Pour l'impasse Ah!Ah!, je voulais en avoir le cœur net. Y avait-il oui ou non quelque chose comme un ah ah au bout d'icelle ? Autrement dit y avait-il une ouverture sur l'horizon, comme la définition de ce type de mur le laisse présager ? Je conçois bien que cette grave question n'empêche pas de dormir mes contemporains (et moi non plus d'ailleurs), mais c'est plus fort que moi, il fallait que je sache.
J'ai donc profité d'une petite escapade dans le Nord du département (tellement au Nord qu'on est même passés chez les voisins du Cher, histoire de voir le clocher tors de Saint Outrille (autre bizarrerie sur laquelle Robin Plackert a déjà planché), et le village de Reuilly, et là je referme la deuxième parenthèse) pour aller au fond de l'impasse issoldunoise.
Et là, déception. L'horizon est carrément bouché. Un bâtiment sans grâce nous cache la vue. Me serais-je leurré ? Ce qui ne serait pas bien important, somme toute, mais enfin, ça me chagrinait, cette fermeture d'horizon.
Et puis je me suis dit qu'on avait peut-être obturé le ah ah. Que cette maison avait peut-être été édifiée ultérieurement, détruisant la belle perspective sur la vallée, sur la ville en contrebas. Car c'est un fait indubitable, le fond de l'impasse est en hauteur par rapport au reste de la ville.
J'ai décidé alors de faire le tour du pâté de maisons. Rue de la République, rue du Boucher Gris, rue François Habert, nous y sommes.
La maison à la lucarne est bien celle qui est au fond de l'impasse Ah ! Ah ! On voit bien que son entrée actuelle occupe un vide entre les hautes maisons de la rue. L'espace a bien été comblé. La parcelle cadastrale 26 a ruiné le ah ah.
Je veux voir une autre preuve de l'ancienne présence d'un ah ah dans le fait que l'impasse se prolonge par la rue Beaumont (qui nous conforte aussi dans notre visée, le nom pouvant se lire comme une transcription du latin bellus mons, "belle colline"), qui elle-même ouvre sur un espace vide devant un grand bâtiment dont je n'ai pas trouvé mention du nom sur la carte.
Mieux, si l'on prolonge cette ligne jusqu'à la Théols, on s'aperçoit qu'elle coupe symétriquement et perpendiculairement le bâtiment, et qu'elle partage également en deux un autre grand édifice dans le sens de la longueur. Pur hasard ?
Il faudrait maintenant savoir ce que sont au juste ces deux grands bâtiments, à quelle époque ils ont été édifiés. Les cartes ne disent rien là-dessus.
Mince, il va falloir retourner à Issoudun.
Avec tout ça, je ne suis pas encore entré au Musée. (A suivre)
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dimanche 27 avril 2014
mardi 22 avril 2014
Rue du Boucher Gris et impasse Ah ! Ah !
Rue du Boucher Gris, Rue des Poulies, Rue Rapide, Rue des Pucelles, Rue de l'Emérillon, Rue du Pousse Pénil, Rue de la Triperie, Ruelle à la Souris... Par une sorte de petit miracle, Issoudun a gardé ses anciens noms de rue. Et flâner ici c'est chaque fois recomposer le poème de ces passages, se glisser dans la matrice médiévale de la ville.
Pourquoi ne sommes-nous plus capables de cette imagination ? Pourquoi les rues nouvelles de nos lotissements ne portent-elles que des noms d'écrivains, de peintres ou de musiciens, ou bien des noms d'arbres ou d'oiseaux ? Et si ces noms prestigieux ou doucereux valaient ersatz d'une culture en réalité absente ou d'une nature réfractée en Jardiland ?
Je suppose que les noms anciens ne furent pas donnés à l'origine. On ne procéda pas à une inauguration, ils s'imposèrent par l'usage, car ils furent la trace d'une expérience, d'une anecdote, d'un incident marquant. En eux c'est tout bonnement la vie qui s'est cristallisée, la vie des hommes et des femmes de cette ville.
De même, les paysans donnaient des noms à la moindre parcelle de leur territoire. La toponymie était la consécration de l'usage, d'une observation fine, d'un cheminement inlassable au fil des saisons et des générations. On peut rêver sans fin sur les cadastres, le souvenir des hommes y est inscrit en mots humbles et discrets.
Qui fut ce boucher gris ? Pourquoi "gris" ? Je n'en sais rien, et je subodore que personne ne me donnera la solution.
Parfois, tout de même, une appellation étrange, insolite, trouve son explication. Ainsi de l'impasse Ah! Ah!
La seule que j'ai photographiée. Les noms sont beaux mais les plaques sont récentes : elles ne portent pas la charge du temps, et elles faussent aussi parfois l'histoire, comme on va le voir.
Une petite recherche sur le net m'apprit que la plaque originale ne portait pas de points d'exclamation : impasse Ah Ah et non impasse Ah ! Ah ! Et sur ce Ah Ah, le Boulevard des Farfelus présentait l'explication suivante :
Le Ha-ha a droit en tout cas à un bel article dans le wikipédia britannique, dont voici une des illustrations très parlantes :
Il rappelle aussi qu'à Versailles, on trouve une belle allée de ha-ha :
La pièce des Ah-ah est mentionnée en haut à gauche sur un plan de Versailles, disponible sur Gallica :
Et remarquez que l'on retrouve la graphie Ah ah, comme à Issoudun.
Bon, il ne me reste plus qu'à retourner à Issoudun pour aller jusqu'au bout de l'impasse et vérifier s'il se trouve quelque chose comme un Ah-Ah...
(Ah Ah suivre)
Pourquoi ne sommes-nous plus capables de cette imagination ? Pourquoi les rues nouvelles de nos lotissements ne portent-elles que des noms d'écrivains, de peintres ou de musiciens, ou bien des noms d'arbres ou d'oiseaux ? Et si ces noms prestigieux ou doucereux valaient ersatz d'une culture en réalité absente ou d'une nature réfractée en Jardiland ?
Je suppose que les noms anciens ne furent pas donnés à l'origine. On ne procéda pas à une inauguration, ils s'imposèrent par l'usage, car ils furent la trace d'une expérience, d'une anecdote, d'un incident marquant. En eux c'est tout bonnement la vie qui s'est cristallisée, la vie des hommes et des femmes de cette ville.
De même, les paysans donnaient des noms à la moindre parcelle de leur territoire. La toponymie était la consécration de l'usage, d'une observation fine, d'un cheminement inlassable au fil des saisons et des générations. On peut rêver sans fin sur les cadastres, le souvenir des hommes y est inscrit en mots humbles et discrets.
Qui fut ce boucher gris ? Pourquoi "gris" ? Je n'en sais rien, et je subodore que personne ne me donnera la solution.
Parfois, tout de même, une appellation étrange, insolite, trouve son explication. Ainsi de l'impasse Ah! Ah!
La seule que j'ai photographiée. Les noms sont beaux mais les plaques sont récentes : elles ne portent pas la charge du temps, et elles faussent aussi parfois l'histoire, comme on va le voir.
Une petite recherche sur le net m'apprit que la plaque originale ne portait pas de points d'exclamation : impasse Ah Ah et non impasse Ah ! Ah ! Et sur ce Ah Ah, le Boulevard des Farfelus présentait l'explication suivante :
Notons l'inversion Ha Ha et non Ah Ah. Sur Horace Walpole et le haha, on pourra lire aussi l'article suivant. Walpole, soit dit en passant, l'inventeur du concept de sérendipité, dont je rappelle brièvement la définition : "La sérendipité est originellement1 le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue, accidentelle, à la suite d'un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d'une recherche concernant un autre sujet." (Wikipédia)« Haha » est un ancien nom masculin signifiant : « ouverture dans un mur de jardin ou de parc, avec un fossé au dehors, afin de laisser la vue libre ». On prétend que le fils de Louis XIV, Le Grand Dauphin, a fait donner ce nom à cette sorte d’ouverture qu’il aperçut dans les jardins de Meudon et au sujet de laquelle il s’ écria : « Ha ! ha ! »… Pourquoi pas ?Selon Horace Walpole, auteur d’un essai sur l’art des jardins, c’est W. Kent, architecte paysagiste, qui, au XVIIIème siècle, est le premier à remplacer les clôtures traditionnelles (murs, haies vives) par des « ha-ha », fossés permettant de tenir le bétail à distance tout en ouvrant le paysage sur l’horizon.On les rencontre parfois sous le terme : « Saut-de-loup »
Il existe un Saint-Louis du Ha ! Ha ! au Québec.
Claude Duneton donne cet extrait d'un poème de Piron faisant le portrait d'un étourdi:
"...je gage mes oreilles
Qu'il est dans quelque allée à bayer aux corneilles
S'approchant pas à pas d'un haha qui l'attend
Et qu'il n'apercevra qu'en s'y précipitant".
Le Ha-ha a droit en tout cas à un bel article dans le wikipédia britannique, dont voici une des illustrations très parlantes :
Il rappelle aussi qu'à Versailles, on trouve une belle allée de ha-ha :
| Ha-ha at the Hameau de la Reine, Versailles. |
Et remarquez que l'on retrouve la graphie Ah ah, comme à Issoudun.
Bon, il ne me reste plus qu'à retourner à Issoudun pour aller jusqu'au bout de l'impasse et vérifier s'il se trouve quelque chose comme un Ah-Ah...
(Ah Ah suivre)
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