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jeudi 3 février 2022

Le vin

 

D'un regard il me fit plus belle,
Et je pris cette beauté sans remord.
Heureuse, j’avalai une étoile. 

S'il veut bien, qu'il me réinvente
à l'image de mon reflet
dans ses yeux. Je danse, je danse
dans le flot de mes ailes soudaines.

Table est table, vin est vin
dans un verre qui est un verre
se dressant sur la table dressée.
et moi, je suis imaginaire,
sans mesure imaginaire,
jusqu'au sang imaginaire.

Je lui parle de ce qu'il veut :
des fourmis qui meurent d'amour
sous l'étoile dent-de-lion.
Je lui jure qu'une rose blanche
arrosée de vin, fredonne.

Je ris, et je penche la tête
prudente, c'est un premier test.
Et je danse, et danse encore
dans ma peau tout étonnée,
dans ses bras qui me conçoivent.

Eve de la côte, Vénus de l'écume,
minerve du front de Jupiter,
furent plus réelles que moi.

Quand il ne me regarde plus
En vain je cherche mon reflet
sur le mur. Et je ne vois
qu’un clou, nu, et sans tableau.



Wislawa Szymborska, De la mort sans exagérer,
Poèmes 1957–2009,
trad. Piotr Kaminski,
Poésie/Gallimard

lundi 21 décembre 2020

De la France

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Hasard, objectif bien entendu, des lectures consolatrices. A la fin du volume Les Contes bleus du vin/Un rêve en Lotharingie, publié par les excellentes éditions Le Temps qu'il fait, nous trouvons un texte inédit et passionnant intitulé “D'une France à l'autre”, datant de 2010. Jean-Claude Pirotte y évoque la littérature de voyage et s'attarde en particulier sur celle de Raymond Dumay, premier écrivain à avoir écrit et édité un guide du vin en 1948 (Ma route de Bourgogne). Pirotte note : 

Ce que Dumay cherche à découvrir, ou plutôt redécouvrir, c'est la France d'avant-guerre, cette France éternelle dont l'esprit tient tout entier dans les ouvrages de ses écrivains, de ses artistes, et le panorama chatoyant ou pénombreux de ses paysages (…) L'œuvre de Dumay n'a pas vieilli. C'est la France qui a vieilli. Et mal vieilli. On aurait pu la croire vaccinée contre les microbes insidieux du pétainisme et de la xénophobie, libérée des tentations mortifères du pouvoir personnel, soucieuse de sauvegarder son rôle de phare de l'humanisme et de l'égalité. Il n'en est hélas rien (…) La France que parcourt Dumay se relève plus belle et plus vivante de son sommeil forcé, et de ses cruelles insomnies. Elle redevient la patrie des droits de l'homme et du paysage ébloui (…) La France convalescente se promet de ne plus succomber à l'appel du défaitisme et de la délation. Elle n'a pas gagné la guerre, mais elle a recouvré son humanité, son sens de l'idéal républicain, de la joie de vivre et de la tolérance. Les poètes sont écoutés, on chante Prévert, Queneau et Aragon. Un esprit frondeur et facétieux préside à de futures destinées. 

Non, le ver est dans le fruit. Nous le savons pour l'avoir vu, ce ver, grossir et prospérer sur le terreau de l'aveuglement politique et les résurgences des anciennes rancœurs. La France a cru se relever et s'élever, elle n'a fait qu'accueillir en les niant les symptômes de son actuelle décrépitude. Elle ne ressasse plus aujourd'hui, rongée par la virulence d'un alzheimer collectif, que des ritournelles obscènes et des rêveries infantiles où le clinquant miroite au son des trompettes de la vulgarité.

Des fastes de l'Ancien Régime, dont les nostalgiques triviaux se gargarisent, la France d'aujourd'hui n'a retenu que les excès et les turpitudes. Un art de vivre inégalé a été peu à peu, et se trouve aujourd'hui brutalement, remplacé par le règne de l'inculture, du mauvais goût et de la prévarication…

 

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Pour sa part, dans son dernier ouvrage au titre faussement provocateur, Contre le peuple (éd. Séguier), l'ami Frédéric Shiffter convoque, entre autres, l'Américain Christopher Lasch et son cher penseur espagnol José Ortega y Gasset, qui affirme dès 1929 que « La caractéristique de notre époque est que l'âme vulgaire, qui se sait telle, ose affirmer le droit à la vulgarité et l'impose partout. » Le philosophe sans qualités distingue les élites brocardées par Lasch, le groupe de personnes au sommet de la hiérarchie sociale, de l'élite défendue par Ortega, petit nombre de personnalités libres excellant dans les domaines du savoir, de l'art et de la philosophie, et n'imposant rien au grand nombre. Le nihiliste balnéaire note:

Après la Seconde Guerre mondiale, quand les totalitarismes fascistes et nazis furent détruits, puis, après 1989, quand l'Occident triompha du bloc soviétique, les leaders du marché multinational, avec, à leur service, les personnels politiques et administratifs issus des écoles de commerce et de management, n'ont jamais eu dans leurs rangs des hommes d'élite, mais bien ce qu'Ortega appelait des « hommes-masses » ou encore des « petits messieurs satifaits » – señoritos satisfechos : des obsessionnels du profit, uniquement soucieux d'arriver, aussi embesognés que les salariés qu'ils exploitent*, confondant la liberté politique avec la destruction de l'Etat arbitraire, indifférents à l'enseignement des humanités, et, surtout, à l'aise dans leur époque qui consacre comme beau et bon tout ce qui flatte leur absence de goût et leur inculture (…) on a un aperçu exact de la crème de ce biotope quand on voit les spécimens que recrutent les laboratoires d'idées (sic) concurrents comme l'institut Montaigne ou Terra Nova : des assureurs, des banquiers, des avocats d'affaires, des hauts fonctionnaires, des publicitaires, des patrons, autant de Lumières pour qui toute entreprise de pensée est pensée d'entreprise. La domination internationale de la ploutocratie, avec sa domesticité d'experts, de directeurs des médias, d'agents d'influence, montre le succès total de la rébellion des masses. Au sommet des instances de commandement et de décision, une caste de parvenus a réussi à évincer le troupeau des moins habiles. Mais il n'y a pas de différence, du point de vue du type humain, entre un riche potentat et un petit traficant de drogue. « L'aristocratie financière, dans ses méthodes d'accaparement comme dans ses réjouissances, n'est rien d'autre que l'incarnation du lumpenprolétariat au sommet de la société bourgeoise, écrivait déjà Marx dans La Lutte des classes en France (1850).» Le señoritisme est la morale indépassable de notre temps.

 * ici, Schiffter rappelle le fameux constat de Nietzsche (Humain, trop humain) : « De nos jours, comme en tout temps, les hommes se divisent en esclaves et hommes libres. Celui qui ne dispose pas pour lui-même des deux-tiers de sa journée est un esclave. »


Jean-Claude Pirotte, Les Contes bleus du Vin suivi de Un rêve en Lotharingie et de D’une France à l’autre, Chroniques, éd. Le Temps qu'il fait, 10€ 

Frédéric Schiffter, Contre le peuple, éd. Séguier, 14

Les photographies sont de Gilles d'Elia

lundi 12 octobre 2015

Venez faire la fête !

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Afin d'échapper à la morosité ambiante, aux fausses questions et à la marchandisation culturelle, nous venons de créer un festival littéraire pas comme les autres. La première – et unique ? – édition se déroulera en région parisienne, au printemps prochain.
Le thème principal de cette manifestation sans pareil – à notre connaissance : les livres non écrits.

Tous les genres sont appelés à participer : romans, nouvelles, poésie, polars, essais philosophiques, sociologiques ou historiques, (auto)biographies…

Au programme : rencontres, débats, lectures, signatures, bons vins et jolies filles…

Un non règlement est en cours d'élaboration, mais d'ores et déjà, les personnes se sentant concernées peuvent faire acte de candidature par courrier électronique à l'adresse de ce blogue ([email protected]).
Quelques lignes suffisent pour vous présenter en tentant de répondre à cette question primordiale : pourquoi n'écrivez-vous pas ?

Bonne chance à tous.