, ou cette parodie de grand débat avec la complicité d'une bande d'intellectuels de salon, eux aussi flattés d'être invités par le chef de la mafia en personne, qui va faire semblant de les écouter en leur donnant deux minutes la parole, on amuse la galerie, il se permet de faire voter une loi sur les fake news tandis que ceux qui l'ont mis en place contrôlent l'ensemble des médias, on interdit les manifestations parce que certains s'en seraient pris aux prétendues valeurs de la République comme l'Arc de triomphe, symbole de l'Empire, Show must go on, le ministre de l'Intérieur peut continuer ses parties de poker avec ses copains truands, aller danser tranquillement en mettant des mains au cul à la première pétasse qui passe et parader sur les Champs-Elysées après la bataille… 
- Du calme, du calme. Prends un autre verre.
- Tu as raison, je vais me calmer, regagner le silence de la solitude, sinon, c'est pas un verre que je prends, c'est les armes !
- Tu sais que tu peux être mis en garde à vue, avec ce genre de propos ?
- Qu'ils viennent me chercher !
- Qu'est-ce que tu as contre les plaidoiries sur le droit des animaux ?
- Rien. J'aime beaucoup les animaux. Mais tous ces gens qui veulent leur octroyer les mêmes droits que ceux dont bénéficient les hommes me font frémir. Dire que les animaux doivent être traités comme les hommes, c'est accepter que les hommes soient traités comme des animaux. Donc, je préfère quand même une analyse
comme celle de Blanche Gardin, aussi naïve et incomplète soit-elle. Pendant ce temps-là, l'expulsion et l'arrestation imminentes de Julian Assange, personne n'en parle…
- Julian qui ?

mardi 8 novembre 2016

America First !

Une amie me demande si je me fous du résultat des élections américaines… Comment dire ?…
La seule radio que j'écoute encore un peu est, toute la journée, consacrée à l'Amérique, avec nombre d'envoyés spéciaux – aux frais du contribuable. Les torchons de la presse de notre pays, celle-là même qui, après les attentats du 11 septembre 2001, affirmait que nous étions tous Américains, font leurs unes sur cette mascarade de démocratie, et cela dure depuis des mois… Entre temps, la guerre, la destruction de villes et de civils, l'appui à des Etats et organisations terroristes de la part de nos belles démocraties se poursuivent loin de nos regards et de ceux de nos chers journalistes.
Face à Clinton la millionnaire, dont la seule vertu est d'être la première femme sur le point d'être élue présidente des Etats-Unis, le clown milliardaire Trump semble avoir été choisi pour faire diversion, jouer le rôle du diable qu'il faut à tout prix combattre au nom de la démocratie. On en rirait très fort si tout cela n'était pas dramatique pour des millions de personnes sur terre. L'une d'elle, pas la plus malheureuse, s'appelle Julian Assange. Le journaliste australien John Pilger l'a rencontré à l'ambassade de l'Equateur de Londres où il est cloîtré depuis des années. Assange parle des e-mails de la Clinton, du financement de la fondation de la dame par les Etats qui financent Daech, des pseudo liens avec la Russie que l'on attribue à Wikileaks, la composition du cabinet du Prix Nobel Obama, et rappelle également qu'il existe en Occident, comme ailleurs, des prisonniers politiques… La vidéo a dû faire le tour de quelques écrans mais je la mets là pour les égarés inconsolables…