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vendredi 26 juin 2020

Comme un animal en quête de lichen

"Il n'y a que le rêve qui permette de voyager à une bonne hauteur."

Pierre Gascar, Le présage, Imaginaire/Gallimard, 1972, p. 17.

Reprenons. L'article précédent, Vivre dans les ruines, est issu pour l'essentiel d'une note de bas de page débouchant elle-même sur une autre note de bas de page ouvrant sur l'univers post-exotique de l'écrivain Antoine Volodine, un univers de ruine et de destruction qui entre en résonance avec les deux livres lus en parallèle ces derniers jours, Lisière de Kapka Kassabova, et Générations collapsonautes d'Yves Citton et Jacopo Rasmi, dont le sous-titre, je le rappelle, est Naviguer par  temps d'effondrements. Un cheminement quasi-souterrain, rhizomatique, qui doit laisser dubitatif, j'en ai bien conscience, le lecteur plus cartésien, mais cet itinéraire possède sa cohérence et sa nécessité, du moins en ai-je la forte intuition. Sceptiques ou non, je vous propose de poursuivre avec le narrat 33 des Anges mineurs de Volodine, intitulé Gina Longfellow.

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Berger dans les montagnes de la Strandja, sur la frontière turco-bulgare. Photo: Nedret Benzet

Narrat important puisque c'est celui où Will Scheidmann, accusé par les grands-mères d'avoir rétabli le capitalisme, échappe à la sentence de mort, et voit sa peine commuée en surveillance à vie. C'est Lilly Young qui est en charge de l'annonce. Young, un nom bien paradoxal pour une grand-mère presque hors d'âge : "La tricentenaire marchait sur une surface qui, même pour les bêtes, était restée tabou pendant deux ans après que les aïeules eurent abreuvé Scheidmann à l'alcool de yoghourt et qu'elles se furent retirées pour le fusiller."

Cet alcool de yoghourt me rappelle immédiatement un passage du livre de KK où elle entreprend une excursion dans les Rhodopes en compagnie de quelques personnages assez louches :
"Du temps de l'opulence et du libre-échange, Les Rhodopes étaient constellées de laiteries appelées mandras. Les voyageurs y faisaient halte pour s'approvisionner en fromage, en yaourt et en katuk, la première crème du lait, très riche. Au début du XXè siècle, le microbiologiste russe Ilia Metchnikov, un pionnier, décréta que la mandra, avec ses sacoches en cuir permettant de transporter le lait par-delà les sommets, était la clé de la longévité légendaire des locaux. Metchnikov détermina l'agent qui fortifiait la flore intestinale et prolongeait la vie : le yaourt. Lactobacillus bulgaricus, baptisé d'après Grigorov, étudiant en médecine bulgare établi à Genève qui isola la bonne bactérie permettant la fermentation du lait en yaourt, est vivant, et même fringant, dans nos pots de yaourt." (p. 329-330)
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Extrait du site de Danone

En France, en 1912, c'est un homme dont le nom n'aurait pas déparé dans la galerie de personnages volodiniens, Aram Deukmedjian, qui ouvre une crèmerie-restaurant nommée « Cure de Yogourt », 8 rue de la Sorbonne à Paris. Il obtient même le parrainage de Metchnikov, ce qui lui permet d'apposer sur ses yaourts la mention « Seul fournisseur du Pr Metchnikov ».
Il sera suivi en 1919, à Barcelone, par le médecin Isaac Carasso qui ouvre une boutique de yaourt à partir de ferments issus de l’institut Pasteur (mais à l'origine le yaourt, considéré comme un médicament, est d'abord vendu en pharmacie). Il crée dès lors la marque Danone inspirée du surnom qu’il donnait à son fils Daniel (Danon, « petit Daniel » en catalan.")." 

On en déduirait presque que c'est le yoghourt (ou l'alcool dudit yoghourt*) qui a prolongé la vie des grands-mères, mais si nous reprenons le texte de KK là où nous l'avons interrompu, on voit que l'on demeure sur le motif qui nous a accompagnés jusqu'ici : "Mais tout ce qui subsiste de ces mandras où le yaourt a vu le jour, ce sont des ruines. Et quelques idiomes laitiers."

Tandis que Will Scheidmann subit l'interminable monologue de Lilly Young, que la nuit succède au jour, et le jour à la nuit, il est écrit qu'il baissait la tête "comme un animal en quête de lichen, il regardait par en dessous, secouait sa chevelure en tresses grasses et ses bras pareils à des liasses de lanières vésiculeuses, et les secousses se communiquaient aux longues bandes de peau et de chair squameuse qui partaient de son cou pour lui cacher entièrement le corps et les jambes." Plus loin, dans le narrat 38, Naïsso Baldakchan, on lit que "les algues de cuir qui bourgeonnaient partout sur son corps l'empêchaient d'avancer, se prenaient dans ses jambes, bruissaient."(p. 180)

Lichen, algues... sur la même page 97 du livre de Citton/Rasmi (CR), où la note de bas de page me renvoyait sur l'article de Joëlle Le Marec, je lis :
"Le documentaire L'Algue et le Champignon de Claire Second (2016) focalise notre attention sur les lichens, que nul ne songe généralement à regarder mais dont nous pourrions faire une autre figure emblématique pour certaines générations collapsonautes. Le film limite les présences humaines projetées sur des fonds minéraux où prolifèrent ces formes de vie discrètes et symbiotiques ; à la fois mycobiontes (champignons) et photobiontes (algues), les lichens associent la photosynthèse des plantes à l'extraction mycélienne de sels minéraux et d'humidité sur les supports (rocheux ou lignés) où il s'installent. Cette double vie des lichens leur permet de survivre et de prospérer dans des environnements extrêmes (déserts, très hautes montagnes) où aucune autre espèce vivante ne peut subsister. Le film se termine sur des images d'édifices humains abandonnés, effondrés, habités seulement par des lichens et par des ombres de revenants. En donnant l'image d'une collaboration symbiotique entre deux espèces (algue et champignon), les lichens offrent aux collapsonautes un modèle d'association résiliente et résidente qui permet de ne pas fuir son milieu hostile."

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Lichens que nul ne songe généralement à regarder, écrivent CR, grief que l'on ne saurait me faire, car je suis depuis longtemps fasciné par ces formes de vie, et la beauté de leurs inscriptions sur la roche ou l'écorce. Ainsi ce mur de Dordogne...

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... que je mettais en correspondance avec les châles de la collection Moser qui avaient tellement ému Rainer Maria Rilke (Le centre noir du châle, 29 août 2013), en un texte comme empli par prémonition des senteurs volodiniennes, avec ces références orientales et ces arrière-grand-mères : "... des châles, des châles de cachemire de la Perse et de Turkestan, tels qu’on en voyait prendre une valeur touchante sur les épaules doucement tombantes de nos arrières-grands-mères ; des châles au centre rond, ou carré, ou étoilé, sur un fond noir, vert ou ivoire, chacun d’eux un monde en soi,vraiment, oui, chacun un bonheur complet, une félicité totale et peut-être un total renoncement –chacun tout cela, tout tissé d’humain, chacun un jardin dans lequel tout le ciel de ce jardin était dit, était contenu aussi, comme dans le parfum du citron l’espace tout entier, le monde tout entier probablement, que l’heureux fruit a intégré jour et nuit dans sa croissance, se communique."

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Ailleurs, sur FB, ce lichen sur les noyers gémellaires :

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ou ces Lichens à la fenêtre bleue :

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Avant de revenir dans un prochain article sur le texte de Joelle Le Marec, et donc Anna Tsing et Sebald, je profite de cette dérive lichenienne pour évoquer une nouvelle fois un de mes auteurs fétiches, si peu connu de nos jours, Pierre Gascar. Celui-ci, dans Le présage, publié pour la première fois en 1972, posait  "d'une manière presque prémonitoire, dit justement la quatrième de couverture de l'édition L'Imaginaire/Gallimard, toutes les questions actuelles de l'écologie." La singularité de Gascar est qu'il entre dans ce questionnement à travers la raréfaction ou la disparition des lichens :
"Le souvenir des brumes et de la pénombre subarctiques donnait maintenant à cette réalité des contours flous, fantomatiques, qui l'apparentaient aux mauvais rêves, aux obsessions de la mélancolie. Comment en aurait-il été autrement ? Existe-t-il au monde chose plus informe, plus propre à susciter l'abattement que les lichens touchés par le flétrissement et déjà entrés en décomposition ? (...) Un charnier végétal, une plaie courant tout le long du cercle polaire et qui, plus tard, fermenterait sous la neige, comme la gangrène sous la charpie.
Ainsi, dans la mort, s'affirmait, avec encore plus de force, la propriété que possédaient les lichens, à cause de l'imprécision de leurs formes et de leurs couleurs, de déborder dans le mental et le surnaturel. Mal de notre temps, conséquence de l'excès de nos connaissances et de notre pseudo-rationalisme, phénomène entièrement définissable en termes de physique, la disparition des lichens prenait cependant le caractère fantasmagorique des signes, des présages, et faisait s'étendre, dans la nuit polaire, quelque chose d'assez semblable à une apparition."(p. 45-46)
Voir aussi Lichenigmes.

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Montagnes des Rhodopes, Bulgarie (Filip Stoyanov)
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* Sans doute à rapprocher du koumis ou koumys, qui contient jusqu’à 2,5% d’alcool, fabriqué avec du lait de jument, d’ânesse ou de vache. "Courante dans les steppes russes et en Asie depuis fort longtemps, cette boisson fut très appréciée du temps des Tartares, des Cosaques et des Russes, soit du xiii e au xix e siècle. On le consomme traditionnellement en Asie centrale." (Source)

vendredi 4 août 2017

# 185/313 - Brodno/Grodno

Le 1er décembre 2013, à la brocante des Marins, j'avais trouvé Les Bêtes suivi de Le Temps des Morts, de Pierre Gascar. Un exemplaire défraîchi, mais qui avait gardé son bandeau du Prix Goncourt 1953, comme un vieux monsieur de soixante ans qui ne sortirait pas tête nue. J'avais commencé la première nouvelle des Bêtes, mais des lectures sans doute jugées alors plus urgentes m'avait ensuite retenu, et je n'étais pas allé plus loin. Hier, j'ai repris l'ouvrage et, sautant à pieds joints par-dessus les nouvelles,  j'ai abordé directement Le Temps des Morts, poignant récit de quatre-vingts pages qui s'inscrit parmi les grands textes de la littérature concentrationnaire. 

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Pierre Gascar évoque le temps où il fut prisonnier au camp de Rawa-Ruska, en Ukraine. Camp de représailles où étaient envoyés les soldats français qui avaient tenté de s'évader, situé au plein cœur du "triangle de la mort" dont les sommets sont, à quelque chose près, les camps tristement  célèbres de Auschwitz, Treblinka et Belzec. A Rawa Ruska, il est chargé avec quelques autres camarades de l'ouverture et de l'entretien d'un cimetière, près d'une grande forêt.

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Gascar n'a pas pour projet de décrire la vie au camp, il en parle d'ailleurs assez peu et l'action se concentre rapidement sur cet espace du cimetière et de la forêt. De même, des trois ans qu'il passa au camp, le récit ne rend compte que de quelques mois, en 1942, de la fin du printemps à l'automne. Sa tâche de fossoyeur, aussi sordide qu'elle puisse apparaître, lui permet d'échapper au quotidien du stalag. Une des sentinelles chargés de les surveiller, Ernst, ancien pasteur, l'entraîne parfois dans la forêt :
"(...) voici que s'ouvrait devant moi cette forêt mentale jusqu'alors, cette sylve qui, plus qu'à l'abondance de ses frondaisons, plus qu'à la vigueur de ses fûts, avait dû d'exister pour moi, à sa valeur de contraste, à son robuste épaulement de l'horizon et, surtout, à sa secrète contribution à mon poids d'ombre. Nous marchions dans des plantes serrées, lui tenant son fusil à la bretelle, et moins semblable alors à un soldat armé qu'à un chasseur lassé, heureux d'avoir rencontré sur le chemin du retour le passant qui lui fait "un bout de compagnie". mais déjà la forêt et ses ombres dangereuses recommençaient à évoquer un retour sans fin, une compagnie sans bout et nous enfermaient, de nouveau, dans un des mille tête-à-tête de la damnation : le gardien et son prisonnier, le corps et la conscience, le chien et la proie, la plaie et le couteau, soi et son ombre, tout cela au milieu de cette forêt originelle où, cette fois encore, le vieux ménage se reformait." (p. 231)
Dans la forêt surgissent parfois les silhouettes fugitives des partisans : elle n'est pas simple havre de paix au sein d'un univers de violence, elle ne peut faire oublier la découverte d'un charnier et les clameurs étouffées des trains roulant vers Belzec.
"Jetée sur l'infini de la souffrance comme un oiseau sur l'infini des mers, la voix humaine montait ou descendait, parcourait la gamme du vent avant de s'éloigner, de s'affaiblir, laissant derrière elle ce même ciel serein, ce "compte d'azur" que n'épuisent jamais les oiseaux désemparés et les hommes qui meurent." (p. 261)
Pierre Gascar ne mentionne pas le nom de Rawa Ruska, il désigne le camp sous le nom de Brodno. Ce nom existe mais c'est celui d'un quartier de Varsovie. Peut-être l'a-t-il choisi parce que le cimetière de Brodno est justement le plus grand de la capitale polonaise, avec 1,2 million de tombes, et l'un des plus grands d'Europe. Une recherche plus approfondie m'apprend que le cimetière chrétien jouxtait à Brodno un cimetière juif de 3000 tombes, dans la rue Odrowąża. Cimetière qui fut dévasté en 1942 ;  nombre de pierres tombales furent ensuite utilisées comme matériaux de construction et de terrassement.

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Photo du cimetière, prise entre les deux guerres

Brodno c'est aussi bien proche de Grodno, la ville d'origine du Dr Henry Selwyn, dans le récit de Sebald.

jeudi 3 août 2017

# 184/313 - Kaspar/Gascar

Juste avant de consacrer à Sebald les trois dernières chroniques, je traçais un parallèle entre les deux écrivains français Harang et Gascar. Des deux lascars, c'est le second qui, au fur et à mesure où je relisais le premier récit des Émigrants,  me semblait  de plus en plus proche du Dr Henry Selwyn. Au-delà des différences évidentes de nationalité, d'ethnie et de profession, plusieurs détails me frappèrent, me donnant à penser que ces deux personnes, sans s'être jamais connues, étaient porteuses d'une même vision du monde, induite par des parcours de vie moins dissemblables qu'ils ne le furent en apparence.

J'ai déjà dit que Selwyn avait été boursier, grâce à sa belle institutrice, qui l'inscrivit "à l'examen d'entrée de la Merchant Taylor's School, car apparemment c'était déjà pour elle chose entendue que j'obtiendrais l'une des rares bourses attribuées chaque année aux élèves ne disposant que de faibles ressources."Pierre Gascar fut de même boursier, à cette époque d'avant-guerre où c'était encore chose rare :
"Il n'y avait pas d'autre boursier dans ma classe, s'il s'en trouvait peut-être dans l'ensemble de l'effectif du collège. Il était entendu, parmi la plupart des enseignants, que les boursiers devaient bien travailler, et même un peu mieux que les autres, puisque l'Etat assurait en grande partie leur entretien. [...] Je montrais peu de dispositions en mathématiques ; l'arithmétique de l'école primaire, que j'avais aisément dominée, ne s'y apparentait nullement. Vite découragé, je ne faisais guère d'efforts dans cette matière et le professeur, un homme acariâtre, m'avait menacé en classe de me faire retirer ma bourse si je ne manifestais pas plus de bonne volonté. Je m'étais mis à pleurer, non sous l'effet de la menace, mais sous l'effet de l'injustice qu'elle constituait. Quelques-uns de mes camarades travaillaient aussi mal que moi ; on ne leur disait pas qu'on allait les mettre à la porte : eux, ils payaient. En vérité, seul le sentiment de ne pas être semblable aux autres, de me trouver plus exposé, plus vulnérable, me faisait me sentir proche de mes camarades indochinois. Pour le reste, ils avaient des parents aisés, de gros commerçants saïgonnais. Ah, si j'avais pu, moi, n'être victime que de la couleur de ma peau !" (Gascar, p. 168)
Dans ce passage, se laisse bien voir la solitude morale de Gascar. Celle vécue au collège ne fait que redoubler celle qu'il vécut comme pensionnaire dans sa famille du Sud-Ouest, orphelin de sa mère, éloigné de son père resté travailler à Paris. S'il ne fut pas maltraité, il ne reçut pas l'affection et la tendresse dont tout enfant a besoin. Son intérêt pour le monde naturel semble prendre naissance dans cet abandon :
"Je ne sais si j’y cherchais de quoi combler le vide que je ressentais dans mon existence ou si l’intérêt que je trouvais dans sa nouveauté était étranger au besoin de réparer mes pertes et si ne s’opérait pas là plus une substitution qu’une compensation ; en un mot, la nature était peut-être venue prendre la place de mes procréateurs, me faisant naître ainsi une seconde fois."(Gascar, p.45-46)
Pour Gascar, la quête affective, faute d'être satisfaite, "laisse place à une disponibilité à l'égard de tous les éléments du monde qui se pressent autour de lui pour combler le vide, et qu'il n'aurait pu aussi bien accueillir si sa sensibilité avait été requise en grande partie par des rapports humains. En un mot, conclut-il, ma solitude morale m'ouvrait le monde et, en quelque sorte, me libérait." (Gascar, p.105)

Le même mouvement vers le monde naturel s'observe chez Henry Selwyn, même si c'est plus tardivement (mais après tout, nous ne savons rien de son rapport à la nature dans son enfance et son âge mûr ; son amitié et ses excursions avec le botaniste et entomologiste Edward Ellis est même plutôt l'indice d'un intérêt ancien) : "En 1960, quand je dus abandonner mon cabinet et mes clients, je rompis les derniers liens avec ce que j'appelle le monde réel. Depuis les plantes et les animaux sont presque mes seuls interlocuteurs." [C'est moi qui souligne]


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Bruno S. dans L'énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog
Une même tendance ne s'observe-t-elle pas chez le Kaspar Hauser de Werner Herzog ? Le retour dans le monde des hommes lui est une chute plus qu'une résurrection. C'est dans le jardin de Daumer, son protecteur, que Kaspar trouve le plus de joie et de sérénité. "Kaspar, écrit Olivier Bitoun n’a que faire des savants, d’un Dieu ou des grands de ce monde. Pour lui ne comptent que les scintillements du soleil, la feuille d’un arbre qui frémit au vent, la musique. C’est ainsi que Kaspar fuit la soirée donnée en son honneur par Lord Stahope pour se mettre à tricoter, ou qu’il s’échappe d’une église en hurlant : « Le chant des fidèles me semble être un cri répugnant et lorsqu’ils s’arrêtent, c’est le pasteur qui se met à crier ». Dans ces moments de colère, Kaspar laisse éclater son dégoût pour la société des hommes, montre qu’il est incapable de s’intégrer et que de toute manière il n’en a aucune envie."

Son unique compagnon de captivité fut un cheval, un jouet qu'il s'amuse à faire rouler. Cheval est aussi le seul mot qu'il sait dire, que son geôlier lui fait répéter sans relâche pour une raison que nous ne connaîtrons pas. Et bien sûr je ne peux pas ne pas penser aux chevaux blancs de Selwyn, sauvés de l'équarrissage.
Olivier Bitoun : "Kaspar naît au monde sans rien en connaître, sans même pouvoir nommer ce qu’il voit. Il découvre un réel pur, vierge de toute trace humaine. Au fur et à mesure qu’il va apprendre à parler, l’univers autour de lui semble se rétrécir et il ne retrouve plus l’extase des premiers instants. La langue tourne autour de considérations purement humaines, considérations dont Kaspar ne fait que peu cas. La découverte du langage est pour lui une joie, mais c’est aussi une malédiction dont peu à peu il prend conscience. Mais, arrivé aussi tardivement au monde des hommes, Kaspar garde en lui une étincelle de cette pureté originelle, un joyau qui n’appartient qu’à lui et que, malgré ses efforts, la bonne société ne pourra lui arracher. La diction si particulière de Bruno S., qui semble parler l’allemand comme une langue étrangère, fait office de barrière : il semble dire à cet entourage qui veut à tout prix le normer qu’il sera toujours Kaspar. Un illuminé, un sot, un fou… qu’importe : il restera Kaspar et gardera ancré en lui cette vision extatique du réel." [C'est moi qui souligne]
On retrouve cette conscience d'une perte chez Pierre Gascar qui, découvrant la culture livresque du collège, la voie du savoir utile, lié à un certain conformisme social, sent bien qu'il s'éloigne d'une autre forme de connaissance ou de conscience :
"Ce n'est pas le vieux thème du paradis perdu ; il n'y avait pas eu de paradis, d'enchantements dans mon enfance, et si, plus haut, j'ai employé le mot rêve, c'est en regrettant l'idée d'évasion dans une aimable irréalité qui s'y trouve généralement attachée. Je savais obscurément qu'il y avait un langage du monde et que je l'avais parfois perçu. Le reste, bien qu'indispensable, sans doute, me semblait ne pas pouvoir suffire. Ce regret, que je ne m'avouais pas, ce sentiment confus de laisser, en grandissant, l'essentiel derrière moi expliquait ma "vocation littéraire". En écrivant, j'essayais de me rattraper, d'intégrer à ma vie présente un peu du don de perception que je possédais ou croyais avoir possédé dans mon enfance. Mais je mesurais mal l'incompatibilité de ces deux façons d'aborder le réel. Je ne me doutais pas que ce serait là un des tourments de mon existence." (Gascar, p. 160, c'est moi qui souligne)
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Kaspar Hauser à l'écoute et à l'observation du monde



samedi 29 juillet 2017

# 180/313 - Harang/Gascar

Deux livres sortis des cartons. Deux livres de brocante. La chambre de la Stella, de Jean-Baptiste Harang et L'Ange gardien de Pierre Gascar. Lus immédiatement comme s'il y avait urgence. Alors que le premier est sorti en 2005, et le second en 1987. Insensé bien sûr. Et si je dis maintenant que ces deux livres partagent quelque chose d'essentiel, qu'il sont comme géminés, alors qu' Harang est né en 1949 et Gascar en 1916, que l'un décrit son enfance après-guerre et l'autre avant-guerre et que les deux styles d'écritures n'ont rien à voir, on peut juger cela tout aussi insensé, ou tout au moins parfaitement accessoire. Si encore je comparais Musso et Lévy, ou, dans un registre plus chic, Duras et Sarraute, passe encore, mais Harang et Gascar que personne ou presque ne connaît, quelle perte de temps...

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Perdons donc notre temps. C'est l'enfance, je l'ai dit, qui est au cœur de ces deux récits, oui récits  plus que romans. Une enfance pas vraiment heureuse, faute d'amour dans un cas comme dans l'autre. C'est là le premier point commun. Une enfance ensuite partagée entre Paris et la province, Paris de la famille proche, province des grands-parents ou des oncles et tantes.
"Mon frère aîné, Paul, fit son cours préparatoire à Dun, je ne sais plus pour quelles raisons familiales on l'envoya si loin de Paris où vivait notre famille, sur le palier que l'on sait, où se pendit un homme maigre, dans un appartement qui ne souffrait pas encore d'exiguïté puisque mes frère et sœur puînés attendaient encore de naître. Lorsque vint mon tour d'apprendre à lire et à écrire, on m'expédia également faire mon apprentissage auprès de mes grands-parents dans cette Creuse profonde et lettrée, pour une raison que je ne discutai pas : mon frère était passé par là, et je ne valais guère mieux (j'apprendrai trois ans plus tard que j'étais pire). Je ne me souviens pas en avoir souffert." (Harang, p. 37-38)
 "Ne pouvant veiller sur moi et sur mon frère, car son travail lui imposait des horaires irréguliers, mon père décida de nous conduire dans le Sud-Ouest où une de ses sœurs, qui y vivait, acceptait de nous prendre en pension." (Gascar, p. 16)
C'est la mort de la mère de l'écrivain qui a provoqué ce retour à la campagne. Une mère sur laquelle il ne sait pas grand chose :
" Les origines de ma mère étaient assez semblables à celles de mon père, au point de vue social, sinon au point de vue géographique, car sa famille était limousine ou berrichonne, je ne sais trop. Je crois que ma mère était une enfant naturelle. Ma grand-mère maternelle, que je n'ai pas connue, avait été domestique, comme l'autre, mais à Paris. Elle avait pu cependant donner à sa fille une éducation un peu meilleure que celle que mon père avait reçue. Jeune, ma mère avait été institutrice dans une école maternelle." (Gascar, p .11)
Enfant naturel, c'est le lot, on l'a vu, du père de J.-B. Harang, qui ne prend ce nom qu'à l'âge de dix ans, abandonnant celui de Quisserne qu'il avait à sa naissance. Gascar, d'autre part, est un pseudonyme, son vrai nom est Fournier. Des noms d'emprunt donc dans les deux cas, choisis ou non. Harang/Gascar, comme une symétrie bancale, un miroir déformant, six lettres, deux syllabes, deux a, un g final, un g initial. Pourquoi Gascar ? Seconde partie de Madagascar ? Gascar s'est peut-être expliqué là-dessus, la vérité est que je n'en sais rien. Mais on ne choisit jamais un pseudo par hasard (tiens, hasard/Gascar). A-t-il à voir avec la Gascogne ? Lui qui n'emploie que le nom Guyenne pour désigner le pays d'exil de son enfance.

Au suicidé dépendu par le père, chez Harang (que l'on a vu mentionné comme en passant dans le premier extrait), répond la noyée de la Seine dès les premières pages du livre, qui s'identifie si douloureusement à la mère en voie de disparition :
     "La Seine m'apporta mon premier mort ; il s'agissait en fait d'une morte, mais le terme impersonnel s'impose, du moins pour le moment, car il s'agit avant tout, dans cette circonstance, de la première rencontre d'un enfant de sept ans avec l'image d'un cadavre. C'était une noyée de l'âge de ma mère ; du quai où je me promenais avec mon frère, je la découvris sur la berge où des employés de la brigade fluviale ou de la Morgue s'employaient à la caser dans un grand cercueil de bois brun.

      Avec cette noyée, la Seine m'apportait la première visiteuse de mes premières veilles, du moins de ces instants où, chez l'enfant impressionné par une image, le sommeil tarde un peu à venir. Son visage d'un blanc de craie, reparaissant devant mes yeux, m'effrayait non pas tant par son aspect propre, mais par son caractère de leurre, comme s'il eût été un masque derrière lequel une personne hier bienveillante, soudain pervertie, la voisine, la maîtresse d'école, l'épicière, se cachait. Le pire était que je devinais, prête à surgir derrière ces divers personnages féminins qui s'ingéniaient à me terroriser au moyen de cette face blafarde et bouffie, barrée de mèches de cheveux noirs nattées par l'eau, ma mère, si étrange depuis quelque temps, si absente de ses paroles affectueuses mêmes, si lointaine dans le petit nuage d'odeur un peu médicinale dont elle était enveloppée."(Gascar, p. 12-13, c'est moi qui souligne)
Autre personnage féminin commun aux deux livres, la grand-mère paternelle. J'ai déjà évoqué sa figure chez Harang, qui écrit : "Mon expérience de la mort est entièrement concentrée dans le souvenir que j'ai de l'odeur de ma grand-mère." Odeur de la "Mémé d'Dun", avec qui il lui arrive de coucher : "Le parfum de la mort loge là, entre les cuisses d'une grand-mère acariâtre."

Acariâtre : Gascar emploie le même adjectif pour qualifier sa grand-mère, dont l'odeur est là aussi prégnante : "La vieille femme acariâtre, bourrue, portant sur elle une odeur un peu rance, laissait place à une aïeule idéalisée, de l'endurance et du courage de qui j'avais forcément hérité." C'est qu'elle lui a raconté, alors qu'elle l'a emmené avec elle pour un séjour dans le Périgord Noir d'où la famille est originaire, qu'elle a une nuit fait vingt kilomètres à pied dans la neige, pour une raison, qu'intimidé, il ne lui a jamais demandée. Dans les maisons où ils sont hébergés, il se souvient que les lits étaient si profonds qu'on s'y sentait enlisés :

" Je me trouvais  fort bien dans ces lits où, en général, la place étant réduite à l'intérieur de la maison, je dormais avec ma grand-mère. Pour être plus à l'aise, nous nous couchions tête-bêche, de sorte que j'avais les pieds de ma grand-mère à la hauteur de mon épaule. Ils semblaient aussi secs, aussi peu vivants que s'ils avaient été en bois ; leur couleur de vieux chêne en donnait d'ailleurs l'impression. Ils n'étaient jamais passés que des sabots au contact même de la terre, ou peu s'en fallait, car ma grand-mère ne mettait des souliers que trois fois l'an, les jours de fête ; elle n'allait à la messe que les jours carillonnés. Ces pieds, si près de moi, ne me répugnaient nullement. Avec eux, et à cause de l'ensevelissement sans fin dont on avait le sentiment dans ce lit de plumes et de panouilles. Je m'enfonçais dans un monde obscur et douillet où je perdais la conscience des lieux et du temps et où je me sentais parfaitement à mon aise. Cet avant-sommeil, ce demi-sommeil, avec, contre moi, les pieds désincarnés de ma grand-mère, devait anticiper sur la quiétude que les caveaux de famille promettent." (Gascar, p.116-117)
Quel enfant dort aujourd'hui, a fortiori tête-bêche, avec sa grand-mère ? Les mamies d'aujourd'hui ont-elles encore quelque chose à voir avec ces mémés acariâtres ? Ces expériences de vie ont-elles encore quelque chose à nous dire ? Ou ne sont-elles plus que les témoignages pittoresques d'un mode de vie définitivement obsolète ? Sommes-nous plus aimants, plus affectueux ? L'enfance d'aujourd'hui est-elle plus heureuse ? Je n'en suis pas certain, mais alors qu'une certaine littérature régionaliste tend à idéaliser ces temps passés, édulcorant la souffrance et la pauvreté qui régnaient alors, il est bon que ces deux livres, parmi bien d'autres bien sûr, nous fassent sentir l'odeur souvent bien âcre de la réalité.

vendredi 28 juillet 2017

# 179/313 - Lichenigmes

Le 14 juillet dernier, je relevais une connexion entre Descartes et l'écrivain japonais Kenzaburô Ôe, connexion confirmée le jour suivant. Étonnamment, c'est aussi avec Pierre Gascar que Ôe doit être relié. Non pas comme un écrivain parmi d'autres qu'aurait apprécié ce grand amoureux de la littérature française mais bien comme un écrivain essentiel, à l’influence originelle décisive. On peut en trouver l'illustration dans la nécro de Libération datée du 27 février 1997 :
« Mort de Pierre Gascar - Je coupai un peu nerveusement la ficelle du colis et déchirai l'emballage: la boîte à chaussures était remplie de lichens.» C'est une histoire que Pierre Gascar, mort le 20 février à 80 ans, raconte dans Portraits et souvenirs (Foucault, Aragon, Cocteau, notamment), paru en 1991 chez Gallimard. Recevoir pareil cadeau de Roger Caillois n'indique pas seulement l'amitié qui unissait l'auteur à ses confrères (née de son œuvre et de son activité de critique), elle résume la relation entretenue par Gascar avec la nature. Orphelin de mère, il a été un enfant élevé à la campagne, et a passé la fin de sa vie dans un village du Jura auquel il a consacré son dernier livre, la Friche. Entretemps, en une trentaine d'ouvrages (proses, romans, biographies, ce contemplatif n'écrivait pas de poèmes), il a étudié l'homme dans son environnement, écologiste pessimiste avant que ce soit l'usage. Marqué par sa captivité au camp de Rawa-Ruska, il a écrit aussi sur les ravages de la guerre. En 1953, le prix Goncourt récompense le Temps des morts et le recueil de nouvelles les Bêtes, un des rares titres de Pierre Gascar à figurer en collection de poche. Le Japonais Kenzaburo Oé ne manque jamais de rappeler sa dette à son égard, ayant commencé à écrire sous son influence, à cause de sa manière de parler des animaux, des forêts." [ C'est moi qui souligne]
Dans le livre d'entretiens que j'évoquai naguère, Pierre Gascar est ainsi nommé dès la page 35, dans une section du livre consacré au professeur Watanabe Kazuo, qui fut déterminant dans la vocation littéraire de Ôe. Traducteur de Rabelais, il fut aussi, signale-t-il, traducteur de romans contemporains "comme, par exemple, ceux de Pierre Gascar."
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Sur cette histoire de lichens envoyés par Roger Caillois, il faut lire l'un des rares ouvrages de Gascar parus en poche, dans la collection L'imaginaire : Le présage (1972), car le sujet en est précisément la raréfaction ou la disparition des lichens un peu partout dans le monde. Il écrivait ainsi :
"Le recul des lichens non seulement devant l'industrialisation, mais aussi devant la simple urbanisation, c'est-à-dire devant l'accroissement de l'espèce humaine et sa concentration, annonce, à n'en pas douter, un affaiblissement général de la nature. La disparition progressive des ethnies anciennes est, de son côté, le signe avant-coureur du dépérissement des sociétés. On peut craindre que le monde ne finisse par mourir, un jour, par manque d'originalité." (p.138-139)
ou bien encore :
" De la même façon, au cours de mes voyages, je m'étais intéressé à tout ce qui se rapportait aux lichens, à leur sensibilité à la radioactivité et à la pollution de l'air, à leur valeur alimentaire où à leurs vertus thérapeutiques virtuelles, non pas comme à des phénomènes bien déterminés, constituant une fin en soi et dont on pouvait tirer des leçons pour la vie quotidienne commune, mais plutôt comme à des "signes d'intelligence" qui tranchaient sur la taciturnité du monde en général. Ces signes n'étaient que les manifestations à peine perceptibles et comme accidentelles d'une présence qui restait insoupçonnable partout ailleurs ; ou presque partout, car il se pouvait que les lichens ne fussent pas les seules preuves de l'existence d'un sens caché dans tout ce qui nous entourait et nous accablait sous le poids des énigmes." (p.174)
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Photo : PB

jeudi 27 juillet 2017

# 178/313 - Casser la cruche

La cruche, que nous avons plusieurs fois croisée dans ces pages, se retrouve aussi dans L'Ange gardien, le récit autobiographique de Pierre Gascar. Orphelin de mère, son père travaillant à Paris les envoie en pension, lui et son frère, en Guyenne chez les oncles et tantes, où, écrit-il, "nous vivions comme au Moyen Age". Sur la petite place du village, avait lieu (il n'y avait pas d'abattoir alors) l'abattage des bêtes de boucherie :
"Pendant que le sang du veau pendu par les pieds s'écoulait dans un baquet déjà presque rempli des viscères des animaux précédemment mis à mort, la vie continuait sur la petite place, et son mouvement intégrait cet événement sans qu'il marquât plus que les autres. Il était d'ailleurs moins important que l'accident qui me tenait immobile, interdit, à quelques pas de la pompe  où j'avais tiré de l'eau : je venais de casser la cruche.
La cruche de terre cuite à demi vernissée dont la forme n'avait pas changé depuis plus de deux mille ans, l'archéologie me l'apprendrait, était un des éléments principaux de la vie domestique, le premier des objets de ménage. Posée sur l'évier de pierre, elle contenait l'eau réservée à la consommation, le seau qui lui faisait face fournissant celle destinée aux ablutions, lesquelles étaient rares et superficielles. La cruche n'était pas entièrement vernissée afin que sa partie restée poreuse, puisse, par l'effet de l'évaporation de la buée qui la recouvrait, maintenir la fraîcheur de l'eau. Dans son coin d'ombre, par les lourdes journées d'été, la cruche semblait irradier cette fraîcheur à distance. L'imagination donne facilement un pouvoir magique aux objets usuels. Quelquefois, quand personne ne me voyait, j'aspirais directement l'eau par le petit bec rugueux de la cruche. Familiarité bien naturelle : la cruche m'appartenait un peu, car c'était à moi qu'incombait le soin d'aller la remplir à la pompe commune.
Et voilà qu'elle était en pièces, par terres ; je l'avais heurtée contre le mur au moment où je m'éloignais de la pompe. Souvent, je l'avais vérifié, n'en étant pas à mon premier accident, le choc ne provoquait qu'une fêlure, laquelle entraînait dix secondes plus tard, par l'effet du poids de l'eau, la rupture du corps de la cruche. Je savais quel algarade ma maladresse me vaudrait, et je restais interdit, une flaque d'eau à mes pieds, comme un enfant qui aurait mouillé sa culotte." (p. 49-50) [C'est moi qui souligne]
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mercredi 26 juillet 2017

# 177/ 313 - La vivacité du réel

"(...) Jamais le monde n'aura été plus fascinant, plus riche d'enseignements qu'en ces instants où son sort oscille. Jamais ne se sera imposée autant la nécessité de rétablir l'accord originel entre l'humanité et la nature, dans laquelle nous commençons à retrouver des leçons essentielles, même pour ce qui a trait au perfectionnement de notre société. La "mystique matérialiste" définie par Roger Caillois, et qui imprègne cet ouvrage, ne peut que déboucher sur un nouvel humanisme. La plupart des faits rapportés dans ces pages l'indiquent, et l'on comprend que la grande ombre de Bernard Palissy, un des hommes les plus inspirés de notre histoire, les traverse de temps en temps."

Pierre Gascar, Les sources, Gallimard, 1975 (quatrième de couverture)
 
Dimanche 16 juillet, sur l'immense place du Champ de Foire, à Cluis, avait lieu la traditionnelle brocante. J'y ai souvent trouvé quelques perles littéraires rares ou méconnues, aussi je fus fidèle au rendez-vous. Je ne le regrettai pas : le butin ne fut pas impressionnant, mais de qualité. Parmi les quatre volumes (acquis pour quatre euros cinquante, c'est dire si cette quête n'est pas une question d'argent et ne vise pas l'excellence bibliophilique), il y avait L'Ange gardien*, un récit autobiographique de Pierre Gascar, publié en 1987. Pierre Gascar, pseudonyme de Pierre Fournier, est un écrivain aujourd'hui pratiquement tombé dans l'oubli, après avoir pourtant eu le Prix Goncourt en 1953 avec Les bêtes suivi de Le temps des morts et de nombreux autres prix littéraires. Oubli dont il pourrait bien ressortir quelque jour car son œuvre témoigne d'une vraie sensibilité écologique, qui n'était guère d'actualité à l'époque où il écrivit. A l'heure où le Nouveau Roman accaparait toute l'attention et entretenait les polémiques du microcosme littéraire, il se penchait plus volontiers sur le monde naturel, les animaux et les plantes.

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Robin Plackert l'évoque à plusieurs reprises, notamment dans un article de 2008 sur une promenade à Angles-sur-l'Anglin. Qu'on me permette cette citation un peu longue, mais qui montre bien l'intérêt de l'écrivain :
"Notre promenade s'est achevée sur la petite place centrale où les terrasses invitaient au plaisir du houblon. Nectar bien apprécié, d'autant plus que l'instant d'avant, chez le bouquiniste au coin de la rue d'Enfer, j'avais déniché Les Sources, de Pierre Gascar. J'en avais cité un extrait - évoquant le tonneau - l'an dernier à travers  un livre des plus succulents de Jean-Claude Pirotte, Expédition nocturne autour de ma cave (Stock, 2006), mais j'étais bien éloigné de le rechercher. Ce fut donc une bonne surprise de tomber sur ce livre, à un prix d'ailleurs tout à fait modique si je prends pour référence la valeur des occasions trouvées plus tard sur le net (l'ouvrage paru en 1975 n'a pas été réédité et n'a semble-t-il pas été publié en poche).

Le soir-même, délaissant les lectures en cours, je plongeai dans ses pages et fus happé dès le premier chapitre par la force du style et la profondeur de la pensée de Pierre Gascar. Une petite source qui suintait dans la cave de sa maison jurassienne lui inspire une réflexion  sur la nécessité de préserver l'originel. Puis il évoque sa jeunesse aquitaine, le torchis des murs de sa maison d'alors et l'argile dont l'emploi était répandu dans cette région de pierre médiocre, rêveries de matières dont  il trouve  écho de manière assez surprenante dans l’œuvre de Bernard Palissy - et il me souvint alors avoir lu en 1992 une biographie** du même Pierre Gascar sur le génial céramiste, biographie parue en 1980, donc cinq ans après Les Sources.

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"Nous y voyions un corps complexe et dépassions même en cela, notre céramiste, qui écrit " y a en la terre argileuse deux humeurs, l'une évaporative et accidentale, et l'autre fixe et radicale". Nous pensions, par exemple, que certaines argiles, celles qui étaient veinées notamment, pouvaient être des poisons. Les réactions des diverses argiles à la cuisson (quelques-unes éclatent bruyamment, à feu vif), réactions connues de tous, dans cette région où les tuileries étaient assez nombreuses et où certains paysans s'amusaient à la poterie, car chaque ferme possédait un four pour la préparation des pruneaux, principale ressource locale, renforçaient le mystère de cette matière qui représentait pourtant le plus brut de notre vie. Il en allait comme avec l'eau, qui, malgré son apparente simplicité, se diversifiait à l'extrême, ouvrait des profondeurs insoupçonnables dans le ruisseau ou ailleurs, même à son plus haut point de transparence. Le mur de torchis, pourtant si sourd, la cruche, pourtant si mate, étaient, aussi peu que ce fût, les produits de l'alchimie du sol."(pp.40-41)
Évidemment cette apparition de la cruche ne pouvait que me ravir, et ce qui suivait prolongeait ce plaisir : "Dans la cruche grossièrement vernissée, à moitié pleine d'eau, posée sur la pierre d'évier, dans la pénombre, le jour mettait une lune. Mais le silence, l'impression de retenue, de contention, qui se dégageait du récipient de terre cuite était en partie démentie par sa rotondité, son renflement généreux, et la fraîcheur de l'eau semblait  déborder du col de la cruche, en couler lentement , sous la forme de l'émail vert qui s'était figé en festons inégaux sur ses flancs. (...) Il faut être né dans la pauvreté paysanne, le monde du bois cru, de la pierre pas taillée, de l'épaisse terre cuite, pour apprécier le pouvoir transfigurateur de l'émail, donner tout son prix au jeu des transparences et, d'une façon générale, à tous les procédés - j'allais dire : à tous les mensonges -  de l'art. Arrêter l'eau sur les objets qu'elle recouvre fugitivement, habiller ce qu'elle contenait l'instant d'avant la cruche vide, enfermer la truite, la grenouille, l'anguille, l'écrevisse dans l'éclat qu'elle  montre, juste au moment où on la tire de l'eau, c'était, chez Palissy, gloire locale dont on parlait beaucoup aux petits écoliers que nous étions, une entreprise dont, au milieu de nos pesants étés, je voyais bien qu'elle était le modèle de celles qui permettaient de retrouver, au-delà des apparences quotidiennes, la vivacité du réel."(pp 42-43)

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* Le livre est en partie disponible sur Gallica à cette adresse : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4805475c/f3.planchecontact. Il est oublié dans la notice de Wikipedia.
** Les secrets de maître Bernard - Bernard Palissy et son temps, Gallimard, Paris, 1980.

jeudi 25 mai 2017

# 124/313 - Saint Gildas les foulz, sainct Genou les gouttes

"Le tonneau, c'est un peu le berceau de notre humanité, ce que révèle si justement Gascar dans Les sources : "Lorsque, au début des temps, des hommes ont commencé à donner un profil infléchi au bois, ils ont formé un des premiers signes de leur accord avec le monde... Qu'on veuille, en courbant des lattes et en les ajustant les unes aux autres, construire une barque, un tonneau ou le bâti de la voûte d'une église, c'est toujours une part du monde qu'on enferme dans la forme protectrice d'un berceau."

Jean-Claude Pirotte (Expédition nocturne autour de ma cave, coll, Ecrivins, Stock, 2006)

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Près de cinq cents ans après la publication de Gargantua, Brisepaille, ce petit hameau près de Saint-Genou d'où est originaire la vieille accoucheuse de Gargamelle, existe toujours. Si Rabelais connaissait si bien la région, c'est qu'il y séjournait parfois, rendant visite à son ami Antoine de Tranchelion, abbé de Saint-Genou, qu'il se plaît d'ailleurs à citer dans un autre chapitre du livre, où cinq pèlerins de Saint-Genou sont interrogés :


« Dont este vous, vous aultres pauvres hayres?
 - De Sainct Genou, dirent ilz.
 - Et comment (dist le moyne) se porte l'abbé Tranchelion , le bon beuveur ? Et les moynes, quelle chere font ilz ? Le cor Dieu ! ilz biscotent voz femmes, ce pendent que estes en romivage !
 - Hin, hen ! (dist Lasdaller) je n'ay pas peur de la mienne, car qui la verra de jour ne se rompera jà le col pour l'aller visiter la nuict."

Notons qu'avec ce qualificatif de bon beuveur décerné à Tranchelion,  nous ne quittons pas la  thématique de la beuverie.


Mais examinons maintenant l'hagiographie de ce saint très rare dans la toponymie française qu'est saint Genou, et pour cela reportons-nous au livre si précieux de Mgr Jean Villepelet, Les Saints Berrichons (Tardy, deuxième édition, 1963). On y apprend qu'une Vita Sancti Genulphi, rédigée au XIe siècle, fait de ce saint un Romain, envoyé de Rome par Sixte II avec son père, saint Genit, pour évangéliser la Gaule. Dans une version ultérieure, Genit est un simple compagnon de Genou. Veut-on masquer cette trop simple évidence : Genit géniteur de Genou, lui-même portant en germe la génération ? En tout cas, Le Dictionnaire Historique de la Langue Française (Robert) indique que  le nom de genou dans les langues indo-européennes (latin, grec, langues indo-iraniennes) " est sans doute à rapprocher de la racine *gne-, *gen(e)- naître (latin gignere, grec gignesthai) selon l’usage ancien de faire reconnaître le nouveau-né en le mettant sur les genoux de son père ».
Entre parenthèses, cela ne rend que plus cohérent le choix de Rabelais de faire naître Gargantua par l'entremise d'une native de Saint-Genou.

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Église de Saint-Genou
Selon la tradition, Genou aurait vécu très saintement  et accompli quantité de miracles en un lieu appelé autrefois Celle-des-Démons, et identifié aujourd'hui avec la commune de Selles Saint-Denis, près de Salbris, en Sologne. En effet, le village se nommait autrefois Selles Saint-Genou, une fontaine et une chapelle portant encore son nom (Genoulph).
Il semblerait que les reliques du saint aient été transportées à Saint-Genou à la création du monastère au IXe siècle (cette translation aurait eu lieu un 10 juin, fixant ainsi la date de la fête de saint Genou, dont la mort serait survenue le 17 janvier).
Selles-sur-Nahon, une commune proche de Saint-Genou, était auparavant identifiée comme le Cella supra Nahonem de la Vita. "Saelles" en 1222, elle se nomme au XVIIè Celle-Saint-Genou, mais est appelée aussi, de par la légende, Celle-le-Diable ou Selles-le-Démon. Il est dit que saint Genou et saint Genit y construisirent une église dédiée à saint Pierre où ils furent ensevelis. Il existait aussi un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Genou. Le Nahon désigne aussi bien l'affluent du Fouzon que celui de la Sauldre, à Selles Saint-Denis.

Par curiosité et réflexe quasi professionnel, j'ai tracé  l'alignement Selles Saint-Denis - Saint-Genou : or, il  passe à proximité de Selles-sur-Nahon. L'insistance sur le diable ou les démons laisse penser que le culte de saint Genou a certainement remplacé une dévotion païenne très ancienne, probablement liée à une source sacrée, source guérisseuse. Saint Genou lui-même apparaît comme un saint guérisseur, du "feu d'enfer" tout d'abord, puis des gouttes (les gouttes désignant d'ailleurs en berrichon des sources). C'est bien sur cette attribution que Genou est une nouvelle fois citée dans le Gargantua, tout de suite après une autre vieille connaissance :

O (dist Grandgouzier) les faulx prophetes vo' annoncent telz abuz. Blasphement ilz en ceste faczon les iustes & sainctz de dieu, qu'ilz les font semblables aux diables, qui ne font que mal entre les humains. Comme Homere escript que la peste fut mise en l'oust des Gregoys par Apollo. Et comme les Poetes faignent un grand tas de Veioves & dieux malfaisans. Ainsi preschoit à Sinays un Caphart, que sainct Antoine mettoit le feu es iambes, & sainct Eutrope, faisoit les hydropicques/ & saint Gildas les foulz, sainct Genou les gouttes. (C'est moi qui souligne).


mercredi 5 novembre 2008

Lumière de la varlope

"Dans le hameau déjà plus silencieux, moins actif qu'autrefois, dès que le pain avait fini de tressaillir en refroidissant, il s'affaissait sur les étagères du fournil. Et des copeaux spongieux bourraient à la lumière de la varlope."

Jean-Loup Trassard (L'ancolie, p. 14)

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Je ne sais si j'aurais correctement compris cette dernière phrase (j'ai commencé à lire les récits de Jean-Loup Trassard) si je n'avais pas lu auparavant Les sources de Pierre Gascar. Que la varlope soit un grand rabot, je ne l'ignorais certes pas, mais que cet outil soit doté d'une lumière, cela m'était en revanche inconnu. Je venais donc juste de le découvrir à la page 208 du chapitre V, où Gascar évoque un tonnelier et plus largement, le travail sur la matière, le travail manuel créateur :

"Cette double action, ce double caractère de l'artisan qui polit, aplanit et, en même temps, tranche, incise, est parfaitement défini par les gros outils du travail du bois qui enveloppent la morsure. Ainsi la varlope, long corps de bois brillant où les deux mains s'appuient, l'une serrant quelquefois une poignée, et où s'ouvrent deux trous, l'un appelé la lumière, l'autre le trou de la gouge, du nom du fer qui y est enfoncé. Rien ne révèle le tranchant de ce dernier, qui affleure à peine en dessous, sur la semelle, si bien que la copeau dont la varlope, poussée en avant, s'empanache semble sortir du coeur même de l'outil, et non de la planche sur laquelle il glisse."

Curiosité encore : les deux livres sont sortis la même année, en 1975, dans la même maison d'édition, Gallimard. Plus important encore, ils partagent la même attention au monde naturel et à l'humanité au travail dans ce monde.

ImageColombe, grande varlope, en C, la lumière.

mardi 28 octobre 2008

Résurgence

Depuis le 13 août, rien. Comme si cette soif de poésie qui soi-disant me taraudait s'était évanouie, comme un ruisseau qui aurait disparu dans une anfractuosité du sol. Perte soudaine attendant sa résurgence. Je ne savais pas en réalité si elle aurait lieu, cette résurgence. Caillois et son Fleuve Alphée avaient été, non pas oubliés, - le livre n'avait pas été rangé, il avait toujours place non loin du bureau, à portée d'oeil et de main -, mais il était désormais en attente, dépossédé de toute urgence. Pourtant il avait suscité quelques pensées, les jours suivants ce 13 août...

A Angles sur l'Anglin, je m'étais rendu pour la foire du livre, trois jours de bouquinistes ayant investi les rues du village, qu'il me fallait arpenter en une poignée d'heures, n'y cherchant rien de précis, surtout pas, dans l'espoir seulement de la trouvaille, c'est-à-dire du livre qu'on ne savait pas désirer mais qui s'impose si irrésistiblement qu'on a la quasi certitude que nous n'étions venus que pour lui, pour le découvrir ce jour-là, volume indispensable qui nous entraîne sur une autre piste ou permet d'en prolonger une ancienne qui s'était dissipé dans un trop dense lacis de fourrés.

Que trouvai-je à Angles, ce jour-là, 15 août 2008 ? Tout d'abord les deux tomes des Misérables dans l'édition Folio classique que j'avais failli acheter à Châteauroux quelques jours auparavant. Ce nouveau projet d'adaptation théâtrale y était là comme validé : pour deux euros, j'emportai quelques milliers de pages dont rapidement je commençai l'exploration (et même si, à ce jour, un autre thème s'est fait jour et a finalement repoussé à 2012 le projet des Misérables, l'impression demeure de s'être senti autorisé à partir de cet instant).

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La récolte ne fut pas exceptionnelle : deux autres livres seulement s'ajoutèrent aux volumes hugoliens : L'ancolie, de Jean-Loup Trassard, et un essai de Henri Rey-Plaud, Le cercle magique, étude sur le théâtre en rond à la fin du Moyen Age. C'est un peu plus tard que je réalisai que ces deux ouvrages entraient en résonance avec les dernières lignes que j'avais lues de Roger Caillois : "L'écriture des pierres, comme je disais, réduisait toutefois au domaine esthétique un phénomène qui me paraissait d'une plus vaste portée. Malgré moi, poussé par l'évidence, j'avais rangé les minéraux en deux classes principales : ceux qui obéissent aux courbes et les autres où l'angle est despotique. Deux domaines étanches irrémédiablement séparés : d'un côté, la fantaisie des volutes, des méandres dans les motifs des dessins internes et, pour l'extérieur, , les bosses irrégulières, rugueuses, des géodes et des rognons ; de l'autre, la rigueur d'arêtes rectilignes et de biseaux impeccables, une morphologie strictement polygonale, faces planes et lisses comme miroirs d'eaux calmes, architecture parfaite et close, volontiers transparente, mais qui, même opaque, aurait encore nécessité, pour la construire, le secours d'un ouvrier magicien." (Fleuve Alphée, p. 149, éd. Quarto).



Il m'apparaissait avec évidence qu'à travers cette antinomie de la courbe et de l'angle, les deux livres s'inscrivaient sous le registre de la première classe. Pour Le cercle magique du théâtre, c'était clair ; quant à L'ancolie, il suffisait de lire la quatrième de couverture : "(...)La maison d'enfance y est centre d'un cercle qui va s'élargissant : les fermes demeurent tapies dans les écarts et les chemins s'effacent dont l'encre cherche à retrouver la pente.(...)" Or, nous étions à Angles, dont le complément "sur l'Anglin", répète justement la catégorie de la deuxième classe de minéraux établie par Caillois. De cette observation, dont je ne savais pas au demeurant, quelle conclusion tirer (et fallait-il d'ailleurs en tirer une conclusion ?), je me promettais au moins de la consigner ici.

Je n'en fis rien, comme on a vu. Et j'abandonnai Caillois, non sans une certaine culpabilité (une fois de plus, je me dispersai).

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Qu'est-ce qui, aujourd'hui, me ramène donc à tout cela ? Quel événement nouveau a fouetté ma paresse ? Rien, sinon un retour à Angles, le 19 octobre dernier, pour un superbe dimanche automnal. Au sortir d'une promenade dans les ruelles du village, j'entrai pour la première fois chez le petit bouquiniste du coin de la place. Et j'y dénichai Les sources de Pierre Gascar, que j'avais cité indirectement dans FGS, à l'ouverture de l'examen de Verseau, grâce à Jean-Claude Pirotte.

Là encore, la quatrième de couverture me fut une de ces petites étincelles de compréhension par quoi le monde semble nous indiquer que nous ne cheminons pas tout à fait seuls : "(...) Jamais le monde n'aura été plus fascinant, plus riche d'enseignements qu'en ces instants où son sort oscille. Jamais ne se sera imposée autant la nécessité de rétablir l'accord originel entre l'humanité et la nature, dans laquelle nous commençons à retrouver des leçons essentielles, même pour ce qui a trait au perfectionnement de notre société. La "mystique matérialiste" définie par Roger Caillois, et qui imprègne cet ouvrage, ne peut que déboucher sur un nouvel humanisme. La plupart des faits rapportés dans ces pages l'indiquent, et l'on comprend que la grande ombre de Bernard Palissy, un des hommes les plus inspirés de notre histoire, les traverse de temps en temps."

Certain passage du livre entrait en résonance avec le thème de la cruche que je ne cessai de développer ces derniers temps dans FGS. Je me devais donc de consigner enfin cette rencontre.