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mardi 7 juillet 2020

Opera seria


Dans ses « Notes noires » publiées en mars 1983 dans la revue Polar, Jean-Patrick Manchette évoque notamment l'avenir du roman policier et s'interroge, avec perplexité, sur la « littérature à fiction forte », et la mode des récits de survie (Délivrance, Mad Max, et ainsi de suite).
Pour terminer sur une note constructive, il faut dire aux polareux français, qui n'ont pas encore compris la vogue du roman-de-survie, et qui vont devoir courir pour la saisir au vol, qu'on peut très vite faire un roman de survie à partir de La Dame aux camélias, alias La Traviata. Il suffit de faire de l'héroïne une starlette, de son protecteur un mafioso, et du jeune homme un courageux docteur de SOS Médecins, et de situer l'action soit à Beyrouth en 1982, soit, par anticipation, dans Paris livré à l'émeute. On suivra de préférence le livret de La Traviata, dont la construction est plus simple et carrée. A l'acte I, le jeune médecin, un gauchiste, sauve la starlette d'une surdose consécutive à une drogue-partie dans son penthouse de Boulogne. L'amour éclate entre eux. Il installe la nana chez lui dans le 13e arrondissement. Il la quitte sans arrêt pour se rendre à Billancourt dans sa R4, soigner des ouvriers insurgés. Le père du toubib intervient et fait comprendre à la starlette que c'est mal barré. Elle regagne son penthouse où elle retombe sous la coupe de son imprésario mafioso concerto grosso, ainsi que dans la drogue. Le jeune toubib vient la récupérer. Les fascistes attaquent. Retranchés dans leur penthouse, l'imprésario capo et le jeune héros font feu longuement contre les nervis fascisti molto craignos. Les desperados de Billancourt les dégagent mais c'est trop tard, l'héroïne a succombé à l'héro en forçant la dose et poussant un contre-ut. Fin de l'acte V.
Ouais ; ça peut être bien. Dans les passages sur la drogue, on introduira des visions oniriques et symboliques allusives qui se référeront à L'Odyssée, La Divine Comédie, Charlot soldat et Pif le chien. Le titre, ET NOUS SORTIMES POUR REVOIR LES ETOILES, sera emprunté à Dante, à moins qu'on lui préfère LA GORGE OUVERTE qui est, comme disait le cavalier blanc, de ma propre invention, et molto vendeur. Pour l'adaptation cinématographique, je vois Deneuve, Lanvin et Galabru.
Allez, va.

Jean-Patrick Manchette, in Chroniques, Rivages

jeudi 28 mai 2020

Manchette à la une

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Les éditions de la Table ronde se déconfinent enfin et publient ce jour Lettres du mauvais temps 1977-1995, correspondance de Jean-Patrick Manchette qui, nous dit-on, n'avait gardé aucune trace, aucun carbone, de ses écrits épistolaires précédents. Un beau volume, illustré de quelques photos de la bête et de fac-similés de lettres. Les destinataires de ces 215 billets ont pour nom Donald E. Westlake, l'un de ses maîtres, dont il a traduit quelques titres, mais aussi Robin Cook, Paco Ignacio Taibo II, Paul Buck, Ross Thomas, Jean Echenoz, Pierre Siniac, Antoine Gallimard, un certain docteur Balladur… Le débutant et inculte Richard Morgiève est également de la partie. Il se charge de la préface, très touchante « Prise de Cuba ». Extrait :
Qui a lu les romans de Jean-Patrick Manchette peut facilement imaginer qu'il était un homme froid. Un intellectuel frappé par le génie de l'écriture, pas plus. Bien après qu'il a cessé de me parler, je sais que le talent de Patrick ne se bornait pas à l'écriture d'histoires. Il savait entrer en relation, échanger, transmettre. C'est pour cela que l'édition de ce recueil de correspondance est importante. Le lecteur pourra entendre Patrick, le connaître comme je l'ai connu.
En vérité, je ne comprenais pas pourquoi Patrick s'intéressait à moi. Je l'écoutais et parlais peu, par respect, et par sentiment que ce que j'aurais pu dire n'avait aucun intérêt. Patrick parlait comme quelqu'un qui écoute. C'est un paradoxe, mais il décrit ce que j'éprouve à l'examen du passé.
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La même maison a également et joliment réuni les quelques textes autour du jeu, échafaudés par ce passionné de stratégie pour Métal Hurlant, sous le titre de Play it again, Dupont, chroniques ludiques 1978-1980. Tandis qu'est annoncé pour un de ces 4, un volume d'entretiens de la période 1973-1993.
On me signale que pour l'achat de ces deux titres, votre libraire préféré vous offre Mésaventures et décomposition de la Compagnie de la Danse de Mort, scénario inédit de Manchette, écrit en quatre jours au mois d’août 1968, à la demande du peintre et cinéaste Robert Lapoujade.  
Chez Wombat, en librairie aujourd'hui aussi l'intégrale des chroniques de cinéma parues dans Charlie Hebdo (1979-1982) dont il n'existait plus qu'une sélection en poche, Les Yeux de la momie, on s'en réjouit.
Gallimard qui n'en loupe pas une ressort début juillet, en Série noire grand format et cher, le premier roman solo de Manchette, L'Affaire N'Gustro.
Dupuis remettra en vente les trois adaptations : Fatale, Nada et La Princesse du sang. Tandis que Futuropolis en fera de même avec l'intégrale Tardi.
Ça déconfine sec ! 




mardi 23 juin 2015

Hot news

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Size matters

En vitrine du restaurant japonais devant lequel je passe chaque jour de travail, une grande pancarte affiche le prix des menus. 12 euros pour les adultes, 8 euros pour le menu enfant. Petite précision pour ce dernier, entre parenthèses : moins d'1m20.

Retour à l'équilibre

Je rencontre cette fille, sublime, légèrement déséquilibrée. Elle me dit que ça allait mieux. Toutes ces épreuves - viol à peine sortie de l'enfance, délinquence juvénile, errance, drogues, alcoolisme, père de son enfant volatilisé la veille de l'accouchement -, elle commençait à les surmonter grâce à son psy. Un type très drôle qui lui faisait voir les bons côtés de la vie, qui l'appelait chez elle pour prendre des nouvelles. Et puis, la semaine dernière, elle se rend à sa séance. Porte close. C'est par une autre patiente qu'elle apprend que le psy s'est suicidé. Elle me demande ce que je bois. 

Démolition de l'usine à fiction

Lecture d'une série noire, hautement recommandée ici et là, son auteur devenu une référence en l'espace de deux bouquins. Le récit se déroule à Los Angeles, une démolition déréglée du système hollywoodien. Je ne sais si j'irai au-delà de la page 40. Suis-je trop sensible ou plutôt insensible à la métaphore qui fait de deux des personnages principaux des amoureux incestueux, l'un avec sa soeur, l'autre avec sa fille, se noyant ainsi parfaitement dans une industrie de petites et grosses combines entre copains et coquins ? Un sordide trop propre, fric, partouzes, flingue, drogues et vidéos, trop plein de scandales convenus, une mécanique trop parfaitement huilée, ça me glisse des mains tous les soirs. 

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Silence

Le téléphone annonce un nouveau message et elle s'emporte. Il suffit qu'elle monte coucher sa fille pour que les SaimeS se multiplient. Je pourrais au moins être discret, mettre l'appareil sur silencieux. Je n'ai rien à cacher. C'est ma fille qui me fixe un rendez-vous pour demain. Elle s'excuse, c'est parce qu'elle m'aime qu'elle est sous l'emprise de la jalousie. Je chope un livre de Léautaud et lui lis ce propos d'un jour : La jalousie est le signe du manque de fatuité, du sens critique, de l'intelligence en amour. Un sot vaniteux n'est jamais jaloux. 
Elle remonte, rassurée. Et moi, je me demande pourquoi son téléphone reste en permanence en mode silencieux...

Seul contre toutes

Rebellion des footballeuses de l'équipe d'Espagne après une Coupe du monde ratée. Elles ne supportent plus le sélectionneur national, un vieux de la vieille, en place depuis 27 ans ! Grand déballage dans la presse. Manque de sérieux dans la préparation de la compétition, machisme, paternalisme, mépris, tout y passe. « Y’en a pas une pour se comporter en femme et me faire un petit café ? » C'est le genre de blague qu'affectionne le personnage qui se cramponne, si j'ose dire, à son poste et refuse de présenter sa démission malgré un front composé de 23 joueuses solidaires. 


Erreur de casting

James Horner, compositeur de la BO de Titanic, meurt dans un accident d'avion.