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samedi 14 décembre 2024

La furie des bites

 

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Wei Zhang

 

 

Les voilà
s'affaissant au-dessus des assiettes du petit-déjeuner
avec leur tête d'ange,
repliant leurs ailes tristes,
une tristesse d'animal,
alors que la veille,
elles étaient encore
en train de jouer du banjo.
Une fois de plus, la lumière du jour arrive
avec son soleil immense,
ses camions-mère,
ses moteurs d'amputation.
Alors que la nuit dernière
la bite savait trouver son chemin,
aussi rigide qu'un marteau,
elle est entrée en cognant
de toutes ses terribles forces.
Ce théâtre.
Aujourd'hui elle est tendre,
un petit oiseau,
aussi douce que la main d'un bébé.
Elle, c'est la maison.
Lui, c'est le clocher.
Quand ils font l'amour ils sont Dieu.
Quand ils se séparent ils sont Dieu.
Le matin ils beurrent la tranche de pain grillé.
Ils ne disent pas grand-chose.
Ils sont encore Dieu.
Toutes les bites du monde sont Dieu,
s'épanouissant encore et encore,
dans le sang sucré de la femme.

 

 

Anne Sexton, Folie, fureur et ferveur
Œuvres poétiques (1972-1975)

Trad. Sabine Huynh,
éd. des Femmes, 2025, 22 €

samedi 13 juillet 2024

A corps perdu

 

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Paul Cupido

 

En quittant le cabinet de l'ostéopathe, j'oublie mon pauvre patrimoine génétique. Difficile de lutter contre nature. Je songe davantage au cinéma d'art et d'essai, aux femmes et aux livres. Que n'ai-je bousillé mon dos en consacrant ma vie, à corps perdu, à ces trois passions... « Si c'était à recommencer » n'est pas une formule qui me passe par la tête. Plutôt « Si ça pouvait recommencer ».

 

charles brun, accord perdu

jeudi 16 mai 2024

Dérivatif

 

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Ray Rapkerg

 

Qu'exigeons-nous du ventre d'une femme, sinon le plus somptueux dérivatif à notre misère d'être au monde ?

 

André Hardellet, Lourdes, lentes..., Gallimard

dimanche 28 avril 2024

Débandade

 

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Georg Oddner


 

– Tu vois, là, ce truc qui bouge tout seul dans mon maillot de bain, ce petit animal qui veut sortir de sa cage? Ça s’appelle une trique.
– Oui, je connais.
– Tu dis que tu connais, moi je dirais plutôt que tu as connu. Nuance.
– Oui, je connais moins, ces derniers temps, j’admets.
– Eh bien
! figure-toi que si, toi, tu connais moins, moi je connais tout comme quand j’avais vingt ans, si tu vois ce que je veux dire.
– Si je comprends ton raisonnement, ta trique, elle aimerait bien de temps en temps aller voir un peu par là si j’y suis.
– Exactement. Et tu y es pas souvent.
– On va pas tourner autour du pot. Tu me désires, c’est ça
?
– Bingo ! Comme au premier jour, c’est pas beau ça
?
– Pourquoi tu me désires
? Je veux dire pourquoi moi?
– Ben… parce que t’es ma femme, t’es là avec moi, en maillot de bain sur une plage…
– Y en a d’autres qui sont en maillot de bain, et qui sont plus jeunes et plus belles que moi, tu l’admets
?
– Oui, je vais être honnête, il y en a plein d’autres qui sont désirables.
– Alors pourquoi tu vas pas les voir pour leur dire que tu les désires
?
– Ben parce que t’es ma femme, je vais pas te tromper.
– Mais si j’étais pas là, t’irais les voir ?
– Ben, si j’avais le choix.
– Disons que t’as le choix.
– Alors j’irais.
– Tu m’aimes ?
– Pourquoi tu me demandes ça maintenant
? Tu le sais bien.
– Tu m’aimes ou tu me désires
?
– Mais enfin… les deux.
– Mais là, au moment où on se parle, tu me désires plus que tu m’aimes.
– Là, tout de suite, c’est vrai, je suis plus axé sur le désir, comme tu peux en juger par ce qui se passe dans mon maillot de bain.
– Oui oui, d’accord, mais tu me désires parce que tu m’aimes ? Ou tu m’aimes donc tu me désires
?
– Hein
?… Ben c’est pareil.
– Non c’est pas pareil, justement. Moi je voudrais savoir pourquoi tu me désires moi et pas la jeune fille en string bleu là-bas.
– Ben parce que… je… je sais pas… Parce que t’es ma femme.
– Donc c’est par habitude, ou par facilité.
– Mais non pourquoi tu dis ça ?
– Ma question c’est : qu’est-ce qui provoque ton désir
? Moi ou une pulsion sexuelle?
– Mais je sais pas, c’est…
– Eh ben il faut savoir.
– …
– T’as trouvé
?
– Ben non. Tu m’embrouilles avec tes questions, c’est malin, maintenant je débande.
– Voilà. Ça va mieux ? Allez, lis ton livre, je l’ai lu, tu verras, c’est très bien.

 

David Thomas, On ne va pas se raconter d’histoires, Stock

lundi 5 juin 2023

Le bruit des vies humaines

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Vittorio Polidori


 

chaleur étrange, femmes chaudes ou froides,
je fais bien l'amour, mais l'amour n'est pas seulement
le sexe, la plupart des femmes que j'ai connues sont
entreprenantes, or j'aime m'allonger
sur de gros oreillers confortables à 3 heures
de l'après-midi, j'aime regarder le soleil
à travers les feuilles d'un buisson au dehors
pendant que le monde extérieur
se tient à distance, je le connais si bien, toutes
ces pages sales, et j'aime m'allonger
le ventre tourné vers le plafond après avoir fait l'amour
tout coule tout est fluide
:
c'est si simple d'être simple
– vous laissez faire, c'est tout
ce qui est nécessaire.
mais la femme est étrange, elle est très
entreprenante
– merde! je ne peux pas dormir pendant la journée!
on ne fait que manger
! faire l'amour! dormir! manger! faire l'amour!

ma chère, dis-je, en ce moment il y a des hommes dehors
qui ramassent des tomates, des laitues, et même du coton,
il y a des hommes et des femmes qui meurent sous le soleil,
il y a des hommes et des femmes qui meurent dans des usines
pour rien, pour un salaire de misère…
je peux entendre le bruit des vies humaines taillées
en pièces…
ça y est, tu l'as, dit-elle
ton poème…

mon amour se lève du lit.
je l'entends dans l'autre pièce.
la machine à écrire est en marche.
je ne sais pourquoi les gens pensent que l'effort et l'énergie
ont quelque chose à voir avec
la création.

je suppose que dans les domaines de la politique, la médecine
l'histoire et la religion,

ils se sont trompés
aussi.

je me tourne sur le ventre et m'endors avec mon
cul vers le plafond, pour changer.




Charles Bukowski,
Brûlé dans l'eau noyé dans les flammes : poèmes 1955-1973,
trad. Christian Garcin,
Cassis Belli, 2023, 28€

jeudi 18 mars 2021

Musique !

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Bill Brandt

en l'attendant à deux pas de son hôtel
je recopiais dans un cahier le poème sur
franz liszt tiré du recueil de l'incertain
le musicien avait joué la fille de l'air
avec une comtesse auteur de romans
au grand dam des membres de la bonne société
qui s'en lavèrent les mains
de lui et de sa putain-comtesse-romancière
liszt lui fit trois gosses avant
de s'éclipser avec une autre comtesse du nom de wittgenstein
rien à voir avec l'ami de bernhard
il me semble
le poème évoque enfin la fille de liszt mariée à un chef d'orchestre et tombant dans les bras de wagner à bayreuth
lisa
ferme immédiatement mon livre
se fout de mes lectures et se jette sur mes lèvres
ça gueule le mauvais alcool le tabac et la coke
plein le nez
je la repousse doucement sur la chaise d'en face
c'est pas ce qui calme lisa
qui boit dans mon verre de morgon
me supplie de monter dans sa chambre 
tirer un coup vite fait
entre vieux copains
j'ai beaucoup aimé cette fille du temps que j'entendais
baigner dans la langue maternelle la vulgarité et la folie
je ne me souviens pas l'avoir désirée
je veux juste que tu me bouffes la chatte
ce soir
dit-elle
ça ne te prendra pas beaucoup de temps
dans une heure promis
tu retrouves ta poésie
j'avale une dernière gorgée en songeant à cette femme magnifique perdue et mariée
tout juste rencontrée et à cosima 
au musicien et son poing levé devant
la bonne société
musique ! musique !

 

charles brun, avant, c'était quand ?



dimanche 1 novembre 2020

Le bon vieux temps

Je veux que les piétonnes se coltinent à nouveau
des amendes pour avoir traversé en dehors des passages
cloutés. Je veux que l'indiscipline ne porte plus jamais
la marque d'un paquet de serviettes hygiéniques, sorti
de force d'un cabas. Que les haies coupées au millimètre,
que les nains de jardin et les pancartes « chien méchant »
me redonnent de la conjonctivite quand je musarde, le
dimanche matin, dans le bled de mes parents. Je veux des
rues envahies par des millions de colères. Je veux que les
coups de matraque pleuvent sur les enfants de la nation.
Et que ce fauteuil Emmanuelle en rotin, abandonné
dans l'abri de bus, me reparle, non d'apocalypse mais
de pauvreté. Je veux des terrains de foot, des jeunes en
sueur, des crachats, des vilains tacles et des cris de mauvais
perdants. Je veux ta gorge, aussi. Interminable gorge. 

                                                                Indécence d'hier.
Harnais, bave sur le harnais, quatre-vingt millions
de bactéries sur le harnais, lécher le harnais,
lécher ton index sur le harnais, lécher porte-jarretelles,
sexe, cul, bave, lécher.

 

Lisette Lombé, Brûler, Brûler, Brûler,
l'Iconopop, éd. l'Icnonclaste, 2020

mardi 27 octobre 2020

Dénouements

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— Ces chats sont vraiment insupportables...

— Nous avons pu croire qu'ils s'étaient calmés, maintenant qu'ils ont un jardin...

—Depuis que la pluie est au rendez-vous toutes les nuits, c'est réveil à l'aube, comme avant. Si ce n'est lui, c'est elle, quel duo...

— Quand je suis remontée, après les avoir nourris, j'avais très envie de te prendre dans ma bouche.

— Ah oui ?

— Un désir très fort. Inouï.

— Pourquoi t'en es-tu abstenue ?

— Tu ronflais...

— C'est drôle, je t'ai entendue verser les croquettes du chien. Mais j'ai refusé de me réveiller totalement. J'ai encore eu une longue insomnie dans la nuit et je venais à peine de me rendormir.

— J'en ai rêvé... 

— De mon insomnie ?

— De ta queue.

— Je comprends.

— Alors pourquoi me parles-tu de ton insomnie si tu as compris que je parlais de ta queue ?

— Je comprends que tu en rêves. 

— T'es con...

— Pas seulement.

— Notamment.

— Je disais Je comprends, non pas parce que j'estime que ma queue est magnifique et qu'il est tout à fait normal qu'on en rêve, mais parce que c'est la seule manière désormais de la voir.

— Il n'y a plus qu'en rêve que nous pouvons encore baiser, c'est ce que tu sous-entends ?

— Nul besoin de sous-entendu, les choses sont claires. Les emmerdations qui nous ont absorbés ces dernières années ont eu raison de notre vie sexuelle.

— Sans doute... Dans mon rêve, c'était vraiment étrange. J'avais plusieurs orgasmes tout en te suçant.

— Qu'y-a-t-il d'étrange à cela ?

— Toi, tu n'y arrivais pas. 

— J'étais devenu impuissant ?

— C'était très long... Ça durait, voulais-je dire. J'avais beau m'acharner, tu finissais par me dire Laisse tomber, je dois 7500 euros aux impôts, j'ai pas la tête à ça...

— Effectivement. 

— Comme si nous n'avions pas assez d'emmerdations...

— Tu as vraissemblablement mal entendu. 

— C'est ma bouche qui était bouchée, pas mes oreilles.

— Tu te trompes, j'ai certainement dit J'ai gagné 7 millions au loto, je vais en profiter pour changer de femme.

— Salaud !

— Je plaisante, ma chérie. Cette série d'emmerdations, si elle se poursuit, va en finir avec nous.

— C'est le dénouement que tu imagines ?

Dans le meilleur des cas, j'imagine que nous survivrons mais séparés, rejetant sur l'autre la responsabilité de tous nos malheurs. Dans l'hypothèse la plus pessimiste, j'imagine que nous finirons totalement anéantis.

C'est gai... Toujours est-il que, dans mon rêve, je m'enfuyais en t'entendant parler des impôts. Et je me retrouvais dans un bois...

— ...avec le chien ?

— Non, j'étais seule.

— Et tu croisais l'homme des bois, le fameux...

— ...Oui, comment le sais-tu ? 

— Classique.

— J'étais parcourue de frissons en le rencontrant, mais il disparaissait soudain et j'étais incapable de le retrouver. J'avais beau chercher... Je me demande ce que ça peut vouloir dire... 

— Les frissons, tu les as éprouvés avec moi. En retrouvant la bête des bois qui sommeille en moi mais qui t'échappe depuis des mois.

— Un peu facile, cette interprétation, dans laquelle, au passage, tu te donnes le beau rôle... 

— Cela peut également signifier que tu te demandes s'il n'est pas déjà trop tard pour rencontrer quelqu'un d'autre... 

— Salaud !

— Ou encore que tu cherches ce quelqu'un d'autre depuis un moment sans jamais parvenir à le trouver. 

— Ce doit être ça... Tout n'est pas perdu, tant que je peux marcher...

 — Tu sais ma chérie, moi aussi, je rêve de toi. Très souvent.

— Des rêves érotiques ?

— Cette nuit, j'ai rêvé que j'embrassais ta fesse droite. Sur laquelle, il y avait une morsure. On distinguait très bien, de manière un peu caricaturale, comme dans une BD, la trace des dents.

— Les tiennes, certainement !
— Oui. Ou celles de l'homme des bois...

— Ah oui, sûrement...

— Pourquoi ne restons-nous pas un peu au lit, ma chérie, le réveil ne sonne pas aujourd'hui ?

— Il faut que j'aille promener la chienne. Je sens qu'elle s'impatiente.

— Tu vas où ?

Au bois.

— Attends. Je viens avec toi !

 


jeudi 19 janvier 2017

Ah, les cons…

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Elle avait fait de longues études qui
lui octroyaient une autorité
en la matière, c'était une experte
tout le monde s'accordait sur
ce point
.
Sa grande pratique dans les terrains
vagues et les caves
l'avait conduite à une carrière
exceptionnelle dans la rue puis au sein des meilleurs
bordels
d'ici et des quatre coins de la planète
elle en avait vu 
du pays
et des bites.
Les hommes n'avaient aucun secret
elle savait parfaitement ce qui les
excitait les blessait les rendaient
fiers beaux
et puissants
ses mains sa bouche
son cul
son con
faisaient les délices
de tous et
elle acceptait tous les vices
jamais à court d'idées
en proposait de tout nouveaux.
Elle avait posé dans des magazines
tourné quelques films
de la pub
lancé une collection
présenté des émissions de télévision
on lui prêtait même plusieurs
liaisons
avec des hommes politiques
des comptes secrets
un livre noir et 
une fortune colossale.
Mais le temps n'épargne 
personne
et le corps encore d'un facile abord
c'est sans hésitation 
qu'elle accepta la proposition 
d'une toute nouvelle position.
Ses amis allaient faire d'elle
l'incarnation
de l'espoir du changement
la candidate du peuple
aux prochaines élections.

Charles Brun, Elections piège à cons

vendredi 14 novembre 2014

Ester, une tragédie


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à treize ans secrètement
amoureux pensai-je de la brune Ester
de ses boucles sépharades
de ses seins naissant 
de ses fesses rebondies

j’aurais pu rêver d’une blonde, rousse, chauve
il y avait tellement peu d’amour
à la maison je pouvais les aimer toutes
et Ester riait de mes mains sales
et de mes fringues de pauvre péquenot
des poils poussant au menton
et ma voix sans portée
avec ses copains

au village des chasseurs, le dimanche à la messe j’allais
m’intéresser à une fille plus jeune et moins belle qu’Ester

et elle interrogea cet accent
j’inventais pour la faire rire
des origines sud américaines
anglaises
ou norvégiennes
et elle rit longtemps
de moi et de manières d'un autre temps
jamais remis les pieds à l’église
mais le dimanche suivant à l'auberge
deux jeunes femmes venues en bande
goûter le lapin à l’ajito voulaient
savoir
riant de ma maladresse
de mes joues rouges
si j’avais un grand frère

pour aller au printemps
traîner avec elles
dans les herbes folles de la colline
la saison de la chasse n'avait pas commencé

Charles Brun, Les Chasseurs

samedi 1 novembre 2014

Purement sexuel

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