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vendredi 12 août 2016
jeudi 30 octobre 2014
Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
Ce matin, avant de me rendre à ma séance de kiné, j'ai apporté ma Vespa chez son ostéopathe habituel. La révision était prévue depuis un moment et l'accident du mois dernier en avait retardé l'échéance. Là, je redoute la note. D'autant qu'il va falloir que je me rachète un casque, le mien ayant durement frappé le bitume lors de la chute. Je suis donc allé me détendre chez David, parce que je le vaux bien.
J'étais un peu en avance sur l'heure et me suis permis quelques digressions sur le chemin. Je me suis retrouvé dans les nouveaux quartiers du bas de la ville que je traverse normalement en scooter. J'ai poussé jusqu'à l'angle de rue où se trouvait il y a quelques années encore un haut lieu du flamenco, Planète Andalousie. Il n'y a plus rien. Non loin de là, en poussant vers le périph', une salle présentant depuis 25 ans l'avant-garde du jazz et, un moment menacée de fermeture, a la chance d'avoir survécu à la spéculation immobilière. Mais j'ai un peu de mal avec cette musique. J'ai bien essayé à une époque, au théâtre Dunois notamment, mais je suis revenu très vite à des expressions plus vulgaires. Comme le flamenco. Surtout depuis la mort de mon père.
A ce carrefour, il y a peu encore, surgissait un sentiment de terrain vague, comme ceux que l'on trouvait dans mon enfance. Des caravanes de roms avaient pris la place de la salle de musique gitane. Le savaient-ils ? L'ancienne maire écolo leur a aménagé depuis des containers en couleur. Pardon, des « logements modulaires qui s'inscrivent dans le cadre de la Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (Mous) » – ça ne s'invente pas ! Onze familles ont été parquées dans ce qui, de loin, ressemble à un jeu de Lego™ oublié par un Gulliver étourdi, jouxtant un petit square nommé Django Reinhardt. Il y aurait officiellement 600 Djangos dispersés dans divers campements en ville.
J'étais un peu en avance sur l'heure et me suis permis quelques digressions sur le chemin. Je me suis retrouvé dans les nouveaux quartiers du bas de la ville que je traverse normalement en scooter. J'ai poussé jusqu'à l'angle de rue où se trouvait il y a quelques années encore un haut lieu du flamenco, Planète Andalousie. Il n'y a plus rien. Non loin de là, en poussant vers le périph', une salle présentant depuis 25 ans l'avant-garde du jazz et, un moment menacée de fermeture, a la chance d'avoir survécu à la spéculation immobilière. Mais j'ai un peu de mal avec cette musique. J'ai bien essayé à une époque, au théâtre Dunois notamment, mais je suis revenu très vite à des expressions plus vulgaires. Comme le flamenco. Surtout depuis la mort de mon père.
A ce carrefour, il y a peu encore, surgissait un sentiment de terrain vague, comme ceux que l'on trouvait dans mon enfance. Des caravanes de roms avaient pris la place de la salle de musique gitane. Le savaient-ils ? L'ancienne maire écolo leur a aménagé depuis des containers en couleur. Pardon, des « logements modulaires qui s'inscrivent dans le cadre de la Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (Mous) » – ça ne s'invente pas ! Onze familles ont été parquées dans ce qui, de loin, ressemble à un jeu de Lego™ oublié par un Gulliver étourdi, jouxtant un petit square nommé Django Reinhardt. Il y aurait officiellement 600 Djangos dispersés dans divers campements en ville.
Aujourd'hui, au lieu des caravanes de roms, on trouve une roulotte. Pardon, un "food truck" proposant, entre 12h et 15h, ses spécialités thaï et indiennes et répondant à la douce enseigne de Street wok, un jeu de mot urbano-culinaire de notre époque certainement. Scellés devant, quatre sièges en forme de grands clous permettent aux heureux gastronomes élus n'ayant pas des fesses trop délicates de les poser le temps d'un repas de toute manière forcément court.
En face, un chantier s'applique à faire naître une belle verrue en béton. Les entrepreneurs de la chose — les patrons de TF1 et une filiale de la Société générale — auront beau appliquer en facade un peu de bois clair et à la mode – d'où vient d'ailleurs ce courant pseudo écolo ? – le béton et ses adjuvants l'emporteront. 1780 mètres carrés de bureaux y sont à vendre. Il faudrait un jour faire l'addition des mètres carrés de bureaux vides que compte la ville. Mais rassurons-nous, ces immondes immeubles comprendront également 103 appartements et des locaux commerciaux. Parfaite conjugaison avec les édifices ayant poussé ces dernières années et abritant le siège d'une grosse banque à bouc émissaire inespéré, celui de compagnies d'assurances, de voyage, une boîte nommée Terra Nova n'ayant rien à voir avec le think tank socialiste apparemment, mais aussi la Cour nationale du droit d’asile, là même où il y a quelques jours un Tchadien s'étant vu refusé le statut de réfugié s'est immolé par le feu.
Quel est le joyeux drille ayant donné à une de ces nouvelles rues tristes le nom de Dolores Ibarruri ? S'il est vrai que les morts se retournent parfois dans leur tombe, la Pasionaria a du en faire, des révolutions…
En face, un chantier s'applique à faire naître une belle verrue en béton. Les entrepreneurs de la chose — les patrons de TF1 et une filiale de la Société générale — auront beau appliquer en facade un peu de bois clair et à la mode – d'où vient d'ailleurs ce courant pseudo écolo ? – le béton et ses adjuvants l'emporteront. 1780 mètres carrés de bureaux y sont à vendre. Il faudrait un jour faire l'addition des mètres carrés de bureaux vides que compte la ville. Mais rassurons-nous, ces immondes immeubles comprendront également 103 appartements et des locaux commerciaux. Parfaite conjugaison avec les édifices ayant poussé ces dernières années et abritant le siège d'une grosse banque à bouc émissaire inespéré, celui de compagnies d'assurances, de voyage, une boîte nommée Terra Nova n'ayant rien à voir avec le think tank socialiste apparemment, mais aussi la Cour nationale du droit d’asile, là même où il y a quelques jours un Tchadien s'étant vu refusé le statut de réfugié s'est immolé par le feu.
Quel est le joyeux drille ayant donné à une de ces nouvelles rues tristes le nom de Dolores Ibarruri ? S'il est vrai que les morts se retournent parfois dans leur tombe, la Pasionaria a du en faire, des révolutions…
Du monde d'avant, je préfère aussi l'humour. C'est dans ce quartier anciennement ouvrier de la ville qu'il existe une rue du Progrès, comprenant son impasse…
dimanche 26 octobre 2014
Où va ce pays ?
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| Thomas Balte |
Où va ce pays ? se demandait la vieille dame à laquelle un type avait cédé sa place. Elle discutait depuis quelques minutes avec une black aux cheveux blancs. Elle venait d'acheter un balai dans le grand bazar du centre commercial, au bord de l'autoroute. Pour balayer la cour, parce qu'elle est tellement sale que j'en ai honte. C'est peut-être pas très solide pour la cour, ça, avait estimé l'autre ; à Auchan, ils sont bien, leurs balais. Et puis, à l'arrêt suivant, lorsqu'ils sont montés et qu'ils sont passés devant elle, elle a lâché sa réflexion à haute voix, Où va ce pays ? Son amie a précisé que ce n'était pas nouveau et que ça allait empirer. Qu'on allait voir ce que ça allait devenir.
La première fois, ça m'a surpris. En entrant dans le bus, j'ai remarqué des places vides et trop de passagers debout. Encore mal réveillé, je n'ai pas fait le lien. Je me suis assis pour lire. C'est lorsque j'ai vu quelques regards se tourner vers moi que j'ai compris. Je m'en foutais ou quoi ? J'étais donc comme eux ? Eux, c'étaient ces hommes et ces femmes qu'on appelle du voyage, les roms, les gitans, les manouches… Ils voyageaient en transports en commun, et ça, le commun des mortels français, il avait du mal. Que fuyait-on en laissant vide l'espace autour d'eux ? L'odeur ? L'image ? La marginalité ? La pauvreté ? La délinquance ? Pas l'air très réveillés non plus, silencieux, ils acceptaient les clichés avec lesquels ils voyageaient.
Tous les matins, lorsque je choisis l'option avec changement, je les vois. Ils viennent des camps situés dans le haut de la ville et descendent à ce point névralgique de notre banlieue : terminus des bus, gare routière, centre commercial. Ils se réunissent sous le pont de l'embranchement de l'autoroute. Je ne sais pas ce qu'il se passe ensuite. Restent-ils toute la journée dans les parages ? Certains d'entre eux poussent-ils jusqu'à Paris, à quelques minutes de là ? Je me suis précipité dans le second bus vite engagé sur l'autoroute. Derrière ma vitre, d'autres campements au-dessus des talus.
Le trajet du soir est plus long. Les embouteillages, la circulation aléatoire, d'autres incidents qui m'échappent, rendent, après une journée de travail monotone, le trajet plus pénible. Beaucoup de personnes stressées-pressées d'aller faire leurs courses, voir un film, dans le plus grand centre commercial de France ou calculant le temps restant pour choper leur RER. L'arrière du bus est rempli de jeunes. Ça chahute, ça parle fort, ça fout la musique à fond saturé, ça provoque, ça agace… Avant-hier, ils étaient cinq ou six à se raconter leurs exploits d'apprentis-délinquants, leurs frictions avec les contrôleurs, les flics, les juges. L'autre soir, un jeune black s'amusait à mettre sa basket sous le nez d'une fille et lui demandait de baiser son pied. Elle trouvait ça drôle et a déposé un bisou, vite fait. L'autre n'a pas enlevé son pied.
Les habitués savent que, à partir d'une certaine heure de l'après-midi, il faut éviter cet espace.
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