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jeudi 9 janvier 2020

Notre lâcheté



Hasard des publications, et des lectures, un autre ouvrage du Dilettante me passionne déjà. J'en savais peu de chose, si ce n'est ce qu'en révèle la préface survolée. C'est un livre unique. Car le seul de son auteur, un certain Alain Lemière, un proche de Louis Guilloux, et qui publie ce livre en 1930, sous le pseudonyme de Berthier. L'éditeur de l'époque porte bien son nom : Au sans pareil. Il est question dans ce court texte de la violence, des renoncements, des ténèbres que nous portons en nous, de notre lâcheté. De sexualité. De prostitution. Des filles de passage. De solitude. En le reniflant ainsi, par facilité, je pensais avoir affaire à un roman proche de celui, excellent, de Jean Meckert, Les Coups. Mais j'espérais secrètement qu'il n'en était rien. Les premières pages me consolent. Je pense avoir dans les mains tout autre chose. Et un grand livre de 125 pages. Unique à plusieurs titres, semble-t-il. J'y retourne...

Je voudrais oublier mon passé. Je voudrais ne plus me retrouver, toujours, aux quatre coins de ma vie, avec cette tête que je déteste, avec cette allure, cet air veule que m’ont donnés mes éternelles capitulations. Je voudrais échapper à cette figure qui me condamne à l’isolement. À la bassesse. Et anéantir ce sourire ironique dont chaque désillusion a mieux fouillé le dessin.
Être cette jeune fille qui passe, avec son monde particulier, ou cette femme qui, tout à l’heure, au café, se plaignait de ses tracas ancillaires : « Elles veulent toutes être dactylographes... » J’ai cru la haïr, je l’enviais : jamais je ne pourrai m’intéresser à ces choses. Je sais maintenant que je suis limité par moi-même de toutes parts. Je suis en prison dans mes tendances, dans la vie que j’ai vécue. On n’est borné que par soi. Je tenais déjà tout entier dans le premier baiser que j’ai donné.
Sur une banquette de molesquine, la tête dans le creux d’épaule d’une fille charnue – Christiane – je baisais le haut de sa poitrine ; elle caressait majoue... Mille fois, j’avais rêvé pareille minute ; mais auprès d’une autre femme, dans un tout autre lieu. Pourtant, je ne fus pas désappointé. Je savais me contenter d’un pis-aller, déjà, et ne croyais plus peut-être qu’il pût exister d’autre amour.
« Que tu es brutal !... » me reprocha la fille quand je l’enlaçai : j’avais si peur qu’elle se refusât au dernier moment que je profitai sauvagement du premier geste qui offrit. Mais j’avais toujours entendu gémir les chiens, les chats, n’importe quel être que je saisissais pour le sentir vivre entre mes mains...


Alain Berthier, Notre lâcheté, éd. Le Dilettante
(à paraître le 12 février)

mercredi 19 avril 2017

Poison

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Un velléitaire de la violence. Tous ceux auxquels je n'ai pas cassé la gueule sont autant de reproches que je me fais et qui empoisonnent mon existence.

Cioran

mardi 30 septembre 2014

La foule


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La foule préfère toujours le déni quand la violence fait irruption dans sa vie quotidienne sauf si la violence devient totale comme dans un attentat. Là, la foule ne peut plus faire autrement. Mais une agression dans un transport en commun, une rixe dans un coin de rue la nuit, la foule ne voit pas. Des mécanismes de défense qui se mettent en place d’autant plus facilement que cette foule moderne dispose en moyenne de trois cents chaînes de télévision et que la réalité n’est jamais que la trois cent unième. Et pas la plus passionnante. Aussi triste qu’un documentaire est-allemand sur l’industrie lourde, en fait.