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samedi 3 juin 2017

# 132/313 - Solange et Perséphone

Pourquoi sainte Solange est-elle devenue sainte patronne du Berry ? Pourquoi cette jeune bergère qui n'a eu aucune action évangélisatrice, qui n'a connu que sa paroisse natale, en vient-elle à supplanter localement le grand saint Martin ? Je n'ai pas pour l'instant de réponses à ces questions.

Après la rédaction de l'article précédent, je suis cependant tombé sur une intéressante étude d'un certain Jean Dolbouc intitulée Sainte-Solange : du paganisme au christianisme. Elle se fonde sur une vision de la civilisation européenne reposant sur "deux dimensions religieuses imbriquées":
"La première est ancestrale, très localisée, intuitive, ésotérique (1) : c’est le paganisme (2). Cet axe ésotérique du religieux européen correspond à ce que René Guénon nommait le « noyau », ce que des intellectuels contemporains comme Jean-Luc d'Albeloy ou Luc Saint-Etienne appellent la « sève païenne » (3). [...]
La seconde dimension religieuse est chrétienne, et plus précisément catholique (5). Elle correspond plutôt à l’ « écorce » chez Guénon, et vient chapeauter, couronner la « sève païenne » des mythes (...)."
Ces deux dimensions - la première, plus mystérieuse mais directement inscrite dans l’environnement immédiat ; la seconde, plus abstraite, plus morale et plus universelle – s’articulent dans un rapport de subsidiarité. Sur le « pays païen » – un pléonasme – et ses « mythes fragmentaires » – un autre pléonasme – viennent comme une enveloppe, l’ « Imperium » chrétien qui en révèle le sens et en accomplit la compréhension « selon le tout ». Ainsi, plutôt que d’« abolir », d’effacer l’incomplétude mythique, le christianisme apporte son complément. Il complète les mythes et les résout, il les prend comme appui pour instaurer sa supériorité morale."
 Le Berry apparaît alors aux yeux de l'auteur comme un "terrain d'observation privilégié" :
"Hautement représentatif de cette subsidiarité et de cette dialectique pagano-chrétienne, le Berry, plus vieille province de France, mais territoire à la christianisation lente, expose des matériaux culturels éclairants dans ses nombreuses légendes et dans l’évolution historique de leurs reformulations. C’est une terre encore pleine d’enchantements et de sorcellerie, à la tradition orale vivace, réputée rétive aux changements, et qui a su préserver en partie son caractère antique. Héritier du pays des Bituriges Cubi qui dominaient la Gaule, le Berry garde la trace de cette société plutôt matriarcale."
Ceci s'accorde avec la thèse d'Anne  Lombard-Jourdan, que j'ai déjà eu l'occasion de citer, selon laquelle le Berry est un conservatoire de traditions : « Légendes et traditions furent, en Irlande, mieux protégées que sur le continent. Mais il existe aussi en France une région qui fut tenue relativement à l'écart des agressions diverses, un isolat où il s'avère que furent mieux conservées les croyances et les traditions du terroir. Il s'agit du Berry où les habitants, paysans pour la plupart, les perpétuèrent plus longtemps qu'ailleurs, loin des grandes routes d'influence." (Aux origines de Carnaval, Odile Jacob, p.235) 
En revanche, il me semble erroné de désigner la société  celte comme une société "plutôt matriarcale" : ce n'est pas parce que "son imaginaire et son quotidien sont peuplés encore aujourd’hui de femmes au caractère fort"que le matriarcat  y fut instauré (les anthropologues ont fait le deuil de cette idée : aucune société ancienne ne s'est avérée véritablement matriarcale, dans le sens où les femmes y détiendraient le pouvoir). Ce cadre étant néanmoins posé, l'auteur se propose ensuite d'étudier de près "l’une des principales légendes berrichonnes, si ce n’est la principale : celle de Sainte-Solange (ou « Soulange » pour les autochtones)."

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Sur cette biographie de la sainte, Jean Dolbouc apporte quelques éléments nouveaux, ainsi aurait-elle voué une admiration particulière à Sainte-Agnès : « "Je ferai comme toi, mon agnelette !", disait-elle », s'appuyant là sur Hugues Lapaire, « Sainte Solange », in Les légendes berrichonnes : légendes rustiques, historiques & religieuses, superstitions du Haut & Bas-Berry, Champrond-en-Gâtine, Editions du Colombier, 2003. Selon le même auteur, elle aurait connu une brève crise de narcissisme : 
Un jour qu’elle lavait son linge à la rivière, « elle vit se refléter sur l’eau le plus charmant visage que l’on puisse voir. Elle l’admirait sans se douter que ce fut elle : « "Oh ! la gente fille au teint frais ! Jésus ! C’est une rose !", s’exclama-t-elle naïvement ». Mais elle se reprit bien vite, « brouilla l’eau d’une main tremblante et se releva en rougissant : « Attention ! avait soufflé sainte-Agnès. Prends garde, Solange, au péché d’orgueil ! »
Cette dernière réplique est reprise du livre de Jean Defrasne, Mystères et légendes du Berry, Cabedita, Yens-sur-Morges (Suisse), 2006, pp.15-16. Il est curieux que Mgr Villepelet ne mentionne absolument pas ces événements, lui qui cite les sources les plus anciennes de la vie de sainte Solange, à savoir une ancienne chronique manuscrite des archevêques de Bourges, aujourd'hui disparue, dont s'inspira le Père Honoré Nicquet, recteur du collège des Jésuites de Bourges, qui en 1653 et 1655 donna deux éditions d'une vie de sainte Solange. Je soupçonne ici une extrapolation des compilateurs, qui n'hésitent pas à restituer le dialogue du bourreau avec sa victime et à terminer (Jean Defrasne) par cette envolée lyrique :

« Devant l’horrible forfait qu’il venait de commettre, Bernard fut comme dégrisé. Le remords le saisit ; il se frappait la poitrine en gémissant : "Malheureux ! Qu’ai-je fait ? Quelle folie m’a pris pour tuer ainsi cette sainte fille ? Je suis maudit !" Et soudain, […] il semblait au meurtrier que la petite morte se levait lentement ; dans une lumière dorée qui la nimbait comme d’une auréole, elle marchait vers la fontaine proche, tenant dans ses deux mains sa pauvre tête ensanglantée, pour aller la laver dans l’eau claire qui chantait »

Le récit de Villepelet, rapportant les sources donc les plus anciennes, ne fait nullement allusion à cette fontaine. Jean Defrasne s'inspire ici manifestement des récits les plus courants sur les saints céphalophores. 
Le même Jean Defrasne, rapporte Jean Dolbouc, "dans son introduction au récit de la vie de Solange, place cette dernière dans une continuité légendaire, celle des nymphes, mais en relative rupture avec elles.
« Jadis, aux temps païens, la source avait été consacrée aux nymphes, dont le regard vert brillait à travers le miroir des eaux calmes et dont les tuniques diaphanes glissaient entre les roseaux, à la clarté amicale de la lune. Mais un jour les nymphes avaient quitté leur transparent royaume, chassées par la frêle main de l’Enfant né bien loin de là, dans une étable de Judée, par une nuit de décembre toute constellée d’étoiles ». L’évanouissement du paganisme est le point de départ du récit. La naissance lointaine de Jésus est présentée à la fois comme la cause de la désertion des nymphes, et en filigrane, comme la promesse d’un nouvel enchantement. Immédiatement à la suite de ce passage, Solange apparaît dans le récit, dans cette position rappelant les nymphes : « penchée sur la source ». Et l’auteur de nous rappeler une fois de plus la substitution : Solange « n’y rencontrait plus le regard d’émeraude de la naïade, mais le visage rose et blond d’une fillette de quinze ans ». Solange vient prendre la place des naïades frappées d’obsolescence. Reprenant le fil de cette histoire féérique tombée en désuétude, Solange prendra une signification toute différente de ses prédécesseurs. C’est le sens de la transition des nymphes au végétal regard vert à la sainte au céleste regard bleu.
Le paganisme s’est essoufflé, il est en déclin et ses fées ont déserté. Le christianisme arrive avec la figure de Solange, comme une renaissance religieuse qui marque une nouvelle étape culturelle et humaine.
"Le paganisme s'est essoufflé ": c'est prendre ses désirs pour la réalité. En réalité, il faut inverser la causalité : c'est bien plutôt parce que le paganisme restait toujours actif dans ces campagnes reculées qu'il importait de le recouvrir d'un voile chrétien, et de travestir les éléments mythologiques en substituant aux idoles païennes des saints à la piété irréprochable.

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Enlèvement de Perséphone par Hadès, fresque de la tombe de Vergina, Grèce. 340 av. J.-C. (Wikipedia)
Il y a fort à parier que Solange a pris la place d'une divinité locale qui n'est pas sans évoquer  le mythe de Perséphone, que Jean Dolbouc a bien raison de convoquer dans son étude. Fille de Zeus et de Déméter, Perséphone, connue sous le nom de Coré (c’est-à-dire la « jeune fille ») est semblablement enlevée par son oncle Hadès, dieu des Enfers. Devant les supplications de Déméter, Zeus trouve un compromis : Perséphone restera six mois par an (automne et hiver) auprès d’Hadès et les six mois restants avec sa mère pour l’aider à favoriser les récoltes.

On comprend encore mieux maintenant la présence de ce toponyme L'Enfer, près de Sainte-Solange, et pourquoi la sainte est implorée contre la sécheresse, et pour protéger les récoltes et les troupeaux.

vendredi 2 juin 2017

# 131/313 - Solange revient de l'Enfer

Saint Génitour n'est pas le seul saint céphalophore du Berry, il existe aussi une sainte céphalophore, et ce n'est pas n'importe qui, puisqu'elle est également la sainte patronne du Berry. Sainte Solange, il importe de le souligner, a elle aussi perdu la tête.

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Sainte Solange (Musée du Berry, Bourges) - Photo Julien Descloux
Solange naquit près de Bourges, dans le petit hameau de Villemont, près du bourg de Saint-Martin-du-Crôt (aujourd'hui Sainte-Solange). C'est une jeune bergère très pieuse dont Mgr Jean Villepelet assure qu'elle consacra, dès l'âge de sept ans, sa virginité à l’Époux des vierges.
"Elle fut comblée par Dieu de tels dons que, selon une antique tradition, par sa seule présence elle guérissait les malades, chassait les démons, commandait même à la nature inanimée et qu'en outre, jour et nuit, elle marchait précédée d'une brillante étoile. Occupée à garder les moutons de son père dans un champ du voisinage, elle employait son temps à prier assidûment et à s'entretenir avec Dieu en d'intimes colloques." (Les Saints Berrichons, p. 64)
Il se trouve que Solange est aussi d'une beauté stupéfiante. Elle est convoitée par Bernard de Gothie, fils du comte de Poitiers, de Bourges et d'Auvergne*, qui, devant ses refus obstinés, l'enlève sur son cheval. Préférant mourir plutôt que de violer la foi jurée à son céleste époux, elle se laisse tomber à terre au bord d'un ruisseau (Villepelet), voire les fait tous les deux tomber dans le ruisseau (Wikipedia). C'en est trop pour notre soudard, qui, de rage, tranche alors la tête de la jeune fille.

"La légende veut que la tête invoqua par trois fois le nom de Jésus. Le corps la ramassa et la porta jusqu'à son lieu de naissance, Villemont, où elle fut retrouvée." Ceci se serait déroulé le 10 mai 878. Solange fut ensuite ensevelie dans l'église dédiée à Saint-Martin de Tours.

Les rapprochements sont nombreux avec l'histoire de saint Génitour : la présence de saint Martin tout d'abord (c'est en venant de Tours où elle s'était fait baptiser avec ses neuf fils que sainte Maure se dirige vers Le Blanc) ; la présence aussi de l'ennemi incarné ici par Aggripinus, roi des Goths, là par Bernard de Gothie (le Goth figure le barbare païen) ;  la présence enfin de l'eau avec la Creuse traversée par Génitour et ce ruisseau fatal près duquel vivait la sainte avec sa famille.

Le trajet du corps portant la tête mérite aussi un surcroît d'attention. Reportons-nous au détail des lieux :

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Sainte-Solange, on l'a dit, se nommait Saint-Martin-du-Crôt (et ce nom reste aujourd'hui celui de la principale rue du village). Or ce Crôt désigne un creux, une mardelle. "Les mardelles de l'Indre, explique Stéphane Gendron, sont des excavations du sol, des affaissements de terrain par suite de l'extraction de pierre, sable ou marne, ou écoulement souterrain. Le mot est une variante de margelle". Ce que confirme le CNRTL à la notice de "margelle", qui mentionne explicitement le Berry :
Mardelle, subst. fém.a) Vx, région. Margelle. Pendant toute cette conversation, je m'étais tenu immobile, penché sur la mardelle du puits caché dans le treillis de vigne vierge, qui déparait la cour du jardin (Balzac, Œuvres div.,t. 1, 1830, p. 522).b) Géogr. Petite dépression plus ou moins conique qu'on trouve en Berry et sur certains plateaux calcaires du nord de la France (d'apr. Fouc.-Raoult Géol. 1980). Dans les terrains d'où elles proviennent existent des effondrements, dits (...) abîmes ou mardelles (Widal, Lemierre, Abrami dsNouv. Traité Méd. fasc.3 1927, p. 35).
Si l'on zoome sur la carte proposée par Géoportail, on remarque en outre que le bourg est cerné de lieux-dits et de microtoponymes désignant des creux : L'Enfer, le Grand Fond.

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Dès lors, il est clair que le cheminement de la sainte portant sa tête reprend l'itinéraire traditionnel des saints céphalophores gagnant un lieu élevé. Solange, tombée près du ruisseau, remonte vers son lieu de naissance, Villemont, dont le nom signale avec transparence la hauteur.

Solange remonte de l'Enfer (inferis, le lieu d'en bas) vers le Paradis figuré par Villemont. L'ancienne carte de Cassini met encore plus en valeur ce site de l'Enfer.

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* Cette identification n'est pas certaine.

mercredi 12 avril 2017

# 87/313 - Le Rocher des Fileuses

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Pour bien comprendre les valeurs attachées au signe du Taureau, une des sources les plus éclairantes est la légende du Rocher des Fileuses, en face des ruines du château de Crozant, sur la rive opposée de la Creuse, légende qu'un certain abbé Rouzier rapporte ainsi en 1897 dans son « Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places » :
" Lorsqu'aux jours ensoleillés du printemps, les bergerettes paissent leurs moutons sur la montagne verdoyante, une sorte de joyeux tournoi s'établissait entre elles, ajoutant cet innocent plaisir aux charmes de leurs jeux champêtres.
Au signal donné on voyait les intrépides jeunes filles, la quenouille au côté, le fuseau dans la main, debout toutes ensemble sur le faîte de la roche, qui s'élève à pic sur le torrent à l'heure où le soleil descend lentement sur l'horizon, et où la rivière miroitait, comme une immense lame d'argent diaprée d’efflorescences d'or et d'azur.
Quelle sera la main assez habile pour laisser glisser jusqu'au bas son fuseau et le ramener à elle enlacé de ses mille fils de lin ?
Quel pittoresque spectacle !
Dès que les divers fuseaux entraient dans l'eau, et en remontaient ruisselants de gouttelettes brillantes, il se faisait comme une traînée de diamants qui attiraient les regards.
Assis au haut de la vieille tour, le seigneur, entouré de sa noble épouse et des servants d’armes, les yeux fixés attentivement sur le groupe sémillant des fileuses, attendait avec émotion l’issue de cet intéressant tournoi.
La bergerette qui avait été assez heureuse pour triompher de cette périlleuse épreuve était acclamée par ses compagnes. qui la conduisaient bruyamment à la demeure seigneuriale où le vieux châtelain après avoir effleuré son front virginal d'un baiser paternel, lui plaçait sur la tête une couronne de fleurs et lui offrait la main de l'un de ses jeunes varlets (...)
A ce moment le barde chantait sur la harpe sonore, le triomphe de la douce héroïne du Fuseau.
Au loin des cris guerriers ont rompu le silence
Allons ! Preux chevaliers armez-vous de la lance !
Est-ce l’ennemi qui s’avance ?
Non, c'est la fleur d’amour,
Preux chevaliers, abaissez votre lance !
Saluez ! Saluez la reine de ce jour !
Chantez, chantez, l'hymne d'amour !
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Alexandre Cabanel, La naissance de Vénus, 1863, Musée d'Orsay (Wikipedia)
Le style un peu chantourné de l'abbé ne peut masquer le fait que tout fait sens dans cette légende. Tout d'abord, elle se déroule au printemps, à une époque où la "montagne" est verdoyante : c’est précisément en Taureau, deuxième signe de printemps, que la nature connaît une explosion de vert. Les arbres longtemps dénudés recouvrent leur feuillage et les pâturages sont à nouveau en mesure d’accueillir le bétail. Cet hymne d'amour exprime parfaitement la domiciliation de Vénus dans le signe, Aphrodite grecque, « née de l'écume » (ex toû aphroû), dont ce fuseau iridescent surgi des flots de la Creuse porte encore le souvenir. Vaste symbole d’ailleurs que ce fuseau qui résume à lui seul le trajet initiatique de l'adepte.

Cette descente, cette plongée dans les eaux tumultueuses de la Creuse et l’étincelante remontée symbolisent en effet le parcours nécessaire du chevalier. Pour tous les héros de la mythologie, le passage par les Enfers est quasi obligatoire. Pour accéder à un niveau d’être supérieur, il importe de sortir victorieux de cette épreuve fondamentale. L'enfer est inferis, le lieu d'en bas, représenté par la Creuse, dont l'étymologie est la même que celle de Crozant (gaulois croso « creux »). L'ascension du fuseau figure alors le triomphe du héros sorti métamorphosé de sa confrontation avec les puissances infernales. Le fil fait le lien entre les différents niveaux cosmiques. Et les Fileuses ne sont pas sans faire penser aux Parques romaines et aux Moires grecques :

« Ces divines et infatigables filandières n'avaient pas seulement pour fonction de dérouler et de trancher le fil des destins. Elles présidaient aussi à la naissance des hommes. Enfin, elles étaient chargées de conduire à la lumière et de faire sortir du Tartare les héros qui avaient osé y pénétrer. C'est ainsi qu'elles servirent de guides à Bacchus, à Hercule, à Thésée, à Ulysse, à Orphée, etc. C'est à elles encore que Pluton confiait son épouse, lorsque, suivant l'ordre de Jupiter, elle retournait dans le ciel pour y passer six mois auprès de sa mère. » ( P. Commelin, Mythologie grecque et romaine, pp. 95-98.)

Le fil est suivi des yeux par le vieux seigneur et sa suite. Il importe en effet de ne jamais le perdre du regard, c'est la leçon du mythe du fil d'Ariane. C'est le lieu de se souvenir qu'à l'intérieur du palais crétois du roi Minos était enfermé le Minotaure, monstre à corps l'homme et tête de taureau à qui l'on sacrifiait, tous les neuf ans, sept jeunes gens et sept jeunes filles amenés d’Athènes en tribut. Le combat contre le Minotaure « ne peut être victorieux que grâce à des armes de lumière : d'après une légende ce n'est pas seulement avec sa pelote de fil qu' Ariane permit à Thésée de revenir des profondeurs du labyrinthe, où il avait assommé le Minotaure à coups de poings, c'est grâce à sa couronne lumineuse, dont elle éclaire les détours obscurs du palais. » (Dictionnaire des Symboles, p.635)

La couronne de fleurs dont le châtelain honore la bergerette pourrait bien être une réminiscence de cette légende.