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samedi 18 janvier 2025

David Lynch : les fantômes de la mélancolie et du rêve

Hier la nouvelle de la mort de David Lynch m'a été un choc. Chaque jour, nous apprenons la mort de quelque personnalité, et cela parfois nous attriste quand pour celle-ci nous éprouvons estime ou affection, mais il est rare que l'on ait comme un mouvement de recul, un moment d'incrédulité, comme si cet événement annoncé n'était pas de l'ordre du possible. David Lynch, 78 ans*, et je réalisai seulement alors que je n'avais jamais pensé qu'il pût mourir un jour. C'est qu'il n'était pas vieux, je veux dire par là que je ne l'ai jamais vu, envisagé, comme une personne âgée. Ce qu'il était bien sûr, mais le physique de son visage démentait toute décrépitude. Je me souviens encore de son portrait par Nadav Kander, admiré lors de l'exposition de ses photographies à Vichy, l'an dernier.

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La photo a été prise en 2007, Lynch avait donc 61 ans. La chevelure poivre et sel est incroyable par sa densité et son mouvement de vagues. Contraste entre la chemise boutonnée jusqu'au col, le calme du visage au regard bleu intense levé vers on ne sait quel horizon, et ce ressac, cette houle capillaire, cette tempête sur un crâne dont on sait quelles images troublantes il pouvait engendrer.

J'ai souvent parlé ici de David Lynch. Et sans doute n'est-ce pas fini, tant cette œuvre continuera de nourrir notre imaginaire. Je voudrais juste évoquer une anecdote que je viens de découvrir et qui résonne avec les précédents articles autour de La Prisonnière du désert, de John Ford. Dans The Fabelmans de Steven Spielberg, c'est David Lynch en effet qui incarne le vieux cinéaste recevant le jeune Sammy - alter ego de Spielberg.


Le scénariste Tony Kushner a raconté pour le magazine Première ce qui demeure pour lui comme le meilleur souvenir du tournage : 

Le jour du tournage est inoubliable pour moi. C'est vraiment unique dans une vie : Steven Spielberg qui filme David Lynch cours d'une scène où Steven Spielberg rencontre John Ford, qui est joué par David Lynch. Wow ! C'était tellement bizarre. J'étais heureux comme un gosse. C'est vraiment l'un des summums de ma carrière de scénariste.  [...]

Lynch est incroyable en plus ! Ce geste qu'il fait avec son cigare pour faire jaillir des flammes n'était pas du tout prévu, c'est lui qui s'est amusé avec, ça a attiré son attention et il a littéralement joué avec ça. En plus ce feu, cette fumée, ça ajoute un petit côté flippant au personnage, et l'on voit qu'il est facilement déconcentré, on ne sait pas comment il va réagir.

C'est vrai que cette scène est drôle. Mais elle a aussi du sens, au fond. Elle montre qu'on peut utiliser l'art pour contrôler sa vie, qu'en devenant un maestro dans son domaine, on apprend à ne plus se laisser dépasser par tout ce qui peut chambouler notre existence. Sauf qu'une fois que vous commencez à comprendre le pouvoir de l'art, vous réalisez aussi qu'il peut vous emmener dans des zones dangereuses, très sombres. Clairement, John Ford était un génie. Pourtant, ce n'était pas un homme très heureux. C'est pour ça qu'il demande à ce jeune garçon pourquoi il tient tant à devenir réalisateur. Quand il lui donne ce conseil par rapport à la ligne d'horizon, il sait que c'est une 'règle' débile, mais en même temps c'est la seule chose qu'il est capable de contrôler. C'est un outil qui lui permet de maîtriser son art et donc sa vie.

C'est d'autant plus beau grâce au passage juste avant où Sammy attend de le rencontrer sans savoir immédiatement avec qui il a rendez-vous. Il le comprend en même temps que le spectateur en voyant les affiches de ses films. Steven avait mis la musique de La Prisonnière du désert sur le tournage ce jour-là et tout le monde était scotché par cette salle avec les posters de tous ces chefs-d'oeuvre. La caméra prend son temps, film après film : La Chevauchée fantastique, Qu'elle était verte ma vallée, Le Mouchard, La Prisonnière du désert, Le Fils du désert, La Charge héroïque, Les Raisins de la colère, L'Homme tranquille, l'Homme qui tua Liberty Valance... on comprend à quel point cet artiste est important aux yeux de Sammy. Et de Steven qui rend hommage à John Ford, qu'il considère sans doute comme le plus grand cinéaste de tous les temps. J'adore cette scène en particulier, j'aime la manière dont elle met en avant son talent, d'une façon si simple, évidente." (C'est moi qui souligne)

Non, je n'en ai pas terminé avec David Lynch. J'ai réalisé aussi par la même occasion que je n'avais jamais terminé les Trois essais sur Twin Peaks, de Pacôme Thiellement, acheté en 2019. Je n'étais pas allé loin, le marque-page que j'avais rapporté de la cathédrale de Grenade, La Virgen con el Niño de Giovanni Battista Salvi (plus connu sous le nom de Il Sassoferrato), était encore placé à la page 10. 

 

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On pouvait lire, au bout de cette page, cette phrase judicieuse : "Les grands films de cinéma sont ceux qui ont forcé le spectateur à regarder à l'intérieur de lui-même, dans l'espace sans dimension qui sépare l’œil de la paupière, pour montrer les fantômes de la mélancolie et du rêve que son regard, depuis toujours, portait (...)."

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* 78 ans, autrement dit le même âge que Donald Trump. Ils sont nés tous les deux en 1946. L'un disparaît alors même que l'autre s'apprête à être investi dans la fonction présidentielle. Triste signe des temps ?

mercredi 15 novembre 2023

Polar Park et la Cène

Les deux jeudis soir derniers, j'ai pris grand plaisir à visionner la série Polar Park sur Arte. Gérald Eustache-Mathieu y adaptait son propre  film Poupoupidou sorti en 2011, avec les mêmes personnages et sur le même lieu, le village de Mouthe , dans le département du Doubs. Mouthe, un nom qui ne m'était pas inconnu, c'est mon ami Babar, à l'époque où nous étions tous les deux normaliens à Châteauroux, qui m'avait déjà parlé de ce village comme étant l'endroit le plus froid de France (sa future femme vivait non loin de là, à Salins-les-Bains). 

L'excellent Jean-Paul Rouve incarne David Rousseau, un écrivain de polars un peu en mal d'inspiration qui débarque à Mouthe (où, dans l'enfance, il venait passer des vacances chez son oncle) au volant de sa Peugeot 504 cabriolet blanche. Un des premiers plans du premier épisode la montre dans la forêt passant devant un panneau « Bienvenue à Mouthe 905 Habitants ». Référence directe à un plan du générique de Twin Peaks, avec une route dans la forêt et le panneau « Welcome to Twin Peaks Population 51,201 ». Ce ne sera pas le seul écho à la série de David Lynch

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D'une manière générale, Polar Park est truffé d'allusions plus ou moins évidentes non seulement à Lynch, mais à Fargo des frères Coen, à Seven de David Fincher ou à Misery de Rob Reiner (pour le détail, se reporter à la notice de Wikipedia, assez complète). La citation est d'ailleurs au coeur de la série, car le tueur qui sévit dans Polar Park s'évertue à mettre en scène  ses meurtres en reconstituant des œuvres d'art célèbres. Cela commence avec l'Autoportrait à l’oreille bandée et à la pipe de Vincent van Gogh, et se poursuit avec la Marilyn Monroe d’Andy Warhol, le David de Michel-Ange, un portrait féminin de Picasso, et une compression de César

Mais la reconstitution qui m'a le plus marqué c'est la sixième et dernière, qui reprend la Cène de Léonard de Vinci (en la croisant avec le thème du Ku Klux Klan, allusion au roman de David Rousseau qu'il ne parvient pas à terminer).

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Il est amusant de voir que dans l'épisode 2, la fresque est brièvement entrevue lors d'une recherche de David Rousseau (je ne l'ai évidemment notée qu'après coup).

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C'est un autre souvenir d'importance pour moi qui a resurgi à ce moment de l'histoire:  la scène finale du spectacle Les Misérables 62, que j'ai monté dans les ruines de Cluis-Dessous dans l'été 2012. J'y ai consacré à l'époque un article qu'on peut encore lire ici

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J'écrivais alors : 
"La fin de Jean Valjean, c'est presque cent pages dans l'édition Folio d'Yves Gohin. Comment traiter cette rude partie de l’œuvre, où le malheureux forçat, après le mariage de Cosette, connaît l'abandon et la solitude avant de retrouver in extremis avant de trépasser fille et gendre ? Les cinéastes ne sont pas très à l'aise avec ce fragment qui sent un peu trop l'eau bénite, traîne en longueur, et prive le spectateur d'un happy end qui était tout cuit. D'ailleurs Bille August, dans sa version de 1998, en fait l'économie et termine sur les quais de la Seine, après le suicide de Javert et la libération de Jean Valjean.
Même chose dans Tempête sous un crâne, l'adaptation théâtrale vue à Equinoxe. A l'été 2011, au moment de l'écriture, j'ai eu la même tentation mais je me suis ravisé : cela m'apparaissait comme une facilité, sinon une trahison. Cependant, je répugnais à l'envisager comme le reste du livre. Je voyais trop clairement le parti-pris de Hugo, qui voulait que Jean Valjean vive jusqu'au bout un destin christique, assume jusqu'à la dernière extrémité une Passion douloureuse et sublime.
Quand l'image de la Cène de Léonard de Vinci s'imposa à moi, je fus enfin libéré. Puisque religion il y avait, autant y aller carrément. Tout commencerait par une reproduction de la fresque avec ses figures, les disciples, leurs gestes et leurs attitudes. Quels seraient-ils ? Rien moins que des personnages de l'histoire, mais pas les principaux, ni Javert ni Thénardier par exemple. Les autres, les seconds rôles, la pègre, douze ni plus ni moins et Jean Valjean au centre, hiératique, mutique. Et que diraient-ils, ces douze ? Et bien ils raconteraient l'histoire mais telle que moi-même je l'avais comprise, sans être dupe des intentions de l'auteur, en s'en moquant à l'occasion. Après la pose initiale, sacrale, ce serait débridé, joyeux, irrévérencieux."

Ce n'est pas tout. Il y a une autre référence religieuse dans la série qui ne m'a pas laissé indifférent. Mais ce sera pour la prochaine fois.

mardi 20 septembre 2022

Quatre doublons pour l'Incrédule

Interlude dans la série Cristal noir (une série dont nous sommes loin du bout : je compte y inscrire pas moins de quinze épisodes). Juste le temps de partager une autre étrange série, qui s'est déroulée les jours derniers. Tout commence le 14 septembre quand, en fin d'après-midi, je reviens de Mers-sur-Indre et traverse le petit village de Clavières, près d'Ardentes. Soudain, je n'en crois pas mes yeux (c'est histoire de dire, je leur accorde là pleine confiance) : je croise deux voitures qui se suivent et portent exactement le même nombre 666. Ceux qui sont familiers du site connaissent mon obsession des plaques d'immatriculation (lire à ce propos Jurassic Bartt), obsession que je partage (ceci ne vaut pas argument) avec David Lynch*. Depuis le temps que je scanne les plaques à tout bout de champ, c'est la première fois que j'épingle un doublon. Et puis quand même, ce n'est pas n'importe quel nombre. Le 666. Le nombre de la Bête dans l'Apocalypse. 

De fait, j'ai déjà croisé le 666 en septembre 2019, et il avait, semble-t-il, beaucoup à voir avec ce que Hans-Jürgen Grief nommait l'avant-dernière Apocalypse : la Shoah. Et c'est curieusement en se rendant à Ardentes à un rendez-vous médical pour mon fils Gabriel que j'ai enregistré ce jour-là plusieurs 666 (cf. Six parmi six millions). Un peu plus loin, quelques secondes plus tard, je consigne une petite réplique à la secousse principale avec un 066. 

Le lendemain, en sortant justement de chez Gabriel, nouvellement installé rue de la Gare, je surprends, garés l'un derrière l'autre, deux véhicules portant le nombre 020. Là, j'ai eu le temps de prendre une photo (pour les 666, il faut me croire sur parole).

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Et presque au même moment où je prends cette photo, remonte une voiture affichant un 010 (mais je n'ai pas eu le réflexe de la flasher). Evidemment, je repense à mes deux 666. Deux jours de suite, des doublons. 

Le lendemain, vendredi 16 septembre, je découvre le dernier article de barbOtages, qui est titré En double. Il est question d'un livre de l'écrivain italien Leonardo Sciascia, Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel.  Publié en 1972 aux éditions de L'Herne, puis en 2022 chez Allia.

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L'article est en fait un court extrait d'un plus long billet sur le site Sitaudis, dont voici quelques passages significatifs : 

[Raymond Roussel] est mort le 14 juillet — dans la nuit du 13 au 14 — 1933, dans la chambre 224 du Grand Hôtel et des Palmes, à Palerme, Sicile, « an XI de l’Ère fasciste ». [...] « Roussel le malade, Roussel l’ingénu, Roussel l’enchanteur » (Leiris) — est retrouvé le matin du 14 par le personnel de l’hôtel, allongé sur un matelas posé à même le sol, en chemise de nuit blanche, chaussettes noires et tricot de laine « champagne ».

Comment l’auteur de La Doublure, né en 77 et mort en 33, qui trouva la mort durant la nuit d’une double fête, religieuse et patriotique, dont les initiales sont redoublées — RR, un homme richissime qui voyageait en Rolls Royce —, pouvait-il ne pas retenir l’intérêt d’un auteur sicilien amateur de romans-enquêtes, dont le patronyme est composé d’une syllabe géminée : « Scia-scia » — son nom ainsi sciemment « scié » ?

Autant vous dire que j'étais moi-même scié, à la lisière de l'hallucination : mes petits doublons trouvaient là une extraordinaire résonance littéraire. Je me félicitais d'avoir récemment cité Jean-Paul Kauffmann citant lui-même Sciascia : "Les seules choses certaines en ce monde, ce sont les coïncidences", a écrit un jour l'écrivain italien Leonardo Sciascia. Tilsit, symbole du bonheur de Napoléon et des retrouvailles franco-russes ; l'allusion aux Anglais, présage de la catastrophe. Il me plaît de penser que ces rencontres ne sont jamais fortuites et que le destin se plaît surtout à pratiquer le comique de situation." (La chambre noire de Longwood, p. 267).

A Saint-Christophe, sur le côté de l'église, je surprends dans l'après-midi un nouveau double (il n'est pas parfait, 607 et 607(7), mais la perfection n'est pas de ce monde). A signaler que j'ai croisé à nouveau deux 666 (qui ne se suivaient pas mais presque) avenue Georges Lemoine, et, en soirée, un 666 (qui me bloqua un petit moment rue de la Gare) et un dernier 666 rue Raspail.

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Le vendredi 17 septembre, je me rends avec mes deux filles Pauline et Violette aux rencontres littéraires Chaminadour, à Guéret. Yannick Haenel y marchait sur les grands chemins de Michel Leiris et de Georges Bataille. De beaux moments (l'événement mériterait une note entière, mais bon, ce sera pour une prochaine fois). Nous y retrouvons mon vieux complice, le Doc, qui a déjà une journée entière dans les neurones. Après une discussion Yannick Haenel-Pierre Michon, chaleureuse et parfois cocasse, nous gagnâmes une pizzeria éloignée (pas facile de se sustenter un samedi à Guéret), escorté d'un étudiant lillois qui faisait son master sur Bataille. C'est au retour, alors que je n'y pensais plus, que je tombai sur un double 927.

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Personne, à part moi bien sûr, ne l'avait noté. J'explique alors que c'était le quatrième doublon, en quatre jours, ce qui fit rigoler le Doc. "Ah, on va voir bientôt ça sur Alluvions..." Le bougre connaît mes lubies, et je suis bien certain qu'il ne croit pas une seule seconde qu'il puisse y avoir autre chose que du bon vieux hasard derrière tout ça. Il me fait penser à Hector, le personnage du père dans Philémon, de Fred. Et à cet album très drôle, Le Voyage de l'Incrédule, où il suit Philémon dans le monde des lettres de l'Océan Atlantique, sans jamais quitter sa position de sceptique.

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Qu'à l'aller, j'ai noté un 607 suivi immédiatement d'un 670, et qu'au retour j'ai vu garés l'un en face de l'autre un 670 et un 671, n'ébranlerait pas davantage cet esprit fort... 

A Guéret, j'achète le Journal de Michel Leiris. A ce moment-là, je ne fais aucun lien avec l'article de Jacques Barbaut, qui cite Leiris parlant de Roussel. C'est en lisant une fois revenu la biographie dans ce Quarto que je tombe sur plusieurs mentions de l'écrivain de Locus Solus. Et je découvre aussi plus tard que Leiris a écrit une biographie (demeurée inachevée).

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Par ailleurs, j'ai terminé le roman de Bernard Chambaz** emprunté mardi dernier à la médiathèque, La peau du dos. Je suis un peu déçu, je n'ai pas vibré comme dans ses précédents livres.

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Et puis le lendemain je m'avise qu'il pourrait bien être un autre écho à mes doublons. Tenez, voici un extrait de la présentation de l'éditeur :

C’est l’histoire de deux jeunes hommes qui n’ont pas trente ans, deux exaltés. L’un a une passion pour la peinture. On le connaît. C’est Auguste Renoir. L’autre a une passion pour l’égalité et il sera le délégué à la police puis le procureur de la Commune de Paris. On le connait à peine. C’est Raoul Rigault.
Leur rencontre doit tout au hasard. La première a lieu dans la forêt de Fontainebleau alors que l’un peint sur le motif et l’autre fuit la police de Napoléon III. Renoir prête une blouse de peintre à Rigault pour lui porter secours et ils passent quelques jours ensemble. Ils marchent sur le chemin des merles, ils partagent des oeufs durs et une fiasque de vin, ils roulent des cigarettes, ils conversent, de tout et rien, des nuages dans le ciel, du régime impérial. Et puis ils rentrent à Paris.

Auguste Renoir - Raoul Rigault. R/R. Et même RR pour Raoul Rigault, comme Raymond Roussel.

Le 18 septembre, je fais le point. Résumons-nous. Si aucun autre signe n'apparaissait, on aurait la séquence 666 - 020 - RR - 607 - 927. RR désignant donc l'article de barbOtages, situé à la pliure.

Cela me semble cohérent, satisfaisant pour l'esprit. 
Le dimanche arrive, et rien ne viendra ce jour-là. Ce n'est pas faute de matière : nous nous rendons à la brocante de Moutier-Malcard, sémillant village creusois, juste après Mortroux. Sur le parking champêtre, moult automobiles. Je ne peux pas m'empêcher de lire les plaques, alors même que je suis partagé : je trouve que la séquence se tient et qu'on pourrait s'arrêter là, mais en même temps un nouveau doublon serait exaltant, détruirait mon algorithme pour peut-être en annoncer un autre, plus sophistiqué. 

Mais non, rien. Et ce lundi 19 n'a rien donné non plus. Fin, au moins provisoire, des doubles.

Les questions ne s'arrêtent pas là. A quoi ça rime tout ça, me direz-vous ? Y a-t-il un message derrière ? Un sens à cette séquence ? 

Et bien peut-être. Un autre fil s'est entrecroisé dans la chaîne. Mais je suis fatigué, ce sera pour un prochain épisode.

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"Les notions de destin et de chance sont une composante essentielle de la vision du monde de Lynch, et ses proches peuvent en attester. "J'habitais dans la même rue que lui et, quand nous tournions à Los Angeles, nous partions ensemble en voiture pour le plateau de Sailor et Lula, confirme Montgomery. Nous ne pouvions nous rendre sur place sans qu'il ait fait sa numérologie avec les plaques d'immatriculation que nous croisions et vu ses initiales sur au moins une plaque. Parfois il fallait continuer à tourner un moment jusqu'à ce qu'on ait croisé ces trois lettres, "DKL", sur une plaque. Les rares occasions où les lettres étaient dans cet ordre, c'était un présage extrêmement favorable."Lynch admet avoir "observé les plaques d'immatriculation" avant même le tournage d'Eraserhead, et que son chiffre de chance était le sept."

Kristine McKenna, L'espace du rêve (avec David Lynch), JCLattès, 2018, p. 355 (cité dans l'article Bron/Broen/Bridge)

** Dans un article pour AOC Media, Histoire(s) du cinéma et de l'Italie, du 24 mai 2018, Bernard Chambaz écrit :

"Les seules choses qui sont sûres en ce monde, ce sont les coïncidences. Leonardo Sciascia aimait répéter cet aimable paradoxe. Par gratitude, je le reprends à mon tour. Le jour même où je regarde enfin le film Novecento de Bernardo Bertolucci que je n’avais jamais revu depuis sa sortie en 1976, nous apprenons la rencontre entre les Cinq-Étoiles et la Ligue en vue d’un accord de gouvernement. Ce qui me frappe, instantanément, c’est le divario, le fossé entre les deux époques, entre ces deux morceaux de réel. Et ce constat vient confirmer un sentiment navrant : le reflux des connaissances historiques, la méconnaissance du passé et notamment de son feuilleté chronologique contribuent à expliquer la confusion qui règne dans le monde actuel." (C'est moi qui souligne)

On retrouve Sciascia (soit dit en passant, mort le 20 novembre 1989, à Palerme, comme Roussel) dans le paragraphe final :

"Cu tuttu ca sugnu orbu, la viu niura. C’est-à-dire : bien qu’aveugle, je la vois noire ; autrement dit : je vois que ça finira mal. C’est à Sciascia, vous l’auriez deviné, que nous devons cet adage en sicilien. Il rapporte la phrase d’un aveugle dans son village de Racalmuto lors de la déclaration de guerre de Mussolini à l’Angleterre et à la France, qui n’en demandait pas tant, la preuve, deux semaines plus tard Pétain s’abaissera à signer l’armistice. Sciascia ne souligne le pessimisme radical de cette phrase que pour mieux l’appliquer à la situation italienne en 1984. Une autre coïncidence sans doute. La disparition de Berlinguer et l’épiphanie de Big Brother."

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l'actualité italienne : la probable arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, la présidente de Fratelli d'Italia, un parti post-fasciste.

dimanche 8 septembre 2019

Peak-experiences

Il y a des rencontres qui vous ouvrent soudain des horizons insoupçonnés, rencontres humaines ou artistiques qui vous projettent plus loin, plus haut, ailleurs, avec la célérité d'un caillou explosant sur un pare-brise, en un étoilement de fissures qui sature votre vision. Et ceci explique que je n'en ai pas encore fini avec ce fameux film de Blake Edwards, Experiment in Terror, que j'y reviens pour la troisième fois, alors que tout me fut donné en quelques instants. Mais le temps de la restitution n'est pas celui de la découverte.

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Experiment in Terror (Stephanie Powers)

La difficulté est aussi que dans cet événement intervient un élément encore caché, encore insu du lecteur. Qui n'a rien de trouble ni de malaisé, non, simplement s'agit-il d'un objet assez imposant pour vous boucher la vue. En l'occurrence, je parlerais plutôt d'un Himalaya où je n'ai encore risqué que quelques pas prudents. J'ai maintes fois évoqué ces derniers temps le Mont Analogue de Daumal, mais il ne saurait y avoir de confusion : l'oeuvre que je veux aujourd'hui présenter n'agit pas au même niveau. Mais allons au fait : la faute en revient à Benoît Peeters, le maître d'oeuvre, avec François Schuiten, du monde des Cités obscures, le spécialiste de Tintin mais aussi le biographe de Jacques Derrida et de Paul Valéry. En mai dernier, il poste sur Facebook la vidéo d'un homme, d'un savant que je ne connais pas, dont je n'ai jamais jusqu'à ce jour entendu parler : Henri Van Lier (1921-2009). Qu'il présente ainsi :
"Durant plus de vingt ans, essentiellement de 1982 à 2002, Henri Van Lier a rédigé une somme philosophique aussi profonde qu’originale appelée Anthropogénie. Ce travail a été mené en marge des institutions, mais en dialogue direct et permanent avec plusieurs grands savants, avec qui Van Lier entretenait un contact personnel. L’aboutissement de cet effort sans pareil n’est pas une encyclopédie des connaissances, mais un véritable récit, celui du devenir de l’homme et de sa découverte progressive du monde qui l’entoure, du niveau le plus élémentaire à celui de l’univers en expansion continue. Entreprise déraisonnable à l’ère des spécialisations ? Chez Henri Van Lier, grand savant mais aussi grand narrateur, l’aventure humaine s’impose au contraire comme un projet à la fois uni et résolument ouvert."
Je regarde la vidéo, et je suis immédiatement surpris, séduit, intrigué par une voix, une gestuelle, une pensée complètement originales. Je ne comprends pas tout, mais je sens que j'aborde là à des terres qui doivent être explorées. La voici : si vous l'osez, vous en prenez pour 24:32.


Cet ouvrage monumental* de 1040 pages est réédité aux Impressions Nouvelles (que dirige Peeters). La semaine suivante, je le commandai, et depuis j'en explore le contenu  par traversées discontinues, raids furtifs, plongées intermittentes. La métaphore de la montagne, dont j'use (et j'abuse peut-être) depuis tout à l'heure, elle m'est venue très vite. De fait, j'avais devant moi deux Himalayas, les Oeuvres de Fernand Deligny et maintenant l'Anthropogénie de Van Lier. Si je parvenais assez bien à maintenir une certaine vitesse de croisière dans le premier massif, j'avais plus de difficultés dans le second (la preuve en est qu'au bout de plusieurs mois je n'ai atteint que la page 175). Et il se trouve que la dernière reconnaissance sur ces pitons désolés, je l'effectuai précisément juste après la vision du film de Blake Edwards, avec le chapitre 8, intitulé La distinction fonctionnements/présence.

Et voici que je me hisse jusqu'au sous-chapitre 8C : "Les conduites de présentification. Les expériences de sommet (peak-experiences).
Peak-experiences ? Alors que je viens de visionner un film se passant à Twin Peaks et dont on se demande s'il n'a décisivement inspiré la série Twin Peaks. Mes antennes frétillent.
Mais de quoi s'agit-il, au juste ?
Henri Van Lier :
"Les présentifications ne sont nullement des aberrations ou des exceptions de l'anthropogénie. Dans les années 1960, le psychologue américain Maslow imagina un protocole ingénieux pour montrer qu'elles sont triviales. Il demanda à des étudiants de son université de désigner ceux et celles qui leur paraissaient particulièrement "équilibrés", "sains", "normaux". La liste obtenue, il interrogea les élus. Tous confièrent qu'ils faisaient des expériences de sport extrême, d'alpinisme extrême, d'art extrême, de mort anticipée, d'amour extrême, d'insight scientifique ou mathématique, d'héroïsme, de rapt mystique, de passions diverses, tous cas où des fonctionnements ne se tiennent pas dans leur rendement, mais sont l'occasion de thématiser plus ou moins la présence-absence. Maslow parla à ce propos de peak-experiences, d'expériences de sommet. Il aurait pu dire aussi bien "bottom experiences", ou, en pensant à Baudelaire, "anywhere out of the world experiences". La plupart des étudiants de Maslow ne s'étaient probablement jamais aperçus qu'ils faisaient des expériences de sommet ou de profondeur avant de participer à son enquête. Comme l'ouvrier qui après le travail va boire un verre à sa place préférée dans sa taverne préférée, en se taisant ou en disant n'importe quoi à n'importe qui. Comme les adolescents et les adultes qui le samedi soir "s'éclatent" en boîte."
Dans cette autre vidéo, Abraham Maslow s'explique sur le concept :

 
 Ces peak-experiences ne sont pas un détail, loin de là, pour le savant belge, puisqu'il écrit ensuite :
"Phylogénétiquement, des expériences de ce type ont sans doute joué un rôle dans le passage d'Homo habilis à Homo erectus, puis à Homo sapiens et sapiens sapiens. Ontogénétiquement, elles interviennent selon les âges contrastés des spécimens hominiens <3c>, lors des initiations de l'adolescence, du mariage, des renoncements de la vieillesse, des funérailles. Elles peuvent avoir une force de cataclysme à la fin de l'enfance. Sartre a décrit la brusque fulguration de l'exister pur indifférencié chez une petite fille regardant la mer du pont d'un navire."
Je ne veux pas aller plus loin pour l'instant. Sur Henri Van Lier, je reviendrai très certainement. Juste un mot pour finir sur ma numérologie actuelle (pour reprendre le mot du livre de Lynch) : eh bien la vague des 813 perdure bel et bien. Le 6 décembre, je notai une plaque 813 rue des Belges, et le 7 c'est au sortir du cinéma, vers 20 h, que j'en vis une rue de la République. Cerise sur le gâteau : derrière il y avait une plaque 707.

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*Autre particularité de l'oeuvre de Van Lier : elle est entièrement disponible sur internet à cette adresse, gratuitement (mais j'ai préféré l'avoir aussi sur papier, sous la forme de ce pavé de plus d'un kilo)


jeudi 5 septembre 2019

Bron/Broen/Bridge

"Les notions de destin et de chance sont une composante essentielle de la vision du monde de Lynch, et ses proches peuvent en attester. "J'habitais dans la même rue que lui et, quand nous tournions à Los Angeles, nous partions ensemble en voiture pour le plateau de Sailor et Lula, confirme Montgomery. Nous ne pouvions nous rendre sur place sans qu'il ait fait sa numérologie avec les plaques d'immatriculation que nous croisions et vu ses initiales sur au moins une plaque. Parfois il fallait continuer à tourner un moment jusqu'à ce qu'on ait croisé ces trois lettres, "DKL", sur une plaque. Les rares occasions où les lettres étaient dans cet ordre, c'était un présage extrêmement favorable."
Lynch admet avoir "observé les plaques d'immatriculation" avant même le tournage d'Eraserhead, et que son chiffre de chance était le sept."

Kristine McKenna, L'espace du rêve (avec David Lynch), JCLattès, 2018, p. 355.

Connaissant cette propension de Lynch à la pensée magique, je ne puis croire une seconde que le film de Blake Edwards, Experiment in Terror, n'ait pas été séminal dans la genèse de Twin Peaks. Mais, pour une raison que j'ignore, Lynch fait l'impasse aussi bien sur le film que sur son réalisateur. D'ailleurs, aucune véritable indication n'est donnée dans L'espace du rêve sur les sources d'inspiration de la série, tout au plus est-il évoqué une projection de Peyton Place, qui aurait précédé la présentation du projet à la chaîne ABC, mais la série, premier feuilleton télévisé de soirée de la télévision américaine, diffusé entre 1964 et 1969, se déroule dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, un ancrage géographique bien éloigné de celui de Twin Peaks.

C'est en cherchant les occurrences de Twin Peaks que je suis tombé sur ce passage sur les plaques d'immatriculation, ce qui m'a bien amusé car on a vu (cf. Jurassic Bartt) que j'étais moi aussi depuis quelque temps affligé de la même lubie. Tenez, il faut que je vous conte les derniers développements du délire : le 30 août, j'ai repéré lors du même déplacement, et dans le même quartier, deux plaques 813. Ce nombre a déjà fait l'objet de plusieurs articles en 2018, et Rémi Schulz l'a également souvent évoqué. 813 était le nombre fétiche de François Truffaut. Dans mon petit voyage à Grenade, en février dernier, je suis d'ailleurs tombé par inadvertance, au hasard de mes flâneries, sur une exposition au Centro Cultural Gran Capitan intitulée 813, consacrée aux dessins grand format de l'artiste espagnole Paula Bonet, inspirés de l'oeuvre du cinéaste (je n'en avais pas parlé ici à l'époque, mais je savais bien qu'un jour ou l'autre, j'aurais l'occasion d'y revenir).

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Il se trouve encore que depuis le 2 septembre, chaque jour j'enregistre une plaque 813. Cela fait donc quatre jours, et chaque fois, c'est à un endroit différent et avec une automobile différente. Aujourd'hui, c'était une voiture rouge entrée dans la cour de la maison voisine de celle d'Ernest Nivet, à deux pas de chez moi.

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Paula Bonet - 813
Il n'y a pas que les 813 qui me donnent le tournis. Je continue à être obsédé par les numéros triples. Ainsi ai-je enregistré en fin d'après-midi, au retour du travail, un 666, suivi d'un 111 et enfin d'un 999 au pied de mon immeuble. Bon, celui-ci, de 999, je me disais que ça ne comptait pas vraiment puisque je le croise souvent, c'est manifestement la voiture d'un voisin. Sur ce, je vais chercher du pain à la boulangerie proche. Juste en sortant, voici que je croise mon 999 qui tourne devant moi rue Ernest Nivet. Sauf que ce n'est pas le même : l'autre est toujours garé à la même place.
Bon, on verra demain si la vague des 813 perdure...

Ce n'est pourtant pas cette histoire de plaques que je voulais consigner ici à l'origine. Non, c'était plutôt une manière de synchronicité avec la vision du film de Blake Edwards. En effet, j'ai été saisi dès les premières images d'Experiment in Terror par la coïncidence avec le thème visuel central de la série télévisée scandinave que je suivais alors, que l'on m'avait prêtée au début de l'été mais que je n'avais commencé à regarder que fin août : The Bridge. Lee Remick, au volant de sa somptueuse américaine, traverse un des gigantesques ponts de San Francisco : c'est là-dessus que s'inscrit le générique. De même, la série se profile et s'ordonne autour du pont de l'Øresund qui relie Copenhague à la ville suédoise de Malmö (un cadavre y est retrouvé sur la frontière exacte entre les deux pays)

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The Bridge (Bron-Broen en suédois-danois), générique
Le pont n'est pas le seul point commun entre le film et la série : ce sont tout d'abord deux oeuvres nocturnes. Experiment in Terror commence dans la nuit du pont constellé des lumières des phares et des lampadaires et s'achève dans la nuit du stade de base-ball ; dans The Bridge, tout est filmé en hiver où l'obscurité est reine à cause de la latitude.
Enfin, le criminel est chaque fois un grand solitaire, un homme machiavélique qui agit seul, n'a en apparence aucun scrupule mais pourtant échappe à la noirceur totale : chacun des deux épargne qui, la soeur de Lee Remick, qui, les enfants du policier danois qui mène l'enquête (Kim Bodnia).
Le nom de ce policier est Martin Rohde, qui est bien proche phonétiquement de Ross Martin, l'acteur interprétant Red Lynch. Et, consultant  la bio de l'acteur Kim Bodnia, je vois que sa famille est d’origine juive, en particulier de la Pologne et de la Russie, (Wikipedia se croit tenu de préciser qu'il n’est pas pratiquant). Point commun donc avec Martin Rosenblatt/Artemus Gordon.

En revanche, j'ai bien sûr jeté un coup d'oeil sur les plaques d'immatriculation des deux oeuvres, et là, je dois dire que je n'ai rien remarqué.
Et ma foi, c'était reposant.

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Paula Bonet - 813, Françoise Dorléac dans La peau douce.

dimanche 1 septembre 2019

Experiment in Terror in Twin Peaks

Je ne connaissais le cinéaste Blake Edwards que par ses comédies, j'ignorais complètement qu'il était aussi l'auteur d'un thriller aussi puissant que Experiment in Terror, sorti en 1962 (oublions l'insipide titre français Allo... brigade spéciale). Il passait sur Arte la semaine dernière, mais je l'aurais raté sans Nunki Bartt qui me signala ce film pour son intérêt propre bien sûr, mais aussi parce qu'il offrait de curieuses résonances avec le Twin Peaks de David Lynch. Il faut savoir que je n'avais jamais vu la série et que je suis en train d'achever la vision de la seconde saison, avec, en réserve, la compilation des essais sur Twin Peaks publiée aux Puf par Pacôme Thiellement.

La séquence d'ouverture est d'emblée époustouflante : un soir, en rentrant chez elle dans le quartier résidentiel de Twin Peaks, à San Francisco, Kelly Sherwood (Lee Remick), est agressée dans son garage par un inconnu. L'homme au souffle asthmatique exige d'elle qu'elle détourne pour lui 100 000 dollars à la First Bank où elle travaille, en la menaçant de tuer sa jeune soeur (Stéphanie Powers) qui vit avec elle. Bravant le chantage, Kelly appelle la police, mais l’agresseur anticipant sa réaction est resté dans la maison et coupe la communication. Pourtant, l’appel a été entendu, l’agent du FBI Ripley (Glenn Ford) va venir en aide à la jeune femme…

Le panneau indiquant Twin Peaks, aperçu dans l'ouverture de ce film, ne peut bien sûr manquer d'évoquer le panneau du générique de la série, devenu quasi emblématique.

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Image du générique reprise pour la pochette de l'album
Autre écho étonnant  : l'inconnu qui agresse Lee Remick dans son garage, se nomme Garland "Red" Lynch. Ce rôle est brillamment tenu par Ross Martin, qui deviendra célèbre en interprétant plus tard le facétieux Artemus Gordon, personnage bien plus sympathique, dans Les Mystères de l'Ouest, au côté de Robert Conrad.

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Le personnage et l'acteur ne sont donnés qu'à la fin du film, après cette hallucinante séquence tournée dans un stade de base-ball. Le cadavre de Lynch est au centre de ce cercle que l'on appelle le Pitcher's mound, dont chacun se détourne en un mouvement centrifuge qui paraît inexorable, comme si le monstre devait rester seul au milieu de l'arène.
Ces résonances avec le Twin Peaks ou Sailor et Lula, de Lynch, sont bien connues  (voir sur le site de l'IMDb ou ce blog). Mais il me semble que l'on peut aller un peu plus loin.
Le scénario du film est en effet écrit par Mildred et Gordon Gordon, d'après leur roman Opération terror publié l'année précédente, lequel fait partie d'une série de polars mettant en scène un agent du FBI du nom de Ripley, repris donc pour ce film. Gordon est tout à la fois un prénom et un nom.
Il est amusant qu'il ait été attribué à Ross Martin pour son personnage des Mystères de l'Ouest.

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En outre, dans Twin Peaks, David Lynch fait lui-même quelques apparitions en interprétant comme par hasard un agent du FBI, supérieur direct de Dale Cooper. Sourdingue, il est très drôle car il parle sans cesse d'une voix tonitruante. Or, comment se nomme-t-il ? Ni plus ni moins que Gordon Cole.

Ceci établi, je suis allé à la médiathèque pour emprunter à nouveau L'espace du rêve, le livre de souvenirs que Lynch a écrit avec Kristine McKenna, un pavé de plus de 600 pages que j'avais rendu sans l'avoir terminé. Pas inintéressant, mais désespérément anecdotique. Lynch ne livre pas grand chose des sources profondes de son inspiration et de ses échafaudages intérieurs. Tout est factuel et le titre me paraît usurpé : son espace du rêve, nous n'y entrons pas. Si l'on regarde l'index des noms cités, eh bien aucune mention de Blake Edwards. Rien, néant. Gordon Cole, en revanche, a droit à trois occurrences dont seule la seconde, page 342, peut nous intéresser, car c'est une tout autre version que celle que j'ai imaginée que nous livre Lynch :
"Gordon Cole, dont je tiens moi-même le rôle, est né le jour où l'agent Cooper a appelé son patron à Philadelphie. J'ai imité la voix du patron pour rendre la scène plus réaliste, sans penser qu'on conserverait le dialogue. Je parlais fort pour que Kyle puisse m'entendre, et c'est ainsi que cette figure a vu le jour. Le nom de Gordon Cole vient du film Sunset Boulevard - où Gordon est l'employé de la Paramount qui appelle Norma Desmond pour lui louer sa voiture. Les noms ont parfois des origines très inattendues. Quand j'ai réfléchi au personnage, je me suis dit :"Attendez ! Pour se rendre dans les studios de la Paramount, Billy Wilder a emprunté Gordon Street, puis Cole Street, et ce sont ces rues qui lui ont inspiré ce nom !"Ainsi, mon apparition dans Twin Peaks est un hommage à Billy Wilder et à Hollywood."
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Aucun doute sur Sunset Boulevard comme motif  influent : Mulholland Drive en témoigne assez. Kristine Mc Kenna signale plusieurs références précises au film de Wilder : un plan montre l'entrée des studios Paramount devant lesquels passe Norma Desmond, et une voiture garée sur le parking est identique à celle qui apparaissait cinquante ans plus tôt.
Il reste que je soupçonne fort David Lynch d'avouer une influence pour en dissimuler une autre. Je ne peux pas croire qu'il n'ait pas été frappé par le film de Blake Edwards. Il n'en parle pas mais il laisse tout de même traîner quelques indices éclairants. Il faut se reporter à la biographie du personnage telle qu'elle est retracée sur le site TwinPeaks.fandom. Et tout d'abord, l'extrait suivant :
"Cole was contacted by Douglas Milford one year after the demise of President Nixon, helping him to secretly continue Project Blue Book."
Qu'il faut relier à cet autre :
"After the demise of Nixon, his only trustful ally to continue his activities in Twin Peaks was a man from the FBI who was recommended by Nixon: Gordon Cole."
Récapitulons : l'ex-président Nixon recommande au lieutenant Milford l'agent du FBI Gordon Cole.
Or, comment s'appelle très précisément la femme de Gordon Gordon ? Mildred Nixon.
Le couple Gordon est d'une certaine manière dupliqué par le couple Milford : le lieutenant Douglas Milford a en effet un frère, Dwayne, qui devient maire de Twin Peaks en 1962, année de la sortie d'Experiment in Terror. Une lutte fratricide s'est engagée, et en 1962, Douglas "Dougie" écrira un éditorial contre son frère sans résultat : Dwayne est élu et le restera jusqu'en 1990.
Enfin, on peut lire :
"In early 1983, Cole and Special Agent Phillip Jeffries visited the town of Twin Peaks, supposedly in order to investigate the construction of the Listening Post Alpha facility by the U.S. Air Force on Blue Pine Mountain that Mayor Dwayne Milford and a number of locals were concerned about. Afterward, Cole sent the mayor a letter stating that he had personally spoken to the project supervisor Major Garland Briggs and his superiors and determined that the base was a new radar and weather forecasting facility, part of President Reagan's new Strategic Defense Initiative also known as the "Star Wars" project. "
Le Major Garland Briggs ne fait-il pas écho au Gardand "Red" Lynch du film de Blake ?

Une dernière chose : le vrai nom de Ross Martin était Martin Rosenblatt. Né en Pologne à Gródek (aujourd'hui Horodok en Ukraine), le 22 mars 1920, il émigra avec sa famille aux Etats-Unis. Diplômé d'études supérieures avec mention, notamment en droit, il commença sa carrière de comédien à Broadway (Hazel Flagg en 1953). Son goût pour le travestissement, qui s'exprima pleinement dans Les Mystères de l'Ouest, se donne déjà à voir dans le film de Blake Edwards, comme dans cet extrait où il est grimé en vieille femme :


mardi 3 avril 2018

L'embouchure du temps

"Ma bonne vieille folie des noms me joue souvent des tours ; parfois elle me fait déraper (...); mais parfois aussi cette folie est propice et les noms agissent comme des clefs : alors les murs tombent, le labyrinthe devient une contrée qui éclaire, et je vois derrière les visages, derrière chaque parole, le filigrane d'une vérité qui passe.
A force d'y exercer mon esprit, ce filigrane, j'en discerne de mieux en mieux les contours : il ondule comme la ligne de crête d'une montagne, et forme un paysage de triangles qui, en s'ajoutant les uns aux autres, vous délivrent un message.
Ça m'était arrivé une nuit aux Petits Oignons, et depuis ça grandissait. En parlant à Pointel, je voyais apparaître distinctement un nouveau triangle :

ANGE DE REIMS                                                                                ELLIS ISLAND
                                                           CIMINO

Puis un deuxième, où venait s'accrocher une lumière mystique :

MELVILLE                                                                                           REZNIKOFF
                                                           CHEKHINA

A travers l'ajustement de ces deux triangles dans ma tête, s'écrivait une histoire qui coulait de source - et même, qui me lançait vers la source. Est-ce que je délirais ? Mon esprit tournait sur lui-même à l'intérieur des noms. C'est là que je suis heureux. C'est là qu'ont lieu ces expériences qui vous inondent l'esprit ; on dirait alors qu'on se baigne dans un lac : il n'y a pas d'univers plus étendu."

Yannick Haenel, Tiens ferme ta couronne, pp. 168-169

Longue citation haenelienne, pardon, mais indispensable pour éclairer ce qui se joue ici aussi, dans cette géométrie mentale qui ordonne et relie les motifs. Ainsi mon propre paysage de triangles, tel qu'il apparaît dans les deux derniers articles pourrait ressembler, pour le thème du cobra, à ceci :

HAENEL                                                                                                 LOST
                                                  LYNCH

Tandis que le thème du suicide  se traduit par le triangle suivant :

LOST                                                                                                       HAENEL
                                                  DE JONGH    

Je m'aperçois en les écrivant que ces deux triangles possèdent en fait une base commune, qui est la ligne LOST-HAENEL (ou HAENEL-LOST, Haenelost). Un losange pourrait alors être dessiné en joignant les quatre sommets.

Avant de rendre le roman à la médiathèque, je voudrais tracer un dernier triangle, qui m'est apparu le 31 mars. Le premier sommet se situe dans L'embouchure du temps, le dernier ouvrage autobiographique de Cécile Reims, paru en septembre 2017 au Temps qu'il fait. Elle y évoque avec force et lucidité les dernières années au côté de Fred Deux, son compagnon (c'est ainsi qu'elle ne cesse de le désigner dans l'ouvrage) de plus de six décennies, et le temps d'après sa disparition. Le passage que je vais citer vient immédiatement après le rappel du feu créateur qui animait l'artiste Fred Deux, ce "religieux sans religion", qui dessinait, écrivait-il, "pour faire reculer la mort", qui devait "aller plus loin, toujours plus loin, ne pas laisser la main devenir servante de l'habitude". Mais ce jour-là, il n'a plus envie et Cécile lui propose d'écouter de la musique :
"Je me suis assise à ses côtés et, ensemble, nous avons écouté le violoncelle dispenser les notes que mon compagnon, dans un autrefois bien antérieur au naguère, faisait naître en pinçant les cordes de sa guitare.
Comment en était-il arrivé à désirer posséder cet instrument et à y parvenir, je ne me souviens pas, mais je garde le souvenir de nos sorties au parc Montsouris tout proche, où sortant de sana, je venais "prendre l'air". Là, avec un bâton, j'avais tracé dans le sable, une portée, avec une clef et des notes. Je n'en savais pas plus." (p. 54)

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Peu de temps après, dans le chapitre 31 du roman de Haenel, le narrateur embarque Arwa et David, deux migrants, dans sa voiture. Il propose même de les héberger dans son petit appartement (qu'il doit rendre dans trois jours) :
" - Vous êtes expulsé, vous aussi ?
Elle a ajouté qu'ils ne voulaient pas nous causer de problèmes : de toute façon, on leur avait donné une adresse pour les cas de force majeure, quelqu'un de confiance, un ami de la famille qui s'occuperait d'eux ; ils voulaient bien qu'on les amène là-bas, elle m'a passé un bout de papier avec écrit dessus : 21, rue du Père-Corentin.
Je voyais très bien : c'était dans le 14ème arrondissement, à côté du parc Montsouris, tout en bas, vers la porte d'Orléans ; on y serait dans une vingtaine de minutes." (p. 291)
Tiens, me dis-je alors, encore le parc Montsouris (la mention du parc par Cécile Reims m'était resté, je ne sais  pourquoi, dans mon souvenir, peut-être parce que c'est un des rares lieux parisiens cités dans le livre). D'autre part, je ne pouvais avoir oublié que c'est dans le 14ème que nous avions passé quelques jours début mars, dans un appartement Airbnb de la rue Raymond Losserand, et plusieurs fois j'avais franchi la porte d'Orléans pour aller à la rencontre de Gabriel en stage à Montrouge. En revanche, malgré sa proximité, je n'avais pas eu la curiosité d'aller me promener au parc Montsouris, il est vrai qu'aucun livre encore ne me l'avait désigné.
Dans ces cas-là on enregistre et on passe son chemin. Mais voilà que le 31 mars, une intuition me fait ouvrir le très beau livre de Guitemie Maldonado sur Nicolas de Staël. Plusieurs mois qu'il attend dans son coffret rouge le moment propice. Je décidai soudain ce samedi de Pâques que le temps était venu.
De magnifiques photos noir et blanc montrent le peintre dans son vaste atelier de la rue Gauguet.

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Nicolas de Staël (Denise Colomb, 1954)
Or il est précisé rue Gauguet, près du parc Montsouris.
Le triangle était dès lors constitué (d'autant plus que le titre de la photo, Vertige, n'est pas anodin, mais j'y reviendrai ultérieurement).

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Bien sûr, je consulte aussi la notice Wikipedia consacrée au parc, et j'y découvre avec plaisir que parmi les huit films cités comme ayant tourné des scènes à l'intérieur du parc il y a Dernier domicile connu de José Giovanni. J'aimerai bien revisionner la ou les scènes en question mais je ne dispose pas du film, peut-être est-ce celle qui correspond à cette photo :

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Du trois au quatre. Le 1er avril, je commence Homère est morte, le livre où Hélène Cixous relate les dernières années de sa mère, Eve, décédée en 2014 à cent-trois ans.
Or, page 23, je lis :
"L'Algérie, j'ai jamais regretté. C'était un beau pays. Ce n'était pas notre place là-bas. C'était une époque. Fallait partir à temps. Maintenant c'est l'époque Montsouris. Partir à temps, comment savoir ?"[C'est moi qui souligne] 
Voulant en savoir plus, je googlise "Montsouris + Cixous"et je tombe sur le site de la Maison Heinrich Heine, située dans le 14ème Boulevard Jourdan, où l'on peut parvenir par le bus 88 Montsouris-Tombe Issoire. Information y est faite d'un séminaire tenu par Hélène Cixous en février-mars 2017, dont le titre est Les irréparables (III). Du nom poison. La note d'intention se trouve être en parfaite résonance avec la vieille folie des noms décrite par Yannick Haenel :
"Qu'est-ce qu'il y a dans un nom ? Du poison ? Un secret ? Un avertissement ?
Tristan aurait-il jamais épousé Iseut, si elle ne s'était pas appelée Iseut, s'il ne s'était pas appelé Tristan ?
Comment répondre, ne pas répondre à l'appel de son nom ? À qui le nom est-il propre ? Répond-il ?
Comment s'appelait Achille parmi les femmes ? Comment s'appelait William Wilson ? Si l'épouvante et la douleur n'avaient pas été le nom d'Ajax, se serait-il tué à tuer ?
Chaque fois que la littérature recommence, la voilà qui se pose cette question. Sophocle, Poe, Shakespeare ou Joyce, qu'en dites-vous ? What's in a name ?
Et Genet ? S'il ne s'était pas appelé Balai ?"

mercredi 28 mars 2018

Le cobra va frapper, chica

16 mars, je continue de visionner la série Lost. Saison 3, épisode 14, Jusque dans la tombe, il y est question d'une série fictive, Exposé, une sorte de Drôles de dames, avec des strip-teaseuses combattant des criminels sous la tutelle de leur patron, M. LaShade. L'une des survivantes du crash,
Nikki, apparaît lors d'un flash-back où elle interprète en guest star Corvette, une troisième enquêteuse/stripteaseuse. Elle interrompt sa lapdance lorsqu'elle aperçoit  M. LaShade entrer dans son bureau avec une valise métallique. Elle entre à son tour et découvre qu'il s'agit du Cobra, le « méchant » de la série. Elle assomme le garde du corps mais M. Lashade la tue d'une balle en pleine poitrine. Il ne fait pas bon être une guest star dans Lost car le personnage de Nikki ne survivra pas non plus à cet épisode 14.


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Nikki jouant le rôle de Corvette dans la série Exposé.
Bon, mon idée n'est pas de raconter par le menu cette histoire, une parmi tant d'autres dans cette série intrigante, mais de vous dire qu'un détail m'avait interpellé : le nom du méchant de la série fictive, Le Cobra. Tout simplement parce que c'était aussi le nom de l'un des protagonistes de Tiens ferme ta couronne, le roman de Yannick Haenel. Le gaillard apparaît au chapitre 9 de la première partie qui porte son nom : Guy "le Cobra".  Il tient une boutique de vidéos dans la rue des Pyrénées. "On l'appelle ainsi, écrit Haenel, à cause du tatouage sur son bras gauche ; c'est un grand type à la dégaine de rocker fatigué, tout en noir, qui connaît l'histoire du cinéma dans les moindres détails : si vous cherchez tel obscur western français avec Jean-Pierre Léaud, non seulement il vous dira qu'il s'agit d'Une aventure de Billy le Kid de Luc Moullet, à coup sûr il l'aura vu et vous gratifiera d'une analyse qui vous fera saliver d'impatience, mais en plus il vous en trouvera un exemplaire, et si vous n'avez pas d'argent sur vous, ce qui arrivait souvent, il vous le prêtera."
Le personnage réapparait au chapitre 27, alors que le narrateur est dans son havre habituel, le café des Petits Oignons :"Il était en grande forme : on venait de lui livrer un stock énorme de Bergman, de Tarkovski, de Resnais, ça changeait ds comédies françaises débiles qu'il vendait par caisses entières." Guy "le Cobra" lui offre une bière (qu'il accepte avec joie) et les voilà partis à converser sur Coppola, Cimino ou Werner Herzog. Le narrateur cite Lacan qui "définit à la fois le héros comme celui qui ne cède pas sur son désir et celui à qui on a fait du tort : n'est-ce pas la définition de Fitzcarraldo ?" (comment ne pas penser en lisant ces mots à Arnaud Beltram, le gendarme à qui un hommage national a été rendu ce matin-même aux Invalides ? et curieusement, la scène avec Guy "le Cobra" est censé se passer le soir-même des attentats du Bataclan).


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"Guy est monté dans sa camionnette et s'est éloigné. J'ai allumé une cigarette. Le banc, le marronnier, le rebord du trottoir formaient un triangle parfait. Et si je m'installais là ? Il est possible à tout instant de tout reprendre : il suffit d'une figure propice, et la géométrie nous sauve. Oui, ce triangle me plaisait : banc-feuillage-trottoir, c'était idéal - ce qui a lieu sous un arbre relève toujours du sacré." (pp. 255-256)
Un triangle, oui, c'est cela qu'il me fallait aussi, les grandes choses vont par trois. Et c'est bien une troisième apparition du cobra à laquelle j'assistai ce même jour, ce 16 mars 2018.
C'était le dernier jour pour voir sur Mubi le film Sailor et Lula de David Lynch. Je l'avais raté au cinéma quand il avait reçu la Palme d'Or à Cannes en 1990, et je ne l'avais jamais vu, moi qui suis pourtant un grand fan du cinéaste de Lost Highway ou Mulholland Drive. Pour en connaître l'essentiel, rien de mieux que de s'offrir le résumé en cinq minutes chrono dans Blow Up :


Premier indice : cette fameuse veste en peau de serpent de Sailor (Nicholas Cage), la même, remarque Luc Lagier, que celle de Brando dans L'homme à la peau de serpent. C'est selon le personnage lui-même, le symbole de sa liberté, de son identité personnelle. Un site en langue portugaise parle clairement de veste" en peau de cobra : "Sailor, com seu casaco de couro de cobra – “símbolo da sua crença na liberdade individual”, conforme ele diz (...)"

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 Second indice : cette réplique de Bobby Peru (Willem Dafoe) :

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Les animaux affluaient... après les cerfs et les chiens (qui abondent aussi dans la filmographie de Lynch - dans Une histoire vraie, pour prendre un seul exemple, où Richard Farnsworth va retrouver son frère en traversant plusieurs États avec sa tondeuse à gazon (une John Deere évidemment), il y a cette très belle séquence où la voiture qui le double tue un daim, la conductrice est désespérée : "J'ai tué treize daims en sept semaines en prenant cette route, monsieur, , et il faut que je prenne cette route, tous les jours, soixante-dix kilomètres aller-retour, pour aller travailler. Je ne sais plus quoi faire. (...) Et avant de repartir en faisant crisser les graviers, elle ajoute : And I love deer.) -, oui après les cerfs, les daims et les chiens (je pourrais donner des exemples de chiens lynchiens mais j'arrête là pour aujourd'hui), c'était donc le tour des cobras (c'est moins sympa, on en conviendra).

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