– Tu te faisais un peu oublier ces derniers temps, dis-moi...
– Pourquoi aurais-je besoin de me faire un peu ou beaucoup oublier puisque personne ne connaît mon existence ?
– Disons que tu te faisais discret.
– J'ai toujours essayé de l'être.
– J'ai souvenir de quelques gueulantes et scandales publics…
– Justement… Dès que j'ouvre ma grande gueule, je m'en veux immédiatement. Tu n'as pas idée à quel point…
– Tu exagères, comme toujours.
– Détrompe-toi.
– C'est triste, alors...
– Ne t'inquiète pas, je n'étais que souffrance mais je me soigne, et me bonifie avec le temps. Contrairement au pinard d'ici...
– C'est une bonne nouvelle... J'espère qu'on reprendra nos bonnes vieilles habitudes…
– N'espère rien. Jamais. Commande plutôt une autre tournée.
– Tu n'as pas envie d'un peu de légèreté par les temps qui courent ? Tout semble si lourd autour de nous. Dès qu'on écoute les infos…
– …Tu fais encore ça ?
– Ecouter les infos ?
– Oui, et te préoccuper…
– Il y a de quoi, non ?
– Je ne sais pas. Tu aimerais que rien ne change ?
– J'aimerais que tout ne soit pas aussi sombre. Je sais, tu vas me dire qu'il faut passer par ces heures terribles pour trouver autre chose…
– Je ne suis pas aussi optimiste, mais voir ce cirque permanent légèrement osciller ne m'inquiète pas outre mesure… Observer, de loin, la panique des uns et des autres m'amuse plutôt…
– Il est vrai que ce matin, je me suis bien marré en écoutant tous ces éditorialistes tenter de sauver la démocratie et le soldat Macron…
– Ah oui ? Il en reste ?
– Au nom des valeurs de la république…
– Les fameuses valeurs… C'est vrai que quand on repense à ce qu'a été la présidence de cet agité du ciboulot et de ses sbires, on sait qu'ils n'ont eu de cesse de les défendre, ces belles valeurs… Heureusement pour eux, et pour tous ces éditorialistes d'accompagnement, serviles laquais des milliardaires propriétaires de 90% des médias et des réseaux sociaux, nous oublions tout.
– Tu penses à quoi ?
– A rien de particulier. A tout. A tout ce qu'a été, depuis le début, cette présidence…
– Mais encore ?
– Mais encore ?! Je ne sais pas, moi… Ce banquier tiré à quatre épingles qu'on nous a vendu comme le Mozart de l'économie. On voit où nous a menés ce pervers narcissique… Des années de grande vulgarité, d'arrogance crâne et de malveillance jouissive. Oui, dès les premiers jours. Tu te souviens j'imagine de ces images de la fête de la musique à l'Elysée, celle de 2017, soit un mois après l'arrivée de cet auto-proclamé monarque disruptif, mouillant pour des danseurs blacks trans en shorts et talons aiguille, un DJ vindicatif exhibant un tee-shirt sur lequel était inscrit Fils d'immigré, noir et pédé, et la mère maquerelle allumée se déhanchant en famille…
– Non, je ne m'en souviens pas…
– Tu vois ? On oublie qu'à la première occasion, en privatisant l'Elysée pour quelques vulgaires happy few, Jupiter annonçait le programme… Mais, tu te souviens au moins de Benalla, non ? Ce type venu de nulle part, monté en grade à une vitesse folle, dont Macron s'est empressé de dire qu'il n'était pas son amant – lors de cette fameuse intervention où, sous les applaudissements de ses valets et des médias, il demandait qu'on vienne le chercher ? Tu te souviens ? Le gros barbu déguisé en flic de la BAC tabassant de petits bobos égarés dans un jardin public, puis usant de faux passeports diplomatiques pour aller faire des affaires à l'étranger, l'enquête baclée et le coffre-fort disparu, tu te souviens ?, l'arrogance de ce petit monde décadant singeant la cour versaillaise mais ne rejouant que la chute de Rome de manière pathétique, le mépris des « gens qui ne sont rien », la rue à traverser pour trouver du boulot, le costume qu'on peut se payer si on va bosser, la grotesque guignolade avec les influenceurs youtube, Pétain grand soldat, sans cesse l'indécence rance, le soutien sans faille aux génocidaires, la secrétaire d'Etat, poufiasse de son état, autrice de bouquins érotico-ridicules, posant pour un vieux magazine de cul qu'on tente de relancer avec cette exhibition grotesque, sans oublier tous ces pauvres gens éborgnés, amputés de leurs mains, la casse des services publics, la nasse des manifs, le gazage permanent, la militarisation de la répression, la surveillance algorithmique, les jeux du cirque version Arnault cet été justifiant le non-respect du verdict des urnes, le ministre de l'économie en lévitation affirmant qu'il va mettre à genoux l'économie russe, tout en se signalant lui aussi auteur d'autofictions pseudo-érotiques pour gondoles de supermarchés, obnubilé par les renflements bruns et se branlant dans sa baignoire en lisant Thomas Bernhard…
– Qu'est-ce que tu racontes ?!
– La pure vérité, du moins celle de cet hurluberlu maboule exilé en Suisse pour continuer à donner des leçons d'économie… Je continue ?
– Il y en a encore ?
– Tu ne te souviens pas du poudré de la rue du Faubourg Saint-Honoré déguisé en Top Gun de foire à la farfouille pour faire la guerre à un virus ? Ces délires hallucinants des conseils de guerre, les injonctions contradictoires, les injections obligatoires, les petits arrangements grossiers avec l'industrie pharmaceutique, au prix d'une soumission inouïe à l'une des organisations mafieuses la plus corrompue de la planète sise à Bruxelles et dirigée par une ex-ministre allemande déjà exfiltrée pour ses conflits d'intérêts, les milliards envoyés au clown kaki ukrainien sous coke et qu'on ne reverra jamais, dix ans étourdissants, écœurants, durant lesquels il a reçu en grande pompe les pires salopards du moment, léchant sans cesse le cul de ceux qu'il prétendait combattre, devant qui il avait appelé à faire barrage, pompant dans l'argent public pour ses réceptions jupitériennes en cascade, décorant les pires ordures sous les ors de la république, comme on dit, multipliant les outrances malsaines et méprisantes, conseillé dans l'ombre par un type mis en examen pour corruption et conflits d'intérêts, véritable homme orchestre de ce carnaval chaotique, et une équipe de bras cassés, fiers d'être des amateurs, comme ils disent, en responsabilité, traînant pour la plupart des casseroles judiciaires, je continue ?
– Non, merci. tu peux demander à Ahmed de me préparer une tisane détox pendant que je vais vomir un moment ?
– Petite chose, va… Notre-Dame va réouvrir, ça va nous faire un bien fou et tous nous réconcilier.
– Ce qui fait un bien fou, je l'avais oublié, c'est prendre un verre avec toi…
– Fallait pas me chauffer, tu sais bien que j'ai mal partout…
jeudi 5 décembre 2024
Mal partout
jeudi 4 juillet 2024
Vive la France !
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| Elliott Erwitt |
Bonjour,
Merci de ne pas déposer vos sacs à crottes de chien sur notre voiture.
J’ose espérer que ceci est sûrement un oubli de votre part.
Merci
Cordialement
Mr. Vincent MERLOT
Bonjour
Suite à votre mail je suis descendu sur le champ pour avoir des explications , mais étant absent je tiens à vous informer sur ce sac de déchets canin (retiré dans les plus brefs délais depuis plusieurs années) qui , comme les autres précédemment, se sont trouvés sur le capot de ma voiture depuis trois semaines , enquêtez plutôt sur la personne vil et adepte de ces méfaits, je tiens à préciser que ces actes ne sont pas dans mon éthique. Si vous en trouvez un autre, ce ne sera pas de mon fait!
Vous avez une caméra extérieure !
Mr. FRANÇOIS PERNOD
PS : Merci de ne pas répondre à mon mail, j’ai d’autres sujets plus intéressants à traiter, enquêtez !
***
J’ai effectivement demandé à Mr Quenard ce matin qui m’a confirmé que ce n’était pas eux ! Mais que c’était signé ….
Voilà pourquoi je vous ai écris pour vous demander ne vous voyant pas ce matin.
Ce n’est pas non plus mon habitude de faire ce genre de chose. Ça peut arriver de zapper une crotte de son chien même si je fais très attention, delà à mettre le sac sur ma voiture franchement … surtout que mes sacs sont violet et pas noir donc voilà pourquoi ma demande. De + Je respecte énormément les animaux à qui je ne ferai jamais de mal.
Très bien je vais donc retourner voir Mr. Quenard !!!
Ma caméra extérieure ne film qd même pas jusqu’à la voiture malheureusement. Peut être les voisins d’en face ont pu voir les scènes apparemment j’irai les voir.
Et effectivement je vais mettre d’autres caméras car je ne dis rien et on trouve encore le moyen de m’emmerder ! Et avec des merdes d’autres chiens !
Je ne vous le cache pas, je mets tous mes espoirs dans l'arrivée prochaine de Jordan à Matignon !
Merci pour votre réponse
Bonne journée
Mr. Vincent MERLOT
NB : correspondance électronique véridique entre voisins vigilants dont j'ai laissé les approximations linguistiques.
dimanche 6 août 2023
samedi 8 juillet 2023
Le minus
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| André Kertész |
Ainsi appelé parce qu'il est minuscule : il en faut trente milliards pour remplir un dé à coudre ; et encore, le dé à coudre n'est pas très plein. L'homme qui craint l'éléphant, la baleine, le diplodocus et le mastodonte n'hésite pas à attaquer le minus. Il a tort. C'est la bête la plus cruelle, la plus féroce et la plus forte du monde. Elle vient à bout de tout […]
Le minus se nourrit naturellement d'hommes qu'il attire dans son HLM. et qu'il réduit en poussière à son aise, mais ce qu'il préfère ce sont les grandes agglomérations, voire les nations prises dans leur entier. Des villes à l'importance des grandes capitales : Moscou, Paris, Tokyo, Londres, etc., sont dévorées par le minus qui n'en laisse rien que le nom. Il s'attaque d'abord à ce qu'il y a de plus succulent en elles : les bordels de toutes catégories. On finit par ne plus avoir de peintures, plus de livres, plus de journaux, plus de gouvernements, plus de ministres, plus de chefs d'Etat, plus de police, et comme l'absence de ces denrées pourrait mettre la puce à l'oreille aux survivants, des chiffres astronomiques de milliards de minus se déguisent en peintures, livres, journaux, gouvernements, ministres, chefs d'Etat, police et etc., et le tour est joué. On continue à voir briller les coupoles des Elysée, des Kremlin et les palais du Congès mais il n'y a plus rien dessous.
Ou plus exactement si, il y a quelque chose dessous, il y a désormais le minus.
Les éditions suisses Héros-Limite ont pris l'excellente initiative de republier Le Bestiaire de Jean Giono, préfacé par Henri Godard. 19 textes de divertissement rédigés entre 1956 et 1965, et complétés de citations littéraires rares et farfelues. Un régal. Nous savons combien un certain fat président a un jour avoué devoir beaucoup à Giono. Nous lui dédions cet extrait.
mercredi 21 décembre 2022
vendredi 17 juin 2022
Vices cachés
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| Manuel de Pedre |
J'aime ces écrivains médiatiques et décomplexés qui, pour nous vendre leur dernier bouquin, lantiponent sans fin, et, confondants, emploient finalement, avec le plus grand des naturels, le langage d'un agent immobilier véreux tentant de nous refourguer un bien corrodé par une multitude de vices à peine cachés.
charles brun, opinions diverses et avariées
vendredi 10 décembre 2021
Chronique d'une mort annoncée
| Henry Nicholls |
À moins d'un changement de cap, la civilisation mondiale sera devenue d'ici à quelques années une dystopie de surveillance postmoderne, à laquelle seuls les plus habiles auront une chance de se soustraire.
Julian Assange, Menace sur nos libertés,
éd. Robert Laffont
A l'occasion de la célébration de la Journée de droits de l'homme, et faisant fi de l'état de santé de Julian Assange, la justice britannique annonce qu'elle décide d'annuler le refus d'extrader le fondateur de Wikileaks vers les Etats-Unis où il risque une peine de 175 années de prison. Encore une belle victoire pour nos démocraties.
mardi 2 novembre 2021
La vérité sur Eric Zemmour
– Eric Zemmour est-il fasciste ? Eric Zemmour est-il négationniste ? Eric Zemmour est-il raciste ? Eric Zemmour est-il révisionniste ? Eric Zemmour est-il suprémaciste ? Eric Zemmour est-il pétainiste ? Eric Zemmour est-il gaulliste ? Eric Zemmour est-il anti-système ? Eric Zemmour est-il un produit du système ? Eric Zemmour est-il censuré ? Faut-il boycotter Eric Zemmour ? Eric Zemmour est-il en campagne ? Eric Zemmour est-il un danger pour la démocratie ? Eric Zemmour ira-t-il jusqu'au bout ? Eric Zemmour est-il présidentiable ? Eric Zemmour ferait-il un bon président ? Eric Zemmour a-t-il un programme ? Qui sont ses soutiens ? Qui sera son premier ministre ? Quel âge a sa maîtresse ? Ferait-elle une bonne première dame ? Macron utilise-t-il Eric Zemmour pour se faire réélire ?…
Tu veux mon avis ? Ces questions. Se poser ces questions. Les considérer comme importantes. Le pays où elles sont posées et présentées comme importantes. Les personnes qui les posent. L'étron médiatique à propos duquel ces questions sont posées. Sont à vomir…
T'en reprends une ?
jeudi 7 octobre 2021
En même temps
– J'ai arrêté.– Tout s'explique.– Si tu veux.– Et ça va, tu ne t'emmerdes pas trop, maintenant que tu possèdes toutes tes facultés ?– Elles n'ont jamais été bien solides ou nombreuses. Et puis, ce n'est pas l'ennui qui me préoccupe, c'est la fatigue.– C'est-à-dire ?– Ces derniers temps, j'étais toujours fatigué au travail, je m'endormais devant l'ordinateur, je bâillais aux réunions... Je pensais que c'était dû à l'alcool mais après avoir arrêté, la fatigue est toujours là. Il a fallu, les mains en l'air, me rendre à l'évidence : c'est le travail qui est d'un ennui extrême et provoque cette fatigue... Mais bon, on ne se retrouve pas pour parler boulot, n'est-ce pas ?– Qu'est-ce que tu prends ?– De l'âge.– Ah, oui, dis-donc, c'est pour bientôt. Allez, c'est ma tournée.– Tu n'auras pas honte de moi si je commande de l'eau minérale, pas même pétillante ?– Et toi, tu ne m'en veux pas si je prends un demi ?… Alors, le soir, comme tu ne bois plus, que tu as les idées claires, tu prends le temps de mieux t'informer ? De suivre un peu ce qui se passe dans le pays ?– Tu veux savoir si je vais enfin devenir un bon citoyen ? Et vendre mon âme pour un bulletin ?– Je crois deviner la réponse... En même temps...– Des claques, j'en ai mis pour moins que ça !– Moins que quoi ?– Cette expression, je n'en peux plus...– C'est justement ce à quoi je voulais en venir. Tu ne crois pas que là, ça ne rigole plus, qu'il faut en finir avec cette clique ?– C'est toi qui parles comme ça ?– J'ai ouvert les yeux. Et je ne suis pas le seul.– C'est bien ce que je redoute...– Toujours aussi cynique.– Ce que tu nommes cynisme n'est que désespérance.– Si tu veux... Elles sont toujours aussi peu fraîches leurs bières !– Je me souviens de tes soupirs quand je faisais ce constat... Bref, que deviens-tu ? Toujours en amour, comme disent les Québécois ?– Plus que jamais, même si j'ai conscience que ça ne durera pas.– Tout est éphémère ici-bas, exceptée la mort, profite...– Toujours aussi gai... T'as suivi le procès Benalla, quand même ?– Oh non, pas ça...– Pourquoi ? Je m'y suis un peu intéressé sur les réseaux, la plupart des médias n'en parlaient quasiment pas.– Et alors ?– 18 mois de sursis recquis.– Pour usurpation d'identité, tabassage en bande, port d'arme inexistant, dissimulation de preuves, usage illégal de passeports diplomatiques, mensonges à répétition, j'en passe et des bien pires, et ça se conclut de manière aussi caricaturale, par cette parodie de procès ?– Apparemment.– Il les tient pas les couilles, ce n'est pas possible autrement.– Il a certainement quelques dossiers sous la main.– Dans son coffre, tu veux dire. Enfin, s'il n'y avait que ça…– Justement, c'est pourquoi je suis déterminé à voter, contribuer à dégager ces escrocs.– Tu veux du rêve, c'est ton choix, comme dirait l'autre. Cependant, dans un pays où l'ensemble des médias fait la une sur la mort d'un escroc, que toute la classe politique lui rend hommage sans réserve, que l'on fabrique désormais un candidat à chaque nouvelle échéance à coup de buzz et de matraquage médiatique, tu risques de vite déchanter.– Tu parles de Zemmour ?– Qui n'en parle pas ? Il serait intéressant de faire l'histoire de la fabrication de ce nouveau paquet de lessive révolutionnaire. Et je n'ai rien contre la lessive, je pourrais aussi bien parler de n'importe quel produit présenté dans une émission de télé-achat ou fabriqué par une start-up. Le cirque médiatico-politique est à vomir. Malgré, ou grâce à, son côté corbeau, Zemmour, c'est le client parfait pour les plateaux télé. Il bénéficie des mêmes appuis financiers que le timbré survitaminé de l'Elysée. C'est l'homme dont on fait semblant d'avoir peur, qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui est quand même cultivé, différent, pas du sérail, on connaît la chanson mais ça marche quand même. La Pen est en perte de vitesse ? On sort un nouvel épouvantail et les médias, au dernier moment, entre deux tours, appelleront à se mobiliser pour sauver la république d'un étron qu'ils ont eux-mêmes, entre deux pubs, entièrement inventé. Pendant ce temps-là, en même temps, comme tu dis, la liste des chômeurs s'allonge comme la file d'attente des étudiants devant la soupe populaire, celles et ceux qu'on applaudissait au balcon il y a un an sont aujourd'hui licenciés dans l'indifférence totale, ceux-là mêmes qui affirment, de gauche comme de droite, lutter contre la corruption et les paradis fiscaux sont, en même temps, à la tête de sociétés offshore, et de millions de dollars planqués sur des îles lointaines, détournés du fisc, dérobés à ces couillons de travailleurs à qui l'on promet de travailler plus pour gagner moins, et en même temps, on équipe les flics d'armes toujours plus sophistiquées pour mater ceux qui auraient l'idée saugrenue de s'insurger, et l'on met en place une société de surveillance et de contrôle social digne d'une grande démocratie comme la Chine… Tiens, ça me donne envie de me remettre à boire… Parle-moi plutot d'amour et de beauté, ça doit encore exister.
– Certainement, mais tu sais bien que c'est pas mon domaine…
– En même temps, il reste encore quelques rades comme ici, avec ses bières pas fraîches, tiens, paie-moi un verre, je vais te lire un poème.
mardi 25 mai 2021
Toujours prêts
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| Lo Kee |
Tu vois, je pense que nous sommes prêts. Sans plus aucun doute. Ces derniers mois, nous avons appris à obéir, à avoir peur des flics, de tout et de tous, à nous taire, ne pas oser protester pour les conditions de vie qui nous sont imposées, rester isolés les uns des autres, être baladés, confinés, conditionnés, nous avons appris à accepter les mensonges, les approximations, les contradictions, les revirements, à dire merci lorsqu'on nous permet de sortir dans la rue une heure de plus..., on nous a rendu dingues, on nous a épuisés, abrutis, j'ai la sensation d'avoir un cerveau en gélatine, je suis molle, dépourvue d'énergie, je n'ai envie de rien, les autres me fatiguent comme jamais... Tu te souviens de mes amis Cédric et Pauline, je t'avais emmené dîner chez eux, dans le 13e, il y a des années, une soirée soupe un dimanche, ils étaient très branchés fooding, tu ne les avais pas beaucoup appréciés je crois, mais tu avais beaucoup bu, je m'en souviens, et tu avais dragué une de leurs copines, bref, ça faisait un moment que je ne les avais pas vus. J'ai fait quelques longueurs dans leur piscine sur le toit de l'immeuble, puis nous avons pris le thé. Je ne me suis jamais sentie aussi mal. En bons sociaux-démocrates, ils analysaient la situation avec une froideur et un cynisme qui m'ont achevée. Ils pensent qu'il faut à tout prix éviter la guerre civile, c'est-à-dire voter dès le premier tour pour Macron, faire barrage comme on dit dans les médias. Mais selon eux, si c'est une victoire in extremis, on aura des émeutes, des soulèvements, peut-être même une révolution. Ils en sont à penser, eux qui ont toujours voté à gauche, que la Marine, si elle arrive au pouvoir, ce n'est pas si grave. Ils préfèrent l'avoir au pouvoir, ou dans un gouvernement de coalition avec le gang de Macron-Attali-LCI, et surtout ne rien faire, attendre que ça passe. Ils craignent davantage un mouvement du genre Gilets jaunes, ou les black-blocs, qu'ils ne nomment pas islamo-gauchistes, simplement parce qu'ils ont encore gardé un semblant de tenue. Ils ont trop à perdre, disent-ils, si le pays est à feu et à sang : leur boulot, leur retraite, leur appartement luxueux avec piscine, leur maison de campagne, leurs bagnoles, leurs voyages, les vacances sous les tropiques, l'école privée des enfants, leur vie de bobos satisfaits et égoïstes, ils appellent en fait à collaborer, à avaler une cuiller à soupe de fascisme au coucher et au lever, au déjeuner et au dîner, ils sont prêts et leurs amis pensent comme eux, même s'ils savent que la situation économique s'aggravera, que socialement, ça ne tiendra plus, ils pensent qu'en acceptant l'extrême-droite qu'ils, comme tous les médias désormais, ne veulent plus nommer ainsi, Marine, c'est pas son père quand même, qu'en se résignant, ils vont pouvoir s'en sortir. Ils m'ont même donné l'exemple de l'Espagne. Ils y sont allés et ils ont compris. S'il n'y avait pas eu, selon eux, la tentative de révolution des anarchistes, jamais une guerre civile ne serait arrivée... Tu te rends compte ? Je ne sais pas si c'est cet après-midi chez eux ou si c'est la pleine lune, mais je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Et toi, comment ça va ?
vendredi 2 octobre 2020
La situation est grave
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| Jean-Christophe Béchet |
― Je ne sais pas à quoi c'est dû. Le masque peut-être. Une morosité dans l'air, un sentiment d'abattement, de solitude...
― Ils ont gagné. Et ce n'est pas nouveau. Ni surprenant.
― De qui tu parles ?
― De ceux qui ont toujours écrit l'histoire.
― Pas compris...
― Pas grave...
― Mais tu vois ce que je veux dire ?
― A peu près...
― C'est peut-être notre dernier verre avant un bon moment...
― C'est avant tout le premier depuis un bon moment...
― La situation est grave...
― Tu crois ?
― Tu n'as pas vu les chiffres ?
― Non. Et toi non plus...
― Alors, ça y est, tu penses qu'on nous ment, que les chiffres sont manipulés...
― On ne prend pas en compte les mêmes données...
― Regarde, même Trump est positif.
― Enfin quelque chose de positif... C'est vrai ?
― Ça fait la une de tous les sites d'info.
― On en est là ?
― C'est la moindre des choses.
― Tu crois ?
― Lui qui se vantait de ne pas être malade, d'ingurgiter toute la journée le remède du Marseillais...
― Il va en profiter pour reporter les élections...
― Tu vois le mal partout !
― Non, je vois mal partout. Et toi aussi.
― Tu te crois malin ?
― J'aurais aimé l'être, ça m'aurait évité bien des soucis... Si on parlait d'autre chose ?
― La crise ?
― Pitié...
― Nous sommes face à l'une des crises économiques les plus fortes de l'histoire et toi, tu ne veux pas le voir...
― Je te l'ai déjà dit : Je vois mal. Et c'est pareil pour tout le monde.
― Où veux-tu en venir ?
― Vouloir ? Je ne veux absolument rien... A part une nouvelle tournée.
― Tous les secteurs sont touchés, ça va être l'hécatombe...
― Enfin...
― Tiens, tu as entendu parler de ces vols sans destination ?
― A la dérobée ?
― Dans l'espace. Des vols d'avions.
― On a enfin compris que tout déplacement est inutile ?
― Peut-être. En tous cas, en raison de la pandémie, des frontières fermées, certaines compagnies ont décidé d'affréter des vols sans destination.
― Qu'est-ce que tu racontes ?
― Je crois que ça se passe en Australie. Attends, je cherche...
― Non, ce n'est guère utile...
― Si, si, tu mets toujours en doute ce que je t'apprends.
― Détrompe-toi, je mets en doute l'utilité d'apprendre ce que tu t'empresses de me raconter.
― Voilà : la compagnie aérienne australienne Qantas a programmé un vol un peu particulier : un voyage panoramique, pour lequel aucun passeport ni quarantaine ne sont requis. Vol au départ et à destination de Sydney. Il s'adresse à tous ceux qui, selon la compagnie, veulent simplement s'envoler, ceux à qui les voyages en avion manquent... Tu vois ?
― Je préfère ne pas.
― Vendredi dernier, en 10 minutes à peine, l'intégralité des tickets, dont les prix oscillent entre 500 et 2 300 euros, pour ce vol du Boeing Dreamliner 787 a été achetée par des Australiens en mal de cabines pressurisées. « C'est probablement la vente de billets la plus rapide de l'histoire de Qantas », indique un porte-parole du groupe.
― Range-moi cette machine, on va se débrouiller devant notre comptoir préféré, comme deux vieux loups des steppes perdus...
― Le vol aura lieu en compagnie d'une « célébrité surprise », précise-t-on.
― Plus on est de cons...
― Tu ne te rends pas compte de l'impact...
― N'utilise jamais plus ce substantif devant moi. Pas plus le verbe qu'on en a formé...
― Impact ?
― Tu veux que je te baffe devant tout le café ?
― Bref, pour ces compagnies, c'est un moyen d'amoindrir les pertes financières impac.. dues à la crise... « Les voyages et l'expérience du vol manquent clairement aux gens. S'il y a une demande, nous allons vraiment songer à effectuer davantage de ces vols, en attendant que les frontières soient rouvertes. »
― Je n'en peux plus...
― Attends : des compagnies asiatiques ont déjà organisé ce genre de faux voyages cet été, sur le thème d'Hello Kitty ou de Hawaï. Singapore Airlines, qui prévoit de supprimer 4300 postes dans ses rangs, envisage de proposer dès le mois prochain une série de « vols pour nulle part »... blablabla.. Evidemment, certains internautes s'insurgent sur instagram...
― On peut ainsi s'insurger chez Zuckerberg ? Ça, c'est une info !
― Bref, des gens soulignent l'effet néfaste de ces vols sur l'environnement...
― Et rien sur la santé mentale de nos contemporains ?
― Un internaute assez drôle imagine que ce genre de vol offre aux passagers une vue panoramique sur les impacts du réchauffement climatique, pendant que l'avion crachera des émissions carbone...
― Ahmed, remets-nous une tournée ou je m'en vais baffer l'humanité entière ! C'est quand le prochain confinement ?
vendredi 8 mai 2020
Non, merci !
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| Dan Winters |
– Tu as bien fait de me réveiller, j'avais cette sensation affreuse d'être en train de couler…
– Comment ça ?
– J'étais sur le point de prendre la mer avec Léo Ferré…– Quoi ?!– Il voulait m'emmener en bateau…– …C'est toi qui me mène en bateau, tu détestes Léo Ferré…– C'est pourtant la vérité.– Non, c'est un rêve…– …Un cauchemar, tu veux dire… Je n'avais aucune envie d'aller avec lui. Mais il y tenait, insistait. Je lui ai demandé combien de temps ça nous prendrait. Il m'a convaincue en me disant que nous en avions pour une heure seulement. J'étais en train de monter dans le bateau, résignée, prête à mourir en pleine mer, lorsque tu m'as réveillée…– Vous vous étiez rencontré comment, avec Léo ?– Je ne sais plus. Dans un port…– Tu t'y prostituais ?– Peut-être, va savoir…– Y'a pas que des putains, dans les ports…– C'était un port du sud, pas Rotterdam. Plus petit. Un port de pêche. Sète, peut-être…– Pas possible : Sète, c'est Brassens.– S'il y a quelqu'un en qui j'aurais eu confiance, avec qui j'aurais embarqué sans hésiter, c'est bien Brassens – ou Brel, bien sûr… Et il a fallu que je tombe sur Ferré. Je n'ai vraiment pas de chance. Même en rêve… Et toi, qu'as-tu rêvé ?– Que j'assassinais ces connards de proprios…– Lesquels ?– Ceux qui viennent justement de nous répondre…– Ceux de la maison que l'on a visitée il y a plus de 10 jours ? Ils nous ont enfin écrit ?– Oui.– Alors, ça ne marche pas ? Je t'avais dit que ça prenait trop de temps, leur étude des dosssiers…– Dire qu'on a fait une offre au prix… Et que nous étions les premiers !– Ils avaient programmé 10 autres visites…– Je pense qu'ils nous ont éliminés parce que nous avons refusé de leur filer tous les documents qu'ils exigeaient : bulletins de salaire, avis d'imposition, relevés bancaires, état de notre trou de balle…, mais pour qui se prennent-ils ?– Pour des propriétaires ! Ils savent que le marché est tendu, même en plein confinement, que les offres sont rares, que tout le monde veut désormais une maison avec jardin, que la crise a peu de chances de frapper l'immobilier et ce genre de produit, qu'ils peuvent faire jouer la concurrence…– Tu penses que d'autres ont surenchéri sur le prix affiché ?– Comment savoir ? Que disent-ils ?– Tiens-toi bien : Bonjour, Nous vous remercions sincèrement pour l’intérêt que vous portez à notre maison, pour l’offre communiquée et le dossier transmis. Nous avons finalement décidé de retenir un autre couple. Nous restons à votre disposition si vous souhaitez échanger sur le sujet. Cordialement…– On a donc passé un entretien d'embauche ?! Quel couple de crétins !
– Nous avions tout de même quelques doutes sur cette maison et n'avons fait l'offre que parce qu'il n'y a rien d'autre depuis des mois… C'est peut-être un mal pour un bien…
– J'aime ton optimisme. Jamais je n'aurais pensé dire ça un jour…
– Je ne suis optimiste qu'à tes côtés.
– Ça veut dire quoi ?
– Que grâce à toi, je sais combien ça peut être fatigant, les pessimistes… Même si l'époque est plus que redoutable.
– D'accord, soyons positifs. Mais avoue que c'est difficile quand tu tombes sur ce genre de personnes. Je comprends après ce mail pourquoi tu les égorgeais dans ton rêve…– Ce n'était pas un égorgement. Je tentais de les assommer à coup de marteau !– Pourquoi n'était-ce qu'une tentative ?– Parce que Vincent Lindon s'en mêlait…– C'est une blague ?– C'est la vérité : il s'interposait avec Nicolas Hulot et tous deux nous faisaient la morale…– Ils portaient un masque ?– Non, c'est vrai ça, je n'y ai pas pensé durant le rêve… Ils n'avaient pas de masques, ces salauds !– De quoi les dénoncer !– Pas besoin, il y avait des dizaines de caméras pour filmer leur intervention et leurs discours faits de propositions à la con…– Des propositions ?– Oui, sur le monde d'après…– Lequel ?– C'est bien le problème… Le leur. Ces types ont toujours été du côté du manche, tu crois qu'ils sont prêts à le lâcher ?– Dire qu'il a failli être mon beau-frère ou mon oncle…– Hulot ?– Non, Lindon. En épousant ma cousine, il aurait été quoi pour moi ? Un beau-frère, un oncle, un cousin ? Comment dit-on dans ce cas-là ?– Je n'en sais fichtrement rien. Disons un con. C'est quoi, cette histoire avec ta cousine ?– Tu sais bien qu'ils ont eu une histoire…– Ça me dit vaguement quelque chose, mais je croyais que c'était uniquement sa maîtresse…– C'est déjà pas mal…– Chez ces gens-là, on n'épouse pas sa maîtresse.– C'est quoi, "ces gens-là" ?– Une référence à un autre chanteur… Tu sais bien, je parle de la bourgeoisie du 6e arrondissement. Avec qui était-il lorsqu'il avait ta cousine pour maîtresse ?– Je ne peux pas te le dire, tu t'empresserais de le raconter sur ton blogue…– Allons, fais-moi confiance…– Jamais… Et puis, je ne sais plus. Leur affaire a duré des années. Entre-temps, il a eu plusieurs officielles…– Leur affaire ? Des officielles ? Fais gaffe, tu vas te retrouver à écrire pour Gala…– Si c'est bien payé, pourquoi pas ?– Tu serais obligée de tout balancer sur cette affaire…– C'est vrai, je n'y avais pas pensé. Le pauvre…– Je n'ai jamais aimé ce type. Tout sonne faux chez lui. Et puis toutes ces histoires qu'on m'a racontées, sur son comportement, son mépris de certaines personnes…– C'étaient peut-être des histoires motivées par la jalousie…– Elles proviennent de personnes tellement différentes, et nombreuses, que, même si certaines en rajoutent, se vengent, ou je ne sais quoi, il doit y avoir du vrai. Statistiquement, j'entends.– Tu parles statistiques, toi ?– Tu me comprends.– La seule fois que je l'ai vu, il s'est montré adorable.– Bien entendu. C'est un séducteur.
– Tu l'as vu à l'œuvre ?
– Pas vraiment, je l'ai croisé une seule fois. Dans un café. Mais dès qu'il est entré, il a fait son numéro pour s'assurer que tout le monde l'avait remarqué et reconnu… C'est insupportable, ce genre de m'as-tu-vu… Il a besoin d'être le centre de l'attention.– Comme tous les comédiens, non ?– Certainement, et comme tous les politiciens – d'ailleurs, il se verrait bien président de la république, Lindon. Il y a chez lui quelque chose de pathétique.– Et tous ces tics…– Ce besoin d'exister intellectuellement, de jouer à l'acteur engagé…– Tu ne le crois pas sincère dans les films de Brizé ?– Pas plus chez Brizé, que chez Jolivet ou je ne sais qui… Je n'y crois pas, jamais.– Pourtant Lindon, les éditions de Minuit, la Résistance…– Il ne faut pas tout confondre. Les éditions de Minuit sont créées durant l'Occupation par Vercors et un type nommé Pierre Lescure, qui s'était ajouté une particule, si je ne dis pas de conneries. Jérôme Lindon n'arrive qu'après la Libération. Mais il est possible que le besoin de reconnaissance de son neveu, qui s'adonne à une occupation bénéficiant, dans son milieu, de bien moins de vernis que la littérature, ait quelque chose à voir avec la réputation de l'oncle…– Mouais… Je ne sais pas, les auteurs Minuit, Robbe-Grillet, Duras, le Nouveau roman…, ça ne m'a jamais beaucoup intéressée…– Et Beckett, t'en fais quoi ?– Pas grand-chose… C'est assez dépressif, non ?– Tu sais ce qui me déprime, moi ?– Qu'on ne trouve pas de maison ?– Non, oui, enfin, non, parce que parfois, vois-tu, je me dis que j'aurais mieux fait de te garder comme maîtresse…– Et épouser ma cousine ? C'est vrai qu'elle est assez jolie…– Pour qu'elle me trompe avec ce con ?! Non, merci !
dimanche 29 mars 2020
Cons grossièrement démasqués
- Difficile à dire… Ça pixélise beaucoup. J'ai l'impression que tu vis dans un squat… Rapproche-toi encore un peu de la caméra…- Là ?- Oui.- Alors ?
- Tu as l'air d'aller un peu mieux…- J'ai deux jours de décalage avec Agnès.- C'est elle qui est en avance, je suppose…- Oui, elle n'a plus de température depuis hier, la mienne commence tout juste à baisser.- A-t-elle retrouvé le goût et l'odorat ?- Oh, non, pas du tout. L'anosmie et l'agueusie, ça peut durer deux-trois mois…- La quoi ?- L'anosmie, c'est la perte de l'odorat, l'agueusie, la perte du goût. L'avantage de vivre avec une infirmière, c'est qu'en temps de crise, j'enrichis mon vocabulaire…- Deux-trois mois ? Ce qui veut dire…- …que tu peux lâcher une caisse tranquille…- …Je ne pensais pas à ça !- …Même pas besoin d'ouvrir la fenêtre…- Ce que je voulais dire, c'est que le virus attaque le système…- Je ne t'entends plus…- Tu veux dire que tu perds également l'ouïe ?- …- Je n'ai plus d'image…- Tu m'entends ?- Oui, j'ai le son, c'est l'image que j'avais perdue, ça y est, c'est revenu…- Tu disais quoi ?- Le virus attaque le système nerveux ?- Non, ça, c'est le confinement ! Le virus s'en prend au réseau neuronal…- Ok. Pour les infections pulmonaires, il faut un appareil d'assistance respiratoire, mais pour le goût et l'odorat, il faut quoi ?- De la patience.- Et des prières pour que ça ne laisse pas des séquelles…- C'est un peu ça. Mais même Agnès n'a pas trop d'infos à ce sujet.- Elle est arrêtée jusqu'à quand ?- Jeudi.- Ça fera déjà 15 jours ?- 14.- J'ai lu quelque part que selon les Chinois, la bonne période de confinement était de 20 jours.- Dans son malheur, elle a eu de la chance. Aujourd'hui, ils sont tellement débordés, quel que soit le service, qu'ils n'accordent plus qu'une semaine d'arrêt…- Mais ils testent tout de même le personnel ?- Si symptômes il y a, seulement. Mais ce n'est pas pour autant qu'ils sont protégés.- Comment ça ?- Lorsqu'Agnès a ressenti les premiers symptômes, elle était certaine que c'était ça. A force de travailler sans masques, sans surblouse et toutes les autres protections, elle et ses collègues savent tous que tôt ou tard, ils vont y passer. Je t'ai montré les photos où on les voit vêtus de sacs poubelle, tu te souviens ? Bref, on lui a fait le test et dit de rentrer à la maison. Si demain midi, tu n'as pas de nouvelles, c'est que c'est négatif, et tu reprends lundi. Samedi midi, rien. Aucune nouvelle dans l'après-midi non plus, ni dans la soirée. Bonne nouvelle ! On a pensé que c'était peut-être la fatigue ou qu'on somatisait. Dimanche, nous n'étions pas bien, ni l'un ni l'autre, mais Agnès a fait le marché et moi je suis allé à Monoprix faire d'autres courses. Dans l'après-midi, son chef de service appelle et lui dit qu'elle est arrêtée 12 autres jours.- Putain ! Heureusement qu'elle travaille à l'hosto !- Oui, de vrais connards ! Et effectivement, jeudi, elle sera encore contagieuse. Mais c'est tellement l'hécatombe…- Chez les soignants ?- Oui. Partout. Et on n'a encore rien vu.- Ils n'ont pas encore réquisitionné les cliniques privées ?- Tu penses ! On ne va pas mélanger les serviettes et les torchons, faut garder propres les établisssements de luxe, le virus n'épargnant pas leurs clients.- La gestion de cette crise a été désastreuse…- Ils ne pouvaient pas faire autrement.- Tu crois vraiment ?- Il n'y avait pas de masques, pas de tests…- Ils pouvaient au moins ne pas aligner tous ces mensonges, arrêter de nous prendre uniquement pour des cons…- Sur ce terrain, je te rejoins. Mais ça fait des années qu'Agnès me raconte le manque de moyens, de personnel, de matériel, de protections… Tu as pu le constater toi-même lorsque ta mère a été hospitalisée…- Oui, et j'ai vu également, il n'y a pas si longtemps, comment ce gouvernement a fait tabasser et gazer les infirmières lorsqu'elles ont osé descendre dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de travail…- Elles ont reçu très peu de soutiens…- Contrairement à aujourd'hui. Tous les jours à 20h, le peuple de France se donne bonne conscience.- C'est vrai que d'un côté, ça leur fait plaisir, cette mobilisation. Mais, moi, ça me fait gerber. Ceux qui ont lancé ce mouvement sur les réseaux sociaux, ce sont pour la plupart les mêmes qui ont voté pour ce pantin à l'Elysée, qui s'est également employé à Bercy, il ne faut pas l'oublier, ce type sans scrupules qui, aujourd'hui, n'hésite pas à relayer les images de solidarité des Français au balcon sur les comptes du gouvernement et demain demandera des efforts à son bon peuple chéri…- Tous ces gangs qui se sont succédé à la tête de l'Etat ont œuvré joyeusement, et avec l'assentiment de l'ensemble des Français, pour le démantèlement du service public.- Espérons que ça fera évoluer les consciences…- …Oui, et que rien ne sera plus comme avant ? J'ai du mal à y croire… Quand tu vois la rapide déconstruction de ce qui restait du droit du travail, ou les moyens mis à la disposition de la répression… J'ai l'impression que ce n'est que le début de la fin.- Possible. En tous cas, ce n'est que le premier des confinements que nous allons connaître.- Tu parles des années qui viennent ?- Je ne parle que de ce virus et de l'année à venir. Si l'on ne dépiste pas en masse, le confinement ne servira à rien. Dès que la courbe redescendra, on laissera sortir les gens, on les renverra au travail…- Quoi qu'il en coûte !- Exact. Et on repartira pour un tour – de confinement…- Jusqu'à la mise au point du vaccin ?- Oui. Mais, je te dis : la solution immédiate, ce sont les tests. Regarde l'Allemagne, avec une population bien plus importante qu'ici, elle ne compte que 200 morts, je crois. Et c'est parce qu'elle procède, comme le demande l'OMS depuis février, à des tests en masse, plus de 500 000 tests par semaine en Allemagne où ne sont confinés que les gens malades. Un pays qui offre deux fois plus de lits en réanimation que la France !- Oui, je sais. Pareil en Corée, ou à Taiwan…- Ici, notre fringant ministre de la Santé vient de se réveiller et de commander enfin des tests qui arriveront courant avril…- S'il est aussi efficace que pour les masques, ça promet…- Quelle escroquerie…- On lit partout, sur les réseaux, On n'oubliera pas, mais on oubliera, comme toujours, trop heureux de reprendre une vie normale, retourner au travail sera plus que jamais une chance, aller au resto, faire du shopping, partir en vacances…- La vie normale ne reviendra pas, tu verras. C'est peut-être ça qui nous sauvera.- Est-ce bien nécessaire ?
- …
- En attendant, santé !
samedi 5 octobre 2019
Une heure de méditation
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| Yann Morvan |
Tu vois, c'est pour ça : quand tu m'as proposé de déjeuner ensemble, ça m'a fait... waouh, tu vois ?... j'en avais besoin. Sans le savoir vraiment. Mais dès que tu m'as appelé, j'ai su. Je ne sais pas ce que j'ai à l'œil, il pleure tout seul... Je crois que je vais me mettre à la méditation... Je ne sais pas ce qu'elle cherche. Mais on ne parle pas aux gens comme ça. Je ne sais pas quel est ce besoin. Quand les choses vont bien, certaines personnes se sentent obligées de foutre la merde. Je ne supporte pas ça. On dirait que les gens n'ont rien d'autre dans leur vie. Que leur existence se résume à leurs téléphones, aux séries... Si tu les écoutes, ils n'ont rien d'intéressant à dire, tu t'emmerdes. Alors, ils ont besoin de créer ce genre de choses. Evidemment, ce n'est pas de la vantardise, tu me connais, mais quand ça arrive, c'est au plus âgé qu'on s'adresse, qu'on pense être le meilleur, je dis ça sans prétention, mais moi, je ne veux pas, je ne suis pas fait pour ça. Quand il y a trop de pression, je n'arrive pas à travailler. Mon chef peut me dire Eric, j'ai besoin d'un coup de main. Pas de problème. Mais si on me dit T'as 10 minutes pour régler ça, je perds mes moyens, je ne sais pas faire. Et je crois que c'est pareil pour tout le monde. On a beau dire. Tu me connais, moi, je suis un mec droit, bosseur, mais j'ai pas envie de gérer ce genre de problème. Si j'étais chef d'entreprise, que j'avais sous ma direction, dix personnes, ou 50, ou 300 ou 1000, ce serait autre chose. Et puis, j'aurais certainement quelqu'un pour gérer ces cas de figure, et ce type de personnages. Ici, je ne peux pas. Pas dans ma situation. J'aime bien jouer à la belote. Je ne sais pas si je suis bon, mais je crois : j'ai appris avec les gars des bâtiments. On joue régulièrement à la cafét'. Donc, on a joué deux heures, on a bu des coups, et discuté longuement. J'ai tout dit. Ensuite, je suis allé la voir et j'ai lâché ce que je pensais. J'ai bien fait, non ? Si c'est comme ça, je préfère ne plus te voir. Elle ne se souvenait de rien. Incroyable. Et je peux te dire, il y en a eu, des noms d'oiseaux. Pour Sébastien et moi. Sébastien aussi s'en est pris plein la tronche. Mais elle, elle avait oublié. Ou alors, elle faisait semblant. C'est dingue, non ? C'est possible qu'elle ait oublié, pourquoi pas, mais je ne comprends pas, je te jure. C'est comme les flics qui manifestent parce que leur image est écornée mais qui se défoulent sur le premier manifestant dont la gueule ne leur revient pas. J'ai l'impression que ça va mal. Quand on voit que là-haut, ça légitime tout, les mains arrachées, les yeux éborgnés... Normal qu'en entreprise, ça ait des répercussions. Moi, j'ai encore 20 ans à bosser, mais je suis à un âge où je peux pas me permettre de perdre mon boulot. J'ai hésité, mais fallait que ça sorte. Tu crois pas ? Je n'aime pas les conflits, mais là... C'est ce qu'il y a de pire, les petits chefs. Ils sont pas beaucoup plus que toi, ils ont à peu près la même formation, mais ils pensent faire partie de la direction, que c'est grâce à eux que ça tourne. Et ils se lâchent sur leurs semblables, pour être bien vus, avoir une promotion, une augmentation, les cons... Tu te souviens, ce sketch des Deschiens ? On en a marre ! Parce que là, ça peut plus durer... Ben, c'est un peu ça. Je ne sais pas ce que j'ai à l'œil... C'est peut-être dû au nuage normand sans danger pour la population... Je sais que les gens s'écrasent, acceptent l'humiliation, de peur de perdre leur boulot, d'être placardisés, harcelés pour les pousser à partir... En faisant ça, ils adhèrent au plan. Moi aussi, si je réfléchis bien, j'ai cette trouille. Mais là, je n'avais pas encore fait mon heure de méditation, et c'est sorti. Elle n'en menait pas large. Mais moi, il faut pas me parler comme ça. Je ne suis pas un rebelle, mais faut faire attention. Je crois qu'elle l'a compris. Je ne sais pas ce qui m'attend, mais j'ai bien fait, non ?











